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tt encore, ns semblent pas , dans leur gaieté légère, « offrir des rapports bien sensibles avec la profoTide « et touchante moralité de la dernière ; mais elles « ont, dans le plan de l'auteur, une connexion in- « time B. Beaumarchais se moque ; il suffît de le citer encore lui-même, pour renverser tout ' cet échafaudage de préméditation , de préparation et de connexion intime. On se rappelle bien d'abord que le Barbier de Séville éfoit destiné à la comédie Italienne ; or il u'auroit pas j)Osé sur cette scène légère et bouffonne les fondements d'un édifice qu'il eût en dessein de couronner sur la scène Vrancoise par le drame de la Mère coupable : encore moins auroitil pu songer à faire quelque jour de ce triste sujet un opéra comique, enjolivé d'ariettes et de couplets. Mais voici qui vaut encore mieux que des raisons : ce sont des faits. Je les tire de la préface du Barbier de Séville et de celle du Mariage de Figaro. Beaumarchais, qui n'avoit voulu , dit-il, fairedu Barbier qu'une pièce amusante et sans fatigue, prétend qu'au lieu de rester dans la simplicité comique, il auroit pu étendre et tourmenter son plan à la manière tragique ou dramique (c'est toujours lui qui parle) ; et là-dessus il imagine follement un Sixième acte, dans lequel Rartholo et Figaro se disputant et passant des injures aux coups , le premier auroit fait tomber de dessus lu tète de 1 autre le rcscille ou jilet qui le coiffe , et auroit ainsi mis
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à découvert la marque d'une spatule imprimée à chaud sur cttte tête rasée. A cette marque , le docteur auroit reconnu son fils dans ('igaro, lequel j usque-là n'auroit connu que sa mère ; et cette mère, qui est Marceline, auroit été à la lin épousée par le docteur. Celte idée en l'air, que Beaumarchais donne pour tragique ou dramlque ^ parut plus i(aie à M. le prince de Conti que la pièce du Barhier ellemême , et il porta à l'auteur le deH de mettre au théâtre cette famille de Figaro indiquée dans la préface. Beaumarchais accepta ce déîî, et composa sa Folle Journée , dans laquelle il crut pouvoir, sans perdre la gageure , changer quelque chose à ce plau pour /■//<?, qu'il n'auroit jamais songé de lui-même à exécuter. Ainsi la sjjatule imprimée sur l'occiput se trouve placée plus convenablement au bras droit ; ainsi Figaro , qui , dans le Barbier de Séville, connoissoit sa raere et parloit quelquefois d'elle, ne la reconnoît , dans la Folle Journée, qu'au moment où il seroit presque forcé de l'épouser, (^e qui est A'rai, ce qui est prouvé, c'est que , du temps même de la Folle Journée, Beaumarchais avoit déjà l'idée de la Mère coupable , et y avoit même déjà tnivaillé. « Je <t garde , dit-il dans la préface du premier ouvrage , « une foule d'idées qui me pressent, pour un des « sujets les plus moraux du théàtreaujourd'hui « sur mon chantier : la Mère coupable... J'élèverai « mon sujet à la hauteur de messilualions , j'y pro-
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« (liguerai les traits de la pins austère morale , et je « tonnerai fuutemeut sur les vices que j'ai troj) mé- « nages. Apprêtez-vous doue, MJI. , à me tour- « menter de nouveau ; ma poitrine a dcja grondé; « j'ai noirci beaucoup de papier au service de votre a colère». Mais il se présente ici une petite objection. Si déjà , dans la pensée de Beauruarçhais , riiéroine de cette Mère coupable étoit la comtesse Almaviva , de quel front ose-t-il , au même moment, la donner pour la plus iiertueuse des femmes pur goût et paj- princip^'s , et s'empoiter contre ceux qui lui trouvoient déjà .tin goût trop décidé et trop mal combattu pour Chérubin-Léoud'Astorga? La camariste Suzon elle-même, sage et attachée à ses devoirs , au temps de la Folle Journée , paroît, à celui de la jlere coupable , n'avoir pas touj(mrs niarclié sur cette ligne dans l'intervalle , apparemment pour que sa maîtresse n'eût pas trop à rougir. Bégearss lui-même parle avec un ion de privante fort 'suspect ; et quand il assure de son amour cette femme de cbaïubre dont ii a besoin , il a d'autant plus l'air de l'entretenir d'un ancien goi'xt éteint par la possession et les inlidélitis peut-être umtuelles , que Su/.ou , qui avoit bien dix-huit ans à 1 époque de son mariage , et qui a du pleurer sa maîtresse ptiiauni vingt ans , est une femme qui approche de la qnaraulaïue. EuGn, lorsque le Coai te lui dit -.Je t'ai vu lui lendre auti e foi i pins de jus-
