GAULÉ
à rien de satisfaisant* à rien de plausible nisor la nature des taches, ni sur la région du ciel qu'elles occupaient, m sur les conséquences auxquelles leurs déplacements pouvaient conduire , lorsque la nouvelle arriva à Venise que ees recherches étaient suivies ailleurs avec assiduité et succès. À ce moment , le savant illustre vit avec déplaisir qu'il était prévenu. Par une disposition d'esprit dont an pourrait citer plus d'un exemple éclatant» les admirateurs de Galilée» et peut-être Galilée lui-même, arrivé-* sent à considérer comme coupables de mauvais procédés* comme de vrais plagiaires , des astronomes qui, en suivant leurs propres inspirations, réalisaient des idées que les observateurs d'au delà des monts avaient sans doute conçues dans le silence du cabinet » mais sans leur prêter la sanction de r expérience, sans même les soumettre à la discussion d'un cercle d'amis. De là, à considérer comme un titre valable aux yeux dn public, la date d'une pensée intime et sans notoriété aucune, il n'y avait qu'un pas, et ce pas fut fait Ceux qui remarqueront dans la première lettre de Galilée à Velaer en date du 4 mai 1612, ces paroles significatives au sujet des taches solaires : * No* ërdiuo quasi di aprir bocca per affermai casa nesmna, r se rangeront certainement à mon avis.
Avant de terminer cette longue discussion , je dois faire remarquer qu'en consentant à prendre pour point de départ historique des documents inédits, Galilée aurait»: quant à la découverte des taches solaires, un compétiteur, dont les titres seraient encore plus anciens que ceux dé Scheiner et peut-être que ceux de Fabrkius. M. de Zach dit, en efiet, avoir vu en Angleterre, dans des manuscrits.
ÎBO GALILÉE.
d'Hariot, des observations de taches qui remontent au 8 décembre 1610.
Galilée n'a pas non plus la moindre apparence de droit à la découverte du mouvement de rotation du Soleil. En effet, même en remontant jusqu'en 1631, jusqu'à la lettre du frère Fulgencê Micanzio sur les prétendues observations et conversations âe Venise , on n'y trouve pas un seul mot touchant la rotation du Soleil. Je dois en dire tout autant de l'attestation de monsignor Dini relative à la séance du jardin Bandini de Rome : on a vu les taches; aucune conséquence de cette observation n'est indiquée. Dans sa lettre déjà citée, Agucchia dit que Galilée lui communiqua verbalement la découverte des taches et la marche apparente de ces corps de l'est à l'ouest II ne fait pas mention du mouvement de rotation du Soleil.
Bien n'est plus catégorique, plus positif pour qui sait lire avec attention, que la préface académique d'Àngelo de Filiis. Après avoir rappelé la réunion du jardin Bandini, après avoir rendu un juste hommage au génie de Galilée, le bibliothécaire des Lincei ajoute : t On attendait avec un désir universel qu'if fit connaître son opinion sur les taches lorsque, enfin, MM. les académiciens Lincei apprirent que Galilée avait pleinement traité le sujet dans quelques lettres adressées en particulier au célèbre et savant Velser , etc. , etc. » Au jardin Bandini, en avril ou mai 1611, le savant illustre n'avait donc rien dit de la rotation du Soleil. C'est par les lettres de Velser qu'on eut les premières nouvelles de cette vérité astronomique. La plus ancienne des lettres au duumvir d'Ausbourg est du h mai 1612. A cette date, l'ouvrage
de Fabricius était dans les mains du public depuis plus de dix mois.
J'ajoute que les réclamations de Galilée lui-même» celles dont j'ai précédemment rapporté les dates, concernent seulement l'observation des taches et nullement la conséquence qui en a été déduite : la rotation du Soleil sur son centre. Cette découverte appartient à Fabricius!
Qu'y a-t-il de vrai maintenant dans cette assertion d'un auteur italien moderne : « Lors même que le grand astronome (de Florence) n'eût pas été le premier à observer ces taches (les taches solaires), il aurait surpassé tous ses rivaux pour les conséquences importantes qu'il sut en déduire relativement à la constitution physique du Soleil et au mouvement de rotation de cet astre. »
J'aperçois, dès les premiers pas, que cette prétendue supériorité de Galilée sur ses rivaux , touchant le mouvement de rotation et la constitution physique du Soleil , ne résistera pas au plus léger examen. Après avoir regardé les titres respectifs avec des yeux attentifs, aucun savant impartial, aucun amateur un tant soit peu au fait des observations astronomiques, n'acceptera l'assertion qu'on vient de lire. Je suis certain de n'avoir abordé cette dis* cussion que dans l'intérêt de la vérité historique; cependant, afin de repousser d'avance les insinuations malveillantes dont ces pages pourraient être l'objet, je déclare solennellement que Galilée est à mes yeux un des quatre ou cinq plus grands génies scientifiques des temps modernes. J'ajoute qu'aucune louange au monde ne me semblerait exagérée, en parlant de la sagacité dont le savant immortel fit preuve dans ses recherches sur les mouve-
ments variés et la chute de» corps. Qu'on venffle bien le remarquer, il ne sagit ici que d'un objet spécial et très* circonscrit, d'une question Gastronomie â l'égard de laquelle, suivant moi, Galilée fut moins bien inspiré que d'habitude.
8 juin 1619. — Discorso délie comète di Mario Giuducci del 1618.
L'auteur prétend à tort que la parallaxe est un mauvaismoyen de déterminer la distance d'une comète.
1623. — // Saggiatore, nel qaale si ponderano le cose contenute nella libra astronomica e filosofica di Lotario Sarsi, scrilto in forma di letlera, dal signor Galileo Galilei.
C'est une dissertation dans laquelle Galilée essaie principalement de prouver, en réponse à un Traité du Père Sarsi, que les comètes pourraient être de simples illusions, telles que les parhélies, les halos, les arcs-enciel, etc. Ces suppositions, qui n'ont guère cours aujourd'hui» montrent avec quelle difficulté la vérité se fait jour même dans les esprits les plus sagaces et les plus exempts de préjugés»
Le Saggiatore est considéré par des juges compétents comme un chef-d'œuvre de style, de dialectique et de fines plaisanteries. Je m'incline avec respect devant une pareille décision, mais j'avoue qu'ayant pris en considération le fond des choses beaucoup plus que la forme, le Saggiatore m'avait paru d'une prolixité fatigante.
1632* — Dialogo di Galileo Galilei sopra i due massimi sistenri del monda, Tokmaico e Copernicano.
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Les fit akgue$ parurent à Florence en 1698. Traduite de l'italien en latin, ils furent publiés à Strasbourg en 1635 avec 1e titre de System* cotmicum, auctore Gaiiiea Galilei, etc.
Cet ouvrage est divisé en quatre dialogues où les trois interlocuteurs sont : Satviati, noble florentin , qui soutient avec force le système de Copernic ; Sagredo, noble vénitien, homme d'esprit, comme dit Delambre, mais plutôt homme du monde que savant. Ces deux personnages avaient été amis de Galilée et ils étaient morts depuis plusieurs années lorsque les Dialogues parurent. L'auteur appelle le troisième interlocuteur Sknplicius, du nom d'un péripatéticien dont il nous reste un commentaire sur te Gùid'Aristote.
On est obligé de se faire violence quand on est amené à se livrer aux critiques même les plus fondées d'un ouvrage qui a été la cause des traitements inouïs infligés à son auteur; mais la vérité a des droits imprescriptibles. Je déposerai donc ici humblement les réflexions que m'a suggérées la lecture des Dialogues*
Pourquoi Galilée a-t-il donné à son œuvre la forme de dialogues?. N'eût-il pas mieux valu exposer les vérités qu'il contient dans un ouvrage didactique? Galilée a eu certainement de très-bonnes raisons, à l'époque où iL écrivait, pour adopter la première forme;, il voulait sansdoute rendre son traité populaire» et il atteignit son but.
