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ebloulssinte , la rapprocher de la nature; riiitéièt du spectacle exigeant une vérité simple et naïve , incompatible avec ce luxe.
Cette réforme faite, heureusement pour nous, d'ins la poésie dramatique, nous resîoit à teuter sur la musique du tliéàrre. Or, s'il est vrai , comme on n'en peut douter , qae la musique soit à l'opéra ce que les vers sont à la tragédie, une expression plus figurée, une manière seulement plus foi te de ])résenter le sentiment ou la pensée; gardons^nous d abuser de ce genre d'affectation , de mettre trop de luxe dans cette manière de peindre. Une abondance vicieuse étouffe, éteint la yérité: l'oreille est rassasiée, et le cœur reste vide. Sur ce point, j'en appelle à l'expérience de tous.
Mais que sera-ce donc, si le musicien orgueilleux, sans goixt ou sans génie, veut dominer le poëte, on faire de sa musique une œuvre séparée.'* Le sujet devient ce qu'il peut ; on n'y sent plus qu'incohérence d'idées, division d'effets, et nullité d'ensemble; car deux effets distincts et séparés ne peuvent concourir à cette unité qu'on désire, et sans laquelle il n'est point de charme au spectacle.
De même qu'un auteur français dit à son traducteur: Monsieur, êtes-vûus d'Italie? Traduisez-moi cette œuvre en italien ; mais n'y mettez rien d'étranger. Poëte d'un opéra, je dirois à mon partenaire: Ami , vous êtes musicien : traduisez ce poëme en musique; mais n'allez pas, comme Pindare, vous égarer dans vos iînages, et chanter Castor et PoUux sur le triomphe d'un athlète; car ce n'est pas d'eux qu'il s'agit.
Et si mon musicieu possède un vrai talent; s'il réfléchit avant d'écrire ; il sentira que son devoir , que son succès consiste à rendre mes pensées dans une langue seulement plus harmonieuse ; à leur
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Jouner une expression plus forte , et non à faire une œuvre à part. L'imprudent qui veut briller seul, n'est qu'un phosphore, un feu follet. Cherche^t-il à vivre sans moi, il ne fait pins que A'égcter; un orgueil si mal entendu tue son existence et la mieune; il meurt au dernier cinip d'archet, et nous précipite à grand bruit, du théâtre au fond de l'Erebe.
Je ne puis assez le redire, et je prie qu'on y réfléchisse : trop de musique dans la musique est le défaut de nos gLands opéra.
Voilà pourquoi tout y languit. Si-tôt que l'acteur chante, la scène se repose ( je dis, s'il chante pour chanter), et par-tout où la scène repose, l'intérêt est anéauti. ;^iais , direz-vous , si faut-il bien qu'il chante, puisqu'il n'a pas d'autre idiome.-* — Oui; mais lâchez que je l'oublie. L'art du compositeur seroit d'y parvenir. Qu'il chante le sujet comme ou le versifie, uniquement pour le parer; que j'y trouve un charme de plus , non un sujet de distraction.
« Moi qui toujours ai chéri la musique, sans in- « constance, et mèu.e sans iniidélité, souvent aux « pièces qui m'a tacht-nt le pins , je me surprends à « pousyer de l'épaule, à dire tout bas avec humeur : «va donc, musique! Pourquoi tant répéter ;' iN'es- « tu pas assez lente.' au lieu de narrer vivement , tu <t rabâches : au lieu de peindre la passion , tu l'ac- « ci'oches oiseusement aux mots ! (i) »
Qu'arrive-t-il de tout cela ? Pendant qu'avare de paroles, le poète s'évertue à serrer son style, à bien concentrer sa pensée si le musicien, au rebours, délaie, allonge les syllabes, et les noie dans des fredons , leur ôte la force ou le sens ; l'un tire à
(i) Préface du Barbier de Séville.
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droite , l'autre à gauche ; on ne sait plus auquel entendre ; le triste bâillement nie saisit, l'ennui me chasse de la salle.
