‹ Œvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 45 sur 61 · BEL · texte numérisé non relu

BEL

qui in'éfaiest inconnus jusqu'alors, m'ont donné autant d'admiration que de satisfaction. Je vis par là que, mus différents rapporta, ils avaient, chacun de son côté, perfectionné cette théorie dont je m'occupais presque exclusive* nient depuis plusieurs années , et que les mathématiciens de mon pays avaient regardée avec indifférence. »

Je dirai enfin pour dernière citation, qu'après l'impression d'un, Mémoire cFAbel dans le Journal de M. Schumacher, IL Jacobi s'exprimait eu ces termes : « La déduction est au-dessus de mes éloges, comme elle est au-dessus de mes travaux, •

Si l'on veut bien se rappeler ce qu'était, ce que devait être Abel pour le public, quand il quitta Paris au commeacement de 1827; si l'on remarque, en ouife, que ses principaux travaux ont été publiés à la fin de 1837 et pendant Tannée 1828, il demeurera démontré que peu de réputations scientifiques se sont établies aussi promptement; que dès l'origine de ses recherches, le jeune géomètre norvégien fut constamment encouragé par les suffrages les plus éclatants venant de l'étranger.

Est-ce, eu vérité, ma faute si cette conclusion est eu opposition directe avec le roman que Ton trouve dans lu Biographie universelle !

J'ajoute m mot : dans une lettre à ML Bolraboe, datée de Paris, décembre 1826, Abel s'exprimait ainsi : • J'ai écrit un grand Mémoire sur les Fonctions elliptiques... Entre autres choses, il traite de la division de Tare de la lemniscafe Ah t qu'il est magnifique ! Tu verras. » Celui qui s'apprécie lui-même avec cette fermeté attend sans impatience le jugement de ses contemporains.

540 ABBL.

Les satisfactions de l'esprit ne manquèrent donc pas à Abel. Que faut -il maintenant penser de la pauvreté, du dénûment, dans lesquels on fait mourir l'illustre géomètre? Ce que les discussions précédentes permettent d'en penser, c*est quef là aussi, une fiction malheureuse aura été substituée à la vérité.

On représente Abel réduit à une place très-secondaire jusqu'à sa mort, qui arriva en 1829. J'ai déjà épuisé depuis longtemps toutes les formes de la dénégation. Je laisserai donc parler les faits eux-mêmes : c Dès que M. Hansteen partit pour la Sibérie en 1828, ses fonctions à l'Université de Norvège furent confiées à Abel. » En publiant les Œuvres du grand géomètre du Nord, M. Holmboe a déjà protesté, en 1839, contre la supposition, entièrement gratuite, que son ami fût mort dans la misère.

Si j'ajoute encore une remarque, il n'y aura pas dans la biographie d'Abel une seule assertion que je n'aie complètement réfutée.

On dépeint Abel mourant • après avoir langui plus de six mois dans le malheur 1 • A cette phrase lugubre substituons la suivante , et nous serons dans la vérité :

c Abel, dans l'aisance et plein de gloire, mourut au moment où il allait se marier* Malgré les représentations de ses amis, il voulut obstinément, au fort de l'hiver 1828, se rendre auprès de sa fiancée, mademoiselle Kemp. Peu de temps après son arrivée aux forges de Froland, Abel fut atteint d'une phthisie dont il mourut en avril 1829, après avoir été alité pendant trois mois; •

Voilà, dans toute sa simplicité, l'événement qui, en-

touré à plaisir de circonstances imaginaires, a servi de texte à tant de diatribes contre l'Académie des sciences. J'avoue que la publication des Œuvres d'Àbel en 1839, que la Notice historique rédigée par M. Holmboe, ont rendu très- facile la réfutation de l'article inséré dans le supplément du grand ouvrage de Michaud.

LISLET-GEOPFROY

BIOGftAFHI* XUB A L'ACADEMIE DBS SCIENCES, LE 27 JUILLET 1836.

Jean-Baptiste Lislet-Geoffroy, mulâtre au premier degré, naquit à l'Ile de France le 25 août 1755. Des dispositions naturelles, une grande persévérance , le caractère le plus heureux, lui permirent de franchir les barrières que la cupidité des colons, leurs préjugés et l'empire de l'habitude, opposaient jadis sans relâche au développement moral et intellectuel des hommes de couleur. Lislet-Geoffroy ne quitta jamais l'archipel africain au milieu duquel il avait vu le jour. La juste réputation dont il jouissait déjà dès l'Age de trente ans f et qui, en traversant les mars, lui valut, en 1786, le titre si honorable de correspondant de Tasdenne Académie des sciences, Lislet l'avait donc conquise i l'aide des ressources presque insignifiantes qu'avant la révolution de 1789 l'Ile de France pouvait offrir aux hommes d'étude. Lislet est, je crois, le premier de sa race à qui notre vieille Europe ait accordé des honneurs académiques. Cette circonstance n'est pourtant pas la seule qui mérite d'être signalée* Je remarque, en effet, que dans cette même séance du 23 aoftt 1786 où le savant mulâtre fut nommé, l'Académie enrichit aussi ses listes des noms

célèbres de Dubuat et de Spallanzani, et qu'elle désigna le vénérable duc de La Rochefoucauld pour le correspondant immédiat de Lislet. Il y aurait eu, dans cette association de noms, de quoi bouleverser complètement l'intelligence des planteurs, si la douceur, les vertus et le savoir généralement reconnus de Lislet -Geoffroy, ne lui avaient créé de bonne heure une position unique, et devant laquelle les préjugés les plus enracinés s'avouaient vaincus,

