‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 21 sur 185 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE COMTE

JL uisqu'enfin je suis seul, lisons cet étonnant écrit, qu'un hasard presque inconcevable a fait tomber enîre mes xnaius. ( Il tire de ?oa sein la lettre de l'écrin, et la lit en pesant sur tous les mois, ) « Malheureux in- « sensé ! notre sort est rempli. La surprise nocturne « que vous avez o.'é me faire, dans un château où « vous fûtes élevé, dont vous conuoissiez les détours; « la violence qui s'en est suivie ; enfin votre crime , « — le mien... ( Il s'an-è(e. ) le mien reçoit sa juste « punition. Aujourd'hui, jour de Saint-Léon, patron « de ce lieu et le vôtre, je viens de ujettre au monde « un lils, mon opprobre et mon désespoir. Grâce à « de tristes précautions , l'honneur est sauf; mais la « vertu n'est plus. — Condamnée désormais à des « larmes intarissables , je sens qu'elles n'effaceront « point un crime... dont l'effet reste subsistant. Ne « me voyez jamais :c'est l'ordre irrévocable de la mi- « sérabie Piosine... qui n'ose plus signer un autre '< nom. ( 11 porte SCS mains avec la lettre à son frrinL, et BEAUMARCHAIS. 3. 4

se promené)... Qui n'ose plus signer un autre uom....-' Ah , Rosine ! où est le temps...? Mais tu t'es avilie. .! ( 11 s'agite. ) Ce n'est point là l'écrit d'une méchante femme! un misérable corrupteur.. Mais voyons la réponse écrite sur la même lettre, ( Il lit. ) « Puisque « je ne dois plus vous voir, la vie m'est odieuse , et « je vais la perdre a^ec joie dans la vive attaque d'un « fort, où jt* ne suis point commandé.

« .le vous renvoie tous vos reproches ; le portrait « que j'ai fait de vous, et la boucle de cheveux que « je vous dérobai. L'ami qui vous rendra ceci quand « je ne serai plus , est sûr. il a vu tout mon déses- « poir. Si la mort d'un infortuné vous inspiroit tia « reste de pitié ; parmi les noms qu'on va donner à « l'héritier... d'un aufre plus heureux...! puis-je es- « pérer ique le nom de Léon vous rappellera quelce quefois le souvenir du malheureux... qui expire « en vous adorant, et signe pour la dernière fois, Chérubin Léon , d'Astorga.

Puis , en caractères sanglants...! «Blessé à

«mort, je rouvre cette lettre, et vous écris avec « mon sang, ce douloureux, cet éternel adieu. Sou ^ « venez- vous... »

Le reste est effacé par des larmes... ( Il s'agite ).... Ce n'est point là non plus l'écrit d'un méchant homme! Un malheureux égarement.,, ( Il s'assied et reste absorbe'. ) Je me iens déchiré J

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