Que demandons-nous au théâtre? qu'il nous procure du plaisir. La réunion de tous les arts charmants devroit certes nous eu offrir un des plus vifs à l'Opéra ! N'est-ce pas de leur union même que ce spectacle a pris son nom :' Leur déplacement , leur abus en a fait un séjour d'cnuui.
Essayons d'y ramener lepbàsir, en les rétabli;;sant dans l'ordre naturel, et sans priver ce grand théâtre d'aucun des avantages qu'il offre : c'est une belle tâche à remplir. Aux efforts qu'on a faits depuis Iphigénie, Alceste, et le chevalier Gluck, pour améliorer ce spectacle, ajoutons quelques observations sur le poème et son amalgame. Posons une saine doctrine: joignons un exemple au précepte, et tâchons d'entraîner les suffrages par l'heureux concours de tous deux.
Souvenons-nous d'abord qvî'un opéra n'est point une tragédie , qu'il n'est ])oint une comédie, qu'il participe de chacune , et peut embrasser tous les genres.
Je ne prendrai donc point un sujet qui soit absolument tragique: le ton devieudroit si sévère, que îes fêtes y tombant des nues, en détruiroient tout l'intérêt. Eloignons-nous également d'une intrigue purement comique, où les passions u'ont nul ressort , dont les grands effets sont exclus : l'expression musicale y seroit souvent sans noblesse.
Il m'a semblé qu'à l'Opéra , les sujets historiques dévoient moins réussir que les imaginaires.
Faudra-t-il donc traiter des sujets de pure féerie.^ de ces sujets où le merveilleux, se montrant toujours impossible , nous paroîi absurde et choquant.^ Mais l'expérieact: a prouvé que tout ce qu'on dénoue
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par un coup de baguette , ou par l'intei'ventlon des dieux, nous laisse toujours le cœur vide; et les sujets mythologiques ont tous un peu ce dvfaat-là. Or . dans mon sTstème d'opéra , je ne puis être avare de musique qu'en y prodiguant l'intérêt,
N'oul lions pas sur-tout , que la marche lente de la musique, s'opposant aux développements, il faut que l'intérêt porte entièrement sur les niasses; qu'elles y soient énergiques et claires : car, si la première élo'iueuce au théâtre est celle de situât On, c'est sur-tout dans le drame chanté qu'elle devient indispensable, })ar le besoin pressant d'y suppléer aux mouvements de l'autre éloquence , dont on est trop souvent forcé de se priver.
Je penserois donc qu'on doit prendre un milieu entre le mer . eillenx et le genre historique. J'ai cru m'apercevoir aussi que les mœurs très civilisées étoient trop méthodiques pour y paroltrt- théâtrales. Les mœuis orientales . plus disparates et moins connues , laissent à l'esprit un champ plus libre, el me semblent très propres à remplir cet objet.
Par-tout où règne le despotisme , on conçoit des mœurs bien tranchantes. Là, l'esclavage est près de la grandeur; l'amour y touche à la férocité ; lespassitms d(-s grands sont sans frein. O.i peut y voir unies, dans le même homme, la plus imbécilie ignorance à la puissance dlimitée, une indigue et lâche fod)lesse à la plus dédaigneuse hauteur. Là , je vois l'ahus du pouvoir se jouer de la vie des hommes, de la pudicité des femmes; la révolte marcher de front aAec l'atroce tyrannie: le despote y fait tout tremoler, jusqu'à ce (ju'il tremble lui même; et souvent tous les deux se voient en même temps. Ce désordre convient au sujet; il monte l'imagination du poëte; il imprime un trouble à l'esprit, qui dispose aux étrange tés (selon l'expression de Montaigne, )
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Voilà les mœurs qu'il faut à l'Opéra ; elles nous permeltent tous les tons : Je sérail offre aussi tous les genres d'événements. Je j)uis jn'y montrer tour à tour, vif , imposant , gai , sérieux , enjoué , terrible ou badin. Les cultes, même orientaux, ont je ne sais quel air magique , je ne sais quoi de merveilleux ^ très propre à subjuguer l'esprit, à nourrir l'intérêt de la scène.
