‹ Œvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 21 sur 61 · GAULÉ · texte numérisé non relu

GAULÉ

lant, et qui annonçait une découverte faite sur ta planète Mars.

Le 11 décembre de la mftme année 1610, Galilée publia un nouveau logogriphe relatif aux phase* de Vénus.

Ce logogriphe était ainsi conçu :

Hmc immatura à me jam frustra leguntur. O. Y.

Le 1" janvier 1611 , il en donna l'explication suivante :

Cynthia figuras ssmulatur mater amorum.

En 1612, parut l'ouvrage intitulé : Kscorso intorno aile cose che stanno in su Facqua -e cke in quétta si muovono.

Le but de cet ouvrage était principalement de venger Archimède des attaques des péripatéticiens ; mais Galilée fut lui-même F objet de critiques acerbes et sans fondements de la part de Ludovico de la Colombe et de Vin*cenzo di Grazia. Le grand philosophe crut ne pas devoir dédaigner les élucubrations de Colombe et de Grazia, et renversa leurs arguments de fond en comble par sa réponse; mais il eut le tort de lui donner une étendue supérieure à celle de l'ouvrage lui-même.

Dans cet x>uvrage, comme je l'ai déjà dît, se trouve pour la première fois le principe des vitesses virtuelles dont les géomètres modernes ont fait de si nombreuses, de si utiles ou de si belles applications.

13 janvier 1613. — Storia e dimostrazioni intorno

GALILÉE. m

aile macckie solari e loro accidenti : ri aggimgono nel fine le lettere e dwqumzioni deî ftnto Apelle.

Dans cet ouvrage, publié à Rome, il n'est nullement fait mention des observations des taches faites par Fabricius, avant Galilée et Scheiner, ni des conséqences auxquelles était arrivé l'astronome hollandais touchant le mouvement de rotation du Soleil

J'ai placé dans mon Astronomie populaire un chapitre intitulé : Quels ont été les premiers observateurs des taches solaires? Dans ce chapitre, j'ai fait voir, en ne m'appuyant que sur des ouvrages imprimés, que Fabricius est incontestablement l'auteur de la découverte des taches noires du Soleil. J'ai ainsi tranché un débat ardent et confus qui a eu lieu à ce sujet , et sur lequel il n'est pas possible de ne pas revenir dans cette revue des Œuvres de l'immortel savant. Avant tout je dois m' expliquer sur les principes qui doivent servir de règle aux historiens des sciences.

Quelle plainte légitime pourrait faire entendre celui qui , amoureux de ses découvertes comme l'avare l'est de ses trésors, les enfouit, se garde même de les laisser soupçonner , de peur que quelque autre expérimentateur ne les déveteppe ou ne les féconde. Le public ne doit rien à qui ne lui a rendu aucun service. Oh! je vous entends! vous vouliez prendre le temps de compléter votre ouvrage, de le suivre dans toutes ses ramifications, d'en indiquer les applications utiles! Libre à vous, messieurs , libre à vous; mais c'est à vos risques et périls. D'ailleurs, vos craintes de spoliation sont exagérées. Où a-t-on vu, en effet, que le monde scientifique ait manqué de poursuivre de ses

justes colères, de ses écrasants mépris, les personnages stériles qui, aux aguets des travaux de leurs contemporains, ne manquent jamais de se jeter sur un filon le lendemain même du jour où quelque heureux explorateur Ta découvert; qui se montrent sans cesse aux croisées, à tous les étages des édifices en construction , dans l'espérance qu'on les en croira les architectes ou les propriétaires ? Le plus simple bon sens veut que pendant un temps limité, mais suffisamment étendu, une possession privilégiée, absolue, soit accordée aux inventeurs ; cette stricte justice leur a-t-elle jamais été refusée? Si un homme déloyal va moissonner sur le champ qu'il n'a pas ensemencé, la réprobation générale est là pour le punir. Non, non ! il ne faut pas s'y tromper : en matière de découvertes, comme en toute autre chose, l'intérêt public et l'intérêt privé bien entendu marchent toujours de compagnie.

J'ai parlé de publication. J'appelle ainsi toute lecture académique, toute leçon faite devant un nombreux auditoire, toute reproduction delà pensée par la presse. Les communications privées n'ont pas l'authenticité nécessaire. Les certificats d'amis sont sans valeur : l'amitié manque souvent de lumières et se laisse fasciner.

