HALLEY
Sainte-Hélène, donne à l'auteur le titre d'incomparable. Flamsteed le proclamait le Tycho du Sud.
Une chose certaine, c'est que dans les Notes ou Mémoires que les Transactions philosophiques renferment, il allie partout la variété à la profondeur. Ajoutons qu'il rendit une pleine justice aux travaux de ses émules, et se montra exempt des préjugés nationaux auxquels tant d'esprits supérieurs n'ont pas su se soustraire. C'est ainsi, par exemple, qu'en combattant Descartes, il en parle toujours avec respect et admiration. Est-ce à dire qu'on ne trouverait pas dans les nombreuses questions traitées par Halley des parties faibles , et qu'il ne payât pas de tribut aux erreurs de son époque? Nullement : témoin, pour ne citer qu'un exemple, le passage de son célèbre Mémoire de 1714, dans lequel il se détermine pour le choix de la parallaxe du Soleil d'après la considération que l'harmonie du monde ne pouvait pas permettre que la Lune, planète secondaire, fût plus grande que Mercure, planète principale, et que Vénus, planète inférieure, dépourvue de satellite, surpassât en dimension notre Terre autour de laquelle circule un satellite remarquable.
Halley fut l'ami de Newton , plus âgé que lui de quatorze ans ; ceci peut être cité comme un titre de gloire même pour un homme du mérite de Halley. Il arracha à son ami, en 1686, la Philosophie naturelle, que ce grand homme ne s'empressait pas de publier, et s'en rendit l'éditeur. Cette union de deux hommes célèbres ne fut obscurcie par aucun puage. Ce fait est d'autant plus digne de remarque que Newton était profondément pieux,
et que Halley, comme l'assurent tous ses contemporains, portait le scepticisme jusqu'à ses dernières limites. La tolérance dont ces hommes illustres se montrèrent animés, le respect que des opinions consciencieuses leur inspirèrent réciproquement, méritent d'être offerts dans tous les temps en exemple à des esprits qui voudraient imposer d'autorité leurs systèmes ou leurs croyances sans avoir les mêmes titres à la confiance publique.
Halley cultiva la poésie latine avec succès, comme le prouvent les vers dans lesquels il célébra les découvertes admirables de Newton , et qui se trouvent en tête des Principes de la philosophie naturelle, édition de 1713. Ces vers ont été appréciés par tous les connaisseurs, et ils serviraient, s'il en était besoin, à prouver que les études mathématiques ne dessèchent ni l'âme ni l'imagination.
Il est peu d'hommes qui aient marqué leur place dans la science d'une manière plus brillante que Bradley; il n'en est pas dont la vie ait été plus exempte des tracasseries, des embarras, des angoisses qui trop souvent ont signalé la carrière de ceux à qui la nature avait accordé le génie.
James Bradley naquit en 1692, à Shireborn, en Angleterre, dans le comté de Gloucester. Ses parents le destinèrent à l'état ecclésiastique. Après avoir achevé ses études à l'Université d'Oxford, il fut nommé ministre de HL — III. 24
Bridstow, et ensuite de Welfria, dans le comté de Pembroke ; mais un penchant naturel le partait à. s'occuper d'astronomie. Son oncle* Pound, l'ami de Newton, l'eacouragea dans ce dessein, et lui donna des leçons de mathématiques, dont il profita si bien, qu'il remplaça Keill , en 1721 , comme professeur d'astronomie, au collège de Saville, à Oxford.
-Antérieurement à cette époque, Bradley avait présenté à la Société royale de Londres divers Mémoires d'astronomie. On voit aussi dans le Recueil de la même Société, aux dates de 1724 et de 1726, des observations d'une comète et le calcul de différentes longitudes. Rien ne révélait jusque-là le grand astronome qui devait tant contribuer aux progrès de la science.
Après avoir pris part aux observations que Molyneux avait commencées en 1725 à Kew, avec un secteur de Graham de 7m.30, et qui furent interrompues par la nomination de ce savant à la place d'un des lords de l'amirauté, Bradley voulut les compléter, et dans cette vue il installa à Wansted un nouveau secteur de 3m.65, avec lequel il fit sa belle découverte de l'aberration. Cette découverte parut dans les Transaction* philosophique* de 1728, avec l'ingénieuse indication de sa cause physique.