Ah I si l'on pouvoit couronner l'ouvrage d'une grande idée philosophique , même en faire naître le sujet ! je dis qu'un tel amusement ne seroit pas sans fruit ; que tous les bons esprits nous sauroient gré de ce travail. Pendant que l'esprit de parti , ri;;norance ou l'envie de nuire armeroitntla meute aboyante, le public n'en sentiroit pas moins qu'un tel essai n'est point une œuvre méprisable ; peut-être iroit-ii même jusqu'à encourager des hommes d'un plus fort génie à se jeter dans la carrière, et à lui présenter un nouveau genre de plaisir , digne de la première nation du monde.
Quoi qu'il en puisse être des autres, voici ce qu'il en est de moi: Tarare est le nom de mon opéra; mais il n'en est pas le motif. Cette maxime , à la fois consolante et sévère, est le sujet de mon ouvrage :
Homme ! ta grandeur sur la terre ]S 'appartient point à ton état; Elle est toute à ton caractère.
La dignité de l'homme est donc le point moral que j'ai voulu traiter, le thème que je : ie suis donné.
Four mettre en action ce précepte , j'ai imaginé dans Ormus, à l'entrée du golfe Persique , deux hommes de l'éi.ft k- plus opposé ; dont l'un, comblé , surchargé de puissance, un despote absolu d'Asie, a contre lui seulement un effroyable caractère. « Il
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« est né méc'baut , ai-je dit, voyons s'il sera maliieu- « reux. » L'autre, tiré des derniers rangs, dénué de tout, pauvre soldat, n'a reçu qu'un seul Lien du ciel, un caractère vertueux. «Peut-il être heureux a ici-bas ? »
Cherchons seulement un moyen de rapprocher deux hommes si peu faits pour se rencontrer.
Pour animer leurs caractères, soumettons-les au même amour; donnons-leur à tous deux le plus ardent désir de posséder la même femme. Ici . le cœur humain est dans son énergie ; il doit se montrer sans détour. Opposons passion à ] assion, le vice puissant à la vertu privée de tout, le despotisme sans pudeur à l'influence de l'opiniou publique ; et voyons ce qui peut sortir d'une telle combinaison d'incidents et de caractères.
Les Français chercheront le motif qui m'a fait donner à mon héros un nom proverbial. Il faut avouer qu'il entre un peu de coquetterie d'auteur dans ceci. J'ai voulu voir si, lui donnant un nom usé, qui jett€i-oit dans quelque erreur, qui leroit dire à tous nos bons piaisaats, que je suis un garçon jovial, et que l'on va bien rire, ou de lopéra , ou de moi , quand j 'aurai mis sur le théâtre Tarare-pompon en musique. Jai voulu, dis-je, voir si , lui donnant un nom insignifiant , je parviendrois à l'élever à un très haut degré d'estime avant la fin de mon ouvrage. Quant au choix du nom de Tarare, il me suffit de dire aux étrangers, qu'une tradition assez gaie, le souvenird'uncertain conte , nous rappelle^, enriant, que le nom de Tarare excitf>it un etonnement dans les auditeurs, qui le faisoit répéter à tout le monde aussitôt qu'on ieprononcoit. Hamilton, auteur de ce conté , a tiré très neu de parti d'une bizarrerie qu'il auroit ;hi rendre plus gaie.
Voici , moi , ce que j'en ai fait. De cela seul que BEAUMARCHAIS. 3. I2
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lajjcrsonne deTarare , en vénération chezlepeuple , est odieuse à mon despote, on ne prononce point son nou) devant lui sans le mettre en fureur, et sans qu'il arrive un grand changement dans la situation des personnages. Ce nom fait toutes mes transitions -. avantage précieux pour un genre de spectacle où l'on n'a point de temps à perdre en situations transitoires , où tout doit être chaud d'action , brûlant de marche et d'intérêt.