A l'époque de la destruction des Académies (en 1798), Lislet-Geoffroy perdit, ainsi que tous ses confrères, le titre dont H avait été si justement fier. Sa réintégration, comme correspondant de notre section actuelle de géographie et navigation, ne date que du 7 mai 182t; mais, il faut le dire, dès que l'oubli lui eut été signalé, l'Académie , malgré les impérieuses prescriptions de ses règlements, n'attendit pas une vacance pour le réparer. J'ajouterai que si le nom de Lislet-Geoffroy n'a pas figuré parmi celui des correspondants de l'ancienne Académie que la classe des sciences mathématiques de l'Institut s'empressa de se rattacher, c'est uniquement parce que la difficulté des communications entré la métropole et l'Ile de France , pendant les guerres de la révolution, n'avait pas permis de savoir si l'habile géographe vivait encore quand l'Institut fut créé. Quoi qu'on en ait pu dire, il n'y aurait donc ici aucun motif de parler ni de préoccupa* tion du pouvoir , ni d'aristocratie de la peau, ni de préjugés vraiment indignes de gens éclairés.

Une vie, quelque longue qu'elle ait été, passée tout entière sur un petit Ilot, au milieu de l'océan Austral, a

dû présenter bien peu d'événements dont le souvenir mérite d'être conservé. Au surplus, si quelque chose de pareil a inarqué la carrière de Lislet, ses correspondants d'Europe n'en ont pas eu connaissance. Nous savons seulement qu'au moment où un navire arrivait à l'île de France, notre confrère s'arrachait sans effort à sa retraite, à ses occupations favorites, et qu'il devenait jour et nuit le guide de tous ceux qui manifestaient le moindre désir de s'éclairer de ses lumières. Déjft, en 1771, Lislet accompagnait Commerson dans son voyage à l'île Bourbon. En souvenir de cette excursion, M. Bory de Saint- Vincent a appelé Piton-Lislet une montagne volcanique de la même île, voisine d'une remarquable dépression circulaire du sol connue dans le pays sous le nom de Trou- Blanc. On pourrait extraire des relations de la plupart de nos voyageurs aux régions australes, des témoignages de considération qui ne seraient ni moins significatifs, ni moins honorables pour Lislet-Geoffroy que celui dont il vient d'être fait mention.

Voici, je crois, les principaux titres de Lislet à la reconnaissance du monde savant :

Carte des îles de France et de la Réunion, dressée sur les observations de Lacaille, et d'après une multitude de plans particuliers de l'auteur, publiée par ordre du ministre de la marine, en 1797 (an v).

La même carte, seconde édition, rectifiée sur de nouvelles observations, publiée à Paris en 1802.

Carte des Séchelles, d'après les observations faites par l'auteur, pendant plusieurs voyages au milieu de cet archipel dangereux.

iil— m. 85

Carte de Madagascar.

Cette dernière carte a été publiée par ordre du gouvernement anglais, depuis que l'île de France ne figure plus parmi nos colonies.

Sur la carte de l'île de France qui accompagne le Voyage de M. Bory de Saint -Vincent dans les quatre principales tles des mers cf Afrique, les montagnes ont été dessinées, comme le savant voyageur le déclare luimême, d'après un plan de Lislet-Geoffroy.

Péron a publié , dans son. Voyage de découvertes aux tmres australes, un tableau de la pesanteur et de la force relative de plusieurs espèces de bois de l'île de France, qui lui avait été communiqué par Lislet- Geoffroy.

Le chêne d'Europe figure dans ce tableau comme un moyen d'en rattacher les résultats à ceux que divers physiciens ont obtenus en opérant âur tes essences de l'ancien continent. Il n'y occupe, au reste, que la dix -septième place quant à la pesanteur, et que la dix-neuvième sous le rapport de la force!

Les ahn&nachs de l'île de France renferment divers articles scientifiques de Lislet, un entre autres sur la montagne dite Pitrebot, qui montrent toute la variété de connaissances de leur auteur. Le travail à l'aide duquel Lislet prouva que recueil connu sous le nom d'rte-Pfate était formé des débris (f un ancien cratère de volcan, a été justement apprécié par les géologues.

La relation intéressante d'un voyage à Sainte-Luce (île de Madagascar), fait en 1787, se trouve dans le tome il des Annales des Voyages de Malte-Brun.

Je dirai enfin que le travail le plus important de lislet.

