ACTE II, SCENE XIT. B
BAR THO 1.0
Doucen\ent , doucement, seigneur soldat, je naime point qu'on regarde ma femme de si pièsb
Elle est votre femme ?
B AR THOLO.
Eh î quoi donc ?
LE COMTE
Je vous ai pris pour son bisaïeul paternel , maternel, tempiternel; il y a au moins trois générations entre elle et vous.
BARTHOLO lit uu pnrcliemin.
« Sur les bons et fidèles témoignages qui nous « ont été rendus... »
li E COMTE donne un coup de main sous les parchemins . qui les envoie^au plancher.
Est-ce que j'ai besoin de tout ce verbiage?
BA-RTHOLO.
Savez-vous bien, soldat, que si j'appelle mes gens, je vous fais traiter sur-le-champ comme vous le méritez .■'
LE COMTE
Bataille.'' Ah, volontiers , bataille ! c'est mon métier à moi (montrant son pistolet de ceinture ) ; et voici de quoi Ifur jeter de la poudre aux veux. Vous n'avez peut-être jamais vu de bataille , madame ?
, R o s I îf E.
Ni ne veux en voir.
LE COMTE,'
Rien n'est pourtant aussi gai qae bataille ; figurez-vous (poussant le docteur) d'abord que l'ennemi est d'un côté du ravin ^ et les amis de l'autre. (A Rosine , en lui montrant la lettre.) Sortez le mouchoir. (Il crache à terre.) Voilà le ravin, cela s'entend. BEAUMARCHAIS. 2. 8
S6 LE BARBIEPu DE SEVILLE.
( Rosine tire son mouchoir ; le Comte lais6e tomber sa Ittii e entre elle et lui.)
BARTHOLO. se baissant.
Ah, ah...!
L E C O M T E la reprend et tlit. Tenez... moi qui allois vous apprendre ici les secrets de mon métier... Une femme bien discrète, en vérité! Ne voilà-t-il j)9s un billet doux qu'elle laisse tomber de sa poche?
E ART HOLO.
Donnez, donnez.
LE COMTE
DuIciter,-pap3L] chacun son affaire. Si une ordon- Hance de rhubarbe étoit tombée de la vôtre....'' ROSIX E avance la main.
Ah! je sais ce qne c'est, monsieur le soldat. (Elle prend la lettre qaclle cache dauus )a j)ctite poche de .'oa tablier.)
Sortez- VOUS, enfin .^
LE COMTE
Hé bien! je sors: adieu , docteur ; sans rancune. Un petit compliment, mon coeur : priez la mort de m'onblier encore quelques campagnes ; la vie ne m'a jamais été si chère.
BARTHOLO
Allez toujours ; si j'avois ce crédit-là sur la mort...
LE CO M TE
Sur la n:ort .^ N'êtes-vous pas médecin? Vous faites tant de choses pour elle, qu'elle n'a rien à Toas refuser. (li sort.)