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tice ( à Bégearss ) , elle baisse les yeux. Ce jeu de figure , indiqué par l'auteur lui-raèine, prouve que le Comte est dans le secret de la liaison de Suzanne avec Bégearss, et ce secret est assez facilement saisi à la représentation par les spectateurs. Peut-être entroit-ii dans ce système de moi alité profonde et iOMc7(r7«ie,dont Beauîuarcbais parle à cLaque instant, d'établir que les feiames les plus vertueuses et les plus sages Unissent toujours par avoir quelque foiblesse: cela est loin de ce genre honnête où il n'admeltoit i(ue des femmes irréprochables. Figaro , au coniraire, lyinde s'être perverti, a beaucoup gagné du côté de la morale : sa probité et sa délicatesse , que je n'aurois pas voulu cautionner à Séville et au cbàteau d'Aguas-r''rescas , iuspirent toute confiance à Paris ; il est rempli pour ses maîtres d'un zèle ardent et désintéressé , qui ne peut être égalé que par sa haine pour les fripons et les traîtres. Mais combien il a perdu sous le rapport des agréments et de l'esprit; Comme cet animal domestique qui , dans son enfance, nous amuse par sa légèreté , sa souplesse et sa grâce , et qui , devenu vieux , sommeille tristement au coin de notre foyer , et ne retrouve quelquefois son agilité que pour obéira cet instinct qui r.inime contre d'autres hal)itants incommodes de nos maisons; ce même l'igaro , plein de feu, d'espièglerie et de gentillesse dans ses jeunes années, est devenu, en vieillissant, lourd , sombre,
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bourru , brutal , et de plus mauvais goût que jamais. En tout, ce drame de la Mère coupable, dont l'incroyable succès ue peut s'expliquer que par le plaisir qu'ont apparemment les femmes à étouffer et à se, trouver mal , est un chaos d'horreurs et de désordres , qui fatigue la tète , froisse le cœur, et souille l'imagination. Le style en est monstrueux ; l'intrigue en est vicit-nse : tout a bien la couleur du sujet; lit Beaumarchais prétend qu'il n'a fait le Barbier de Séville et la. Folle Journée que pour arrivera ce drame révoltant ! En vérité , il auroit bien dû alonger encore la route et nous faire grâce du but.
La Folle Journée ou le Mariage de Figaro eut plus de cent représentations de suite. Un succès si prodigieux est loin de prouver un mérite proportiormé; onpourroit même aller jusqu'à dire qu'il est peu compatible avec un véritable mérite dramatique , et les bonnes raisons ne manqneroient peutêtre pas à qui voudroit soutenir ce paradoxe. Les exemples du moins y seroient bien favorables. Aucun chef-d'œuvre tragique ou comique n'eut, dans sa nouveauté, la moitié du succès qn obtint le Mariage de Figaro, et il est même à i-craarquer que la plupart de ceux qui ,
.... toujours plus beaux , plus ils sont regardés , Sûnî au bout de ce/it ans encor redemaudes ,
ont été très froidement accueillis à leur naissance ,
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ou même ont eu à se rele-ver d'une cliute complète. Avant la l'"olle Journée , les fastes de la scène fi-ançoise n'officient qu'un seul exemjile d'une réussite aussi extraordinaire ; c'est celui de Timocrate , tragédie foi'ole de Thomas Corneille, qui n'est pas restée au théâtre ; et , ponr en trouver dnutres exemples depuis, il faut descendre jusqu'à d'iguobles tréteaux , où ce sont peul-ètr? encore les plus mauvais ouvrages qui ont obtenu les plus brillants succès.
