CHAPITRE XXXV
Conclusion.
Lecteurs, qui que vous soyez, quelque poste que vous occupiez, car il s’agit ici d’une cause générale, souffrez que je m’adresse à vous, et que je demande à votre sincérité de dire quel obstacle réel, c’est-à-dire digne d’être compté dans une si grande cause, s’oppose # à la reconnaissance de la Grèce et de l’Amérique, et à l’affranebissement des embarras que produit, en Europe, la collision des deux parties du monde, et l’opposition des deux sociabilités qui le partagent. Dites maintenant si c’est l’esprit révolutionnaire qui a produit ces deux grandes commotions ; si des menées démagogiques, faibles leviers, ont porté l’Amé-
rique et la Grèce dans le mouvement nouveau du monde et dans la direction oit il est entré de-* puis trois cents ans; elles aussi font partie de ce monde, et elles ont pu vouloir marcher à sa suite. Vous avez vu, au premier choc, les chaînes de ces deux contrées échapper aux faibles mains qui les avaient imposées ; fini puissance et la folie n’ont fait que recevoir leur salaire , et la nature a été vengée par la raison armée, en même temps que l’Amérique et la Grèce! Qui, dans ce grand changement, pourrait exciter voire courroux ou vos outrages? Que vous demandent la Grèce et l’Amérique? De vous laisser faire des biens in- f finis, en leur laissant faire le leur propre; car, en définitive, voilà toute la question; et cela sans qu’il en conte rien à personne, sinon aux deux grands coupables, l’Espagne et la Turquie, il n’y aura de victimes que parmi l’ignorance et le fanatisme, c’est-à-dire Fincivilisation.
Deux peuples vous demandent, et la demande est modeste, Fun de ne^pasFempêcher de naître, et d’autre de ne pas Fempêcher de renaître à la liberté et à la gloire : Fun a à vous montrer le bûcher de Guatimozin, et Fautre le divan et Scio, Les destinées de la Grèce et de l'Amérique sont sous la protection de Fhumauité.elle-même; elles sont de plus sous la sauvegarde de la raison;
celle-ci est et doit rester la maîtresse du monde : eh bien ! que se passe-t-il donc dans celui-ci ? Rien de plus simple; il a été tkéocratique et sacerdotal, régâiien et féodal, plein de collisions entre ces élémens ambitieux de se surmoifter mutuellement. Maintenant le même monde est social, c’est-àdire de droit, fondé sur les vrais principes de la société. Un sommeil de plus de cinquante siècles ne suflisait-il pas à l’espèce humaine? Pendant ce temps a-t-elle subi assez de dégradations? 11 y a trois cents ans, une éruption soudaine de lumières est venue dissiper la nuit antique; la plus ricbe partie de ces clartés s’est fixée sur l’Europe; elle en est devenue le centre, d’où ellesse répandeutsur l’univers; ainsi, au moment où l’Europe s’éloigne de l'Amérique et de la Grèce, c’est de son propre ouvrage qu’elle s’effraye, car c’est d’elle qu’est venue leur restauration. La réhabilitation de l’espèce une fois commencée, car c’est bien d’elle qu’il s’agit, ne peut plus l'arrêtér; le genre humain est en marche, et rien ne le fera rétrograder. Que sont les obstacles que l’on prétend opposer à un pareil ébranlement? Lutter contre l’esprit humain, c’est s’en prendre à la nature elle-même: et quelle force résista jamais à la sienne? An point auquel les choses sont arrivées,désormais toute résistance n’est pins qu’un jeu d’enfant, un acte de vain dépit le
gain de quelques heures de sommeil, pour arriver à un réveil plus douloureux : voyez si ce qui se passe depuis 1814 n’autorise pas ce langage. Le colosse de fer qui dispose de tout, qui fait tout plier sous son poiSs, qui a l’air de tout maîtriser, qui, avec des baïonnettes comptées par millions, pouvait prétendre a tous les genres d’invasions f aujourd hui est sur la défensive ; ses domaines se rétrécissent chaque jour; l’Angleterre le brave; l’Amérique poursuit sa course à sa vue; qui peut lui échapper, lui échappe; séparé de l’opinion, il ne vit plus que de pouvoir; il faut bien qu’il reconnaisse quW idée est plus forte que lui, car c’est contre toute idée qu’il s’effraye et qu’il s’arme. Le voilà réduit à une enceinte peuplée de terreurs. Réalisant la fable, dans chacun de ses espoirs il n’embrasse qu’une nue; dans chacun de ses travaux, il s’épuise à porter sur la montagne le rocher qui aussitôt croule et l’entraîne; chaque année légué à celle qui suit un héritage surchargé d’embarras. Dans ce moment, que défend-on ? des principes, ou des intérêts publics? Non, des habitudes et des situations. Il peut être pénible de les changer ou de les perdre; ces regrets sont dans (*)
(*) Ceci ne se rapporte qu’aux traitemens que l’Espagne et la Turquie ont fait éprouver à l’Amérique et à la-Grèce.
