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lecture, on préférerolt peut-être à Eugénie les Deux Amis, dont le sujet est' moins romanesque et eu même temps moins commun , l'intrigue mieux conduite , le style plus naturel , plus soigné , de meilleur goût. Le premier acte delà pièce offre un tableau de l'intérêt le j)lus doux et le plus aimable. C'est une jt'une fille ornée de toutes les qualités et de tous les charmes , qui fait l'orgueil et le bonheur de tout ce qui l'enviroiine ; c'est un amant rempli d'ardeur et de timidifé , qui aspii'e au moment d'unir pour jamais son sort à celui de cette fille adorée, compagne de son enfance ; ce sont deux pères , liés d'une ancienne amitié ,qui se sont trop bien entendus sur l'objet de leur plus cher désir, pour avoir eu besoin de s'en faire l'aveu formel , sourient mystérieusement à la tendresse de leurs enfants , et n'ont l'air de l'ignorer que pour mêler un peu de retenue à leurs empressements , un peu d'incertitude à leur espoir, et par là rendre plus vif l'instant de bonheur qui doit les donner l'un et l'autre. Tout dans celte maison respire le calme de la prospérité et les douces agitations de l'amour; il semble qu'il ne soit pas au pouvoir du sort de troubler un état si paisible , si fortuné ; et voilà que tout à coup un grand revers , fondant à la fois sur ces quatre personnages, met en danger leurs biens, leur honneur, leur vie et leur amour. On retrouve, dans le premier acte de l'opéra de Lucile, à peu près cette même situa*
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tion •! ce même tableau de famille, auquel succèdent des scènes orageuses ; et ce qui .'ijoule au rapport des deux ouvrages, c'est que , dans l'un et dans l'autre, une révéla lion inattendue vient changer l'état et les droits de la jeune persontie.
Tîeaumarchais fut interrompu dans tes travaux dramatiques par ses deux fameux procès contre M. de la Blache , héritier de Pâris-Duverney, et 1-e conseillerau pai-lemeut Goczman. De toute manière, la gloire de l'auteur et les plaisirs du public gagnèrent à cette interruption. Beaumarchais, qui avoit fait pleurer médiocrement à ses drames , ayant fait beaucoup rire dans ses plaidoyers, prit apparemment goût à ce dernier genre de succès, auquel le tour de son caractère et de son esprit lui donnoit d'ailleurs plus de droits. Il renonça donc au drame lugubre, qui ne convenoit plus à sa réputation d'homme éminemment gai , pour n'y plus revenir qu'une seule fois , comme nous le verrons bientôt; et il se mit à composer le Barbier de Seville , pour continuer d'amuser le public et lui-même.
Cette pièce n'étoit d'abord qu'un opéra comique, dans lequel il avoit fait entrer des parodies de jolis ;iirs italiens et esjjaguols ramassés dans ses voyages. L'ouvrage fat refusé par les comédiens Italiens. Qu'on ne se hâte pas trop de s'étonner ; on va voir qu'il y avoit de bonnes raisons pour cela. Le principal acteur du ihéâtre, celui qui dcvoit être chargé
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du rôle de Figaro , avoit exercé dans sa jeunesse la même profession que ce personnage , et n'avoit piobalilement pas autant d'esprit. Il esl inutile d'en dire davantage. La ])iece rejetée par les Italiens fut reçue par les François. Elle tomba à la première représentation. De cinq actes, l'auteur la réduisit à quatre, et, en cet état, elle obtint un succès complet qui s'est toujours soutenu. Reaumarchais s'étoit trop bien trouvé d'eniretenir le public delui, et de le rendre juge de ses démêlés . pour en laisser échapper cette occasion. Il fit imjirimer le Barbier de Séville avec une longue préface qui étoit encore un factuin , et où il s'égayoi t aux dépens de ses critiques, comme naguère il avoit fait aux dépens de M. et madame Goëzman , d'Arnaud , Marin et consors. L'amour-propre y est porté à un excès que tout l'esprit de l'auteur n'empêche pas de trouver ridicule ; et, sous un air d'ironie dont on n'est pas long-temps dupe, c'est de trè.s bonne foi que Beaumarchais offre à 1 admiration des lecteurs les caiacterts, l'intrigue , les incidents, et jusqu'aux mots les plus insignifiants de sa pièce.