En rappelant des principes dont l'historien des sciences ne saurait assez se pénétrer, je n'ai pas entendu, Dieu m'en garde! venir en aide à ces écouteurs aux portes qui chaque jour confient à la presse le secret dont ils sont parvenus à s'emparer la veille. Dérober une pensée, est à mes yeux un crime encore plus impardonnable que de dérober de l'argent ou de l'or. Un titre imprimé peut

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donc être soumis aux mêmes vérifications qu'un billet de banque. Il faut que les intéressés aient le droit de s'inscrire en faux ; il faut que les dires contradictoires soient débattus avec une stricte justice, condition qui, sauf de très-rares exceptions, me paraît devoir entraîner le rqet de toute réclamation posthume*

Je viens de dire que des lectures académiques, que des leçons orales professées devant un nombreux auditoire, pouvaient quelquefois marcher de pair avec des publications véritables. Voyons si dans la question de la découverte des taches solaires il existe des titres, des documents de cette nature, qui doivent faire modifier la conclusion que j'ai avancée sur l'attribution que l'on doit faire de cette découverte à Fabricius , et non pas à Galilée ou à Scheiner.

De lecture académique, il n'y en eut point. Peut-être voudra-t-on assimiler à une leçon publique l'observation des taches solaires, faite à Rome, en 1611 , devant des seigneurs italiens, dans le jardin du cardinal Bandini. L'indication de l'année ne suffit pas ici : il faut encore connaître le mois; or, deux attestations sont produites; L'archevêque Dini déclara, le 2 mai 1615, qu'il était au jardin Quirinal avec Galilée à l'époque de l'observation citée, mais sans dire quelle était cette époque ; c'est l'éditeur des œuvres de Galilée qui donne aux observations du jardin de Monte-Cavallo, la date d'avril ou de mai 1611.

Monsignor Gucchia, de son côté, attesta, le 16 juin 1612 , que Galilée lui avait parlé (diede notisia a bocca) de ces mêmes taches il y avait plus d'un an. À toute ia— ni. 18

rigueur, Giicchk ne noua abtige pas de remonter phi» hftçrt que te 15 juin 1611* Prions la date de mai comme te véritable. La date de mai nous semble nécessairement postérieure à celle de r observation de l' astronome hollandais, Fabricius, en effet, signait la dédidace de son livre le 13 juin 1611 ; or, dans ce livre il est question de taches Qui j après avoir été observées sur le disque , disparurent à l'occident ; qui se montrèrent ensuite sur le bord opposé. Ce ne serait pas trop accorder, assurément, que de porter à deux ou trois mois le temps qui fut nécessaire pour faire de telles observations, pour les rattacher à une théorie plausible, pour composer l'ouvrage que nous connaissons, quelque peu volumineux qu'il soit, et pour l'imprimer. Cette hypothèse nous reporterait aux pre-. miers jours de mars ou d'avril. Fabricius. déclarait, au surplus, que ses observations dataient du -commencement de 1611, à une époque où rien ne pouvait lui feire soupçonner que sa découverte donnerait naissance à des questions de priorité.

Scheiner fait remonter vaguement ses première observations des taches solaires, aux mois d'avril ou de mai 1611 , mais aucune attestation précise n'est produite à l'appui de cette assertion. Ajoutons que, suivant Scheiner lui-même, l'apparition des taches, au commencement de 1611 , fixa peu son attention, et qu'il ne s'en occupa sérieusement qu'en octobre 1611. A cette dernière date il cherchait encore à s'assurer que les taches n'étaient pas des ordures ou des défauts dans les verres; que pouvaient donc être les prétendues observations de mai?

Dix-neuf ans après la discussion de priorité que je viens

d'analyser , le 27 septembre 1631, lé frère Fulgentfe Micanzio écrirait que Galilée vit à Venise les taches du Soleil, en se servant de sa première lunette, et qu'il les montra an padre Maestro Paolo (Sarpi) sur un carton blanc. D'après cette déclaration tardive, la découverte remonterait au irtoïg d'août 1610.

Malgré toute ma déférence pottr le théologien de la sérênisstme république! je dois présenter ici quelques difficultés.

L'observation de Venise, dit le frère Firigence, fitt faite en jetant l'image solaire sur un carton. Si par l'image solaire il faut entendre celle que donnait l'objectif tout seul, je remarquerai qu'elle était évidemment trop petite (environ 9 millimètres de diamètre, valeur de 31 minutes sur un rayon d'un mètre) , pour qu'on y vît des taches ordinaires. Si l'on a voulu parler de fimage produite par l'action simultanée de Y objectif et de l'oculaire , je demanderai comment il se feit que plus tard Galilée ait luimême parlé de CastelH comme étant l'inventeur de ce moyen <f observer le Soleil.

Il m'en coûte de jeter du doute sur la sincérité de quelques admirateurs de l'immortel observateur italien; mais tes faits parlent d'eux-mêmes. En tout cas, j'use #un droit dont plusieurs historiens de Galilée ont abusé. Voyez Nelli, par exemple : ne rejette-Wl pas sans discussion et avec un dédain superbe les assertions à l'aide desquelles Bianchi prétendait donner au prince Geai la découverte du microscope (tome i, page 190) ; si -Grisellini croit pouvoir associer Sarpi à la reproduction de la lunette an. Italie, l'historien irascible hésite-t-iï à appeler

l'œuvre de Grisellini une imposture; enfin , Borel, l'auteur d'un travail si souvent cité, intitulé : De veto Tekscopii inventore, n'est-il pas appelé par le même Nelli, cet impudent Français (questo impudente Francese, tomei, page 174)?