En 1730, Bradley avait été nommé professeur d'astronomie et de physique au muséum d'Oxford. En 1741, il remplaça Halley à l'Observatoire de Greenwicb. Ce fut huit ans après, en 1748, qu'il publia dans les Transactions philosophiques un Mémoire sur la natation, complément de son immortelle découverte de l'aberration^
BRADLBV. m
Nous ne dirons rien ici de ses reeherehes empiriques sur les satellites de Jupiter, ni même de ses travaux sur les réfractions atmosphériques , qui , malgré tout l'intérêt qui s'y rattache, pâlissent à côté des deux grandes découvertes de l'aberration et de la nutation. Bradley consacra les vingt-deux années pendant lesquelles il fut à la tête de l'Observatoire de Greenwich, à l'amélioration, nous dirions presque à la refonte entière de cet établissement
Après la mort de Bradley, ses héritiers ayant considéré le recueil manuscrit des observations faites dans l'Observatoire royal comme leur propriété, s'en emparèrent. La Commission royale des longitudes leur intenta un pro? ces ; mais afin de ne pas avoir le dessous dans la lutte judiciaire qu'ils avaient provoquée , les héritiers se décidèrent à faire présent des manuscrits, objets du litige, à l'Université d'Oxford. La publication de ces observations éprouva bien des retards : elles ne virent le jour qu'en 1798^ Bessd: les a discutées dans ses Fundamenta astronomie*.
Un trait suffira pour donner une idée du caractère de Bradlçy. On raconte que la reine d'Angleterre ayant été un jour à Greenwich , apprit combien la place de directeur était peu. rétribuée, et manifesta l'intention de faire attacher à ses fonctions un traitement plus convenable ; t Madame, lui dit Bradley , ne donnez pas suite à votre projet ; le jour où la place de directeur vaudrait quelque chose, ce ne ocraient plus les astronomes qui l'obtiens draienU »
Bradlçy fut nommé associé de l'Académie des sciences de Paris m 1748, et membre de la Société royale de
372 DOLLOND.
Londres en 1752. Les biographes français ont déduit de la comparaison de ces deux dates la conséquence que le mérite éminent de l'illustre astronome a été reconnu chez nous plus tôt que dans sa propre patrie. Mais on a oublié qu'on peut devenir associé de l'Académie des sciences sans qu!on soit obligé de se mettre sur les rangs, tandis qu'on n'arrive à être un des cinq à six cents fellows ofthe royal Society, qu'après en avoir fait la demande expresse et s'être engagé à fournir une certaine cotisation annuelle. Il y a donc quelque chose à rabattre de la conséquence qu'on a tirée de la nomination tardive de Bradley à la place de fellow de la Société royale de Londres. L'illustre astronome mourut le 13 juillet 1762.
DOLLOND
John Dollond naquit à Spitalfields, le 10 juin 1706. Son père était un ouvrier en soie, lequel, à la suite de la révocation de redit de Nantes (1685), crut devoir quitter la Normandie, son pays, et se réfugier €n Angleterre.
John Dollond passa ses premières années à pousser la navette d'un métier de tisserand. Le goût de l'étude s'empara de lui de bonne heure. Il dévora les traités de géométrie, d'algèbre et de mathématiques appliquées qui lui tombèrent sous la main , et s'initia même assez complètement à la connaissance du latin et du grec.
Dollond se maria fort jeune, et dirigea avec une attention toute particulière l'éducation de ses enfants. Le fils aîné, Pierre, ayant montré de rares dispositions pour les
DOLLOND. 373
travaux de précision , John Dollond rengagea à quitter la fabrique de soierie, et lui créa un petit atelier d'opticien. Cet établissement prospéra. En 1752, John Dollond abandonna lui-même sa première profession, et prit la direction des ateliers de son fils. C'est donc à Page de quarante-six ans qu'il entra pour la première fois dans la science militante.
Le premier Mémoire de John Dollond est de 1753. L'auteur y développe les propriétés, les avantages des oculaires multiples (vol. xlviii* des Transactions philosophiques).
Bientôt après , il proposa de substituer, dans la construction de Phéliomètre de Bouguer (de Savery, disent les Anglais), les deux moitiés d'un même objectif, aux deux objectifs différents et de même foyer qu'employaient les inventeurs de cet ingénieux instrument (xLvni* vol. des Transactions philosophiques).
John Dollond prit part, en 1757, à la polémique qu'Euler avait soulevée touchant la possibilité d'exécuter des lunettes sans couleur, des lunettes achromatiques f comme on a dit plus tard.