LLSLET-GEOFFRGY. W

celui dont il n'a jamais cessé de s'occuper avec Un soin scrupuleux durant sa longue carrière, et qui doit fixer d'une manière définitive tes circonstances climatologiques de l'île de France , ne sera.pas perdu pour la science. Je crois, en effet, me rappeler que M. de Freycinet, qui, en 1818 , compara soigneusement les instruments météorologiques de VVranie à ceux de Lislet, obtint de ce physicien une suite de tableaux embrassant un intervalle de plus de trente années. Lorsque ces tableaux seront convenablement réduits et discutés, ils feront connaître avec toute la précision désirable :

La température moyenne et les températures extrêmes de l'île de France;

La hauteur du baromètre au bord de la mer par 20° de latitude sud; sa variation diurne et sa variation mensuelle;

L'étendue des changements de pression atmosphérique qui annoncent ou accompagnent les ouragans épouvantables dont les régions tropicales ont tant à souffrir;

La hauteur moyenne de la pluie annuelle et les énormes différences qui existent entre les années sèches et les années humides, soit quant à la quantité totale d'eau recueilHe, soit relativement au nombre de jours pluvieux ;

Etc., etc.

Une note qui m'arrivede l'îlede France m'apprend que Lislet a continué ses observations jusqu'à la fin de 1884. Son travail embrasse donc plus d'un demi -siècle. Cinquante années d'observations faites par la môme personne, dans le même lieu et avec les mêmes instruments, ne pourront manquer de jeter beaucoup de lumière sur

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la question aujourd'hui tant débattue de l'influence climatologique du déboisement; dans ce long intervalle, en effet, la manie des défrichements n'a pas été moins vive dans les colonies qu'en Europe.

Iislet-Geoffroy est mort le 8 février 1886, à l'âge de près de quatre-vingt-un ans, avec le titre d'ingénieur hydrographe de Maurice. Sous la domination française, il avait été promu pendant la guerre au grade de capitaine du génie.

Nous croyons qu'on ne lira pas sans intérêt des détails que le savant mulâtre donne lui-même sur sa vie dans une lettre à M. de Zach, que m'a communiquée M. Wartmann de Genève :

t Je suis né à l'île de Bourbon, le 23 août 1755, de Niama, négresse de Guinée. Elle était petite-fille de Tonca Niama, roi de Galam, qui fut pris dans une guerre et massacré avec tous les mâles de sa famille, selon un usage assez fréquent dans ces contrées.

t Ma mère, alors âgée d'environ neuf ans, fut réduite en esclavage et vendue aux agents de la compagnie, qui l'envoyèrent à l'île de France vers 1730. M. Geoffroy l'obtint de M. David, gouverneur de cette colonie, pour lui rendre la liberté. Elle le suivit à Bourbon, où elle l'entoura de soins durant sa vieillesse.

« M. Geoffroy voulut prendre soin de mon enfance et m' élever lui-même; il me donna les premiers principes de dessin et de mathématiques; il voulut aussi m'apprendre le latin, étude dans laquelle je fis peu de progrès. Comme je n'avais point de fortune, il me fit entrer au service dès ma quinzième année, et peu après je pas-

sai à Tîle de France, où H. le chevalier de Tromelin, ancien contre-amiral, croyant voir en moi des dispositions pour la marine, m* employa aux travaux du port neuf dont il était chargé. Là , ayant à ma disposition ses livres et ses instruments, je m'appliquai à l'étude des mathématiques et de l'astronomie. Ne pouvant me procurer des maîtres, M. de Tromelin voulut bien m'assister de ses conseils et me donner des encouragements. C'est à ce généreux protecteur que je dois le peu de talents que j'ai pu acquérir et mon avancement dans le service. Par reconnaissance, et plus encore par attachement, je m'embarquai avec lui au commencement de la guerre de 1778 comme aide-pilote.

« J'obtins en 1780 un emploi de dessinateur au génie militaire de l'île de France.

t Le 23 août 1786, je fus élu correspondant de l'Académie royale des sciences de Paris ; j'ai envoyé à cette société savante une suite de douze années d'observations météorologiques et une série d'expériences sur la force et la pesanteur des bois de cette colonie, faites par M. Malavois, et que j'ai été chargé de continuer après son départ.

c En 1787, je fus envoyé par le gouverneur général à la baie de Sainte -Luce, dans le sud de l'île de Madagascar ; je levai la carte de cette baie et celle du pays jusqu'à quinze lieues dans les terres, où j'ai visité les eaux thermales de la vallée d'Amboule; j'ai envoyé de ces eaux à M. le duc de La Rochefoucauld, à Paris. — Mon journal a été imprimé dans les Voyages modernes.

« En 1788, je fus chargé de lever la carte d'une partie de l'île de France; ce travail a été envoyé au dépôt à

Paris, et m* a valu ioi là commission d'ingénieur -géo* graphe. Dans les temps difficiles de la Révolution, j'ai été assez heureux pour concourir à préserver cette colonie des malheurs et des désastres qui ont bouleversé nos colonies occidentales. Fidèle à mes principes, j'ai voulu mériter la confiance de mes chefs et celle des gens de couleur dont j'ai présidé constamment les assemblées, et nous avons évité les événements fâcheux dont nous étions menacés en 1794.