Galilée , Dieu me garde de l'en blâmer , était loin de se montrer indifférent sur le droit de propriété en fait de découvertes. Ses premières remarques sur la forme de Saturne furent communiquées au public dans un logogripbe inextricable. Le 11 décembre 1610, il crut aussi devoir s'assurer la priorité de l'observation des phases de Vénus , en les enveloppant dans une anagrame devenue célèbre. Pourquoi, profitant de l'occasion, n'en aurait-il pas fait autant pour la découverte, autrement capitale, autrement inattendue, des taches du Soleil, si cette découverte eût remonté aux derniers temps du séjour de Galilée à Venise, c'est-à-dire au mois d'août 1610? Cette difficulté restera certainement sans réponse satisfaisante.

Dans l'édition que l'Académie des Lincei donna en 1613 des Traités de Galilée sur les taches solaires (Sto± ria e dimostrazioni intorno aile macehie solari) se trouve une préface de M. Angelo de Filiis, bibliothécaire de la Société. Cette préface est destinée évidemment à faire valoir les droits de l'illustre astronome à la découverte des taches. M. Angelo rappelle les observations du jardin du cardinal Bandini, et désigne le6 personnes qui y assistèrent, savoir : le cardinal lui-même, Messeigneurs Corsini, Dini, Cavalcanti; le sieur Giulio Strozzi, etc. Il parle d'observations antérieures de Florence, sans citer personne ; enfin , il ne dit pas un mot, pas un seul mot

des prétendues observations de Venise I M. Angelo avait eu cependant sur ce point des relations personnelles avec Galilée.

Un Italien qui, récemment, a traité le même sujet, ne s'est pas contenté, lui, des observations certaines de Rome, des observations hypothétiques de Florence et de Venise. Il en a déterré , en 1841 , de Padoue. Si on devait l'en croire, ce serait à Padoue que Galilée aurait découvert les taches solaires. Cet auteur renvoie, pour les preuves, à la vie de l'illustre savant écrite par Nelli, pages 326, 327. Les pages 326, 327 de l'ouvrage de Nelli ne font aucune mention d'observations de taches solaires faites à Padoue.

Je vais donner une preuve éclatante du danger qu'il y aurait, en matières de découvertes, à se décider par des souvenirs; c'est Galilée lui-même (Galilée dont personne assurément ne contestera la bonne foi), qui me la fournira.

Dans sa première lettre à Velserj datée du A mai 1612, Galilée fait remonter ses premières observations des taches à dix-huit mois (da 18 mesi inqua). Cela nous reporte au A octobre 1610. Galilée quitta Venise en août 1610. La découverte n'était donc pas encore faite à Venise. Que penser alors de la déclaration du père Folgence Micanzio?

Ce n'est pas tout : près de l'événement, comme on vient de le voirf au commencement de 1612, Galilée donnait lui-même à l'observation des taches une date postérieure à celle de son départ de Venise. Et voilà que vingt ans plus tard, dans les Dialogues, Salviati dit que l'académicien Linceo fit cette découverte pendant qu'il

professait encore les mathématiques à Padoue» Qui pourrait en présence de ces contradictions , de ces confusions, ne pas proclamer de nouveau que Fhistorien des sciences doit se laisser guider seulement par des publications authentiques»

Le meilleur moyen de trancher toute difficulté sur la date de la découverte des taches, eût été de rapporter de véritables observations. Qui aurait osé concevoir des doutes sur la sincérité d'une déclaration de Galilée conçue en ces termes : « Tel jour, en 1611, je vis une tache près du bord oriental du Soleil ; tel autre jour elle était au centre du disque; à telle troisième date je fus témoin de la disparition de la tache derrière le bord occidental? » On trouve des observations de ce genre dans les lettres que l'illustre physicien écrivit k VeLser d'Àusbourg , mais elles sont toutes des mois d'avril et de mai 1612. À cette époque , l'ouvrage de Fabricius avait paru depuis près d'un an !

Ne nous lassons pas de le répéter, la publication est la seule chose que l'historien des sciences soit tenu de considérer. Si, cependant, il me fallait absolument rendre compte de l'impression qui m'est restée après l'examen de tant de pièces contradictoires, voici comment je la résumerais :

Yers le mois d'avril 1611 , Galilée aperçut vaguement, confusément des taches sur le Soleil. Avant l'emploi des verres colorés, les observations solaires étaient d'une difficulté et d'un danger extrêmes, particulièrement sous le beau climat de l'Italie; Galilée n'avait donc encore fait que très-peu de ces observations; il ne s'était arrêté

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