‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 127 sur 185 · ACTE I, SCENE VIII. jQ · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII. jQ

L'humble toit de mon Astasie Est consumé par l'incendie...

ATAR

Grâce an ciel , mes serments vont être dégagés ! Soldat, qui m'as sauvé la vie.

Reçois en pur don ce palais Que dix mille esclaves Malais Ont construit d'ivoire et d'ébene :

Ce palais , dont l'aspect riant Domine la fertile plaine Et la vaste mer d'Orient.

Là , cent femmes de Circassie , Pleines d'attraits et de pudeur.

Attendront Tordre de ton cœur, Pour t'enivrer des trésors de l'Asie.

Paisse de ton bonheur l'envieux s'irriter! Puisse l'infarae calomnie , Pour te perdre , en vain s'agiter...!

A LT AM O R T, bas.

Mais , Seigneur, ta haut esse oublie...

ATAR , bas.

Je l'élevé , Altamort , pour Je précipiter.

( Haut, )

Allez, visir, que l'on publie...

TARARE

o mon roi ! ta bonté doit se faire adorer.

Des maux du sort mon ame est peu saisie ; Mais celui de mon cœur ne peut se réparer ; Le barbare emmené Astasie.

ATAR, avec un signe d'intelligence.

Quelle est cette femme , Altamort ?

ALTAMORT.

Seigneur, si j'en crois son transport , \ Quelque esclave jeune et jolie.

TARARE, indigne.

XJne esclave ! une esclave ! Excuse, o roi d'Ormus !

itJ4 TARARE.

A ce nom odieux tous mes sens sont émus.

Astasie est une déesse.

Dans mon cœur souvent combattu , Sa voix sensible , encbanteresse , Faisoit triompher la vertu.

D'une ardeur toujours renaissante, J'offrois sans cesse à sa beauté.

Sans cesse à sa beauté touchante , L'encens pur de la volupté.

Elle tenoit mon ame active Jusque dans le sein du repos ; Ah ! faut-il que ma voix plaintive En vain la demande aux échos ?

Quoi , soldat, pleurer une femmej

Ton roi ne te reconaoit pas.

Si tu perds l'objet de ta flamme ,

Tout un .sérjii .t'ouvre ses bras.

Faut-il regretter quelques charmes

Quand on retrouve mille attraits.*'

Mais riiouneur qu'on peid dans les larmes ,

On ne le retrouve jamais.

T A R A B. E , suppliant.

Seigneui' !

ATAR

Qu'as-tu donc fait de ton mâle courage.'' Toi qu'on v.yoit rugir dans les combats; Toi qui forças un torrent d la n:ige , En transportant ton maître dins tes bras ! Le fc' , 1(^ feu , le sanq , et le carnage , N'ont ,amais [)u t'arraclier un soupir ; Et l'abandon a'une es.l ve volage Abat ton ame , et la force à gémir î

ACTEI, SCENE VIII. if,i

TA.RARE, \ ivempnt.

Seigneur, si j'ai sauvé ta vie , Si tu daignes t'en souvenir, Laisse-moi venger Astasie Dn traître qui l'osa ravir.

Permets que . déployant ses ailes , Un léger vaisseau de trant^port Me mené .vers ces infidèles, Clierchtr Astasie ou la mort.

Page 1