«A cette époque, M. Geoffroy m'adopta par un acte authentique, et je pris son nom; de là celui de Lislet- Geoffroy , que je porte.

«Cette même année, les administrateurs généraux me chargèrent d'une mission pour les îles Séchelles; j'y fis des observations sur les diverses productions du pays et sur les baies, ports, îlots et dangers dé cet archipel, A mon retour, le général Malartic me fit officier adjoint au génie militaire.

«Le capitaine général Decaen, en prenant le coromandement.des colonies orientales en 1808, me confirma dans le grade de capitaine. A laprisede l'île de France, il me nomma chef de la commission du génie pour la remise de la place; cette opération faite, la remise des fortifications et de tout ce qui dépendait du génie opérée, il ne me fut pas possible de me rendre en France, aux termes de la capitulation de cette île, étant alors Agé de cinquante-cinq ans, et ayant eu le malheur de perdre mon épouse en 1804, dont j'avais eu deux enfants encore en bas fige, objets de tous mes soins et de toutes mes sollicitudes.

t Sous le gouvernement anglais, M. Farquhar, gouverneur de l'île de France, envoya une corvette visiter les côtes de la partie nord de Madagascar, et particulièrement la baie et le port Louiqui. Je fis partie de la commission qu'il nomma à cet effet , et je fus chargé de tout ce qui avait rapport à la géographie. Ce voyage m'a fourni l'occasion de faire de nouvelles observations trèsimportantes, et m'a mis à même d'apporter des corrections considérables à la carte de cette grande île, et de terminer celle de l'archipel du nord -est, à laquelle je travaille depuis longtemps.

«On a fait graver en Angleterre, par ordre du quartier-maître général, une carte particulière de l'île de France que j'ai dressée avec beaucoup de soins , et dont je puis garantir l'exactitude. Je l'ai envoyée au dépôt t à Paris, mais, à ce qu'il paraît , elle a été prise en route, en 1808. »

DMGOUBB FIOHONCÉ Ll 15 JÀKY1ER 1844»

LOBS DE L'ilttUGUBATIOH DU MOITOMEHT ÉLEVÉ A MOUSB1

m ftouBCumoK hatkhuls \

Messieurs, des paroles pleines de sens et de raison sortirent, il y aura bientôt six années, de l'enceinte de notre premier théâtre. Un comédien spirituel demandait si dans un siècle où le goût de la statuaire s'est prodigieusement étendu , si à une époque où presque chaque ville évoque le souvenir des enfants qui l'ont honorée, fait revivre leurs traits sous le ciseau des meilleurs sculpteurs, et les expose, avec un juste orgueil, aux regards de la France et des étrangers, il n'était pas inexplicable que Molière, que l'immortel Molière fût oublié.

Ces paroles ne pouvaient rester sans écho. De toutes parts on applaudit aux sentiments de l'artiste dramatique. Alors, quelques amis des lettres crurent devoir se réunir pour seconder, pour régulariser des efforts qui, cette fois, semblaient devoir conduire à un heureux résultat.

En assignant un rôle, dans cette cérémonie nationale, à la Commission de souscription, on a placé ses services infiniment au-dessus de leur valeur réelle. Je ne l'oublie-

1. M. Arago était vice - président de la Commission de souscription.

rai pas, Messieurs; mes paroles seront modestes comme la mission qui nous était échue ; toutefois, j'ai vu arriver ce moment avec quelque inquiétude, car le temps m'a manqué pour consulter mes honorables collègues et m'éclairer de leurs lumières.

Molière n'est pas une de ces célébrités équivoques que le temps, juge suprême des œuvres de l'esprit, fera descendre tôt ou tard du piédestal où l'entraînement, la passion, le manège des coteries les ont placées. Près de quarante lustres ont déjà passé sur la cendre de l'auteur du Misanthrope , du Tartufe, des Femmes savantes, de F Avare , et chaque jour a fortifié davantage les appréciations éclairées et profondes des littérateurs, des philosophes, des personnes de toute condition qui, dès l'origine, faisaient leurs délices de la lecture de ces ouvrages.

« Quel est, disait Louis XIV à Boileau, le plus grand écrivain de notre siècle? — Sire, c'est Molière, » repartit le poëte sans hésiter.

La Fontaine témoignait de son estime pour Molière en termes où la grâce s'unissait à la force, lorsque, très-peu de temps après la mort de son ami, il composait I'épitaphe commençant par ces vers :

Sons ce tombeau gisent Haute et Téreoce, Et cependant le seul Molière y gît .

