‹ Vrai système de l'Europe relativement à l'Amérique et à la GrèceChapitre 34 sur 35 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Résumé.

La révolution de l’Amérique est parvenue à son terme ; celle de la Grèce y marche aussi. L’Amérique n’a plus d’ennemis armés contre elle, ni audedans, iii au-dehors; la Grèce peut avoir plus à craindre de ses voisins que de ses ennemis mêmes. Ces deux révolutions entretiennent des dissensions sourdes entre les divers gôuverneraens ; elles sont dangereuses pour le repos de l’Europe ; la paix dans celle-ci ne sera affermie que par la solution complète de ces deux révolutions,

Elles sont en rapport avec l’état général du mondé; elles ne sont pas le produit de l’esprit révolutionnaire ; leur étendue, leur facilité, leur rapidité, prouvent qu’elles étaient dans la nature même des choses.

Ces deux révolutions tiennent au droit primitif, qui est le droit général de l’humanité, et celui des associations humaines. Les oppositions a ces révolutions ne sont que du droit secondaire. L’A-

mérique n’a pas été créée ni faite pour l’Ejspague ; elle lui appartient par droit de conquête : ce genre de propriété, est valable contre les peuples coloniaux au même titre ; mais il est de nulle valeur contre l’Amérique.

Les colonies sont régies par le même ordre que les familles privées ; elles ont, comme elles, leur minorité, leur majorité, et elles veulent user des droits que celle-ci confère.

L’Amérique colonie jouissait d’un grand nombre de supériorités sur l’Espagne métropole.

L’Espagne a appliqué à l’Amérique le système que Philippe second lui avait imposé à elle-même; ce système a fait le malheur de l’Amérique, comme il avait fait celui de l’Espagne. Ce qu’il y a eu de bien fait en Amérique, provient d’elle-mème, et non pas de l’Espagne.

La révolution de l’Amérique a été aussi mal jugée par l’Europe, que mal combattue par l’Espagne. On a prodigué les outrages à l’Amérique et les déceptions à l’Europe, sur cette révolution. On a irrité l’Amérique, et on l’a affermie dans sa résolution.

L’Espagne a perdu l’Amérique, et la Turquie a perdu la Grèce, pour être restées toutes les deux stationnaires et hors de la civilisation, au milieu du mouvement du monde et des progrès delà civilisation; - . »

La raligion fait la différence entre l'Espagne et la Turquie.

La perte de F Amérique peut être compensée par Y Espagne ; celle de la Grèce ne peut pas l’être par la Turquie*

L’Europe gagne à ces deux révolutions en richesses , en civilisation, en facilité déplacement pour le surcroît de ses talens et de sa population inoccupés. Par le retard de la reconnaissance de FAmérique, F Europe perd tout ce qu’elle aurait à gagner par les accroisseinens que cette reconnaissance procurerait à FAmérique : l’Europe n’a plus qu’un intérêt avec l’Amérique 9 celui de la taire prospérer 5 cette prospérité deviendra celle de l’Europe même: * -

Le vœu unanime de l’Europe est pour la reconnaissance de F Amérique.

L’Europe souffre d’être privée des avantages qu’elle voit l’Angleterre retirer de cette reconnaissance.

L’Espagne ne peut plus faire la guerre à l’Amérique^ celle-ci est plus forte que l’Espagne : elle pourrait se défendre contre l’Europe. Une guerre contre l’Amérique est pleine de dangers, et ruineuse pour les parties belligérantes : la guerre dévasterait FAmérique, et détruirait les avantages de son commerce pour l’Europe. Le fardeau de

cette guerre tomberait principalement sur la France. L’Europe ne peut pas occuper militairement l’Amérique.

La restauration en Amérique serait plus difficile , et encore plus désastreuse quelle l’a été en Espagne.

La guerre n’aura pas lieu contre 1 Amérique . on espérera dans les troubles intérieurs et dans les ambitions privées. Cet espoir sera déchu.

L’Europe n’a rien à craindre des progrès à venir de l’Amériquej elle la dépasse en population, en civilisation ; elle fera des progrès corresponds ns à ceux de l’Amérique.

Vile de Cuba ne sera ni espagnole, ni anglaise, ni américaine, mais uidépendante. Elle suffit poui la formation d’un état indépendant. Porlo-Ricco l’imitera et s’unira à elle. Là finira le système colonial des Antilles. L’indépendance du continent américain a changé toutes les bases de ce système.

L’Europe n’a plus besoiu de la souveraineté des colonies qui ont le goût de ses productions, et qu’elle dépasse en industrie. L’Angleterre peut abandonner l’Inde, qui lui est inférieure en industrie, et qui a pris le goût des produits de Fin dustrie anglaise. Avec le temps, elle pourra faire de même pour scs colonies du Canada, de la 3 Vmrelle-Hollamle et de la pointe d’Afrique.

La révolution de l’Amérique prépare unegrande révolution dans l’ordre maritime de l’Europe ; elle aflrailcliira l’Europe de la supériorité maritime de l’Angleterre. Sans cet auxiliaire, les marines de 1 Europe sont des aberrations ruineuses pout elle; cette théorie s’applique plus particulièrement à la France (*).

Le traité d’Ltreclit n’oblige pas la France, la

O Cette opinion est mise hors de toute contestation, par les faits de la guerre de la révolution.

Depuis i jusqu’en 1814, l’Angleterre a pris ou de" truit à toutes les puissances belligérantes, vaisseaux'de

BStimens déftjéfndre force,au mou" . 200 De manière à ce que tous les chantiers de l’Europe n’ont fait que travailler à la décharge de ceux de l’Angleterre.

Depuis 1814, la marine française a coûté près de six cents millions.