la nature, mais le inonde a été le théâtre decea vicissitudes ; à leur tour, d’autres ont occupé les places que l’ou défend aujourd’hui. La grande loi de la nécessité surpasse toutes les autres et fait tout fléchir ; la raison commande de s’y soumettre. Quand une armée s’ébranle, tout cède sur son passage, tout ce qui s’y oppose périt. Le monde s’est ébranlé, il faut qu’il passe. Quand un nouveau culte s’éleva sur l’univers , le paganisme tomba. Quand les prêtres de l’ancien culte défendaient encore des autels qui leur avaient été propices, le monde les avait déjà dépassés ; du moins à cette époque la guerre civile ne s’établit pas dans l’Olympe, et par leurs combats les dieux n’apprenaient pas aux mortels à douter de leurs oracles. Une nouvelle religion sociale est apparue, le monde vole au-devant d’elle3 son apparition partage le monde et les chefs des sociétés humaines; à la vue des hommes qui les forment, s’adressent des démentis publics sur les principes mêmes de la sociabilité (*). Que peut-il rester dans l’esprit des té-
(*) Voyez les discussions entre l’Angleterre et le continent depuis le Congrès de Tropau. Elles ont remis tout en question; et sûrement, dans la lutte, l’ordre rationnel n’a pas été en faveur du continent.
moins de ces contradictions? Je 11e me ie dissimule pas; l'apparition de huit grandes républiques, ia survenance d'un monde républicain rayonnant de jeunesse , de lumière et de richesses, en regard d'un inonde d'institutions vieilles et peu fortunées* peut présenter à celui-ci des sujets de comparaison plus propres à Tin timider qu'à le flatter. Mais de quoi défendront les retards, les dégoûts, les choses chagrines? car on ne peut rien au-delà. Le jour fatal ne peut manquer d'arriver, rien ne peut l'arrêter; gagner quelques heures est le maximum de l'ambition ; aux grandes choses les grands partis* renverser ou adopter. Quand la force manque contre la raison * il ne reste qu'à ouvrir toutes les portes à celle-ci: c'est le seul moyen de se défendre du mal, ou, ce qui vaut encore mieux, de le changer en bien.
Dans des circonstances si grandes et si nouvelles, j'oserai élever ma voix jusqu'aux premiers assesseurs des pouvoirs européens, et je leur dirai: Retirez votre confiance à des systèmes rétrécis et personnels; embrassez tout d'une vue le monde dans la nouvelle forme sous laquelle il se présente à vous; suivez son mouvement pour qu'il ne vous entraîne pas ; prenez en lui ce qui peut se mettre en harmonie avec vous; acceptez ce qui ne peut être ni refusé, ni empêché; d’une main inexorable élaguez
tout ce qui ne peut être retenu; surtout gardezvous du mélange d’élémens qui se combattent, ou de la scission de ce qui ne souffre pas de partage : acceptez la civilisation toute entière : en ouvrant les bras à toutes les jouissances matérielles qu’elle peut vous apporter, n’allez pas chercher à restreindre les effets qu’elle produit sur les esprits; vous scinderiez plutôt un rayon du soleil : surtout entendez-vous bien vous-mêmes, et quand, vous recourrez à la haute aristocratie, comme à un protectorat social, ne faites pas de Paris un port de mer; car les ports de mer appartiennent essentiellement à la démocratie, et les faubourgs Saint - Germain sont essentiellement méditerranés, (*), Ayez donc la vue nette de ce que vous faites. Souffrez que laissant là la politique, je vous trans-
(*) L’aristocratie anglaise, fort grande dans les comtés, est inaperçue, insensible h Londres. Ce n’est pas Farîstocratie qui y produit le mouvement de commerce qui, en 1 8 s 3 , a montré dans le port de Londres des valeurs pour la somme de 1,700,000,000 francs. L'aristocratie russe est à Moscou, et non a Pétersbourg, ville de cour, de gouvernement et de commerce,
Tl n'y a pas d'aristocratie a Hambourg , à Amsterdam; mais il y en a a Vienne, il y en avait a Varsorie. L'aristocratie espagnole se trouve a Madrid, au centre de la Castille :
porte dans un champ où se Irou vent plus de gloire et moins de sécheresse.