Yoltaire faisait plus encore. Son enthousiasme pour l'auteur du Misanthrope lui donnait la hardiesse de disposer de l'avenir : « Molière ! s'écriait-il , Molière I je vous prédis que nous n'en aurons jamais. »

La même idée, avec quelques modifications de forme, se retrouve dans les éloges du grand poète , couronnés par P Académie française, en 1769. L'Académie, tribunal littéraire grave et compétent, croyait donc elle-même à un « trône resté vacant; à une place réservée et désormais inaccessible; à l'homme inimitable I » Elle permettait qu'on regardât le génie de Molière • comme le terme où l'esprit humain s'élève par degrés, et d'où il ne peut plus que descendre. »

La Harpe (on ne l'accusa jamais de se complaire dans le panégyrique), La Harpe, même après les transformations singulières qui s'opérèrent dans son esprit à la suite de nos discordes civiles, La Harpe appelait Molière l'homme divin.

Yous croyez, sans doute, qu'il serait impossible de rien ajouter aux témoignages admiratifs de Boileau, de La Fontaine, de Voltaire. Détrompez-vous, Messieurs; ces trois grands écrivain» ont été dépassés par un géomètre. Moivre, son illustration scientifique ne saurait être mise en doute , Moivre avait coutume de dire : ■ J'aimerais mieux être Molière que Newton ! »

Et les étrangers? sous quel jour voient-ils notre compatriote?

Yous savez avec quelle vivacité naturelle les peuples se disputent la prééminence intellectuelle* Citez Depoartes, Pascal, Corneille, Racine, Bossuet, Voltaire, Montesquieu, d'Alembert, Buffion, Lagrange, Lavoisier, Laplace, etc. , vous entendez aussitôt les noms retentissants de Bacon, de Galilée, de Newton, de Leibnits, de Huygens, d'Euler, de Kepler, de Linné, de Dante, de

Shaicspeare, de Milton, de Tasse, de l'Arioste, de Priestley, de Volta, de Cavendish, etc.

Molière, le seul Molière a le privilège d'être sans rival, sa supériorité est unanimement reconnue, hautement proclamée dans le monde civilisé.

Soyons donc sans scrupules, Messieurs; nos impressions n'ont pas été trompeuses.

Nous inaugurons aujourd'hui la statue d'un grand homme t

On est vraiment obligé de faire effort sur soi-même, pour ne pas céder au désir de jeter un coup d'œil sur les Combinaisons profondes et hardies, sur les situations piquantes, sur les peintures chaudes et vraies dont les principales compositions du poète philosophe présentent de si parfaits modèles.

Mais, à quoi servirait ici l'analyse de pièces que le monde entier a vues et admirées, dont tous ceux qui m'entendent pourraient réciter de longs passages? Peutêtre la vie du poète a-t-elle été moins généralement appréciée; peut-être aussi n'a-t-on pas fait une énuinération suffisamment concentrée et fidèle des services que Molière a rendus aux mœurs publiques, des travers, des ridicules dont il a purgé la société. Voilà ce qui semble devoir être raconté en face de ce monument. N'encourageons personne % imaginer que la dignité dans le caractère, la régularité dans la conduite, l'honnêteté dans les actions, sont, chez l'homme de talent, de simples accessoires. Proclamons bien haut que le génie lui-même ne mériterait pas ces hommages solennels,, ces témoignages publics de vénération, si , au lieu de s'exercer sur des

sujets qui élèvent l'âme, qui font vibrer le cœur, qui nous rendent meilleurs , il dépensait ses forces en vaines subtilités sans influence sur les progrès de l'esprit humain.

Quelques mots seulement, et le côté par lequel le grand homme aimait surtout à être apprécié, se présentera dans tout son jour.

Après avoir résisté à de nombreuses, à de pressantes sollicitations, Poquelin quitte, à quatorze ans, F atelier et la boutique de son père. Vous le voyez aussitôt se livrant aux études les plus solides, et particulièrement à celle des sciences, sous le célèbre Gassendi. Poquelin ne pensait pas, avec la jeunesse présomptueuse de son époque, que les dons naturels pussent fructifier sans culture.

En ce temps-là on croyait sérieusement dans le monde entier, qu'un comédien était un homme dégradé. Réciter en public, avec l'approbation et en présence dés magistrats, même ses propres ouvrages, paraissait un crime digne de damnation.

Molière dédaigna cet absurde préjugé. 11 se fit comédien et auteur. De cette époque datent en France les principaux progrès de l'art théâtral, ce noble délassement des esprits de toutes les conditions et de tous les âges.

La conduite irréprochable de Molière après sa grave résolution , a plus contribué qu'on ne pense à faire tracer enfin une ligne de démarcation nette et précise entre l'honneur véritable et les honneurs de convention.

Des relations de collège et un talent reconnu eussent fait aisément de Molière le secrétaire d'un prince du sang. Les avantages d'une si belle position ne tentèrent

pas le jeune poète : il préféra rester un homme de génie!

Molière consacra toujours à des aumônes, à des libéralités une large partie de ses revenus; aussi était-il adoré des malheureux et de ses camarades.

Il fit plus (notre fragilité justifiera ces trois mois), il fit plus, car il rechercha avec empressement les jeunes gens dont le talent commençait à poindre , les jeunes auteurs qui pouvaient un jour devenir ses rivaux.