Je ccoiviftfifi que les réflexions qu'on va lire n'ont quelque poids qu'en ne tenant pas compte du temps et des circonstances dont Galilée était meilleur juge que nous.
ne pouvons Têtre aujourd'hui ; j'avoue, en outre, qu'elles ne tendraient à rien moins qu'à supprimer, ou à réduire à huit ou dix pages, un des plus élégants ouvrages de notre littérature, les Entretiens de Fontenelle sur la Pluralité des mondes. Quoi qu'il en soit, je vais entrer franchement en matière, mais en priant le lecteur de bien considérer que je présente mes observations, non comme bonnes, mais seulement comme miennes.
Lalande invitait les astronomes à lire une fois chaque année l'ouvrage de Kepler sur l'orbite de Mars. Je ne saurais, en vérité, me faire l'écho d'une semblable recommandation en ce qui concerne les Dialogues. Je pourrais même, à toute rigueur, conseiller aux observateurs de ne pas perdre leur temps à cette lecture. Les choses les plus simples y sont exposées avec une prolixité qui, à notre époque, n'aurait pas d'excuses. Il faut y chercher les vérités dignes d'être retenues, et elles sont nombreuses, au milieu des fades compliments que s'adressent les interlocuteurs, Salviati, Sagredo, Simplicius. J'engagerai ceux qui trouveront ce jugement trop sévère, à lire, s'ils en ont le courage, dans le troisième dialogue, la réfutation des calculs exécutés par un auteur dont on ne cite pas le nom et qui étaient destinés à prouver que l'étoile de 1572 était un phénomène sublunaire et non une étoile proprement dite. Ce qui pouvait être expliqué en quatre pages, se trouve délayé sans utilité, et certainement sans profit pour la clarté, dans un espace dix fois plus étendu.
Mais passons à ces vérités dont je parlais tout à l'heure.
On trouve dans le troisième dialogue l'explication trèsdétaillée de la méthode à l'aide de laquelle Galilée enten-
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dait prouver le mouvement de translation de la Terre, par le déplacement relatif de deux étoiles très-voisines en apparence l'une de l'autre, mais inégalement éloignées de la Terre; méthode qui, depuis, a été présentée à tort comme neuve par William Herschel, et employée avec succès par Bessel dans ses observations de la parallaxe de la 61e Cygne.
Le quatrième Dialogue renferme une explication du flux et du reflux de la mer , peu digne de l'auteur à qui sont dus les vrais principes, de la mécanique moderne. Suivant Galilée, le phénomène consisterait dans la combinaison du mouvement des eaux dépendant du mouvement de translation de la Terre autour du Soleil, et du mouvement en sens inverse de ce même liquide qui résulterait toutes les vingt-quatre heures du mouvement de rotation de la Terre sur son axe.
Le moindre inconvénient d'une pareille explication est de ne satisfaire à aucune des lois expérimentales du phénomène.
20 février 1637. —Lettre datée de la prison iïArcetri.
Galilée rend compte dans cette lettre de ses observations sur la tilubalion (libration de la Lune).
Les librations dont il est question ne sont relatives qu'aux changements de parallaxes résultant des diverses hauteurs de l'astre au-dessus de l'horizon et aux changements de déclinaisons. Les écrivains qui ont vu dans les observations si intéressantes de Galilée, la découverte de la libration et les lois remarquables données par Cassini, n'ont prouvé que leur ignorance en astronomie. Le*
m GALlUfcE.
observations dont il est question dafts cette publication, faites à Àrcetri, furent interrompues par une fluxion dont forent atteints les yeux de l'illustre prisonnier, et qui bientôt fut suivie d'une cécité complète.
On trouve dans là rédaction de ses observations, que Fâge n'avait affaibli ni l'art d'exposition, ni la tournure poétique qu'on remarque dans les productions de la jeunesse de Galilée. Ainsi , veut-41 indiquer les changements qui résultent dans l'aspect de la Lune des variations de sa hauteur, il dira : « La Lune découvre et cache pour ainsi dire les cheveux de son front et la partie du menton qui est diamétralement opposée , ce qui peut s'appeler baisser et relever la face. » — Entend-41 nous signaler les Kbrations apparentes en ascension droite, i! «'exprime en ces termes : t Nous pourrons dire que la Lune tourné la tête à droite ou à gauche en nous découvrant et en nous cachant alternativement Tune et l'autre oreille. »
1638, — Discorsi e dimosirazioni matemaliche interna 4 due nuûve scienze.
Tel est le titre de l'ouvrage qui parut pour la première fois à Leyde en 1638, et sur lequel Lagrange, dans sa Mécanique analytique, s'exprime en ces termes :
t La dynamique est la science des forces accélératrices ou retardatrices, et des mouvements variés qu'elles doivent produire. Cette science est due entièrement aux modernes , et Galilée est celui qui «n a jeté les premiers fondements.
«Avant lui on n'avait considéré les forces qui agissent sur les corps qu'à l'état d'équilibre; et quoiqu'on ne p4t
attribuer Tacoédération des corps pesants vt 3c mouvement curviligne des projectiles qu'à Faction constante de la gravité., personne n'avait encore réosai à «déterminer les lois de ces phénomènes journaliers, d'après une cause si simple. Galilée a fait Le premier ce pas important,, et a ouvert par là une carrière nouvelle et immense à l' avancement de la mécanique. Cette découverte ne procura pas à Galilée, de son vivant, autant de célébrité que celles ipfil avait faites dans le ciel; mais eHe fait aujourd'hui la partie la plus solide et la plus réelle de la gloire de<œ grand homme*
« Les découvertes des satellites de Jupiter, des phases de Vénus, des .taches du Soleil , "etc., ne demandaient que des télescopes et de l'assiduité ; mais il fallait un génie extraordinaire pour démêler les lois de la nature dans les phénomènes que Ton avait toujours eus sons les yeux, et dont l'explication, avait néanmoins toujoucs échappé aux recherches des philosophes. »
Galilée était donc, comme on w>it, suivant les appréciations de Lagrange, un génie extraordinaire, La postérité a confirmé ce jugement, qm n'a donné lieu à aucune .réclamation. C'est le privilège des hommes supérieurs.* lorsqu'ils portent un jugement équitable sur les .travaux de leure .prédécesseurs.
Génie extraordinaire devrait être désormais la seule inscription à placer sous tous les portraits du grand philosophe de Florence.
C'est aussi dans les Dialogues que se trouve la première indication des expériences à Taide desquelles l'auteur croyait pouvoir arriver à la détermination de la vitesse
de la lumière. Voici , en abrégé , comment il s'explique à ce siget.
« Supposons que deux observateurs soient munis chacun d'une lumière qu'ils puissent couvrir et découvrir instantanément avec un écran; que, se tenant d'abord k la distance de quelques pas, ils s'exercent à découvrir la lumière dont ils sont porteurs, aussitôt que la lumière de l'observateur correspondant apparaît Quand ils seront suffisamment exercés, ils s'éloigneront de deux ou trois milles, et répéteront l'expérience en notant l'intervalle écoulé entre l'instant où l'un, que j'appellerai le premier, aura découvert sa lumière, et celui où il aura aperçu celle du second observateur. Cet intervalle sera évidemment égal au double du temps que la. lumière emploie à aller de la première à la seconde station. Si deux ou trois milles ne donnent pas d'intervalle sensible, ils s'éloigneront k la distance de huit ou dix milles , et ils se serviront du télescope. »
Galilée rapporte qu'ayant fait l'expérience, lorsque les observateurs étaient à un mille de distance, il ne parvint pas à pouvoir apprécier le temps que la lumière employait à parcourir le double de cet intervalle, ou deux milles. Les expériences furent ensuite répétées par les membres de l'Académie del Cimento k des distances beaucoup plus considérables, mais toujours avec des résultats négatifs, ce qu'on peut facilement concevoir, à présent qu'il est établi que la lumière parcourt soixante-dix-sept mille lieues par seconde.