Il soutenait que cette possibilité n'existait pas, si la dispersion des couleurs était proportionnelle à la réfraction des rayons moyens, ainsi que cela résultait d'une expérience de Newton.
En 1758, Dollond constata que l'expérience de Newton, sur laquelle roulait le débat , était entachée d'erreur. En opposant un prisme à angle variable et rempli d'eau à un prisme de verre ordinaire, le célèbre opticien montra que le rayon qui sortait sans coloration de l'ensemble des deux
$74 DOLLOND.
prismes s'était réfracté, et, d'autre part, que ee même rayon, quand il n'éprouvait pas de réfraction, quand il sortait de l'appareil parallèlement à sa distance initiale, formait un spectre coloré sensible, offrait, <à ses deux bords surtout, des iris manifestes.
Dès qu'il fut établi ainsi, que certaines combinaisons de prismes déviaient la lumière sans opérer la séparation des rayons de différentes couleurs, la possibilité de construire des lentilles, des objectifs achromatiques, ne pouvait plus soulever un doute. Il restait seulement à chercher des matières solides qui produisissent, aussi bien ou mieux, les effets obtenus par la combinaison de prismes de verre ordinaire et d'eau. Dollond ayant trouvé que les deux verres flint-glass et crown-glaçs satisfaisaient aux conditions désirées, exécuta aussitôt d'excellentes lunettes achromatiques.
Le Mémoire où Dollond consigna sa première découverte, fait partie du V volume des Transactions philosophiques. L'illustre opticien reçut, à cette occasion, la médaille de Copley.
Le 30 novembre 1761 , Dollond fut frappé d'apoplexie pendant qu'il étudiait un savant Mémoire de Clairaut sur la théorie de la Lune, et mourut peu d'heures après.
Dollond, fils de Français réfugié en Angleterre, doit-il être considéré comme Français. La question peut être controversée. Je ferai seulement remarquer que si l'on se règle pour établir la nationalité de Dollond sur le lieu de la naissance, il faudra, en appliquant le même principe, considérer Black comme Français.
Black naquit, en effet, à Bordeaux, en 1728. d'un
fève Irlandais» établi dams cette ville comme négociant en vins. Sa mère était Écossaise. Black passa tes douae premières années de sa vie à Bordeaux. Il n'alla suivre les cours des écoles anglaises qu'en 17JW.
U est permis de croire que Dollond se considérait luimême comme Français. Je lis, en effet, dans une biographie anglaise, que € l'artiste ef sa famille assistaient régulièrement au service public qui se faisait à l'église protestante française. » (Pkilotophical magazine de Tilloch , vol. xvhi% page 48.)
Nicolas-Louis Lacaille naquit le 15 mare 1713 à Rnmigny , près de Reims. Son père avait servi dans les gendarmes et l'artillerie. Il mit son fils au collège de Lisieux h Paris, mais bientôt sa mort aurait laissé le jeune étudiant sans ressources si Je duc de Bourbon, qui avait placé le père, n'était venu à son secours. Lacaille se destina à l'état ecclésiastique, et cultiva en même temps les sciences. Fouchyt dans son éloge, lui Tend ce témoignage, qu'à vingt-trois ans, lorsqu'il fit sa connaissance, Lacaille était beaucoup plus instruit qu'on n'aurait dû l'espérer d'un jeune homme qui avait étudié sans le secours d'aucun maître. Lacaille, averti des désagréments qu'il aurait à endurer dans la carrière ecclésiastique , par les mauvais procédés qu'eut à son égard le président du jury qui l'examinait, prit le parti de se borner au diaconat qui venait de lui être conféré, et de suivre entiè-
376 LACÀILLE.
rement la carrière des sciences. Logé à l'Observatoire, sur la recommandation de ce même M. de Fouchy, secrétaire perpétuel de l'Académie, il gagna l'amitié de Cassini et de son neveu Maraldi. Il contribua aux mesures qui avaient pour objet la description des côtes occidentales de France. Par suite de l'habileté qu'il avait montrée dans ce premier travail , les Gassini lui confièrent la vérification de la grande méridienne de France , opération dont l'Académie s'occupait activement, et que Lacaille commença le 30 avril 1739. Son activité était si grande que, dans le courant d'une année, il avait terminé la chaîne de triangles comprise entre Paris et Perpignan et mesuré trois bases. Ce fut à cette époque, pendant son absence que , sur sa réputation , il fut nommé professeur de mathématiques au collège Mazarin, emploi qu'il a rempli avec une assiduité remarquable, car il était encore en chaire quatre jours avant sa mort. Pendant ce laborieux professorat, Lacaille, pour être utile à ses élèves, publia des traités de mathématiques, de mécanique, d'optique et d'astronomie, qui ont eu un grand nombre d'éditions.
