‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 3 sur 185 · TIN MOT · texte numérisé non relu

TIN MOT

c'est là le fond de son intrigue. Ainsi marclie le double plan que l'on peut appeler complexe.

Une telle action dramatique peut s'a[)pliquer à tons les temps , à tous les lieux où les grands traits de la nature, et tous ceux qui caractérisent le cœur de l'homme et ses secrets, ne seront pas trop mé-» connus.

Diderot comparant les ouvrages de Rioliardson avec tous ces romans que nous nommons V histoire ^ s'écrie , dans son enthousiasme pour cet auteur juste et profond : « Peintre du cœur humain ! c'est toi seul a qui ne ments jamais! » Quel mot sublime ! Et moi aussi j'essaie encore d'être peintre du cœur humain : mais ma palette est desséchée par l'âge et les contradictions. La Mère Coupable a dû s'en ressentir !

Que si ma foible exécution nuit à l'intcrèt de mou plan; le principe que j'ai posé n'en a pas moîrjs toute sa justesse! un tel essai peut inspirer le dessein d'en offrir de plus fortement concertés. Qu'un homme de feu l'entreprenne, y mêlant, d'un crayon hardi, V intrigue avec le pathétique ! Qu'il broie et fondesavammentiesvives couleurs de chacun! qu'il nous peigne à grands traits l'homme vivant en société, son état, ses passions, ses vices, ses vertus, ses fautes et ses malheurs, avec la vérité frappante que l'exagération même, qui fait briller le's autres genres, ne permet pas toujours de rendre aussi fidèlement! Touchés, intéressés, instruits, nous ne dirons plus que le drame est un genre décoloré, né de l'impuissance de produire ou tragédie, ou comédie. L'art aura pris un noble essor ; il aura fait encore un pas.

O mes concitoyens! vous à qui j'offre cet essai ! s'il vous paroît foible ou manqué , critiquez-le , mais sans m'injurier. Lorsque je lis mes autres pièces, on m'outragea long-temps pour avoir osé met-

SUR LA MERE COUPABLE. i3

treau théâtre ce jeune Figaro, que vous avez aimé depuis. J'élois j'^ime aussi , j'en riois. En vieillissant l'esprit s'altrisîe; le «aractere se l'embrunit. J'ai beau faire, je ne ris plus quand un méchant ou ua fripon icculte à ma personne, à l'occasion de mes ouvr.iges: on n'est pas maître décela.

Critiquez la pièce : fort hien. Si l'auteur est trop vieux pour en tirer du fruit, votre leçon peut profiter à d'autres. L'injure ne proiite à personne, et même elle n'est pas debongoùl. On peut offrir cette remaujue à une nation renommée par son ancienne politesse, qui lafaisoit servir de modèle en ce point, comme elle est encore aujourd'hui celui de la haute vaillance.

ÎEAUMARCUAIS. 3.

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