Galilée explique dans le même ouvrage comment il se fait que le temps de la descente d'un corps pesant le long
du diamètre vertical d'un cercle, est le même que le temps de la descente le long des cordes, pour courtes qu'elles soient, lorsqu'elles se terminent à l'extrémité du diamètre vertical. 11 prouve aussi que la descente d'un corps le long d'un arc de cercle de moins de 90°, est plus court que le temps employé par ce même corps à parcourir la corde de cet arc. * Ce qui, dit-il, au premier coup d'œil doit sembler un paradoxe, l'arc étant plus long que la corde. »
On trouve dans les Dialogues , dont nous donnons ici une analyse si abrégée, la première idée du procédé expérimental dont Ghladni, Savart et Wheastone ont tiré un si grand parti dans leurs observations, et consistant dans l'examen des lignes nodales , suivant lesquelles les poussières se disposent sur la surface d'une plaque en vibration. On y voit aussi des idées très-justes sur le plaisir que donnent les résonnances musicales, et le déplaisir qu'occasionnent les discordances.
Nous ne pouvons oublier de parler ici de l'application du pendule comme régulateur des horloges, invention dont les auteurs italiens ont prétendu faire honneur à Galilée au détriment de Huygens, à qui cette découverte est plus généralement attribuée. Nos voisins se fondent* pour soutenir leur opinion , sur la déclaration de Viviani , géomètre célèbre et élève chéri de Galilée.
Viviani écrivait en 1673 au comte Magalotti, une lettre destinée à prouver que Galilée, déjà aveugle, avait pensé, en 1641, à se servir d'un pendule pour rendre égales les oscillations d'une horloge ordinaire, et que le fils du savant immortel réalisa plus tard cette invention dans une horloge exécutée de ses mains.
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Mais, malgré tout le respect que Ton doit à des assertions portant pour signature le nom de Vîviani , aux yeux de tout homme impartial ces assertions ne sauraient balancer les titres publics qu'invoque en sa faveur l'illustre géomètre hollandais.
Comment une invention de cette importance était-elle restée ignorée pendant huit années entières? Si Ton prétend que Ton en a fait mystère exprès, chacun comprendra qu'une pareille argumentation pourrait être alléguée par tous les plagiaires possibles.
La Bilancetta nella quale s'insegna a trovare la proportions del misto dei due metalli insieme, colla fabrica delï istesso strumento, est une œuvre posthume renfermant les principes de tous les instruments construits depuis sous le nom de Balances hydrostatiques; mais nous n'en dirons pas davantage à ce sujet., ces balances n'ayant aucun rapport direct ou indirect avec l'astronomie proprement dite.
Nous n'en finirions pas si nous voulions citer toutes les lettres de l'immortel philosophe, dans lesquelles sont contenues des remarques fines et marquées au coin de la plus grande sagacité, sur diverses questions délicates d'astronomie. Les hommes d'étude regardent comme un malheur d'être obligés d'aller chercher ces vues toujours ingénieuses au milieu des détails aujourd'hui sans aucun intérêt de correspondances privées et remplissant dix volumes.
Pour épargner aux autres la peine que j'ai prise moimême, je réunirai ici quelques-uns de ces passages dans lesquels l'auteur immortel a d'un mot éclairci des quee-
tions pendantes à son époque, ou bien, avec son regard d'aigle, plongé dans l'avenir de la science.
Galilée espérait que les mouvements des étoiles mieux observés, ajouteraient aux preuves que Ton avait, de son temps, du mouvement de translation de la Terre; cette espérance a été réalisée par la découverte de l'aberration defiradley,etpar les observations de la parallaxe annuelle.
On trouve dans Galilée la première idée de la méthode mise en pratique par M. d'Assas Mondardier, près du Vigan, pour la détermination de la parallaxe annuelle des étoiles.
« L'espace compris entre Saturne et les étoiles , dit Galilée quelque part, est peut-être peuplé de planètes invisibles. » Les découvertes d'Uranus et de Neptune sont venues confirmer cette conjecture de l'illustre astronome italien.
On a été étonné avec raison de ne trouver le nom de Kepler dans les divers écrits de Galilée qu'à l'occasion de l'explication du phénomène des marées, dans laquelle ce grand homme paraissait disposé à faire jouer un rôle à l'action de la Lune sur les eaux de l'Océan. Pour qu'on ne s'égare pas sur les causes de cet oubli , je dirai qu'en citant le Traité de Gilbert sur le magnétisme, Galilée en parlait avec le plus grand éloge, et qu'il disait de Fauteur : « Il est grand jusqu'à exciter l'envie. ■
On voit dans diverses lettres de Galilée, qu'il avait compris tout l'intérêt qu'il y aurait à comparer l'intensité de la lumière qui émane des bords et du centre du Soleil. Des expériences directes l'avaient conduit à admettre que ces intensités sont égales.
C'est à Galilée qu'on est redevable de la découverte de la méthode ingénieuse, à l'aide de laquelle on parvient à se débarrasser , du moins en très-grande partie, des rayons factices qui avaient jusqu'alors beaucoup augmenté le diamètre des étoiles.
Ses observations firent disparaître une des plus grandes difficultés qu'on eût élevées contre le système de Copernic.
Je trouve dans une lettre en date de 1637 que le grand astronome italien avait observé une planète en plein jour. On sait que les premières observations de ce genre exécutées sur les étoiles par Morin sont de la fin du mois de mars 1635.
Le 19 avril 1611, Galilée adressa catégoriquement aux jésuites du collège romain des questions , tendant à connaître leur opinion sur ses découvertes astronomiques.
Les pères jésuites répondirent qu'ils croyaient à l'existence des satellites de Jupiter, à la forme irrégulière de Saturne, aux phases de Vénus, à la découverte de beaucoup d'étoiles dans les nébuleuses et dans la voie lactée; mais ils ne pensaient pas que la blancheur de cette zone tînt uniquement à une agglomération d'étoiles. Quant aux observations de la Lune, ils restaient dans le doute. Clavius, disaient-ils, ne croit pas aux inégalités de hauteur ; il suppose seulement que les diverses parties de l'astre ne réfléchissent pas la lumière avec la même intensité.
Cette réponse est du 24 avril 1611. La lunette dont se servaient les pères jésuites devait être bien médiocre pour qu'ils pussent douter de l'existence d'aspérités et de cavités profondes sur le corps de notre satellite.
Sur la question de savoir s'il y a dans les planètes
des animaux et des végétaux semblables à ceux que nous voyons sur la Terre, Galilée s'est toujours tenu et pour cause sur la plus grande réserve. Ainsi , dans une lettre au prince Cesi, datée du 25 janvier 1613, il dit : t Si Ton me pose la question, je ne répondrai ni oui, ni non. »
Galilée rapporte dans une lettre sur la lumière cendrée, écrite au prince Léopold en mars 1660, qu'il avait vu la Lune disparaître complètement pendant une éclipse. Il invoquait. déjà cette observation pour prouver, contre F opinion de Liceti, que la Lune n'a pas de lumière propre.
L'explication que Galilée donna de la lumière cendrée fut combattue par Liceti et d'autres, après la découverte de ce qu'on appelle le phosphore de Bologne, c'est-àdierde cette substance minérale (sulfate de baryte) qui, ayant été exposée à la lumière, brille longtemps dans l'obscurité ; on prétendit attribuer à un phénomène analogue cette lueur secondaire, qui nous fait voir la portion delà Lune non éclairée par le Soleil. Galilée réfuta longuement cette théorie, et surtout celle de Liceti, dans une lettre au prince Léopold que Venturi nous a conservée.