Témoin Racine, dont Molière devint le protecteur, et, on doit l'avouer, à une époque où il fallait être Molière pour apercevoir l'immortel auteur de Brilamicus > de Phèdre, d'Athalie, dans les premiers essais d'un versificateur .encore inexpérimenté.

Xorsque Golbert envoya cent louis à Racine, an nom de Louis XIV, pour le remercier de l'ode si connue sur le mariage du monarque, le public remarqua malicieusement que la générosité du fastueux souverain d'un grand royaume n'avait pas surpassé celle que le simple comédien venait d'esercer en faveur du jeune poète.

Molière, dans toutes les circonstances de sa vie, montra pour le vice cette haine vigoureuse, si bien dépeinte dans le Misanthrope, et qui a fait supposer qu'il s'était transporté lui-même sur la scène.

Molière, sorti du peuple , ambitionnait par- dessus tout ses suffrages. En butte à mille passions haineuses, il eut besoin d'un appui solide, et pour le conquérir il composa plusieurs pièces dans le goût de celles que la multitude applaudissait au théâtre de Scaramouche. Mais qu'on y regarde de près, ces ouvrages secondaires, que des juges inattentifs qualifient d'une manière sévère et en termes

qu'il ne m'est pas permis de répéter ici, renferment euxmêmes des scènes admirables. C'est ainsi que l'immortel poète préludait à la réforme qui lui permit plus tard de donner au même public les comédies irréprochables des Femmes savantes, de Y Avare, du Tartufe et du Misanthrope.

Si Molière aima le peuple, le souvenir du peuple lui resta fidèle. En 1773, à l'occasion d'une représentation avortée, dont le produit devait servir à faire élever une statue au père de la bonne comédie, Lelcain consignait dans ses Mémoires ces paroles bien remarquables : t La masse M plus pauvre et la plus sensible de la nation reçut l'annonce de la représentation avec le plus grand enthousiasme ; mais les belles dames et les gens du bel air n'y firent pas la moindre attention. »

Lee hommes d'élite doivent compte à la patrie, à leurs contemporains, à la postérité, de l'usage qu'ils ont pu faire des qualités éminentes dont la nature les a dotés. La mémoire de Molière peut défier de telles investigations. En quinze années l'incomparable poëte composa trente pièces. Molière n'avait que cinquante et un ans quand la France le perdit.

Nous avons dépeint l'auteur; voyons rapidement dans ses Œuvres , je ne dis pas de quels plaisirs, l'énumération serait trop longue, mais de quels services, de quels bienfaits la société lui est redevable.

Avant Molière, la comédie ne reproduisait guère chez nous que les ridicules des bouffons et des valets. Le grand homme transporta le premier sur la scène les personnages puissants et titrés. Eux aussi, dès ce moment, étalèrent aux yeux d'un public moqueur, impitoyable, leurs tra-

vers et leurs vices. C'est de Molière que date Pégalité devant le parterre.

À l'époque des débuts de Molière, le faux bel esprit achevait d'envahir la France. Un jargon presque inintelligible, une galanterie ampoulée, du phébus dans l'expression de tous les sentiments, avaient usurpé, à Paris, comme dans la province , la place du naturel. Les Précieuses ridicules parurent , et le naturel reprit son empire, et notre belle langue échappa à la ruine qui la menaçait

Buffon disait : « Le style, c'est l'homme. » D'un seul trait, le grand peintre établissait ainsi les vrais rapports de l'auteur et de l'œuvre. Il aurait pu ajouter que dans un pays enclin à l'imitation , le mauvais style de quelques auteurs en renom, suffirait pour infecter les œuvres de tous et dénaturer le caractère national. Un petit acte de Molière préserva la France de ce malheur.

On chercherait vainement un vice, disons mieux, un ridicule, un simple travers, dont les moralistes dogmatiques aient réellement guéri les hommes. Molière a été plus heureux. Voulez -vous connaître le langage fade et alambiqué des ruelles, des salons de l'hôtel de Rambouillet? Lisez la comédie où Molière le balaya d'an revers de sa plume; la société n'en offre plus de traces.

Molière a eu, dans les Femmes savantes, l'honneur d'anéantir le plus lourd , le plus insupportable des ridicules : l'abus de l'érudition.

Il n'est pas d'esprit sincèrement, consciencieusement voué à l'étude, qui ne le remercie aussi d'avoir flagellé le savoir dégradé par le pédantisme, et la manie des lectures de société.

M0L1ÈRB. 561

Dans le xvn* siècle, les médecins affectaient de maiv cher en robe et en rabat Afin, dit-on, de ne pas être compris des malades, ils écrivaient leurs consultations en latin. Grâce à Molière, la science est restée et le charlatanisme a disparu.

Les critiques de l'immortel poète contre les médecins du grand siècle, ont reçu la sanction des savants et spirituels docteurs de notre époque. Des membres de la Faculté et de l'Académie de médecine m'écoutent en souriant. Ces deux corps figurent noblement dans notre liste de souscription.