Si jamais le pouvoir sur ses semblables peut paraître grand et avoir des attraits, c’est quand il peut être employé au service de l’humanité. Si tu es un dieu, disait un Scy the à un conquérant, tu dois faire du bien aux hommes : voilà ce que la Grèce etFAmérique adressent aux dépositaires des pouvoirs européens : aidez-nous, leur disent-elles, à compléter notre existence ; ne fermez pas les oreilles aux acclamations de ces innombrables générations dont vous hâterez la naissance , et dont un murmure précurseur apporte à vous la reconnaissance : voyez l’Europe enrichie, embellie par cte que nous nous apprêtons à faire pour elle ; vous pouvez avoir part à tous ces biens et à toutes les bénédictions qu’ils mériteront à leurs auteurs : activer la vie d’un monde nouveau, est supérieur à défendre dans l’ancien quelques débris des temps
la démocratie esta Cadix,et borde tout le littoral de la péninsule.
Paris est moitié moins aristocrate depuis qu’il est devenu la seconde ville commerciale de l’Europe, et la première ville manufacturière de France ; un port de mer à Paris, et voilà l’aristocratie noyée. Il y a plus d’hommes plus près d’une action que d’une réflexion.
de la barbarie complète, ou du moyeu Age. Entre les hommes qui apparaissent à la ibis sur la scène du monde, il s’établit toujours une comparaison de renommée. A qui l’bistoire réserve- t-elle plus de gloire , du Haut Commissaire Maitland, ou de lord Byron, cette illustre victime delà Grèce ?.. Si celle-ci recouvre son Parnasse, le dieu qui l’habite avec son docte cortège acquittera la dette de la Grèce, en parant sa tombe d’un laurier immortel: ne troublons pas la cendre de l’autre.
Humanité, gloire, richesse, justice, vœu de l’univers, ô Grèce et Amérique, tout se trouve dans votre belle cause; tou! y parle à l’esprit et au cœur : puisse ce langage porter dans tous les esprits ces vives émotions! puisse le jour de la justice luire bientôt pour vous I ceux qui vous la refusent, ont, à vous en faire jouir, encore pins d’intérêt que vous-mêmes.
P OS T-SCKIPTUM.
L’iwpressioh de cet ouvrage touchait à sou terme, lorsque quatre éyénemens survenus en même temps ont rappelé noire attention sur un sujet que nous avions cru épuisé; ce sont:
i° La demande de la chambre de commerce de Paris, adressée au Iloi pour l’autorisation et la protection des relations commerciales avec l’Amérique.
2 ° La continuation de la destruction des forces espagnoles dans le Pérou,
3° L’exposé de la situation de la république de Colombie, fait à l’ouverture du congrès de Bogota.
4° Les annonces réitérées de relations établies entre les cabinets de la fédération continentale relativement à la Grèce.
Ces quatre incidcns ont une signification, et ne peuvent pas passer sans explications.