Le cardinal del Monte, après le séjour de Galilée à Rome, écrivait au grand-duc, le 31 mai 1611, que les découvertes de Galilée avaient été appréciées et admirées des plus savants de cette capitale, c Si nous étions dans l'ancienne république romaine, ajoutait le cardinal, j'ai la certitude qu'on lui aurait élevé une statue au Campidoglio (Capitole) pour honorer ses travaux. »
Le cardinal del Monte ne figurait pas parmi les juges de Galilée.
La citation suivante, par laquelle nous terminerons, prouvera qu'un homme de génie est quelquefois un homme d'esprit dans le sens qu'on attache en France à ces expressions.
Âristote recommandait à ses sectateurs de ne pas étudier les mathématiques , peut-être parce que Platon avait écrit sur le vestibule de son école : « Que nul n'entre ici, s'il n'est géomètre. » Galilée trouve ce précepte d' Aristote fort sage, « car, dit-il, il n'y a rien de si fatal pour les théories du Stagyrite, que la géométrie; elle en dé* couvre toutes les erreurs et les tromperies. •
Je n'ai pas parlé dans cette biographie des négociations que Galilée établit effectivement ou chercha à étar blir avec la cour d'Espagne et les États de Hollande pour la détermination des longitudes en mer. Ces négociations n'aboutirent pas. Les tables des satellites de Jupiter, même après les efforts de Renieri pour les perfectionner, étaient trop inexactes pour qu'on pût y trouver les moyens de calculer les longitudes. Ajoutons que, lors même que les tables eussent été parfaites , on n'aurait pas pu les faire servir à la détermination des longitudes en mer, puisque les observations des configurations ou des éclipses eussent exigé l'emploi de lunettes d'un pouvoir amplificatif assez considérable, et que de tels instruments ne peuvent être employés sur un navire quand il est un peu agité. Pour donner à sa méthode l'exactitude à laquelle il aspirait, Galilée fit par lui-même et par ses élèves un nombre prodigieux d'observations. Renieri, religieux oiivétain, en était le dépositaire. On a prétendu qu'à sa mort des agents de l'Inquisition s'en emparèrent; mais il
ne faut calomnier personne, pas même les agents de l'Inquisition.
Il résulte du récit de Nelli dans la Vie de Galilée, fondé sur une déclaration de parents de l'astronome italien, que la spoliation du cabinet de Renieri doit être imputée à un certain chevalier Joseph-Augustin Pisano, qui avait été présent à la mort de Renieri et dans les mains duquel se trouvèrent l'horloge et le télescope du religieux olivétain.
Quoi qu'il en soit de cette accusation, les manuscrits de Renieri rentrèrent, on ne sait trop quand ni comment, dans la Bibliothèque de Florence , dite Palatine , d'où ils ont été extraits et publiés, quant à leurs parties essentielles, par M. Alberi, après avoir donné lieu en Italie au débat le plus animé et le moins courtois.
Il n'est pas de mince ingénieur ou de petit auteur de traité de physique qui ne nous raconte cette anecdote. Des fontainiers de Florence, surpris de voir l'eau ne jamais s'élever dans le vide au-dessus de 32 pieds, allèrent consulter Galilée, qui leur répondit : « Ce qui vous étonne est très-simple ; la nature n'a horreur du vide que jusqu'à la hauteur de 32 pieds. »
Les véritables appréciateurs du génie de Galilée tenaient cette réponse pour une plaisanterie faite dans un moment de gaieté. Je crois qu'on peut aller plus loin et la déclarer apocryphe.
On n'en voit , en effet , point trace dans les traités authentiques de Galilée. Le plus ancien auteur qui la menmentionne est Pascal, dans 1a préface de son Traité de Y équilibre des liqueurs. Ce serait une autorité irrécusable
si Pascal s'était rendu garant de l'exactitude du propos prêté à Galilée; mais il ne le cite que comme un on dit Or, personne n'était plus intéressé que l'auteur des Leftres provinciales à reconnaître que la biographie des hommes de génie ne doit pas se fonder sur des on dit.
C'est du temps de sa réclusion à Arcetri que datent les plus profondes publications de Galilée. La perte de la vue semblait avoir augmenté la pénétration intellectuelle de ce génie immortel ; mais la prudence lui commandait de ne point divulguer ce qu'il imaginait, pendant ses réflexions solitaires , sur le système de l'univers. Jaloux de transmettre ses travaux à la postérité, il prit les précautions les plus minutieuses pour que le fruit de ses pénibles, veilles ne fût pas totalement perdu. 11 légua ses manuscrits à Viviani, son élève et presque son fils d'adoption : soins superflus, ces précieux manuscrits furent égarés à la suite des précautions maladroites que l'on prit pour en dérober la connaissance aux ennemis du grand homme. Tozzetti a raconté par quel hasard extraordinaire on retrouva quelques-unes de ces feuilles. Voici son récit :
t Dans le printemps de l'année 1739 le célèbre docteur Lami et Nelli allèrent déjeuner dans une taverne, à Florence, portant pour enseigne : Auberge du pont. Chemin faisant ils entrèrent chez un charcutier renommé et y achetèrent un saucisson de Bologne qui leur fut remis enveloppé dans un papier. Arrivés à l'auberge, Nelli remarqua que l'enveloppe du saucisson était une lettre de Galilée ; il la nettoya aussi bien qu'il le put avec sa serviette et la mit dans sa poche sans dire à Lami un seul mot de sa trouvaille. Rentré en ville, Nelli se rendit à
la boutique du charcutier, lequel lui dit qu'il achetait souvent au poids des papiers semblables à la lettre, à un domestique qu'il ne connaissait pas. Nelli obtint tout ce que le marchand de Saucissons avait de papiers, et ayant guetté pendant plusieurs jours l'arrivée du domestique inconnu, il fut mis en possession, au prix d'une certaine somme, de tout ce qui restait encore des précieux trésors que Viviani avait cachés quatre-vingt-dix ans auparavant. »
Ces manuscrits remplissaient une grande malle. Tous les gens d'étude apprendront par cette anecdote que le seul moyen certain de conserver leurs œuvres est la casse d'un imprimeur.
René Descartes naquit à La Haye, en Touraine, le 31 mars 1596. Son père occupait à Rennes une place de conseiller au parlement C'est dire qu'il possédait la noblesse de robe.
Le jeune René avait une constitution très-débile et qui laissait peu d'espoir de le conserver. Lorsque sa santé se fut un peu fortifiée, son père l'envoya à La Flèche pour y faire ses études sous les jésuites. C'est là qu'il se lia avec le jeune Mersenne, élève aussi dans ce collège, d'une amitié qui ne s'est jamais démentie. :
Descartes n'avait que dix-sept ans lorsque le conseiller de Rennes, confiant dans la maturité de son caractère et dans le goût passionné pour l'étude qu'il avait montré,
loi permit de se rendre à Paris sans guide et sans mentor. Les prévisions du magistrat ne se réalisèrent pas d'abord, et le jeune René, entraîné par quelques amis, s'abandonna à la passion du jeu. Mais bientôt, ayant aperçu l'abîme qui s'ouvrait devant lui, il rompit toutes ses relations et se retira dans une maison isolée du faubourg Saint -Germain, où il se livra sans distractions à des études sérieuses.
Descartes fut longtemps incertain sur la carrière qu'il devait adopter; celle d'auteur lui souriait assez, mais elle lui paraissait, chose extraordinaire, peu compatible avec la noblesse de sa famille. L'indépendance lui semblait le premier des biens, et c'est pour en jouir pleinement qu'il alla se fixer en Hollande. En 1617 , il entra comme volontaire dans l'armée de Maurice de Nassau. Pendant qu'il tenait garnison à Breda, il se rapprocha un jour d'un groupe qui lisait une affiche en flamand , portant le défi de résoudre certain problème de géométrie. Parmi les personnes qui s'étaient groupées autour des affiches, se trouvait un professeur de mathématiques, M. Beckmann, qui, sur sa demande, lui fit connaître les termes du défi. Le lendemain, le jeune volontaire se présentait chez le professeur et lui remettait la solution. Telle fut l'origine de la tendre amitié qui lia Descartes à Beckmann, et dont celui-ci, tant qu'il vécut, lui donna des preuves multipliées.
