‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 67 sur 185 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BEGEARSS, SUZANNE

SUZANNE , accourant, fait uji cri d'etonnement , de voir un autrp (fue Figaro.

Ah ! ( A part. ) Ce n'est pas lui.

BEGEARSS

Quelle surprise ! Et qu'atteudois-tu donc ?

s u z A N N F. , se remcttaut.

Personne. On se croit seule ici.,..

BEGEARSS

Puisque je t'y rencontre , un mot avant le coinité.

SUZANNE

Que parlez-vous de comité ? Réellement depuis deux ans on n'entend plus du tout la langue de ce pays.

BEGEARSS., riant sardoniquement.

Hé , hé (Il pétrit dans sa Jjoîte une jirise de taLac.)

Ce comité, ma chère, est une conférence avec la comtesse , notre jeune pupille et moi , sur le grand objet que tu sais.

s UZ AN N E.

Après la scène que j'ai vue , osez-vous encore l'espérer.

BEGEARSS. bien fat.

Oser l'espérer .'.... Non. Mais seulement j»

l'épouse ce soir.

s tî z A N N E , vivement Malgré sou amour pour Léon !

BEGEARSS

Bonne femme , qui me disois ; « Si vous faites cela , monsieur.... »

SUZANNE

Eli ! qui eut pu Tiniaginer ?

bÉ GEARSS, prenant sou taJjac eu plusieurs fois.

Enfin , que dit-on ? parle-t-on ? Toi qui vis dans rintérieur , qui as l'honneur des confidences ; y pense-t-on du bien de moi ? car c'est là le point important.

s tJ Z A. N N E.

L'important seroit de savoir quel talisman vous employez pour dominer tous les esprits ? Monsieur ne j arle de vous qu'avec enthousiasme ; ma maîtresse vous porte aux nues ; son fils n'a d'espoir qu'en vous seul ; notre pupille vous révère... bÉGEARSS, d'un ton bien fat, secouant le tabac de son jabot.

Et toi , Suzanne , qu'en dis-tu .''

" SUZANNE

Ma foi , monsieur, je vous admire. Au milieu du désordre affreux que vous entretenez ici , vous seul êtes calme et tranquille ; il me semble entendre uu génie qui fait tout mouvoir à son gré. BÉGE-4.RSS, bien fat.

Mon enfant , rien n'est plus aisé. D'abord il n'est que deux pivots sur qui tout roule dans le monde, la morale et la politique. La morale, tant soit peu mesquine , consiste à être juste et vrai ; elle est , dit-on , la clef de quelques vertus routinières.

SUZANNE

Quant à la politique... ?

EÉGEARSS, avec chaleur.

Ah ! c'est l'art de créer des faits , de dominer , en se jouant , les événements et les hommes ; l'intérêt est son but ; l'intrigue son moyen ; toujours sobre de vérités , ses vastes et riches con-

ceptions sont un prisme qui éblouit. Aussi proloude que l'Etna , elle brûle et gronde longtems avant d'éclater au debors ; mais alors rien ne lui résiste ; elle exige de hauts talents ; le scrupule seul peut lui nuire. (Ea riant.) C'est le secret des négociateurs.

SUZ AN ÎT E.

Si la morale ne vous échauffe pas, l'autre en revanche , excite en vous un assez vif enthousiasme.

BÉGEARSS, averti , revient à lui.

Eh... ce n'est pas elle; c'est toi. — Ta comparaison d'un génie.... — Le chevalier vient ; laissenous.

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