La musique, cet invincible obstacle aux développements des caractères , ne me permettant point de faire connoître assez mes personnages , dans un sujet si loin de nous , ( connoissance pourtant sans laquelle on ne prend intérêt à rien ) m'a fait imaginer un prologue d'un nouveau genre, où tout ce qu'il importe qu'on sache de mon plan et de mes acteurs, est tellement présenté, que le spectateur entre sans fatigue, par le milieu, dans l'action, avec l'instruction convenable. Ce prologue est l'exposition. Composé d'êtres aériens , d'illusions , d'ombres légères, il est la partie merveilleuse du poème ; et j'ai prévenu que je ne voulois'priver l'Opéra d'aucun des avantages qu'il offre. Le merveilleux même est très bon, si l'on veul: n'en point abuser.
J'ai fait en sorte que l'ouvrage eut la variété qui pouvoit le rendre piquant ; qu'un acte y reposât de l'autre acte ; que chacun eût son caractère. Ainsi le ton élevé , le ton gai , le style tragique ou comique , des fêtes , une musique noble et simple , un grand spectacle et des situations fortes soutiendront tour à tour, j'espère , et l'intérêt et la curiosité. Le danger toujours imminent de mon principal personnage, sa vertu , sa douce confiance aux divinités du pays , mis en opposition avec la férocité d'un despote
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et 1:1 politique d'un brame , offriront , je crois , des contrastes et beaucoup de moralité.
Depuis que l'ouvrage est îini, j'ai trouvé dans un conte arabe quelques situations qui se rapprochent de Tarare ; elles m'ont rappelé qu'autrefois j'avois entendu lire ce conte à la campagne. Heureux, disois-je, en le feuilletant de nouveau , d'^avoir eu si l'aûble mémoire ! Ce qui m'est resté du conle a son pi'ix ; le reste étoit impraticable. Si le lecteur fait comme moi, s'il a la pa;ience de lire le volume III dtîs génies, il verra ce qui m'appartient, ce que je dois au conte arabe ; comment le souvenir confus d'un objet qui nous a frappés se fertilise dans l'esprit, peut fermenter dans la mémoire, sans qu'on ea soit même averti.
Mais ce qui m'appartient moins encore, est la bi'lle musi juede mon arai Salieri.(je grand compositeur, l'honneur de l'école de Gluck, ayant le style du grand maitre, avoit reçu de la nature un sens exquis , un esprit juste , le taleut le plus dramatique, avec une fécondité presque unique. Il a eu la vertu de lenonctr, pour me complaire , à une foule de beautés musicales dont son opéra scintilloit; uni juement , parce qu'elles allongeoient la scène , qu'elles oUanguissoient l'action; mais la couleur mâle, énergique, le ton japide t-tfierde l'ouvrage ,1e didomraageront bien de tant de sacrifices.
Cet homme de génie , si méconnu, si dédaigné pour son bel opéra des Horaces , a répondu d'avance dans Tarare , à cette objection qu'on fera , que mou poème est peu lyrique. Aussi u'esl-ce pas là l'objet qye nous cherchions! mais seulement à faire une musique dramatique. Mon ami , lui disois-je , amollir des pensées, cffémincr des jihrases , pour les rendre plus musicales , est la vraie source des abas qui nous
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ont gâté l'opéra. Osons élever la musique à la hauteur d'un poërae nerveux et très fortement intrigué; nous lui rendrous toute sa noblesse : nous atteindrons, peut-être , à ces gi ands effets tant vantés des anciens spectacles des Giecs. Voilà lea travaux ambitieux qui nous ont pris plus d'une année. Et je le dis sincèrement : je ne me serois soumis , pour aaicune considération , à sortir de mon cabinet pour faire, avec un bomme ordinaire, un travail qui est devenu , par M. Salieri, le délassement de mes soirées , souA^ent un plaisir délectable.