Des troupes de Hollande, Descartes passa dans celles de Bavière et parcourut ainsi une grande partie de l'Allemagne. Il est incroyable que dans ses pérégrinations à travers cette contrée, Descartes n'ait pas cherché à voir
Kepler, l'astronome le plus célèbre de l'époque et celui qu'il appelait justement son maître en optique.
Dans l'oisiveté des garnisons, Descartes était sans cesse occupé d'un projet colossal : celui de refondre toute la philosophie. Cette continuelle contention d'esprit le plongea dans une sorte d'hallucination ; il avait souvent des visions nocturnes, dont il donnait le lendemain des explications qui semblaient être la preuve d'un dérangement complet de son intelligence. C'est dans une de ces visions qu'il fit le vœu d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette.
La secte des Rose-Croix, qui promettait aux hommes une nouvelle science et la véritable sagesse, avait pris en Allemagne beaucoup plus de crédit que de tels thaumaturges ne semblaient le mériter. Descartes fit de nombreuses démarches pour être affilié à cette secte. Le bruit se répandit à Paris qu'il avait réussi. Ses amis et particulièrement le père Mersenne s'en montrèrent trèsinquiets , car les Rose-Croix, loin de jouir en France de la faveur publique, y étaient l'objet, même sur les tréteaux de la foire, des plus sanglants quolibets. Descartes prit alors le parti de revenir à Paris pour rassurer les amis de ses principes philosophiques et ceux de sa personne. Pendant son séjour dans la capitale, il apprit qu'un de ses parents, qui remplissait un emploi dans l'administration de notre armée d'Italie, venait de succomber. L'idée du pèlerinage à Notre-Dame de Lorette lui revint alors à l'esprit. Il sollicita la place que la mort de son parent avait laissée vacante et partit pour l'Italie. 11 se rendit d'abord à Venise, accomplit le vœu qu'il avait
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formé en Hollande, et s'arrangea pour être à Rome au temps du Jubilé.
Après avoir visité une partie de l'Italie, Descartes retourna en France en passant par la capitale de la Toscane. On pourrait être étonné que lui, qui s'était montré si actif à la recherche des Rose-Croix, n'eût fait aucune démarche pour être présenté à Galilée, si nous ne savions que, par une aberration inexplicable, Descartes témoignait une grande indifférence pour les travaux et les admirables découvertes du philosophe italien; qu'il disait ne rien voir dans les écrits de Galilée qui lui fît envie et presque rien qu'il voulût avouer digne d'examen.
Descartes étudia la médecine ; il disait avoir fait assez de progrès dans cette science pour être assuré de vivre cent ans. L'abbé Picot, qui était venu se joindre à lui, renchérissant sur les espérances de son maître, n'hésitait pas à se promettre une vie de quatre à cinq cents ans.
En choisissant la Hollande pour lieu de sa résidence habituelle, Descartes avait espéré y trouver l'indépendance et la liberté, mais il fut grandement trompé dans son attente. Quelques théologiens de l'église réformée, et au premier rang Voet, professeur de théologie à l'Université d'Utrecht, suscitèrent à Descartes d'odieuses persécutions. Ils allèrent même jusqu'à diriger contre notre savant compatriote une accusation d'athéisme. Voet prit si bien ses mesures, qu'il avait obtenu des tribunaux d'Utrecht des condamnations infamantes auxquelles Descartes n'échappa qu'en invoquant, par l'entremise de l'ambassadeur de France, les immunités attachées à sa qualité d'étranger.
Descartes avait espéré que ses principes de philosophie, exposés avec clarté et la plus grande modération, seraient reçus du public avec des applaudissements universels. Loin de là, ils ont été pour lui le texte de calomnies hideuses et d'accusations imméritées. Ses découvertes mathématiques recevaient un accueil plus favorables, mais le nombre de personnes capables de les apprécier était très-restreint. Ces circonstances réunies jetaient dans son esprit un peu de découragement, lorsqu'il reçut de M. Chanut, ambassadeur de France à Stockholm, des offres séduisantes de la part de la reine Christine ; il les accepta après quelques hésitations, et se rendit en Suède où la reine lui fit l'accueil le plus flat- . teur. Elle voulut que Descartes vînt tous les matins à cinq heures l'entretenir de l'objet de ses études; il ne put résister à cette obligation dans un climat aussi rude ; il fut saisi le 2 février 1650 d'une violente fluxion de poitrine et il mourut le 11 du même mois. La reine voulut lui faire accorder les honneurs réservés jusque là aux premières familles de la noblesse; l'ambassadeur de France réclama au nom de la gloire nationale, et le corps de l'illustre philosophe fut transporté à Paris en 1666 et déposé dans l'église de Sainte-Geneviève. Le corps de Descartes avait librement traversé toute l'Allemagne, mais lès douaniers de Péronne exigèrent pour le laisser passer qu'on ouvrît le cercueil et se livrèrent à un examen odieux des restes du grand homme.
Un décret de la Convention, rendu sur le rapport de Chénier, décida que le corps de Descartes serait transporté au Panthéon; ce décret ne reçut pas d'exécution
sur l'opposition, qui le croirait? de Mercier, l'auteur du Tableau de Paris, devenu alors demi-newtonien. Pendant la Révolution, les restes du grand géomètre furent transportés de Sainte- Geneviève au Musée des Monuments français; plus tard, en 1819, on les transféra solennellement dans l'église de Saint-Germain-des-Prés. Le cortège se composait simplement des autorités administratives de l'arrondissement et de quelques membres de l'Institut.
Bien des personnes s'imaginent que Descartes n'alla se réfugier en Hollande qu'à cause des persécutions dont il fut menacé dans son pays natal mais c'est là une grande erreur. Descartes n'eut à subir en France de persécution d'aucune espèce ; il ne fut même jamais menacé. Tout au contraire, on lui offrit des positions avantageuses qu'il refusa constamment, « attachant, disait-il, un tel prix à sa liberté qu'aucun souverain n'était assez riche pour l'acheter. » Le cardinal Mazarin lui fit même accorder le brevet d'une pension de mille écus.
Ajoutons que la statue en marbre qui décore la salle des séances publiques de l'Institut, fut élevée à Descartes sous l'ancien régime, c'est-à-dire avant la révolution de 1789.
L'esprit de Descartes se révolta dès ses premiers pas contre le joug de l'antiquité, sous lequel les écoles modernes s'étaient courbées t et publia en 1637 son Discours sur la méthode, dans lequel il donnait d'excellentes règles de logique auxquelles, malheureusement pour sa mémoire, il ne resta pas fidèle dans ses autres publications.
La Géométrie de Descartes parut en 1637 ; c'est incontestablement la partie la plus solide de la gloire de ce grand homme. On trouve développés dans cet ouvrage pour la première fois les principes de cette branche des sciences mathématiques généralement connue aujourd'hui sous le nom d'application de Falghbre à la géométrie.
Descartes est le premier qui se soit fait une idée juste de la signification des racines négatives des équations. On lui doit la règle qui porte son nom, servant à décider, d'après la succession des signes d'une équation donnée , lorsque cette équation ne renferme que des racines réelles, et à déterminer combien de racines positives et de racines négatives elle contient.