Si , comme cela paroît établi en général, etpourroil l'être en particulier pour la Folle Journée , un gnnd succès n'est pas la preuve certaine d'un grand mérite, il faut expliquer dune autre manière ce succès , qui ne peut être un effet sans cause. Seroitce calomnier le public d'alors que d'attribuer «ne partie de son empressement pour la Folle Journée à la voluj)lé de certaines situations , et même à l'indccenoe d'une fouis de traits? Je ne sais; mais il y a dans l'ouvrage des choses telleuieat fortes, qu'à moins d'en être ravis , les spectateurs ne ponrroient se dispenser d'en être révoltés : il n'v avoit point de milieu ponr ces deux choses-là, entre les exclamations du plaisir vivement excité et les cris de la pudeur publique grièvement offensée. BeauiU'irchais s'éioit vanlé de ce que « la comédie du Barbipr de « Sévilie, une des plus gaies qui fussent au théâtre , « étoit écrite sans la moindre équivoque, .s.ins une
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<< pensée , un seul mot dont la pudeur icéme des « petites loges eût à s'alarmer ^ ; et il ajoiitoit : « C'est bien quelque chose dans un siècle où l'h-vpo- « crisie de la décence tst poussée aussi loin que le " relâchement des mœurs «. Apparemment il se lassa de respecter l'/f^/>ocm/e c/e la décence, et, désespérant de corriger le relâchement des m<rifrs, il voulut y conformer son langage. La chose fut très tien prise, et ce siècle écouta des discours indécents, fout aussi volontiers que s'il a^oit en des mœurs pins pures. Depuis les graveleuses plaisanteries d'Hauteroche et de Montileury, on n'avoit ceiiainemeut rien entendu sur la scène fran<'oise d'anssi leste que certains traits du Mariage de Figaro. Quant aux situations , la plupart retracent des entreprises galantes et libertines qu'à la vérité les personnages ne mettent pas à fiu , mais que l'imagination des spectateurs achevé sans peine. Le rôle entier du jeune page étoit seul fait pour réveiller les idées les plus sensuelles, exciter les émotions les plus voluptueuses.
Une autre cause bien avérée et bien puissante du plaisir qu'on éprouvoil à cette pièce , Vest la hardiesse avec laquelle l'auteur parloit de toutes les institutions existantes. On les avoit attaquées daus mille ouvrages plus ou moius publics et tolérés ; ou les avoit frondées plus ou moins vivement dans tous les cercles de la cour et de la ville ; mais jusque-là
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nos tliéàtres n'en avoient fait la satire que d'une manière fort indirecte et qui n'a voit pas toujours été sans danger pour les auteurs. Une critique , même légère et détournée, proférée journalièrement deyant un grand nombre d'hommes rassemblés qui reçoivent tous à la fois la même impression et la manifestent avec une véhémence qu'aucune crainte n'enchaîne, avoit toujours paru au gouvernement plus inquiétante pour son autorité et sa considération que les plus violentes censures énoncées dans les livres et dans les conversations, att< udu qu'il n'en pouvoit jamais résulter que des impressions isolées ou du moins partielles dont la communication étoit nécessairement plus lente et plus circonspecte. Beaumarchais entreprit de vaincre cette sage peur d'un gouvernement qui ne péchoit pas par excès de prudence, et il en vint à bout. Cette réussiie confond d'étonnement , lorsqu'on se rappelle les traits audacieux semés dans la comédie de la Folle Journée , et entassés dans ce fameux monologue où Figaro va jusqu'à exercer son pyrrhonisme sur la question de l'immatérialité de l'ame, qui assurément n'avoit que faire là. Le roi de Suéde disoit de la pièce : « Je l'ai trouvée insolente , mais « non pas indécente ». Ce monarque du nord étoit apparemment plus chatouilleux sur l'article de l'autorité , que délicat sur ceiui des bienséances. Il faut le dire franchement: la pièce est ce qu'elle serabloit