On est généralement persuadé que l'eanmarchais a voulu se peindre dans le personnage de Fig.iro. Ceci demande explication. Il est plus que douteux qu'un homme (jui prétendoit à une sorte de considération publique , ait eu le projet de se mettre lui« mèma en scène sous les traits d'un pauvre diable de
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baibier, qui , tout ea meuaiit une intrigue dont les lîub sout hounèles, laisse soupçonner qu'il en couduiroit tout aussi ^6olontiers une autre dont les Uns ne le seroient pas. Il y a dans ce masque de Figaro quelque chose d'effronté et de suspect qui enipécLe qu'un galant homme eu veuille couvrir sou visage. Mais il est certain que Beaumarchais a mis dans l.t bouche de ce même l'"igaro nombre de traits qui font une allusion directe à ses propres aventures : c'est une espèce de supplément à ses Mémoires et une continuation d hostilités contre ses parties. Une d'elles est à la fuis nommée et qu lifiée dans le mol de maringouin , sorte d'insecte très incommode ; et ce trait loué par ceux-ci ^ blâmé par ceux-là , avoit évidemment pour intention de rappeler le blâme honorable dont le parlement-Manpeou venoit de le charger. C'est seulement de cette manière et dans cette mesure qu'il faut entendre la prétendue ressemblance de Beaumarchais avec son barbier Figaro. Au reste , c'étoit une manie particulière à cet écrivain de vouloir marquer chacune de ses pièces, pour ainsi dire , du sceau de ses opinions , de ses passions et de ses aventures personnelles. Plein de lui-mèiue , il sembloit craindre que le public ne s'occupât plus de la pièce que de l'auteur, et il plaçoit toujours l'auteur daus quelque coin de la pièce. Le rôle du frère dans Eugénie retrace, à certaines circonstances près, soaafïaire avec Clavijo, l'amant
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de sa sœnv. Nous venons de voir fjue le Figaro du Barbier de Séville éloit chargé de rappeler de temps en temps Beaumarchais au souvenir du parterre , et de provoquer encore quelques applaudissements pour lui. On en peut dire autant du l'igaro de h« KoUe Journée, et l'argumentation sur Vet et Von, adverbe de lieu ou conjonction alternative , dans le dédit signé par Figaro à Marceline , paroit bien, être une parodie de l'accusation de faux intentée si ridiculement à l'auteur par le comte de la hlache. Personne ne doute ([ue dans l'arare, dout la moralité est que la grandeur d un homme sur la terre
jV appartient poiut à son état , Qu'elle ett toute à sou caractère ,
r>eaumarchais n'ait eu l'intention formelle d'étaler le triomphe de la qualité qui dominoit en lui , de cette force de caractère, qui , d'un e'tef assez obscur, l'avoit élevé à une grandeur de fortune et de renommée fort au-dessus de la noblesse et des richesses héréditaires. Les deux Figaro avoient déjà préludé , sur un ton moins haut, à l'expression de cette vérité dont Beaumarchais étoit fier et même vain, linlin, dans la Mère coupable , le nom de Bégearss , déguisant beaucoup trop mal celui d'un de ses derniers et plus rudes antagonistes ,pcrpétuoit le bruit d'une affaire judiciaire toute récente, où malheurcusem«nt Beaumarchais n'avoit pas joué le rôle
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brillant. On seul cette différence de fortune à celle de sa vengeance. Triomphant , quoi(|ue bluinè , il avoit achevégaî-uentau théâtre ceux qu'il avoit déjà immolés si gaiement au barreau. Ici il fait un acte de fureur noix-e , en donnant le nom de son adversaire au machiuateur des plus odieux complots : cet adversiiire, il est vrai , lui en avoit donné l'exemple et presque le droit , en disant de lui dans un plaidoyer : Ce malheureux sue le crime. L'offensb et la représaille sont également l'une et l'autre de mauvais goût et de mauvaise foi.
Le Figaro a quelque rapport avec ces personnages de convention dont l'aucieune comédie aimoit à faire usage , et qu'on voyoit paroilre dans un grand nombre de pièces avec un caractère , un langage et un costume donnés ; mais il en diffère en ce qu'il est un être individuel et non générique , que l'auteur nous montre successivement dans les différentes isliastis de sa vie. Beaumarchais , qui s'est toujours plu à p ésenter comme les moyens et les résultats d'un grand système combiné d'avance les actes très décousus de son existence civile et littéraire , a voulu faire accroire qu'il avoit conçu simultanément l'espèce d'ensemble formé par ses trois . l'igaro. Il prétend que les deux comédies espagnoles ne furent faites que pour préparer le drame de la JVlere coupable. « Les deux ])remieres époques du « roman ds la famille du comte Almaviva , dit-il