HACHETTE
douces occupations de professeur et d'acadéiriicien, lui présageaient encore de longs jours. Ges espérances ont été brusquement brisées. Peu d'instants , hélas! se sont écoulés entre l'apparition d'une douloureuse maladie et son terme fatal l
Vous n'attendez pas de moi, Messieurs, qu'en présence de cette tombe je vous parle longuement des travaux de Hachette. Ce devoir, je ie remplirai dans une de nos solennités annuelles. Nous verrons alors notre confrère * sous tes auspices de Monge, débuter dans la carrière de l'enseignement, presque au sortir de l'enfance. Peu de temps après, nous le trouverons honorablement associé aux efforts que faisaient tant d'hommes éminents pour imprimer à l'École polytechnique, l'ineffaçable caractère d'utilité et de grandeur qui a été la constante sauvegarde de cette institution nationale contre les passions intéressées de l'ignorance et du privilège, contre les mesquines préoccupations du pouvoir. Les premières années de l'École polytechnique vous offriront aussi Hachette en communauté de recherches scientifiques et de succès avec les Monge, les Guyton-Morveau , les Clouet; avec MM. Thénard et Désormes. Deux grands ouvrages, l'un sur la géométrie descriptive , l'autre sur la science des machines, deviendront plus tard pour notre confrère* des titres incontestables à la reconnaissance du monde savant. Organe de l'Académie, j'aurai alors le pénible devoir de faire remarquer que l'époque même où Hachette associait, par cette double publication, l'Europe fout entière à l'enseignement de la stéréotomie, fut celle où un gouvernement réactionnaire l'arracha brutalement d'une
école dont il pouvait, à juste titre, se croire un des fondateurs. Mais je m'empresserai d'ajouter que notre honorable confrère ne se laissa point abattre par cette inexcusable persécution : les archives et les recueils de la Société d'encouragement , de la Société d'agriculture, deviendront les témoins irrécusables de son zèle , de son activité , de son ardent amour du bien public.
Aujourd'hui , Messieurs, ce n'est pas du savant académicien que j'ai pu vouloir vous entretenir. Aujourd'hui, vous aimerez à concentrer toutes vos pensées sur les qualités de cœur du confrère que nous avons perdu; à vous rappeler son inépuisable bienveillance, sa douceur, sa constante affabilité; à proclamer combien il fut bon fils, bon époux, bon père de famille. Pendant la longue durée de son professorat, Hachette s'était donné pour mission de chercher dans la foule de ses élèves, ceux qui montraient un goût prononcé pour l'étude : il devenait aussitôt leur appui , leur guide, leur ami ; il aplanissait devant eux les obstacles qui, trop souvent, obstruent l'entrée des carrières scientifiques; il jouissait de leurs succès avec une vivacité extrême et qui n'avait rien d'affecté. Si, pour mettre en relief ce trait caractéristique de la vie de notre confrère, des noms propres étaient nécessaires, ceux de Poisson, de Fresnel, de Petit, du lieutenant général d'artillerie Berye, viendraient aussitôt se placer dans ma bouche. Vous me permettriez d'ajouter (car tout sentiment de modestie doit s'effacer devant celui de la reconnaissance) que je dois moi-même, en grande partie à Hachette, l'honneur d'être aujourd'hui l'interprète de vos profonds regrets.