Nos discussions, je crois, auroient foiméunetîès bonne poétique à l'usage de l'Opéra: car M. Salieri est né poëte, et je suis un peu musicien. Jamais, peut-être , on ne réussira sans le concours de toutes ces choses.
Si la partie qu'on nomme récitante ; si la scène , en un mut , n'est pas aussi simple à Tarare que mon système l'exigeoit, la raison qu'il m'en donne est si juste que je veux la transmettre ici.
Sans doute, on ne peut trop simplifier la scène , a-t-il dit ; mais la voix humaine, en parlant, procède par des gradations de tons presque impossibles à saisir ; par quart , sixième ou huitième de ton : et dans le système harmonique , on n'écrit pour la voix que sur l'intervalle en rigueur des tons entiers et des demi-tons : le reste dépend des acteurs : obtenez d'eux qu'ils vous secondent. Ma phrase musicale est posée dans la règle austère de l'art : mais vous me dites sans cesse que, dans la comédie, le plus grand talent d'un acteur est de faire oublier les vers y en en conservant la mesure. Hé bien ! nos bons chanteurs seront des comédiens , quand ils auront vaincu cette difficulté.
Simplifier le chant du récit , sans contrarier l'har-
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monie, le rapprocher delà parole , est donc le vrai travail de nos répétitions; et je me loue publiquement des efforts de tous nos chanteurs. A moins tle parler tout-à-fait , le musicien n'a pu mieux faire ; et parler tout-à-fait eût privé la scène des renforcements énergiques que ce compositeur habile a soin de jeter dans l'orchestre à tous les intervalles ])OSsibles.
Orchestre de notre Opéra ! noble acteur dans le système de Gluck , de Salieri , dans le mieu ! vous n'exprimeriez que du bruit , si vous étoufilez la parole : et c'est du sentiment que votre gloire est d'exprimer.
Vous l'avez senti comme moi. ÎMais si j'ai obtenu de mon compositeur que, par une variété constante, il pai'ta;ïeAt notre œuvre en deux, que la musique reposât du poëme , et le poème de la musique ; l'orchestre et le cîjauteur, sous peine d'ennuver, doivent signer euti 'eux la même capitulation. Si l'ame du musicien est entrée dans Tame du poète, l'a ea quelque sorte épousée, toutes les parties exécutantes doivent s'entendre et s'attendre de même, sans se croiser, sans s'étouffer. De leur union sortira le plaisir : l'ennui vient de leur prétention.
Le meilleur orchestre possible ,eiît-il à rendre les plus grands effets, des qu'il couvre la Aoix , détruit tout le plaisir. Il en est alors du spectacle com me d'un beau visage éteint par des monceaux de diamants : c'est éblouir et non intéresser. D'où l'on voit que le pr(»jet qui nQus a conslamment occupés , a été d'essaver de rendre au plus grand spect.icie du monde les seules beautés qui lui manquent; une marche rapide , un intérêt vif et pressant; surtout l'bonnear d'être entendu.
Deux maximes fort courtes ont composé, dans
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nos répétitions , ma doctrine pour ce tliéàtre. A nos acteurs pleins de bonne volonté , je n'ai proposé qu'un précepte: Prononcez bien. Au premier orc'iestre du monde , i,'a: dit seulement ces deux mots : Apaisez-vous. Ceci bien compris, bien saisi, nous rendra dignes , ai-je ajouté , de toute l'attention publique. Mais , me dira quelqu'un , si nous n'entendons rien, que voulez-vous donc qu'on écoute? Messieurs, on entend tout au spectacle où l'on parle ; et l'on n'enteudroit rien au spectacle où l'on chante! Oubliez-vous qu'ici, chanter n'e.st que parler plus fort, plus haimonieusemertt ? Qui donc vous assourdit l'oreille ? est-ce Je.npâtement des voix , ou le trop grand bruit de l'orchestre? Prononcez bien ; <ipaisez-vous ^ sont pour l'orchestre elles acteurs le premier remède à ce mal.