Dix frégat^ ou cutters auraient feit tout ce qu’elle a fait avec ces énormes frais. Que ne ferait-on pas avec si^ cents millions, soit en dégrèvement d’impôts, soit en accroïssemens de moyens de productions.

L’état du monde commercial étant changé, Tétât militaire maritime de l’Europe doit suivre ce changement.

Ce sujet .tient aux plus grands intérêts de la Fxance, et son importance m’avertit de la nécessité cTy revenir, et do le traiter quelque jour d’une manière plus explicite.

Hollande et l’Angleterre, à garantir à l’Espagne la possession de ses colonies.

L’Europe n’a pas le droit d’intervenir dans l’affaire de l’Amérique, ni à titre de dommage positif, ni à titre général de révolution, ni à titre de contagion morale.

Les degrés de l’intérêt des puissances dans l’affaire de l’Amérique dépendent de leur état maritime et commercial.

La différence entre la sociabilité de l’Amérique et celle de l’Europe est la cause réelle dé l’éloignement qui, en Europe, est montré contre la révolution de l’Amérique.

Les faits passés dans les monarchies européennes, depuis 1763, ont influé sur la détermination de l’Amérique vers l’ordre républicain.

L’Europe ne connaît pas assez l’importance dé la révolution de l’Amérique ; elle n’y a pas porté assez d’attention.

L’on ne peut plus soumettre l’Amérique; on ne peut pas l’éviter, on né peut pas s’en passer : elle promet des biens infinis à tout le monde ; il ne reste donc plus qu’à la reconnaître. *

La reconnaissance de l’Amérique doit être pleine et entière; elle n’en acceptera pins d’autre. Celte reconnaissance est le préliminaire indispensable de toute négociation avec elle, comme avec

Saint-Domingue : le vrai système de l’Europe est dans cette reconnaissance prompte et définitive.

Le vœu unanime de l’Europe est pour cette reconnaissance.

La légitimité tîe FEspagne n’est plus mi obstacle contre cette reconnaissance : celle-ci n’est plus que la reconnaissance d’un fait irréformable ; et les retards sont très préjudiciables à l’Europe, surtout a la France.

Les refus on les retards de la reconnaissance de 1 Amérique ne peuvent pas durer* L 3 Amérique ]>eut user de représailles contre les retardataires, ne pas les reconnaître, et leur interdire le commerce avec elle, La France a plus à perdre par ces retards que la fédération continentale*

Les accroissemens à venir de la population et de la puissance des états deFAmérique, ainsi que les formes de gouvernenaens qu’ils pourront adopter dans le cours des âges, ne doivent pas entrer en considération dans la reconnaissance actuelle de F Amérique,

Saint-Domingue ne peut plus être colonie; il plus d’intérêt qu’à favoriser le développement de sa population : toute attaque contre Saint- Domingue est une aberration ruineuse et inhumaine.

La révolution de F Amérique constituée en ré-

publique produit un ordre nouveau dans ses relations av ec la cour de Rome ; cette cour aura besoin du plus grand discernement dans sa conduite a I egard de l’Amérique, pour conserver le lien qui doit les tenir unies, et pour faire qu’il ne se brise point par les inconvéniens attachés à la grande distance de l’Amérique et à l’étendue de ses besoins spirituels.

La Grèce est supérieure en forces à la Turquie; celle-ci ne peut plus remettre la Grèce sous le joug. La Grèce triomphera dans la cinquième campagne, comme elle l’a fait dans les quaire précédentes. Aucune espèce d’interventioii n’est légitime dans l’affaire de la Grèce : la direction, ni la disposition dg la Grèce, ne le sont pas davantage. Toute intervention eût été fatale à la Grèce; elle ne doit en admettre d’aucune espèce, mais faire ses affaires elle-mème.Tout système partiel appliqué à la Grèce manque le but de la civilisation et le but européen d’élever une barrière contre l’agrandissement de la Russie. La Turquie ne peut plus servir de barrière contre elle : la Grèce doit la remplacer dans ce rôle; sous ce rapport, sa révolution est une bonne fortune donnée par le ciel à l’Europe.

Le système de François I" et de Louis XIV, pour faire de la Turquie une barrière contre les puissances prépondérantes dans 1 Orient, esl use.

La Turquie ne peut pas servir de barrière contre la Russie > l’Europe ne peut pas se passer d’une barrière contre elle dans le midi ; la Grèce vient la lui offrir : pour cela , il faut qu’elle occupe toute la Turquie d'Europe. Cette position est presque insulaire, Dans cette conformation, la Grèce ne peut être ni conquérante, ni conquise : son emploi sera de surveiller la Russie au midi, et la Turquie à Porient : sa position en fera une puissance maritime.

La nouvelle formation de la Grèce est toute d’avantages pour PEuropej elle n’enlève rien à aucun de ses membres 3 elle ne lui demande ni hommes, ni argent, mais seulement de ne pas la troubler par une intervention sans droit et sans relation avec ses intérêts. Tout empêchement apporté à cet établissement de la Grèce est à la fois contraire aux Besoins de l’Europe et à ceux de la civilisation : ce serait la perte d’une occasion qui ne se représentera jamais. C’est un faux jugement que de juger de la Grèce libre par la Grèce asservie. L’expérience de l’Amérique prouve que les peuples qui se régénèrent acquièrent promptement, au moyen de la nouvelle civilisation, un haut degré d’amélioration dans leur moral et dans toutes les parties de leur gouvernement.

À la Grèce seule appartient le droit de dé ter-

miner la nouvelle forme de son gouvernement, et il*eu choisir les chefs, Dès que cette forme de gouvernement ne renferme rien de contraire au principe de la société, aucun pouvoir étranger n*a lé droit de s’en mêler.

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