Au chapitre douzième, intittdé Vœu de
rope, il a été dit que la reconnaissance de l’Amérique était l’objet des désirs de tout le commerce européen, el que la France surtout sc voyait avec regret frustrée des avantages que l’Angleterre retire des relations libres et protégées avec l’Amérique . La chambre du commerce de Paris vient de donner une pleine confirmation à cet aperçu : ou ne peut douter que son exemple ne soit imité par toutes les chambres de commerce de la France. Celle pétition énonce des faits précieux â recueillir , et propres à fixer l’opinion : i° qu’en 1824? I e commerce 11’a exporté pour toutes nos colonies que 8,000,000 fi’, et 25,000,000 pour l’Amérique espagnole. Elle énonce l’opinion que ce commerce est susceptible d’une. grande extension, et que surtout l’industrie parisienne y trouvera de vastes débouchés. * y
2 0 Les publications officielles sur la destruction des forces espagnoles au Pérou achèvent la démonstration de l’extinction de la puissance espagnole, dans ces contrées; elle y a péri sans retour. Toute entreprise ultérieure par les armes serait une extravagance ruineuse et homicide. Par conséquent, il ne reste plus qu’à s’arranger avec l’Amérique, Dans cette occasion, a paru de nouveau la tactique employée depuis dix ans pour égarer le publia, sur les affaires de T Amérique,. La veille même du
jour ou les nouvelles officielles du Pérou sont arrivées , les organes ordinaires de ces déceptions usaient de leurs sophismes accoutumés pour détruire la croyance aux premiers avis qui en avaient été reçus j et qui avaient suffi à la conviction de tous les bons esprits : pour quelques pièces d’argent, ces hommes attiseraient Fincendie de Punivers (*}. On peut appliquer à ces décepteurs ce
C) Les événement du Pérou renferment deux grands enseignemens*
Nouveau Wasingthon, Bolivar remet le pouvoir* belle leçon pour les ambitieux de l’Europe, et pour les spéc u] a tours sur son atn bit ion person nelîe.
^ û * La capitulation afécôrdée a Farinée espagnole, modèle de raison et d’humanité : après le combat > il idy a plus que des hommes : déjà 5 ne s J est-on pas fait assez de mal en se combattant?
<tArt*Iy. Aucun individu ne pourra être recherché pour sés opinions avant le changement du gouvernement* n Voilà une amnistie qui n’est ni morcelée, ni un piège*
« Art* V * Les propriétés des Espagnols absens seront respectées.Les Espagnols en font-ils autant entre-eux,
même en Espagne? En auraient-ils fait autant s’ils avaient triomphé ?
« Art VI, Tous les officiers prisonniers seront mis de suite en liberté. »
y Art VII, Les dettes contractées par le gouvernement espagnol sont reconnues par le gouvernement du Pérou- »
que le ministre Gara y, dans son mémoire, dit au roi d’Espagne : Le ministre desjinances de votre, majesté nest occupé que de tromper et de mentir, 3 Û La séance Couverture de Bogota oflre plusieurs circonstances remarquables : i° la forme du discours du président. Depuis long-temps , nous faisons remarquer que les chancelleries de ces nouvelles contrées ne le cèdent en rien à celles de l’Europe, et quelles sont exemptes de beaucoup de défauts qui défigurent celles-ci* On trouve*, dans la pièce de Bogota, méthode, clarté, franchise, point de redondance, d’ambiguité, de paroles superbes : tout est positif et net. Chose remarqua¬
ble, d’après cette pièce, le défaut de reconnaissance, exgrimé dans les Jettresde créance des consuls anglais, les a faitrefuser par le 'gouvernement de Colombie, de manière à ce qu’ils Ue soient que tolérés, 3 ° Elle fait observer que les Etats-Unis ont reconu le gouvernement de Colombie. Cette fei>
En Amérique, on paie les dettes de ses ennemis; en Espagne on refuse de payer ceux qui nous ont nourris, et que nous avons sollicités. Qui des deux aura le plus decrédit?
Tout cela est fort instructif, et fait pour parler il Pesprit de tout homme sensé. L'Amérique nous envoie quelque chose qui vaut mieux que de Par, ï*exemple de la vertu: puisse-t-il ne pas se perdre au milieu de fies dissipations !
