‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 63 sur 185 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LE COMTE, BEGEARSS

LE COMTE, la regarclanl aller.

Je ne reviens pas de mon étonnement. Je m'attcndois à des débats , à des objections sans nombre ; et je la trouve juste, bonne , généreuse envers mon enfant : moi qui lui sers de mere^ dit-elle... Non , ce n'est point une méchante femme ! elle a dans ses actions une dignité qui m'impose...; un ton qui Lrise les reproches, quand on voudroit l'en accabler. Mais , mon ami, je m'en dois à ni'u-mème , pour la surprise que j'ai montrée en voyant bmier ces papiers.

BÈGEÀRSS.

Quant à moi , je n'en ai point eu , voyant avec qui vous veniez. Ce reptile vous a sifflé que j'elois là pour trahir vos secrets? De si basses imputations n'atteignent point un homme de ma hauteur : je les vois ramper loin de moi. Mais , après tout , monsieur, que vous importoient ces pj^piers .^ u'aviezvous pas pris malgré moi tous ceux que vous vouliez garder .•' Ah ! plût au ciel qu'elle m'eût consulté plus tôt ! vous n'auriez pas contre elle des preuves sans réplique!

i-E COMTE, avec douleur.

Oui , sans rt'plique ! ( Avec ardeur ). Otons-les de mon sein: elles me brûlent la poitrine. (U tire la lettre de son seiu et la met dans sa poche. )

BÉGEARSS continue avec douceur.

Je combartrois avec plus d'avantage en faveur du fils de la loi ! car enfin il n'est pas comptable da triste sort qui Fa mis dans vos bras .'

LE COMTE reprend sa fureur.

Lui, (laus mes bras? jamais.

Il n'est point coupable non plus dans son amour pour Florestine : et cependant , tant qu'il reste près d'elle ,puis-je m'unira cette enfant qui , peut-être éprise elle-même ne cédera qu'à son respect pour vous.^ La délicatesse blessée...

LE COMTE

Mon ami, je t'entends! et ta réflexion me décide à le faire partir sur-le-champ. Oui , je serai moins malheureux, quand ce fatal objet ne blessera plus mes regards : mais comment entamer ce sujet avec elle ? voudra-t-elle s'en séparer i' il faudra donc faire un éclat?

BÉGEARSS

Un éclat....' non... mais le divorce accrédité chez cette nation hasardeuse vous permettra d'user de ce moyen.

LE COMTE

Moi, publier ma honte! quelques lâches l'ont fait... c'est le dernier degré de l'avilissement du siècle. Que l'opprobre soit le partage de qui donne un pareil scandale, et des fripons qui le provoquent.

BÉGEARSS

J'ai fait envers elle, envers vous, ce que l'honneur me prescrivoit. .le ne suis point pour les moyens violents, surtout quand il s'agit d'un fils...

LE COMTE

Dites ei'a/i étranger, dont je vais hâter le départ.

BÉGEARSS

IV'oubliez pas cet insoleut valet.

J'en suis trop las pour le garder. Toi, cours, ami, chez mon notaire ; retire , avec mou reçu que voilà ,

7» .ft.\jXJC. AAA, OV^rix^JC lA.

mes trois millions d'or déposés. Alors tu peux a juste titre être généreux au contrat qu'il nous faut brusquer aujourd'hui. ..car te Aoilà bien possesseur... (Il lui remet le rpçu ; le prend sous le bras , et ils sortent. ) ft ce soir, à minuit, sans bruit , dans la chapelle de madame... (On n'eatendpas le reste. )

Tiy DtJ TROISIEME ACTE.

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