La Dioptrique parut en 16S7. C'est dan6 ce traité que Descartes donna pour la première fois la loi de la constance du rapport des sinus d'incidence et de réfraction. Je vois avec une douloureuse surprise, surtout dans les ouvrages sortis de la plume des écrivains anglais les plus honorables, cette loi présentée comme la loi de Soellius. On se demande quel peut être le prétexte d'une pareille injustice. Descartes est évidemment le premier qui ait communiqué la loi des sinus au public. Mais, dit Huygens, elle était contenue dans un manuscrit inédit de Snellius que Descartes a pu voir pendant son séjour en Hollande. Huygens n'ose pas affirmer que Descartes ait vu le manuscrit en question ; ainsi ceux qui veulent priver le philosophe français de l'honneur de l'invention qui lui revient comme publicateur, l'assimilent aux plus vils plagiaires.
Des personnes passionnées ont prétendu que Descartes, qui d'après la direction de son esprit n'aimait pas à perdre son temps à faire des expériences, n'avait pas pu trouver la loi mentionnée. Mais comment les aristarques n'ontils pas remarqué que les valeurs des angles de réfraction correspondantes à tous les angles d'incidence compris entre 0 et 90°, sont rapportées par Vitellion, peut-être d'après Ptolémée, relativement aux rayons qui passent de l'air dans l'eau, et que la discussion de ces angles comparés conduit à fort peu près à la loi des sinus. C'est dans l'examen de ces angles que Descartes a probablement trouvé la loi qu'on lui conteste. N'est-ce pas ainsi, suivant toute apparence, que Snellius arriva au même résultat. Au surplus, Descartes ne repoussait pas en cette matière la voie expérimentale aussi complètement qu'on Ta prétendu. Ainsi, on le voit dans une lettre à Mersenne déclarer que la réfraction, contre une opinion alors fort répandue, n'est pas proportionnelle à la densité des corps, et dire en termes formels que la réfraction de l'huile de térébenthine et celle de l'esprit de vin sont supérieures à celle de l'eau, malgré la moindre densité de ces deux premiers fluides.
Si je voulais fortifier la conjecture suivant laquelle Descartes aurait déduit la loi des sinus d'une étude minutieuse des nombres renfermés dans la Table de Vitellion, je pourrais le faire en citant deux circonstances capitales et qui n'ont pas été assez remarquées. La première, c'est que Descartes se défiant peut-être de l'exactitude des observations sur lesquelles la Table de Vitellion était fondée , imagina un instrument dont il donna une des-
cription détaillée pour vérifier la célèbre loi. La seconde , c'est qu'ayant calculé le foyer d'une lentille de verre sur la loi des sinus, il chercha si le foyer expérimental coïncidait avec celui que le calcul lui avait fourni.
Au reste, ne cessons pas de le répéter, l'histoire des sciences, écrite en dehors des documents imprimés, ne serait souvent qu'un roman. Ce n'est que dans des cas très-rares que l'écrivain peut être autorisé à s'écarter de la règle, et la découverte de la loi des sinus ne saurait sous aucun rapport légitimer une telle exception.
La Dioptrique de Descartes renferme un examen détaillé de ce qu'on a appelé l'aberration de sphéricité et les moyens de la faire disparaître; c'est là que le grand géomètre prouve que pour arriver au but il faudrait donner aux surfaces des lentilles et des miroirs la forme ou parabolique ou hyperbolique, et comme les procédés de travail ordinaire ne fournissent pas des courbures pareilles, Descartes décrit les machines à l'aide desquelles on pourrait obtenir de telles surfaces avec sûreté.
On trouve aussi dans la Dioptrique beaucoup de recherches sur la vision naturelle ou à l'aide des besicles, et, entre autres, des considérations très-ingénieuses sur la vision simple à l'aide des deux yeux.
La Dioptrique est suivie du Traité sur les météores, dans lequel on doit remarquer surtout l'explication de l'arc-en-ciel.
De nombreuses tentatives avaient été faites par les physiciens de tous les âges , dans la vue de découvrir le secret de la formation des deux arcs-en-ciel. Les premières vues exactes à ce sujet se trouvent dans un ouvrage m.— m, *o
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d'Antonio de Dominis, archevêque de Spalatro en Dalmatie, qui parut en 1611, date de la mort de l'auteur dans les prisons de F Inquisition; mais, à ce qu'on dit, l'ouvrage avait été composé longtemps auparavant Ce prélat remarqua qu'en tenant à une certaine hauteur à l'opposite du Soleil, dans un plan vertical passant par cet astre et l'œil de l'observateur, une boule de verre remplie d'eau, on voit émerger de la partie inférieure un trait de lumière qui présente toutes les couleurs du phénomène naturel. Il reconnut que le rayon solaire ayant pénétré dans la boule au-dessus du centre, s'était réfléchi sur la partie postérieure de la boule de manière à revenir émerger par le bas. Il découvrit ainsi comment se formait l'arc-en-ciel dans sa partie la plus élevée. Une marche analogue du rayon dans des gouttes d'eau , situées hors de la verticale, devait rendre compte de la formation des parties latérales du phénomène, je veux dire des parties non contenues dans le plan vertical passant par le Soleil. Tout cela est exact, mais ne constitue pas , ce me semble, l'explication de l'arc-en-ciel; il fallait, en effet, pour que la démonstration fût complète, montrer comment les boules d'eau situées plus haut ou plus bas que dans l'expérience de Dominis ne donnaient pas lieu à des couleurs pareilles. 11 fallait , en un mot, trouver par la théorie des rayons efficaces, comme on les a appelés depuis Descartes, que les gouttes situées à une distance angulaire déterminée de la ligne qui passe par le centre du Soleil et l'œil de l'observateur, sont les seules qui puissent contribuer à la formation du phénomène. Quant au second arc-en-ciel , Dominis n'eut pas une idée, même
éloignée, de la marche des rayons qui l'engendrent.
Pour ce qui est des couleurs , Descartes calcula l'angle formé par le plan tangent à la goutte au point de son incidence et par le plan tangent de cette même goutte au point d'émergence, et trouva, expérimentalement, que la séparation des couleurs était la même que celle qui se produisait dans un prisme d'eau où les faces étaient inclinées d'une quantité égale à la valeur de l'angle formé par les deux plans tangents; ceci rendait l'explication contenue dans le Traité des météores complète et entièrement satisfaisante. On voit ce qu'il faut penser de cette phrase plus ingénieuse qu'exacte : « Descartes dessina les deux arcs-en-ciel , mais ce fut Newton qui les colora. »
Certains physiciens n'étaient pas dans le vrai lorsqu'ils prétendaient que l'aro-en-ciel ne pouvait pas être expliqué tant qu'on n'aurait pas découvert la cause de l'inégale réfrangibilité des rayons de différentes couleurs. Si cette assertion était exacte, l'explication resterait encore à trouver, attendu que dans la théorie de l'émission, du moins, les causes de l'inégale réfrangibilité des rayons diversement colorés ne sont pas parfaitement détermi nées , attendu qu'on ne sait pas si une différence possible dans les vitesses ordinaires entre ces divers rayons ne contribuerait point pour une certaine part à produire l'effet observé.
Les Principes philosophiques parurent en 1644. Descartes crut avoir découvert dans cet ouvrage le mécanisme de l'univers en le peuplant de tourbillons. En appliquant cette théorie à notre système, nous trouverions un fluide tournant autour du Soleil, entraînant avec lui les
planètes, et d'autres tourbillons de moindre dimension tournant autour des planètes et entraînant leurs satellites. Au premier aspect, une pareille idée a de la grandeur, et il n'est pas étonnant que des hommes supérieurs tels que Fontenelle, Leibnitz, Huygens, Bernoulli, Mairan, etc., l'aient adoptée en partie. En voyant des savants de ce mérite admettre, momentanément du moins, le système de Descartes, Maclaurin aurait dur, je crois, s'abstenir de le qualifier de rapsodie.
Au reste, la véritable pierre de touche d'une conception théorique, est sa comparaison avec les observations; or, au moment où Descartes publia son célèbre système, les faits astronomiques étaient devenus très-nombreux et très-nets sous l'œil investigateur de Kepler. Eh bien, aucun de ces faits ne se rattachait à la théorie nouvelle.