mêlé de la part de ce gouvernement ludique ; 1* qu’il ne se désistera jamais sur ce préliminaire ; 3^ que ce qu 5 il a fait à Fégard de l’Angleterre, dont il a tant à attendre } k plus forte raison il le fera envers les autres puissances moins maritimes ; 3 ° que depuis la victoire décisive sur FEspagne, le gouvernement sera encore plus strict sur cette reconnaissance préalable; 4 ° q u> ü sent*sa force et la puissance dti moyen qu’il peut employer pour se fane rendre justice, en ouvrant ou bien en fermant ses portes. 5 ° Le rapport colombien fait connaître, i° les ombrages causés par des Français arrivés k bord d’une frégate française; 2 ° le refus d’un traité défensif avec Haiti. Les motifs allégués par le gouverne oient col ombi enreum^sï^Tit tout ce que la justice et la prudence peuvent faire désirer : eette conduite équitable, et mesurée tout-à-la-fois, lionore le discernement et la moralité du gouvernement de Colombie, et montre que les relations avec FAmérique ont autant de garanties qu’elles peuvent eu obtenir en Europe,
Cet exposé de Bogota est le thermomètre moral * de la république de Colombie : il n’oiiVe rien que de satisfaisant pour elle, et de rassurant pour ceux qui auront le bon esprit de s 7 en rapprocher.
4 ° Le secret des conférences qui passent pour avoir eu la Grèce pour objet, est resté dans les ca-
i>iuels qui en ont été les théâtres; cependant il a été répandu qu’il était question de rétablissement d’une royauté en Grèce. On a été jusqu’à nommer les candidats; car, dès qu’il y a vacance quelconque, aussitôt il y a candidature. Là, comme pour les institutions, il doit y avoir eu partage, chacun voulant faire prévaloir son client* Cette prétention nouvelle mérite d’être examinée sous plusieurs rapports.
i Q 11 n’est plus question de détruire la révolution de la Grèce, mais de lui donner une forme. 11 y a loin de là à tout ce dont elle était menacée à son début m f c’est déjà un grand pas de fait. 2° À quel objet bornerait-on cette royauté? Serait-ce à l^Grècg avec le statu quo? Dans cet état , à quoi servirait-elle à l’Europe et à ellemême? De quel poids serait-elle dans la balance politique? Comment se suffirait-elle à elle-même contre les Turcs? Les îles grecques en feraientelles partie? On n’aperçoit dans ce plan aucune trace de calcul; il ne satisfait à aucune condition, ni à aucun intérêt public ; ce n’est qu’un réchauffé de ces ombrages de la vieille diplomatie, qui consistait en ce que les forts ne voulussent autour d’eux que des faibles pour les dominer. Si l’on a recherché des dédommagemens pour ceux qui n’ont pas su garder leur trône, ou pour ceux que
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lés coups du sort ont empêché d’occuper ceux qui les attendaient, cela rentre dans la classe des intérêts privés, et le sort des nations ne doit pas être subordonné à ceux-ci. C’est le renversement de l’ordre social : les sociétés ne sont point faites pour des individus ; mais tons les individus sont faits pour elles.
a® Ici revient la question de droit : la Turquie ou la Grèce ont-elles demandé un souverain à la fédération? celle-ci est-elle souveraine du territoire sur lequel elle semble se disposer à prononcer? a-t-elle pris part à la guerre qui a eu lieu entre la Turquie et la Grèce? à quel titre donc prendrait-elle part à la conclusion? tout son droit se réduit a sëpreserver "tfe?"'dommages positifs, s’il y en avait de réels, et non pas controuvés par la force frauduleuse; à son égard le droit së borne là ; pour tout autre, il est complètement absent ; et quand le nom du droit est si souvent invoqué, comment la réalité peut-elle en être séparée?