Pendant l'année 1740, Lacaille termina sa mesure de la méridienne de France dans la partie située au nord de Paris.
En 1741 , il fut élu membre de l'Académie des sciences.
Dès l'année 1746 , Lacaille fut mis en possession d'un petit Observatoire établi au collège Mazarin. Les instruments des passages n'étaient pas alors connus ou du moins convenablement appréciés en France. Lacaille, pendant quatorze ans, détermina les passages des astres au
LÀCÀILLE. 377
méridien par la méthode des hauteurs correspondantes à laquelle il sut donner toute la précision que ses instruments comportaient. En 1750, il avait fait agréer par P Académie et le gouvernement le projet d'un voyage au cap de Bonne-Espérance. Son principal objet était d'y faire des observations qui, combinées avec celles d'Europe, devaient donner exactement la parallaxe de la Lune. Il partit pour cette expédition en octobre 1750 , et revint au mois de juin 1754, après avoir offert l'exemple d'une habileté et d'un zèle au-dessus de tout éloge.
Lacaille , à sa rentrée en France , mit le plus grand soin à se dérober à la curiosité publique que tant d'autres à sa place auraient exploitée à leur profit. Il se renferma dans son observatoire, et reprit les travaux immenses d'observation et de calcul qu'il avait momentanément suspendus.
Il passait des nuits sur les pierres de son observatoire, pour achever le catalogue de ses étoiles zodiacales. Cette imprudence eut pour résultat une maladie qui emporta le grand astronome le 21 mars 1762.
Je vais donner l'indication de ses principaux travaux.
Lacaille tira des calculs minutieux qu'il fit à l'occasion de sa méridienne vérifiée, la conséquence que les degrés de latitude dans l'étendue de la France vont en diminuant à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, résultat diamétralement contraire à celui que d'anciennes opérations avaient donné. Il mesura un arc du méridien dans l'hémisphère sud et la longueur du pendule, afin de décider si la Terre a la même forme au nord et au midi de Péquateur.
478 LÀCÀILfcB.
Durant son voyage au Cap, il détermina les positions de 10,035 étoiles; Hailey, pendant son voyage à Sainte* -Hélène, n'en avait déterminé que 360.
Ses observations» comparées à celles de divers points 4le l'Europe., et particulièrement aux observations faites il Berlin par de Laiande, âgé alors de dix «neuf ans, donnèrent, avec mie exactitude inconnue à cette époque, ia distance de la Lune à la Terre.
Nous ne pouvons nons empêcher de mentionner ici les principaux éléments de l'orbite apparente du Soleil cfue Lacaille détermina par les combinaisons les plus variées, et qui n'ont reçu depuis que de très-légères modifications.
L'astronomie est peut-être la branche des sciences dans laquelle un observateur se trouve dans la plus complète dépendance des artistes. Mettez, dans les mains de Lacaille, des instruments comparables à ceux dont les inécaniciens anglais pourvoyaient Bes émules, aucune découverte importante n'échappera à sa constance et à *a perspicacité. Ce que Lacaille a légué à la postérité a été le fruit de travaux exécutés avec des lunettes plus que médiocres, et à l'aide d'instruments divisés dont il avait sans cesse à combattre les erreurs.
Entre autres qualités qui distinguaient Lacaille, on peut citer son désintéressement Pour l'expédition au cap de Bonne-Espérance dont la durée fut de quatre ans, pour achat d'instruments, pour son entretien et celui d'un artiste qu'il emmena avec lui, on lui avait alloué 10,000 francs; il ne dépensa que 9,145 francs, quoique dans l'intervalle il eût été chargé d'un travail imprévu au départ, de celui
LAÇAI LLE. 37$
de la formation de la carte de l'île de France ; au retour, il remboursa le restant au trésor. Il eut quelque peine à obtenir, tant la chose était inusitée, qu'on accueillit sa restitution.
En créant les constellations méridionales, en leur assignant certains emblèmes, il eût pu se donner des protecteurs parmi les puissants de l'époque, il n'en fit rien; toutes ses dénominations furent empruntées à des instruments qui avaient servi utilement aux arts et aux sciences.
