‹ vres choisies de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 103 sur 237 · ACTE I, SCENE YII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE YII

s UZA2V X E le contrefait.

Chérubin, quelque sottise !

C H É RUB I ?î.

Il m'a trouvé hier au soir chez ta cousine Fanchette, à qui je faisois répéter son petit rôle d'innocente , pour la fête de ce soir : il s'est rais dans une fureur , en me voyant! « Sortez, m'a-t-il dit, " petit... » Je n'ose pas prononcer devant une femme le gros mot qu'il a dit : « Sortez; et demain vous « ne coucherez pas au château ». Si Madame , si ma belle maraine ne parvient pas à l'apaiser , c'est fait, Suzon , je suis à jamais privé du bonheur de te voir.

svz A.yyE.

De me voir ! moi ? C'est mon tour I Ce n'est donc plus pour ma maîtresse que vous soupirez en secret.'

CHÉRUBIN

Ah , Suzon ! qu'elle est noble et belle ! mais qu'ell e est imposante !

s uz .4. >* >■ E.

C'est-à-dire que je ne le suis pas , et qu'on peut oser avec moi...

c n ér UBi>'.

Tu sais trop bien, méchante , que j e n'ose pas oser. Mais que tu es heurease! à tous moments la voir, lui parler, l'babiller le matin et la déshabiller le soir, épingle à épingle... Ah , Suzon ! je donnerois... Qa'est-ce que tu tiens donc la ?

s u z A N 2s- E , raillant.

Hélas ! l'heureux bonnet et le fortuné ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle maraine...

CHÉRUBizs', vivcmcut.

Sou ruban de nnit ! Donne-le-moi , mon caur.

SUZA-IîNE, le retirant.

Eh, que non. pas. — Son cœur! Corame il est familier donc 1 Si ce n'étoit pas un morveux sans conséquence... (Chériibin arrache le ruian. ) Ah, le ruban I

CHERUBIN tourne autour du grand fauteuil. Tu diras qu'il est égaré , gâté ; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu voudras.

s u z A X ?r E tourne après lui.

Oh I dans trois ou quatre ans , je prédis que vous serez le plus grand petit vaurien... ! Rendez-vous le ruhan ? ( Elle veut le reprendre.)

CHERUBIN tire une romance de sa poche.

Laisse . ah ! laisse-le-moi , Suzon ; je te donnerai ma romance , et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse attristera tous mes moments , le tien y versera le seul rayon de joie qui puisse encore amuser mon cœur.

SUZANNE arrache la romance.

Amuser votre cœur, petit scélérat l A^ons croyez parlera votre Fanchette. On vous surprend chez elle , et vous soupirez pour Madame ; et vous m en contez , à moi , par-dessus le marché î CHÉRUBIN exalte'.

Cela est vrai , d'honneur ! Je ne sais plus ce que je suis ; mais depuis quelque temps je sens ma poitrine agitée ; mon cœur palpite au seul aspect dune femme ; les mots amour et -volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire à quelqu'un je "i-ous aime , est devenu pour moi si pressant , que je le dis tout seul . en courant dans le parc, à ta maîtresse, à toi, aux arbres, aux nuages, au vent qui les emporte avec mes paroles perdues. — Hier je rencontrai Marceline...

SUZANNE, riant.

Ha ha , ha , hi !

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