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au roi Je Suéde, et. ce qu'elle ne lui senibloit jjas. C'est ainsi qu'en pensoieut le roi, la reine et tous les princes , à l'exception d'un seul , qui avoit cru trouver un moyen de consistance dans l'esprit d opposition. Beaucoup de gens de la cour, de grns du juonde, et de gens de lettres, partageoieat cette opinion. Beauuiarcliais , qui ne connoissoit point d'obstacles , paieequ'il n'en est pas que la'persévérauce ne surmonte . et qu'en lui cette qualité alloit jusqu'à l'obstmalion ; Beaumarchais lutta pendant quatre années contre la volonté du gouvernement , n'avant d'autre auxiliaire que la curiosité publique puissamment excitée par ce long débat. Il ne se lassa point de demander ce qu'à la lin on se lassa de lui refuser, et il obtint de l'autorité suprême la permission de la couvrir de ridicule en plein tliéâtre , elle et toutes les institutions qui émauoient d'elle et qui lui servoieat de soutien. Il eut, à ce qu'il paroit , l'art de donner le change à tons les amours-propres qui se trouvoient intéressés dans son ouvrage : en véritable auteur comique , il répéta dans le monde une scène assez commune au théâtre, celle où l'on voit un personnage confitr en secret et séparément à chacun de ceux qu'il veut bafouer, le ridicule des autres, etle> amener au point de seoharger entre eux d'épigramnieset d'injures, sansque pas un d'eux soupçonne la ruse dont ils sont tous dupes. Il avoit mis dans sa comédie cette phrase : « 11 n'y a
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« que les petits hommes qui redoutent les petits « écrits '> ; et c'étoit là le texte dout il fnisoit insidieusement le commeniaire à chacun de ceux qu'il vouloit se rendre favorables. Chacun redoutant de passer pour nn petit homme , eut l'air de ne point redouter pour soi le petit écrit, et ne fut point fâché dans son cœur que le petit écrit attaquât heaucoup fie petits hommes de .sa connoissauce. La mystification ainsi ourdie , arriva le déuouement, c'està-dire la ie[)résentation du?rJariage de Figaro : tous lespetils hommes eurent le plaisir de se moquer les uns des autres eu face du public, qui prit la liberté de se moquer d'eux tous. Il faut a\ouer qu'il n'y a rieu de si coiuique que cela dans la comédie, et que La Harpe eut grande raison de dire à l'auteur, qui ne s'en défendit pas très fort, que, quoiqu'il y eût beaucoup d'esprit dans ses Noces de Figaro, il en. avoit fallu moins jiour les composer que pour les faire jouer.
C'est pour cela même que j'ai trouvé plus iutéressant et plus utile d'examiner l'ouvrage sous le rapport politique et moral, que sous le rapport dramatique, bien que, sous ce dernier point de vue, il ne soit indigne ni d'attention ni d'estime. Les trois j)remiei\s actes appartiennent à la bonne comédie d'intrigue, mais sont pourtant inférieurs eu ce genre au Barbier de Séville. Les deux, di rniers appartiennent , comme on l'a déjà dit, au genre de 1.^
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lanterne magique : ce sont des tableaux qui se «accedeut presque sans liaison. Les scènes nocturnes , cette source de quiproquos y si souvent emplovée dans les intrigues espagnoles , qu'elle y est de costume et presque de rigueur, produisent ici des incidents dont l'invraisemblance répugne à une scène aussi raisonnable que la nôtre, et l'on peut dire que l'auteur a étrangement abusé du privilège de la localité. Il n'a pas moins abusé du monologue , espèce de concession faite à l'art dramatique aux dépens de la vérité, en mettant dans la boucbe de son Figaro cet inconcevable soliloque qui remplit cinq pages in-8",et dont le débit dure un quart-d'heure au théâtre. Parler tout seul est d'un fou : on permet cette manie sur la scène à la passion violente et à la préoccupation excessive , parceque ce sont des espèces de folie , mais sous la condition expresse qu'elles ne laisseront ainsi échapper leur pensée qu'en peu de mots et avec une sorte de désordre , parcequ'elles sont alors dans un état d'obsession qui ne peut être de longue durée , et n'admet point l'exacte liaison des idées. Concoit-on , d'après ce principe , qu'un horartie possédé du démon de la jalousie, qui ne devroil exhaler sa rage qu'en quelques phrases brisées et tumultueuses , s'amuse à faire aux échos , pendant un bon quart-d'beure , le narré fidèle et suivi de toutes ses aventures , enjolivé de réflexions morales et de problêmes métaphy-
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siijues? Certes, si ce monologiic n'avoit pas eu pour les malins spectateurs tout rintérèt d'un pamphlet Lieu hardi , ils l'auroieiit conspué comme la plus nioastrueuse idée qui fur jamais sortie d'uu cerveau dramatique. L'auieur le savoit bien , et tout son talent ici est d'avoir parfaitement jugé les dispositions de son auditoire. Le style de la Folle Journée étincelle de saillies fort gaies , de traits, spirituels et satiriques, aiguisés par l'expression la plus piquante : plusieurs sont restés dans la mémoire, et prennent place comme proverbes dans la convers;ition. Mais le mauvais ton et le mauvais goût , le jargon barroque mêlé d'emphase et de trivialité , les plaisanteries bannales et les froids quolibets s'y trouvent répandus avec la même profusion. Les meilleurs morceaux qui soient sortis de la plume de Beaumarchais ne sont pas exempts de cette fâcheuse bigarrure. Il a véritablement un style à lui , et ce style est le ruème dans tout ce qu'il a écrit. Que l'on compare ses mémoires et ses comédies, et que l'on fasse abstraction, comme de raison, de tout ce qui tient essentiellement au genre plus grave desfacCums , c'est-à-dire du ton d'indignation éloquente à laquelle l'auteur s'élève quelquefois , et des procédés de cette dialectique vigoureuse et puissante avec laquelle il poursuit ses adversaires, ou apercevra facilement , dans ses ouvrages de barre;iu et de théâtre , les mêmes mouvements , les
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mcuies tonrs , les niêine.'- arlifîces de dicliou, en un mot, tous les effets d'une même plume ; on y sentira sur-tout le même mélange des mêmes qualités et des mêmes défauts. Un style dont la physionomie 1res prononcée vise ainsi à la caricature, est sans doute un inconvénient pour le poète comique , qui doit donner à chacun de ses personnages un langage assorti à son caractère convenu , et à tous un langage différent. Cet inconvénient ^ Beaumarchais la diminué en plaçant en jiremiere ligne, dans ses trois principaux ouvrages dramatiques , un même être imaginaire et, comme je l'ai déjà dit, un être individuel ([ui uavoil point dans le mimde moral de type commun auquel on pùl le comparer, et à qui par conséquent 1 auteur pouvoit plus inipuncmeut prêter son projîre langage. Le mal est qu'il en ait fait aussi présent à ses autres personnages, qui tous parlent plus ou moins la langue de Figaro, h'igaro a plus d esjiril qu'eux tous ; mais ce qu'ils en ont est de la même trem2)e que le sien et a la même forme.
.l'ai dit plus haut quel éloit le but {>aiticulier de Beaumarchais en composant Tarare. Il eût de plus la prétention de faire révolution sur la scène lyrique , et il exposa fastueusemeni , dans une ;iréface , son nouveau svstême , qui consiStoit à subordonner la musique aux. paroles , en simpliliant l'une et on donnant aux autres plus d'importance et d'intérêt ;
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IVxécution répondit mal à la grandeur du projcïet à l'iiupliase de l'annonce. Le prologue , où l'auteur établissoit le principe de cette égalité naturelle que détruisent le liasard de la naissance et l'avengle distril)ulion détafs qui en résulte , parut l'idée la plus tri.stenient bizarre qu'on eût encore mise en œuvre sur la scène de l'Opéra ,ce pays des aimables chimères et du mer\eilleux. La pièce ellemême, malgré le fracas des événements, la singulière opposition des personnages , et le mélange de tous les tons, fut trouvée un ouvrage aussi ennuyeux que beaucoup d'autres du même genre, où seulenieat on n'avoit pas fait tant de frais pour cela. La versiiication en est un modèle achevé de dureté, de prosaïsme , de platitude et de bouflîssure. On citera long-temps , comii-e un chef-d'œuvre de ridicule •> ces vers que chantoit un chœur de paysans :
î^otre amour est pour la pâture , Et tous nos soins Sont pour nos foms.
r>eauniai'chais les a retranchés à la reprise de son oj)cra , et c'est de sa part un acte de docilité dont il faut lui savoir gré. Personne n'étoit moins que lui propre au travail des vers , qui exige plus de soin que la prose, une plus grande délicatesse dans le choix et dans l'arrangement des mots. Il a fait dans Sij vie quelques chansons , dont la meilleure , ou du
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moins la plus connue , celle de Robin , n'a pas celte verve de gaieté polissonne et cette honnête expression des plus nialkonnètes idées qui donnent tant de prix aux bonnes chansons de Collé.
Peu d'années avant la révolution , Reauniarcliais avoit entrepris une édition complète des œuvres de Voltaire, Cette entrejirise , duns laquelle il perdit un million, ne répondit ni à l'énorme dépense qu'elle avoit occasionnée, ni à la gloire du grand écrivain auquel on avoit voulu élever un monument digne de lui. Pendant la révolution, Beaumarchais acheva de détruire sa fortune par plusieurs autres spéculations mal conçues on traversées par les circonstances ; il faillit perdre la vie , fut quelque temps privé de sa liberté , et se réfugia ensuite chez l'étranger. Revenu en France dans des temps un peu plus tranquilles, il mourut ^uljilement et sans maladie le i<) mai i 799 , âgé de G7 ans et 3 mois.