Qui ne comprend, par exemple, que dans l'idée primitive des tourbillons, les planètes devaient se mouvoir circulairement autour du Soleil. Il est vrai que pour répondre à cette difficulté, on supposera que le tourbillon de notre Soleil pouvait être influencé par d'autres tourbillons de manière à devenir elliptique. Mais qui ne voit qu'alors les périgées et les apogées de toutes les planètes seraient situés sur une même ligne droite, ce qui est démenti par les observations.
Gomment expliquer d'ailleurs, dans le système de Descartes, les mouvements des comètes, ces corps, éminemment entralnables à cause de leur peu de densité, traversant l'espace dans toutes sortes de directions?
Que serait, dans le même système, le phénomène de la précession des équinoxes? On n'a pas même essayé de
le dire. Aussi cette théorie, qu'on ne croirait pas avoir été tracée par la plume à laquelle nous devons le Discours sur la méthode, est-elle aujourd'hui entièrement et justement abandonnée.
On a dit que les idées de Descartes sur le système de l'univers furent reçues en France avec un applaudissement général ; ceci n'est pas exact. Je n'en veux pour preuve que ce passage de Gassendi , où l'on ne remarque pas, tant s'en faut, la réserve et l'aménité ordinaires de son auteur : « Je ne vois personne qui ait le courage de lire les Principes jusqu'à la fin; rien n'est plus ennuyeux, il tue son lecteur, et l'on s'étonne que des fadaises aient tant coûté à celui qui les a inventées. On doit être surpris qu'un aussi excellent géomètre que lui ait osé débiter tant de songes et de chimères pour des démonstrations certaines. »
Les villes de Thorn et de Frauenburg nous ont offert dans Copernic un philosophe qui découvrit le vrai système du monde bien plus par la puissance de son génie que par le mérite de ses propres observations. Non loin de là, nous trouvons, cent quarante ans plus tard, dans la ville de Danzig, un observateur infatigable, qui porte ses investigations sur toutes les parties de la science, et qui aurait peut-être rattaché son nom aux plus brillantes découvertes, s'il avait consenti à se servir, dans la mesure des angles, des lunettes nouvellement découvertes ou, comme on disait alors, des pinnules télescopiques.
Jean Hévélius, en allemand Hevel , naquit à Danzig, le 28 janvier 1611, de parents qui jouissaient d'une grande aisance. Kruger, son professeur de mathématiques, lui conseilla de se consacrer à l'astronomie, qui lui promettait de brillantes découvertes. Le jeune Hévélius se rangea à cet avis et se prépara à la carrière qu'il devait embrasser, en cultivant avec une ardeur exemplaire le dessin et la mécanique. Il voyagea dans divers pays de l'Europe pour visiter les établissements scientifiques et les observateurs sur les traces desquels il désirait marcher. De retour dans sa patrie, il prit, comme échevin ou comme consul, une part notable à l'administration des affaires publiques. Disons à l'honneur des hommes de science que ses jugements ne furent jamais réformés. Ces fractions ne le détournèrent pas de sa véritable vocation. En 1641, il fit bâtir sur sa propre maison un observatoire qui a été le théâtre de tous ses travaux ; ajoutons que la compagne qu'il s'était donnée , madame Hévélius, le seconda très-utilement pour l'observation et dans ses calculs ; il lui rend à cet égard une complète justice.
Le premier ouvrage d'Hévélius, publié en 1647, sous le nom de Sélénographie , renferme une description détaillée de la Lune. Ce traité, fruit d'un immense travail, et dont l'auteur, pour éviter toute inexactitude, grava luimême les figures, répandit sa réputation dans le monde entier. Aussi , lorsque Louis XIV, sous les inspirations de Colbert, voulut donner des marques de sa bienveillance aux savants les plus célèbres de l'époque, Hévélius ne fut-il pas oublié. Il reçut une somme d'argent une fois donnée et une pension annuelle.
Le second traité d'HévéHus, la Cométographie, parut en 1668, en un volume in-folio de 900 pages. C'est un ouvrage plein d'érudition et dans lequel on trouve l'idéer tout à fait neuve, pour l'époque, que les comètes se meuvent dans des paraboles. L'auteur ne disant pas quelle est la vraie place du Soleil dans l'intérieur de ces courbes, et suivant quelles lois les vitesses varient lorsque ces astres s'approchent des sommets, la découverte était imparfaite, mais il serait injuste de ne pas tenir compte de ce premier pas dans la route de la vérité.
Du reste, Hévélius soutenait encore avec force que les comètes étaient des agglomérations momentanées de matières provenant des exhalaisons des planètes. Il supposait encore que ces agglomérations, au lieu d'être sphériques, affectaient les formes de disques très-peu épais; il croyait expliquer par là les apparitions subites de comètes qui d'abord s'étaient présentées à la Terre par la tranche.
Hévétios cite, dans son traité, des comètes dans lesquelles il avait aperçu plusieurs noyaux.
En 1673 et 1679, furent publiées les deux parties d'un ouvrage très-considérable, intitulé : Machina cœlestis, et dans lequel Hévélius décrit tous les instruments dont il a fait usage pendant sa longue carrière. Ces instruments, généralement très-ingénieux, ont été exécutés à très-grands frais par l'auteur lui-même. On trouve dans cet ouvrage les motifs qui le déterminèrent, malgré les réclamations de l'Europe savante, à repousser les lunettes dans la mesure des angles et à continuer à se servir, comme Tycho, de pinnules auxquelles du reste il fit suhir
des modifications essentielles. On voit dans le même ouvrage qu'Hévélius était devenu très-expert dans la construction des objectifs. Il parle d'un de ses verres dont la distance focale était de 27 mètres.
Le travail capital d'Hévélius est un catalogue d'étoiles qui ne fut publié qu'en 1690, trois ans après la mort de l'auteur. Ce catalogue renferme 1564 positions d'étoiles pour l'an 1660. Cet ouvrage était destiné à contenir , en outre , une grande variété d'observations du Soleil , des planètes et de la Lune. Mais un épouvantable incendie qui détruisit une partie de la ville de Danzig, le 26 septembre 1679, réduisit en cendres la plupart des instruments d'Hévélius, sa bibliothèque et la plus grande partie de ses manuscrits. Le grand observateur, malgré son âge déjà avancé, supporta ce désastre avec une admirable résignation et chercha, dans l'intérêt de la science, à en atténuer les effets par tous les moyens possibles.
Hévélius avait obtenu des rois de Pologne la permission d'avoir une imprimerie et un atelier de gravure dans des salles dépendantes de l'Observatoire, de telle sorte que les observations étaient faites, calculées, imprimées et gravées à ses frais sans déplacement.
Hévélius mourut le 28 janvier 1687, âgé de soixanteseize ans. Son nom sera conservé dans les fastes de la science comme celui d'un observateur plein de zèle et d'un désintéressement exemplaire. Un souvenir bienveillant sera toujours accordé à madame Hévélius, la première femme, à ma connaissance, qui n'ait pas craint d'affronter la fatigue des observations et des calculs astronomiques.
En résumé on doit, comme on Ta vu tout à l'heure, aux travaux réunis du célèbre sénateur de Danzig et de sa compagne, outre un très-grand nombre d'observations détachées d'un moindre intérêt, un catalogue d'étoiles plus exact que celui de Tycho, la découverte d'une des causes de la libration de la Lune, et la remarque heureuse que les comètes se meuvent non suivant des cercles, non sur des lignes droites, mais dans des paraboles à l'intérieur desquelles le Soleil se trouve situé. Heureux ceux qui en quittant cette vie laissent dans la science de pareils souvenirs!