Lacaille avait une modestie sincère et profonde. Lorsque pour obéir à l'usage il enflait son nom, suivant une ingénieuse expression de Fontenelle, des titres académiques que lui avaient valu ses travaux, lorsque. par exemple il publiait '-ses Fondements astronomiques , en 1757 , tout Je monde était surpris, excepté lui-même, que notre astronome national ne fût pas membre de la Société royale de Londres. Une pareille anomalie n'aurait certainement pas lieu dans le temps où nous vivons. En tous cas, ce fait est bon à citer pour la satisfaction de ceux qui pourraient devenir l'objet d'un tel oubli ou d'une injustice «aussi peu pardonnable.
Si quelques académies étrangères n'apprécièrent pas, comme elles l'auraient dû , le mérite éminent de Lacaille et les brillants services qu'il rendait journellement à la science, ceux qui le virent de près comme Bailly et de Lalande, ses élèves, manifestèrent au contraire leur admiration, leur reconnaissance» dans les termes les plus flatteurs *.
i. Lacaille était membre des académies de Berlin, de Saint-Pétersbourg, de Stockholm, de Gcettingue.
Lalande a dit de lui • qu'il avait fait à lui seul, pendant la durée de sa vie, plus d'observations et de calculs que tous les astronomes ses contemporains réunis. » L'éloge n'a pas paru exagéré.
Delambre, qui, par la nature de ses recherches, passa une partie de sa vie en commerce habituel avec les manuscrits du célèbre astronome, s'exprime ainsi :
t Lacaille est le calculateur le plus courageux et l'observateur le plus zélé, le plus actif, le plus assidu qui ait jamais existé. »
Delambre, dit aussi c que jamais personne ne fut moins disposé que lui à s'attribuer le travail d'un autre. •
Un tel éloge eût été bien venu dans tous les temps ; à notre époque il est d'un prix inestimable, mais je crains que beaucoup d'autres ne le considèrent comme une personnalité.
Nous ajouterons à l'esquisse que nous avons faite du portrait de Lacaille quelques traits empruntés à l'éloge plein de sensibilité que Bailly consacra à son maître. Le panégyriste nous apprend que le célèbre astronome proclamait la vérité à toute occasion et sans s'inquiéter de ceux qu'elle pouvait blesser. « Il ne consentait pas, dit-il, à mettre le vice à son aise. Si tous les hommes de bien, déployaient ainsi 4eur indignation, les méchants, mieux connus et démasqués, ne pourraient plus nuire, et la vertu serait plus respectée. »
Pour qu'on ne se méprenne pas sur le caractère du grand astronome, plaçons à côté de ses principes de morale Spartiate ce passage qu'on ne sera pas fâché de trouver ici textuellement :
HERSGHBL. 381
t Lacaille, dit Bailly, était froid et réservé avec ceux qu'il connaissait peu, mais doux, simple, égal et familier dans le commerce de l'amitié. C'est là que , dépouillant l'extérieur grave qu'il avait en public, il se livrait à une joie paisible et honnête; alors son front brillait de là sérénité de son âme. »
Ces détails intimes expliquent parfaitement cette phrase de Bailly : « Je n'ai jamais eu de jours plus doux que ceux que j'ai passés avec Lacaille. »
Maraldi, l'ami et l'exécuteur testamentaire du célèbre académicien, reconnut d'abord avec surprise qu'il ne laissait pas de fortune , mais bientôt cette circonstance s'expliqua. Le grand astronome avait consacré le surplus de ses revenus sur ses dépenses, c'est-à-dire la presque totalité de ses revenus, à acquitter des dettes que son père avait laissées en mourant. Un pareil fait n'a pas besoin de commentaires. On voit que Lacaille savait pratiquer la vertu, et qu'elle n'était pas à ses yeux un vain mot
William Herschel, un des plus grands astronomes de tous les temps et de tous les pays, naquit à Hanovre, le 15 novembre 17S8. Le nom d'Herschel est devenu trop illustre pour qu'on ait négligé de rechercher , en remontant la chaîne des temps, dans quelle position sociale se trouvaient les familles qui l'ont porté. La juste curiosité que le monde savant avait montrée à ce sujet, n'a pu être
entièrement satisfaite.. On sait seulement qu'Abraham Herschel, bisaïeul de l'astronome, demeurait à Mahren, d'où il fut expulsé à cause dp son très-vif attachement à la foi protestante; que le fils d'Abraham, Isaac, était fermier dans les environs de Leipzig; que le fils aîné d' Isaac, Jacob Herschel, résista au désir qu'avait son père de le voir se livrer à l'agriculture, qu'il embrassa l'état de musicien, et alla s'établir à: Hanovre.