Mais j'ai découvert un secret que je dois a'ous communiquer. J'ai trouvé la jurande raison qui fait qu'on n'entend rien à l'Opéra, a dirai-je, messieurs ? Cest qu'on n'écoute pas. Le ])eu d'intérêt , je le veux, a causé cettf inafention. Mais dans plusieurs ouvrages modernes, tout remplis d'excellentes choses , j'ai très bien reniarqué que des moments heureux subjuguoient l'atlention publi ue.Et moi, que j'en sois digne ou non , je la demande tout entière pour le premier jour de Ja rare; et qu'un bruit infernal a enge après le public . si je m'en ^suis rendu indigne.
Me jugerez-vous sans m'entendre ? Ah 1 laissez ce triste avantage aux .-.ffiches du lendemain , qui souvent sont faites la veille.
Est-ce trop exiger de vouspourun travail de trois années, que trois heures d'une franche attention.'* Accordez-les-moi , je vous prie, .le prie sur-tout mes ennemis de prend.'e cet avanta:(e sur moi : et c'est pour eux seuls que j'en parie. S'ils raelais^eal la
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moindre excuse à la première séance , ils peuvent Lien compter que j'en al>u.scrai pour me relever ditns les autres. Leur intérêt est que je tombe, et non de me faire tomber.
(3n dit que les journaux ont l'injonction de ménager l'Opéra dans leurs feuilles: j'aurois une bien trjste op.inion de leur crédit , s'ils n'obtenoieul pas tous des dispenses contre Tarare !
En tout cas , reste la ressource intarissable des lettres anonymes, des épigramra?s, des libelles, celle des invectives imprimées, jetées par milliers dans nos salles. Qui sait même si , dans le temple des muses , de^ lettres et du goût , au centre de la politesse , un orateur bien éloquent, regardant de travers Tarare , ne trouvera pas uu nioy n ingénieux d'écraser l'auteur et l'ouvrage, à ne s'en jamais relever; eomme il est advenu de l'infortuné iigaro , qui , depuis un telanatlième , n'a eu que des jouis malheureux, une vieillesse languissante.
Tous ces moyens de nuire sont bons, efficaces , usités, la haine affamée s'en nourrit; la malignité les réclame ; notre urbanité les tolère; l'auteur en rit ou s'en afflige; la pièce chemine oa s'arrè.e : et tout rentie à la fin dans l'oidie accoutumé de l'oubli : c'est là le dernier des malbeurs.
Puisse le goût public et l'acharneraent de la haine nous en préserver quelque temps ! Fuissent les bons esprits de la littérature adopter mes principes, et faire mieux que moi ! Mes amis savent bien si j'en serai jaloux , ou si j'irai les embrasser. Oui , je le ferai de bon cœur: heureux, ô mes contemporains ! d'avoir, au cliamp de vos plaisirs, pu tracer un léger sillon que d'autres vont fertiliser !
N. B. Voilà ma doctrine tu" l'opéra , ti Ue quo je îa Ils jis et que je l'avois imprimée pour être pid)i.iée avant
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qu'on jouit Tarare. La situatiou très austère où l'on m'a subitement jeté me l'auroit fait supprimer tout-jfait, si une cinquantaine d'exemplaires, distribués entre mes amis , n'en rendoit pas la suppression inutile.
J 'apprends qu'une de ces plumes mercenaires qui de'figareat tout ce qu'elles touchent , s'apprête à en donner la plus infidèle analyse ; ce qui m'oblige à la joindra à la seconde édition de Tarare.
A travers les injures que cet ouvrage m'a valu , j'ai reçu quelques vers qui me consoleroiei^t si j'étois affligé. Kntre autres morceaux' tous remplis de talents , l'apologu ^ qui suit est si vrai , si piulasopbique et si juste, que je n'ai pura'empêcherde lui donner place en ce lieu.