Quant à l’établissement monarchique à former en Grèce, nous n’avons pas dissimulé notre manière d’envisager lés diverses institutions qui régissent les sociétés humaines. Toutes sont bonnes en elles-mêmes, lorsqu’elles remplissent le but des sociétés, qui est et qui né peut être autre que le
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bien des sociélaires. La royauté est une belle et noble institution ; mais ce n’est pas la royauté telle que Samuel la dépeint, mais telle que Fénelon « la montre. 11 ne faut pas plus de royauté de l’Orient, que de royaume de Salente; tout doit se passer par raison entre les hommes; il eu est de la royauté comme de toutes les autres institutions humaines; le type essentiel n’existe pas; les formes en ont varié, et varient en mille lieux; simple, partagée, héréditaire, élective, absolue, limitée, elle a existé et existe sous toutes les formes ; il n’y a d’essentiel que l’existence même du monarque, et l’exercice du podv oir suffisant pour bien remplir les fonctions de la royauté ; les lois de chaque
pays règlent cette partie^..le besoin delà monarchie varie suivant l’état des sociétés; les monarchies sont fort utiles, pour ne pas dire indispensables dans des sociétés trop peu avancées pour se diriger elles-mêmes; l’état républicain est un état de lumières générales; c’est le defaut de genei alite de lumières dans la masse, qui a perdu les républiques anciennes, et sa présence qui peut conserver les nouvelles. Dans les anciennes, quelques grands citoyens, dominant toute la masse, représentaient des rois; c’est pour la possession dç ce trône qu’ont combattu Marius et Sylla, César et Pompée, Octave et Antoine; les généraux d’A-
lexandre se trouvèrent rois à sa mort, et se partagèrent son empire. 0c pareilles républiques ne peuvent subsister, et se résolvent nécessairement en monarchies. La royauté est excellente dans les sociétés riches, nombreuses, policées, pour contenir, par une barrière inébranlable, des ambitions égalitaires, qui feraient éclater des oragesj mais cette institution préservatrice doit reposer sur des lois fixes, certaines, en un mot, être constitutionnelle, avec sincérité et intégralité; la royauté, comme toutes les choses d’ici bas,doit être appropriée aux temps, aux choses, aux hommes; il ne faut pas charger ceux-ci plus Qu’ils ne veulent ou plus qu’ils ne peuvent porter : les Européens ne pourraient pas supputer Toyautésde l’Asie, l’Angleterre celles du continent, la l'iance, après la Charte, la monarchie avant la Charte. Pour revenir à la question qui nous occupe, demandons de quelle nature serait la royauté de la Grèce, imposée ou volontaire. Imposée, de quel droit? qui obligerait-elle? où serait sa légitimité? A coup sûr, elle ne réclamerait pas le droit divin, et pas davantage le droit légitimaire: où résiderait donc le principe de son autorité? Le caractère royal ne se confère pas comme les caractères religieux. Cette royauté serait-elle volontaire, c’est-à-dire acceptée? alors c’csl aux intéressés à prendre
leurs sûretés; on peut préjuger que les royautés basées sur les principes de Laybach, ou sur les exemples de Madrid, de Naples et de Lisbonne, ne présenteront pas des attraits propres k décider celte acceptation. Restera ensuite à arranger toute cette affaire avec les Turcs; et là se présenteront de nouvelles difficultés. Comme ou voit, il y a ici une grande complication , et Ton ne peut pas aller aussi vite que le veulent beaucoup d’hommes*
Après tout ce qui a été dit dans le cours de cet écrit, il est inutile (le s’appesantir sur deux questions: i° s 7 il est bon que la Grèce soit une monarchie ; 2° si ffntérél du principe monarchique exige cette érection d’une nouvelle royauté, et si Von veut opposer une masse monarchique en Europe à une masse républicaine en Amérique, en compensant en quelque sorte les pertes dans le nouveau monde, par des acquisitions dans Vaneien : ici il s'agit àe convenances , et nous parlons du droit
On aurait de la peine a prouver qu’un peuple soit astreint à accepter une institution, en vue de la stabilité des institutions de ses voisins. Au fond du raisonnement contraire, on sent distinctement une épée.
Terminons cette discussion, en disant que les destinées du monde viennent d’être fixées dans
les plaines qui ont été les témoins de la dernière défaite de l’Espagne, et que les champs d’Atacucbo ont été pour le monde ce que Pharsalc fut pour Rome, et Waterloo pour celui qui, pendant tant d’années, avait maîtrisé la victoire : ce sont de ces coups dont on ne relève pas.
On vient de porter à la connaissance du public la correspondance entre le gouvernement grec et anglais. Les s.entimens exprimés par les Grecs sont précisément ceux (pie nous leur attribuons dans le cours de cet ouvrage, la ferme résolution de mourir plutôt que de renoncer à leur indépendance et de subir les lois des étrangers. Le ministre anglais, Canning, assure la Grèce de la neutralité la plus entière, rejette les plans qui ont circulé dans le public, et déclare que la Turquie ne veut entendre à aucun arrangement. Le ministre anglais déclare que si sa médiation était réclamée par la Grèce, il l’offrirait aussi à la Porte ottomane, et se concerterait avec les autres puissances. Là est le vrai système, elle salut de la Grèce.