' Jacob Herschel, père de l'astronome William,, était, un artiste éininent; il ne se faisait pas moins remarquer par les qualités du cœur et de l'esprit Une. fortune trèsbornée ne lui permit pas de donner à sa famille, composée de six garçons et de quatre filles, une éducation complète.. Du moins, par ses- soins, les dix enfants devinrent tous d'excellents musiciens. L'aîné, Jacob , acquit même une habileté rare, qui lui valut la charge de chef de musique dans un régiment hanovrien avec.lequel il passa en Angleterre.. Le troisième fils, William, était resté sous le toit paternel. Sans négliger les beaux-arts, il prenait assidûment des leçons de français,, et se. livrait à l'étude de la métaphysique, pour laquelle il conserva un goût décidé jusqu'à la fin de ses jours.
En 1759, William Herschel, âgé alors de vingt et un ans, se rendit en Angleterre,. non pas en compagnie de son père, comme on l'a toujours imprimé par erreur, mais avec son frère Jacob, dont ses relations dans ce paya semblaient devoir faciliter ses débuts. Cependant, ni Londres, ni les comtés, ne lui offrirent d'abord de ressources, et les deux ou trois premières années qui suivirent son expatriation furent marquées par dea privations craeltea,
du reste très-noblement supportées. Un heureux hasard mit enfin le pauvre Hanovrien en meilleure position : lord Durham l'engagea comme instructeur du corps de musique d'un régiment anglais qui était en garnison sur les frontières de l'Ecosse. À partir de ce moment, le musicien Herschel acquit une réputation qui détendit dfe proche en» proche, et, dans le courant de 1*765, il fut nommé organiste à Halifax (Yorkshire). Les émoluments de cette place , des leçons particulières données en ville et à 1» oampagne, procurèrent au jeune William une certaine aisance. II en profita pour refaire , ou plutôt pour achever sa première éducation. C'est alors qu'il apprit le latin et l'italien , sans autre secours qu'une grammaire et un dictionnaire; c'est alors aussi qu'il se donna lui-même uns légère teinture de grec. Tel était le besoin de savoir dont Herschel était dévoré pendant son séjour à Halifax, qu'il trouva moyen de faire marcher de front avec ses pénibles exercices de linguistique une étude approfondie de Fou* vrage savant, mais fort obscur, de R. Smith, sur la théorie mathématique de la musique. Cet ouvrage supposait, soit explicitement, soit implicitement, des connaissances d'algèbre et de géométrie qu'Herschel n'avait pas* et dont il se rendit complètement maître en. très-peu de temps.
En 1766> Herschel obtint l'emploi d'organiste de lar chapelle octogone de Bath. C'était une place plus lucrative que eelte d'Halifax, mais aussi de nouvelles obligations vinrent fondre sur l'habile pianiste. Il avait à se faire entendre sans cesse dans les oratorios, dans les salons 4e réunion des baigneurs, au théâtre, dans les concerts
publics. Au centre du monde le plus fashionable de l'Angleterre, Herschel ne pouvait guère refuser les nombreux élèves qui voulaient s'instruire à son école. On conçoit à peine qu'au milieu de tant d'occupations, de tant de distractions de toute nature, Herschel soit parvenu à continuer les études qui déjà , dans la ville d'Halifax , avaient exigé de sa part une volonté, une constance, une force d'intelligence peu communes. On l'a déjà vu, c'est par la musique qu' Herschel arriva aux mathématiques; les mathématiques à leur tour le conduisirent à l'optique, source première et féconde de sa grande illustration. L'heure sonna, enfin, où ses connaissances théoriques devaient guider le jeune musicien dans des travaux d'application complètement en dehors de ses habitudes, et dont l'éclatant succès, dont l'excessive hardiesse exciteront un juste étonnement.
