‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 68 sur 185 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

LÉON, BEGEARS.

LÉON. '

Monsieur Bégearss , je suis au désespoir,

BÉGEARSS , d'un ton protecteur.

Qu'est-il arrivé , jeune ami ?

LÉON

Mon père vient de me signifier , avec une dureté.... que j'eusse à faire , sous deux jours, tous les ajjprêts de mon départ pour Malte. Point d'autre train , di(-il , que Figaro , qui m'accompagne , et un valet qui courra devant nous.

BÉGEARSS

Cette conduite est en effet bizarre pour qui ne sait pas son secret ; mais nous , qui l'avons pénétré, notre devoir est de le plaindre. Ce voyage est le fruit d'une frayeur bien excusable. Malte et vos

50 JL il iVlilHr, <^ W U. l'Ali J. t,.

vœux ne sont que le prétexte un amonr qu'il redoute est son véritable motif ?

LÉON, avec doLileui-.

Mais , mou ami , puisque vous 1 épouse/. ?

bÉgearss, coufidenticllemeut.

Si son frère le croit utile à suspendre untâcheux départ.... Je ne verrai qu'un seul moyen...

LÉON

, O mon ami ! dites-le moi .•*

B É G E AR s s.

Ce seroit que madame votre mère vainquît cette timidité qui J'emiièche , avec lui , d'avoir untopinion à elle ; car sa douceur vous nuit bien plus que ne fcroit un cî^ractere tro[> ferme. — Supposons qu'on lui ait donné quelque prévention injuste : qui a le droit , comme une mère , de rappeler un ppreà la raison ? Engagez-la à le tenter,... non pas aujourd'hui, mais.... demain , et sans y mettre de foiblesse.

LÉON

Mon arai , vous avez raison ; cette crainte est son vrai motir. Sans doute il n'y a que ma mère qui puisse le faire clianger. La voici qui vient avec celle...... que je n'ose plus adorer. (Atcc douleur.)

O mou ami , rendez-la bien heureuse .' BÉGEARSS, caressant.

En lui parlant tous les jours de son frère.

vSCENE VI.

LA COMTESSE , TLOllESTINE , BEGEARSS , SUZANNE , LEuN.

■7.À. C031TESSE . coiftee . parce , portant une robe rouge et uoire, et sdu Louquet de même couleur.

Snzanne , doune mes diamants.

( Suzauue va les chercher. ) B É G E A R s S . affectant de la dignité.

Madame , et vous mademoiselle, je vous laisse avec cet ami ; je conllime d'avance tout ce qu'il va vous dire. Hélas ! ne pensez point au bonheur que j'aurois de vous appartenir à tous ; votre repos doit seul vous occuper. Je n'y veux concourir que sous la forme que vous adoj)terez : mais , soit que mademoiselle accepte ou non mes offres , recevez ma déclaration . que toute la fortune dont je viens d'hériter lui est destinée de ma part , dans un contrat , ou par un testament ; je vais en faire dresser les actes ; mademoiselle choisira. Après ce que je viens de dire, il ne convieudrolt pas que lua 2>résence ici gênât un parti quelle doit prendre en toute liberté; mais, quel qu'il soit, ô mes amis , sachez qu'il est sacré pour moi ; je l'adopte sans restrictioiT. ( Il saluf pronfonJémont, et sort. )

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