DELAMBRE
Permettez, Messieurs, que le Bureau des Longitudes, dans cette triste cérémonie, joigne aussi l'expression de sa vive douleur aux témoignages de la douleur publique. La perte qu'il vient de faire est irréparable : le savant illustre que nous pleurons était, en effet, le premier astronome de l'Europe. Dans une de ces solennités académiques, destinées à tempérer l'amertume de nos regrets par le souvenir des services rendus aux sciences et à l'humanité, on déroulera à vos yeux le tableau de la brillante carrière que Delambre a parcourue. Vous le verrez d'abord, perfectionnant les méthodes du calcul astronomique, mériter par la variété et l'élégance de ses formules
1. Delambre est né à Amiens en 1749 ; il est mort & Page de soixante-treize ans; ses funérailles ont eu Heu le 21 août 1622.
une place distinguée parmi les habiles géomètres dont la la France s'honore. Bientôt, et pendant nos discordes civiles, entouré de nombreux obstacles, en butte à mille dangers, il exécutera la vaste opération qui sert db base au nouveau système métrique et déposera ses précieux résultats dans un bel ouvrage, monument impérissable de son savoir, de son zèle et de sa véracité. Plus tard, en communauté de travaux avec l'auteur de la MécmùfW céleste , il se livrera à une discussion scrupuleuse de la presque totalité des observations anciennes et modernes, pendant que le géomètre perfectionnera la théorie, efe Ton verra sortir d'une telle association, que la France seule pouvait offrir, et qu'aucun nuage n'a jamais troublée, des tables astronomiques que toutes les nations de V Europe se sont empressées d'adopter.
Le repos, chez Delambre, ne fut jamais qu'un changement d'occupation. Ses dernières années ont été consacrées à la composition de deux grands ouvrages : un Traité complet d'astronomie, et l'Hfetoire de la science depuis les temps les plus reculés jusqu'à notre époque. Lte tableau dé l'intervalle, si fécond en découvertes, qui nous sépare da siècle de Newton, est entièrement achevé, et le monde savant en jouira bientôt; mais quelle douloureuse pensée s'y rattacherait si nous pouvions supposer que les pénibles efforts qu'il a nécessités ont abrégé une vie qu'embellissaient tant de vertus ! Une indulgence sans bornes fut le trait caractéristique dé celui qui n'en eut jamais besoin pour lui-même. Là jeunesse studieuse a constamment trouvé dans Delambre le protecteur le plus empressé. L'aimable gaîfcé de-son esprit, les trésors d'une mémoire
CUVIEH. SM
inépuisable, nourrie de tous les bons modèle» des temps anciens et des temps modernes, donnaient à sa conversation un charme tout particulier. La douceur et PégaKté de son caractère ne se sont pas un seul instant démenties ni dans le cours d'une longue carrière, ni durant la cruellemaladie qui Ta enlevé à l'Europe; mais aussi de quels tendres soins n'a-t-il pas été l'objet? Quel dévouement , surtout*, pourrait être comparé à celui de madame Dëlambre? Voyez-la, pendant près de deux mois, épiant jour et nuit les moindres mouvements de celui dont elle eût désiré prolonger l'existence aux dépens de la sienne, et s'armer (Tassez de courage pour cacher sous un front serein les terribles pressentiments dont, son cœur était déchiré. Nous sommes sûrs de nous associer à laxlernière pensée de notre illustre confrère, en souhaitant qu'une douleur si juste et si profonde trouve quelques soulagements dans les regrets unanimes qu'excitent toujours le souvenir des travaux utiles et celui (Tune réputation sans tache.