Un télescope , un simple télescope de deux pieds anglais (0m.61) de long, tombe dans les main^cT Herschel pendant son séjour à Bath. Cet instrument, tout imparfait qu'il est, lui montre dans le ciel une multitude d'étoiles que l'œil nu n'y découvre pas; lui fait voir quelques-uns des astres anciens sous leurs véritables dimensions; lui révèle des formes que les plus riches imaginations de l'antiquité n'avaient pas même soupçonnées. Herschel est transporté d'enthousiasme. Il aura sans retard un instrument pareil, mais de plus grande dimension. La réponse de Londres se fait attendre quelques jours : ces quelques jours sont des siècles. Quand la réponse arrive, le prix que l'opticien demande se trouve fort au-dessus des ressources pécuniaires d'un simple organiste. Pour tout autre c'eût
été un coup de foudre. Cette difficulté inattendue inspire au contraire à Herschel une nouvelle énergie : il ne peut pas acheter de télescope, il en construira un de ses mains. Le musicien de la chapelle octogone se lance aussitôt dans une multitude d'essais, sur les alliages métalliques qui réfléchissent la lumière avec le plus d'intensité , sur les moyens de donner aux miroirs une figure parabolique, sur les causes qui, dans l'acte du polissage, altèrent la régularité de la figure doucie, etc. Une si rare persévérance reçoit enfin son prix. En 1774, Herschel a le bonheur de pouvoir examiner le ciel avec un télescope newtonien de cinq pieds anglais de foyer (lm.52), exécuté tout entier de sa main. Ce succès l'excite à tenter des entreprises encore plus difficiles. Des télescopes de sept, de huit, de dix et même de vingt pieds de distance focale , couronnent ses ardente efforts. Gomme pour répondre d'avance à ceux qui n'eussent pas manqué de taxer de superfluité d'apparat, de luxe inutile, la grandeur des nouveaux instruments et les soins minutieux de leur exécution , la nature accorda au musicien astronome, le 13 mars 1781, l'honneur inouï de débuter dans la carrière de l'observation , par la découverte d'une nouvelle planète , située aux confins de notre système solaire. A dater de ce moment, la réputation d'Herschel, non plus en sa qualité de musicien, mais à titre de constructeur de télescopes et d'astronome, se répandit dans le monde entier. Le roi Georges III, grand amateur des sciences, fort enclin d'ailleurs à protéger les hommes et les choses d'origine hanovrienne, se fit présenter Herschel; il fut charmé de F exposé simple, lucide > modeste, que celui-ci traça de
IlL — m. 25
386 HEBSCHEL.
ses longues tentatives;' il entrevitf tout œ qtf an observateur si persévérant pourrait jeter de gloire sur son règne; loi assura une pension viagère de 30P guinôes, et, de plus, une habitation voisine du château de Windsor r d'abord à Clay-ffall et ensuite à Slough. Les prévisions de Georges" Ht se sont complètement réalisées. On peut dire hardiment du jardhr et de la petite maison de SIbugh, que c'est le Keu du monde où il a été1 fait le plus de découvertes. Le nom de1 ce village ne périra pas : les sciences le transmettront religieusement h nos derniers neveux*
Je profiterai de l'occasion- pourrectifier une eireurdont l'ignorance et la paresse veulent se faire- une arme victorieuse, ou quelles présentent tout'aumoins^n leur faveur, Cornmeune justification irrésistible; On répète à satiété qu'au moment où il entra dans sa brillante carrière d'astronome, Hersehel n'avait pas de connaissances mathématiques; J'ai déjà dit; que pendant son séjour à Bàth , F organiste de fa chapelle octogone s'était familiarisé avec les principes de la géométrie et de l'algèbre; mais voici qui est plus positif : une question difficile sur les vibra* tions des cordes chargées de petits poids, avait été mise au concours en 1770. Hersehel entreprit de la résoudre, et sa dissertation fut insérée dans plusieurs recueils scientifiques de l'année 1780,
La vie anecdotique cPHerechei est maintenant terminée. Le grand astronome ne quittera plus guère son observatoire que pour aller soumettre à la Société royale dé Londtes les sublimes résultats de ses veilles laborieuses. Ces résultats sont contenus dans ses Mémoires; ils forment
HBRSCHBL. 317
une de* priiwpalea richesses de la collection. célèbre connue sous le nom de Philosophical transactions.
Herschel. a appartenu aux principales académies de l'Europe,, et ibfut nommée vers 1816,. chevalier de Tordre hanovrien des Guelfes.* Suivant la mode anglaise, à partir de cette nomination r le sir William remplaça dans tous les Mémoire» del'illuatre astronome le titre, déjà entouré de tant de célébrité, de docteur William* Herschel était devenu docteur de r Université d'Oxford (docteur ea« droit) en 1786* Cette dignité, par une faveur toute sp&» ciale, lui ÙA conférée sans aucune des formalités* sacna* mentellesv d'examen, d'argumentation,, de contribution pécuniaire en usage. dans la* savante corporation»,
Je blewenaisi le» sentiments élevé» dont Herschel. fit. profession' toute sa. vie f si je ne. mentionnais pas ici deux collaborateur* infatigables, que l'illustre astronome trouva dans sa propre fenrille. L'un, Alexandre Herschel, doué d'un talent remarquable pour la mécanique* toujours aux ordres de son frère, le mit à même de réaliser sans retard les idées qu'il avait conçues * ; l'autre, mise Caroline Herschel, mérite une mention encore plue particulière, plus détaillée.