Les sarcasmes acérés de Molière, ses ingénieuses plaisanteries ont contribué tout autant que les œuvres sérieuses de Bacon, de Galilée et de Descartes, à renverser de son piédestal le péripatétisme moderne. C'est Molière aussi qui donna le coup de mort aux galimatias des métaphysiciens de l'époque, à leurs nuageuses subtilités. Si ce travers venait à ressusciter, il suffirait d'appeler une seconde fois à notre aide Marphurius, Pancrace, et tout serait dit

Sous Pinfluence de deux pièces du grand comédien , un mode d'éducation sagement indulgent a remplacé, pour les jeunes filles, un ancien système follement sévère; l'ignorance et l'esclavage n'ont pas semblé les vrais garants de la sagesse.

La peinture si gaie , si grotesque de M. Jourdain n'a sans doute pas eu le privilège d'anéantir le penchant de la riche bourgeoisie à s'allier à la noblesse , mais on peut affirmer qu'elle y a apporté de notables tempéraments.

L'utilité, voilà toujours le but de Fauteur philosophe, III.— in, 36

.même dans celles de- ses pièces où le sujet paraît le plus frivole. L'amusement, La gaieté, 4e rire, ne marchent qu'en seconde ligne: ce sont pour lui Içs moyens. Voyez les Amants magnifiques. Louis XIV veut qu'on: représente deux princes se disputant le cœur 4' une femme, en donnant, à l'envi l'un de l'autre, des- fêtes magnifiques et galantes. Molière jette un devin parmi les acteurs de ce fade tournoi, et l'astrologie judiciaire, encore vivace en 1670 , tombe dans un ridicule auquel elle n'a point survécu.

Une autre fois , Molière flétrit l'avarice m traits mordants, ineffaçables. Les sentiments, les démarches, les .préoccupations, le langage de l'avare , tout est reproduit sur la scène avec une admirable fidélité. Le spectateur atteint de ce vice, oublie que la pièce a plus de csat risquante ans de dater,, il s'imagine avoir posé devant le .grand peintre; il lui arrive enfin de craindre qu'un voisin clairvoyant ne -s'écrie: Harpagon! Harpagon! voici ton modèle.

Philosophes, moralistes, législateurs % inclinez- vous devant Molière; les gais tableaux du comédieji ont, je le répète, plus heureusement, plus profondément modifié la société civile, que n'avaient réussi à le faire et vos ennuyeux sermons et vos prescriptions impérieuses.

Il n'est pas jusqu'à de simples travers dont Molière n'ait voulu "préserver les hommes de bien : tel est le but réel du Misanthrope, un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain. : L'auteur a réussi avec un art merveilleux , avec une finesse de tact qui étonne, à faire sourire aux dépens de son misanthrope, tout en le laissant le personnage de

la pièce auquel chaque spectateur .honnête voudrait ressembler de préférence.

Un œil vulgaire n'aperçoit , en général , dans les sociétés modernes qu'une superficie commune, que des caractères d'une uniformité banale. le contemplateur, c'est ainsi que 'Boil eau appelait Molière, avait trouvé le secret de découvrir les vices des hommes au milieu de leurs astucieuses métamorphoses. II sut , dams l'occasion , écarter d'une main ferme les enveloppes d'emprunt, jeter au loin tout bagage • de convention, se saisir du fond même des caractères, et tracer des peintures qui seront éternellement vraies, caT les modèles ont été pris dans la nature même.

Molière réussit ainsi à démasquer les hypocrites, les faux dévots. Il eut le courage d'exposer ces personnages sur la scène dans toute leur laideur, et avec l'accompagnement de 'bassesse, de .perfidie, d'ingratitude qui les caractérise.

De ce moment, la vie du poëte fut un pénible combat.

Les faux dévots tiraient de leurs odieuses menées, de trop gros avantages pour y renoncer sans lutte. A forée d'astuce, d'habileté, de persévérance, ils intéressèrent à leur cause des personnes respectables, sincèrement pieuses, et se crurent certains du triomphe. Ils criaient dans tous les lieux et sur tous les tons qu'un misérable comédien s'était scandaleusement arrogé le droit de juridiction en matière sacrée.

Le misérable comédien resta inébranlable. 11 opposa la fermeté de l'homme de bien à d'infernales intrigues.

Dans la pièce immortelle, le .principal personnage veut

se tirer d'une position délicate à l'aide de l'exécrable maxime :

11 est avec le ciel des accommodements.

Aucun accommodement n'était possible avec Molière. Le philosophe avait peint d'après nature; il n'aurait jamais consenti à affadir ses couleurs, à gazer son tableau* Le chef-d'œuvre ira à la postérité tel que l'auteur l'avait composé.

Molière a-t-il donc arraché à tout jamais les germes de la plus odieuse des hypocrisies?

Non , Messieurs, il n'a été donné à personne, pas même à Molière, de changer la nature humaine.