L'abbé Picard, un des premiers astronomes de l'Académie des sciences de Paris, et un des plus exacts pour son époque, naquit à La Flèche le 21 juillet 1620. Nous ne savons rien de ses jeunes années; nous le trouvons pour la première fois observant avec Gassendi l'éclipsé de Soleil du 25 août 1645 ; plus tard il remplaça ce même Gassendi comme professeur d'astronomie au Collège de France. Nous donnerons une liste abrégée de ses travaux.
Il est le premier qui ait observé les étoiles en plein jour (1668).
Il est aussi le premier qui ait appliqué utilement les lunettes aux instruments divisés (1668). On lui doit des méthodes sans lesquelles cette application aurait été sans utilité pour déterminer ce que l'on appelle en astronomie les erreurs de collimation.
Personne avant Picard n'avait songé à faire servir l'heure du passage des astres au méridien à la détermination des ascensions droites.
Il est Fauteur de la première mesure de la Terre digne de quelque confiance.
Il commença les opérations qui, après lui, prirent un si grand développement pour la formation de la carte de France.
Nous dirons encore, sans entrer dans d'autres détails, qu'il contribua avec Àuzout à l'invention du micromètre à fils.
Picard mourut le 12 octobre 1682. Son nom ne rappelle aucune découverte capitale, mais il est plusieurs 'de ces découvertes auxquelles il a indirectement contribué.
Picard fut un modèle de désintéressement scientifique. Pendant son voyage à Uranibourg il connut un jeune Danois, Hœmer, chez lequel il découvrit un grand talent pour les observations. Picard le détermina à venir en France. Chaudement recommandé à Colbert, par son patron , Rœmer devint un des membres les plus distingués de l'Académie des sciences de Paris. C'est à une recommandation analogue de Picard que l'Observatoire de Paris fut redevable de Dominique Cassini. Se créer ainsi des rivaux dans une carrière où l'on avait toute raison d'aspirer au premier rang, c'est le sublime du désintéressement : l'amour des sciences ne se manifesta certainement jamais d'une manière plus éclatante. On est heureux d'avoir des traits si honorables à enregistrer dans les fastes de l'astronomie.
Jean-Dominique Cassini, le premier et le plus célèbre des quatre observateurs du même nom qui furent pendant près d'un siècle la personnification vivante de l'astronomie française, naquit à Perinaldo, dans le comté de Nice, le 8 juin 1625.
Cassini fut élevé au collège des Jésuites de Gênes; il y montra un grand talent pour la poésie. Plusieurs productions de son jeune fige ont été conservées par les bibliophiles. Le hasard ayant fait tomber dans ses mains un traité d'astrologie, il fit diverses prédictions. Bientôt il reconnut ce qu'avait de vain et d'arbitraire cette prétendue science ; on dit même qu'il désabusa le marquis Malvasia, sénateur de Bologne, grand amateur d'astrologie et fort imbu alors de ses procédés.
À la mort de Cavalleri, en 1650, Cassini, alors âgé de vingt-cinq ans , fut nommé professeur d' astronomie à l'Université de Bologne. Peu de temps après il fit agréer, non sans beaucoup d'efforts, auprès du sénateur qui présidait à l'administration de l'église Sainte-Pétrone, le projet de substituer à la ligne tracée par Ignace Dante, une méridienne plus exactement orientée, à l'aide de laquelle il exécuta diverses observations utiles.
Cassini prit ensuite une part active et intelligente à des négociations relatives au cours du Pô, et il fut nommé par le pape directeur des fortifications du fort d'Urbain. Il publia des Mémoires sur les comètes de 1652 et 1664, et dressa des tables et des éphémérides des
satellites de Jupiter. A l'aide dés lunettes de Campani, il constata le mouvement de rotation de Jupiter sur son axe, et les mouvements de Vénus et de Mars. Grâce à ces nombreux travaux, Cassini jouissait d'une telle réputation que Louis XIV, à la recommandation de Picard, désira le faire venir en France et rattacher, ne fût-ce que pour quelques années seulement, à l'Académie des sciences de Paris. Le grand roi entreprit à ce sujet, par ses ambassadeurs, une négociation en forme qui eut un plein succès.
Cassini, à qui Colbert avait fait remettre 1,000 écus pour ses frais de voyage et assuré un traitement annuel de 9,000 livres, se mit en route le 25 février 1669. Il arriva à Paris le 4 avril de la même année ; il reçut de la famille royale l'accueil le plus flatteur. Son premier soin fut de présenter des observations critiques sur les plans adoptés pour l'Observatoire qui alors était en construction; mais son crédit échoua devant celui de l'architecte.
Cassini alla occuper à l'Observatoire le logement qui lui était destiné, le 14 septembre 1671. Là, muni des puissants moyens d'investigation que Colbert lui avait fournis , il étudia le ciel avec une assiduité remarquable et un très-grand succès pendant près de quarante années. En 1711 Cassini perdit totalement la vue; il mourut l'année suivante, le 14 septembre 1712, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.
Voici l'indication de ses principales découvertes :
1665. — Rotation de Jupiter, rotation de Vénus et rotation de Mars par des observations faites en Italie.
1667. — Table des réfractions très-exacte pour l'époque, quoique fondée sur une constitution hypothétique de l'atmosphère, démentie par l'expérience.
1671 - 1672 - 1684. — Découvertes de quatre satellites de Saturne, faites à l'Observatoire avec une lunette de Cainpani. Cet événement fut regardé comme assez remarquable dans le règne de Louis XIY pour qu'on en constatât la date par une médaille.
1683. — Observation de la lumière zodiacale.
1693. — Publication des premières tables des satellites de Jupiter dont il ait été possible de tirer quelque parti.
1693. — Découverte des lois de la libration de la Lune. Cassini avait été à certains égards précédé par Kepler et Hévélius. 11 faut remarquer que ses recherches sur la libration devaient se fonder sur d'anciennes observations faites en Italie, puisqu'il en est question dans le Journal des Savants de 1666.
Après avoir donné l'indication des principales découvertes faites par les astronomes dont nous publions les biographies, nous avons cru toujours devoir placer en parallèle le récit de leurs erreurs. Ce chapitre , dans la biographie de Cassini, pourrait être assez étendu.
En 1652, longtemps après la publication de l'ouvrage de Copernic et des immortelles découvertes de Kepler, Cassini mettait encore la Terre au centre du monde.
A l'occasion de la comète de la même année 1652, il soutenait qu'elle était d'une formation récente et composée d'émanations provenant de la Terre et des autres planètes.
Il plaçait, chose bizarre et incroyable, le centre des mouvements de la comète de 1664 dans l'étoile de première grandeur Sirius. Il prétendait que la destination des astres cométaires était de raviver chez les hommes le goût de l'astronomie.
Il eut le malheur de rejeter l'explication que Rœmer donna de certaines irrégularités dans les éclipses des satellites de Jupiter, qui résultaient de la vitesse de la propagation de la lumière.
Cassini eut le tort de s'attribuer fort légèrement l'honneur d'avoir dirigé la mesure de la Terre, exécutée par Picard. Une telle mesure se fonde en théorie sur des opérations connues de toute antiquité, et le mérite appartient à celui qui, sur le terrain, a déterminé la longueur des bases, formé les triangulations et obtenu les latitudes des points extrêmes.
Entraîné par l'aveugle désir d'attacher son nom à une découverte qui portât sa réputation à la postérité la plus reculée, il proposa inconsidérément de substituer aux orbites elliptiques de Kepler une courbe nouvelle, qui fut nommée la cassinôïde. Le sculpteur à qui l'on doit la belle statue qu'on admire dans l'amphithéâtre de l'Observatoire, a eu la pensée malheureuse de tracer la cassinôïde sur le carton que Cassini tient à la main. Mais interrompons ces citations, car les erreurs de Cassini seront depuis longtemps tombées dans le plus profond oubli, lorsqu'on se rappellera encore la splendeur que ses travaux répandirent sur les premières années de l'Académie des sciences de Paris.
HUYGBNS. J49