Mademoiselle Caroline-Lucrèce BefBcbel passa en» Angleterre aussitôt que son frère fut devenu l'astronome particulier du roi. Elle y reçut le titre d'astronome assistant, avec de modestes appointements. Dès ce moment,
L Longée Fftge et les infirmités forcèrent Alexandre Herschel } renoncer à sa profession de musicien, il quitta Bath et retourna dans le Hanovre, pourvu très-généreusement par le docteur William des moyens de passer dans l'aisance le reste de ses jours.
elle se dévoua sans réserve au service de William, heureuse de contribuer jour et nuit au mouvement ascendant et rapide de sa réputation scientifique. Mademoiselle Caroline partagea toutes les gardes de nuit (watches) de son frère, constamment l'œil à la pendule et le crayon à la main; elle fit tous les calculs, sans exception; elle copia trois ou quatre fois toutes les observations dans des registres particuliers, les coordonna, les classa, les analysa. Si le monde scientifique vit avec étonnement, pendant tant d'années, les publications d' Herschel se succéder avec une rapidité sans exemple, on en fut particulièrement redevable à l'ardeur de mademoiselle Caroline. L'astronomie a été directement enrichie de plusieurs comètes, par cette excellente et respectable dame. Mademoiselle Caroline, après la mort de son illustre frère, se retira à Hanovre, chez Jean Dietrich Herschel, musicien de grande réputation, et 4e seul des frères survivants de l'astronome.
William Herschel mourut sans douleur, le 23 août 1822, âgé de quatre-vingt-trois ans. La fortune, la gloire, n'altérèrent jamais chez lui le fond de candeur enfantine, de bienveillance inépuisable, de douceur de caractère dont la nature l'avait doté. Il conserva jusqu'aux derniers moments, toute sa lucidité d'esprit, toute sa vigueur d'intelligence. Depuis quelques années, Herschel jouissait avec délices des succès distingués de son fils unique, sir John Herschel. A l'heure suprême il s'endormit dans la douce pensée que ce fils bien -aimé, héritier d'un grand nom, ne le laisserait pas déchoir, qu'il l'entourerait d'un nouveau lustre, que de belles découvertes hono-
reraient aussi sa carrière* Aucune prédiction de l'illustre astronome ne s'est plus complètement réalisée*
Les journaux anglais ont rendu compte des dispositions que la famille de William Herschel a adoptées pour assurer la conservation des restes du grand télescope de 39 pieds anglais (12 mètres) construit par l'illustre astronome.
Le tube en bronze de l'instrument, portant à son extrémité le miroir de 4 pieds 10 pouces (lm.47) de diamètre récemment nettoyé, a été placé horizontalement, suivant la ligne méridienne, sur de solides piliers en maçonnerie, au milieu du cercle où jadis existait le mécanisme nécessaire à sa manœuvre. Le 1er janvier 1840, sir John Herschel, sa femme, leurs enfants, au nombre de sept, quelques anciens serviteurs de la famille, se réunirent à Slough. A midi précis, l'assemblée fit plusieurs fois processionnellement le tour du monument; ensuite elle s'introduisit dans le tube du télescope, se plaça sur des banquettes préparées d'avance pour la recevoir, et entonna un Requiem en vers anglais, composé par sir Jonh Herschel lui-même. Après sa sortie, l'illustre famille se rangea en cercle autour du tuyau, et l'ouverture fut scellée hermétiquement La journée se termina par une fête intime.
Je ne sais si les personnes qui veulent tout apprécier du point de vue particulier où les circonstances les ont placées, ne trouveront pas quelque chose d'étrange dans divers détails de la cérémonie dont je viens de rendre . compte. J'affirme, du moins, que le monde entier applaudira au sentiment pieux qui a dirigé sir John Herschel. Tous les amis des sciences le remercieront d'avoir con-
MO BBRSCHBL.
«acre par un monument plus expressif, dans aa simplicité., que des pyramides, que des «tatuea, r humble jardin où -son père a. exécuté tant d'immortels travaux.