Ce que Molière a fait avec un talent sans pareil , c'est de mettre sous les yeux du monde entier le vrai signalement de l'imposteur qui se couvre du masque de la religion. Depuis ce jour, leshypocrites de cette pire espèce se cachent ; ils sont réduits à des manœuvres ténébreuses. Qui pourrait soutenir, ô Molière, que ton génie, que ta vertueuse persévérance ont été sans résultat, lorsque, modifiant un vers contemporain, je puis m'écrier avec l'assentiment de tous :

Et ton nom prononcé fait pâlir les tartufes!

Partout où pénétraient leurs armées victorieuses , les anciens élevaient des monuments destinés à transmettre aux générations futures le souvenir de belles actions et de grands noms. De notre temps, les hommes ont trop de lumières pour mettre les conflits sanglants de la guerre au premier rang : le premier rang appartient au triomphe

de l'intelligence et de la raison. Il est donc permis d'espérer que l'architecture, que la statuaire, sortant des voies étroites dans lesquelles on les forçait jusqu'ici de marcher, seront appelées à consacrer ces époques glorieuses où la France brisa une à une les entraves que la tyrannie et les préjugés, l'intolérance et le fanatisme avaient semées sous ses pas. Alors, Messieurs, le monument de Molière, sans perdre le caractère qu'aujourd'hui vous lui imprimez, occupera une place éminente, qu'on me passe l'expression , parmi les chapitres de l'histoire nationale, en pierre, en marbre, en bronze, que le génie de nos artistes aura créée. L'objet, la date du monument, et surtout le lieu qu'il occupe, arrêteront fortement l'attention.

Remontez, Messieurs, par la pensée, au 21 février 1673. La foule se portait dans cette rue à flots précipités : ignorante, fanatisée, elle venait outrager la cendre à peine refroidie de l'auteur du Tartufe. Aujourd'hui, dans les spectateurs qui nous entourent, je n'aperçois que des admirateurs enthousiastes de l'immortel poète.

lie 21 février 1673, on obtenait difficilement, malgré la protection avouée de Louis XIY, le modeste coin de terre où Molière devait reposer en paix. En 1841 , en 1842, les pouvoirs de l'État, l'administration municipale de Paris, de grandes corporations, une multitude d'honorables citoyens ont voulu, à l'envi, concourir à l'acquisition du terrain où est venu s'élever le monument réparateur que vous saluez.

L'histoire a conservé les actes, moins odieux encore que ridicules, par lesquels un prélat, se soumettant de

mauvaise grâce àïa voltaté d'un grand. monarque, permettait à peine d!ense*elk dans le cimetière commun de la paroisse Saint-Joseph les restes inanimés d'un homme de génie. La permission étak donnée à la condition (le mot condition n'est, pas de moi) qu'il n'y aurait ni. pompe dans la translation, ni service dans lucane église de: Paris ; que tant, enfin , se. passerait de nuit.

Voyez, Messieurs, le contraste : c'est en plein jour que les autorités municipales: de la métropole , que les corporations savantes et littéraires, . que le» élèves des éooles publiques, que des citoyens: de tous les Ages se pressent devant la maison de Molière.; je puis même l'assurer hardiment, si ira regret, si un: seul regret se mêle aux marques de sympathie dont vous, êtes témoins, c'esique F espace, la saison , .n'aient pas permis de donner à cette cérémonie,, plu& de pompe et de grandeur:

Combien il y a loin, Messieurs, de ce sentiment k celui. qyH en 1673* cherchait à faire descendre les obsèques d* vertueux philosophe au niveau de celles, dîun vil.malfaiteurl

Quand la simple dalle que les amis: de Molière eussent éfctfsi heureux d'obtenir d'une tolérance inteHigeote.,. et q«Sils. furent réduits à placer furtivement efe dfc nuit* de^ vknk, cent soixante-onze ans après* un^magnifique monur ment, .dans le quartier, le plus fréquenté. de .la- capitale, ea peut espérer que lea esprits aveugles et .rétifs, sentiront. Je besoin d'être de leur siècle.

Désormais, ces colonnes, ces statues, proclameront. aw yeux de tous, que les préjugés sent tôt ou tard vtiicwpar la. raison publique;., elles exciteront, à*« regarder*

avec un dédaigneux sourire les pygmées qui, en raidissant leurs petits bras, espèrent arrêter la marche de P esprit humain. Du haut de ce monument glorieux, Molière nous criera sans relâche, de ne point écouter la voix du découragement , de marcher au contraire , d'un pas ferme et persévérant , vers l'avenir que son génie avait aperçu, dont il déblaya les approches, et au sein duquel l'humanité trouvera dans un majestueux repos le prix de ses longues , de ses sanglantes luttes.

-oo.-

M. Arago a composé des discours pour les funérailles de Delambre, Cuvier, Hachette» Dulong, Poisson, Prony, Puissant, Bouvard, Gambey, Gay-Lussac. Le discours prononcé sur la tombe de Poisson a été inséré comme Appendice à la suite de la Biographie de ce géomètre, L 11 des Œuvres et des Notices biographiques, p. 690.

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