‹ Œvres complètes de François Arago (volume 2)Chapitre 55 sur 61 · Les funérailles de Gambey ont eu lieu le 31 janvier · texte numérisé non relu

Les funérailles de Gambey ont eu lieu le 31 janvier

la science; Telle était l'origine de la confiance illimitée et •i .flatteuse qu'il inspirait aux savants.

CroyaitMm entrevoir des difficultés sérieuses, insurmontables, dans les dispositions projetées* des appareils délicats, nécessaires à la réalisation des magnifiques travaux qui, depuis quelques années, ont jeté tant d'éclat sur notre Académie , on manquait rarement d'en référer à Gambey. Alors l'artiste éminent mettait, sans réserve, son esprit inventif aa service de l'expérimentateur inquiet lia satisfaction d'avoir contribué au progrès des connaissances humaines était,, dans ces occasions ,. ht sente récompense à laquelle son cœur pût être sensible. Espérons que tous ceux qui ont dû ainsi leurs succès, du. moins en partie,, aux communications bienveillantes, modeste» et désintéressées de notre confrère,, ne manqueront pas,* quand l'heure de tracer sa biographie aura sonné, de a'acquitter envers lui, de remplir un devoir sacré. Qu'importerait, au. reste, à la gloire de Gambey r un oubli que je ne veux pas supposer possible I Le» titres du. grand artiste, ses titres patents, publics, reconnus de tous, ne sont-ils pas assez nombreux, assez resplendissants pour lui assurer un renom impérissable? Écoutez, Messieurs, cette énumération imparfaite, et prononcez^

L'industrie française est appelée, pendant la Restaitration, à une de ces grandes solennités qui portent une agitation fébrile dans tous les ateliers du royaume; les étrangers accourent en foule. Ils rendent un loyal, on solennel hommage aux principaux produits de nos manufactures; mais pas un mot d'éloge ne sort de leurs bouches quand ils s'arrêtent devant nos instruments de

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précision. Ce silence est significatif*. Quelque» personnes s^en émeuvent. Elles cherchent Gambey „ découvrent sa trèso-modeste demeure dans la rue du Faubeurg-Saint- Denis, et le somment, au nom de la gloire nationale, d'entfler en lice. Ejicouragé par tout ce qui l'entoure^ Gambey met la main à 1! œuvre, et, deux mois après, dans les* galeries du Louvre, un membre de la Société royale de Londres des plus compétents, Ml Kater, déclarait que de l'autre côté du détroit, dans le pays de la mécanique, comme on disait à cette époque, personne n'aurait pu, sous le double rapport de l'élégance et de la précision, faire mieux que le jeune artiste-, jusqu'alors ignoré, de la rue du Faubourg- Saint-Denis.

Peu de temps après, un théodolite portatif, sorti de la môme main , l'aîné de cette nombreuse famille d'instruments qui a porté la réputation dé Gambey dans toutes les régions du monde , permit à des membres du Bureau des Longitudes de lutter, sans désavantage, sur les côtes de France et d'Angleterre, avec des observateurs trèshabiles disposant d'un instrument colossal , chef-d'œuvre du célèbre RamBden.

Les théodolites de Gambey, si justement, si prompte^ ment appréciés, prouvèrent aux plus incrédules que les astronomes français n'auraient plus besoin de traverser le Rhin ou la Manche pour se pourvoir d'appareils de précision; ils firent plus : ces instruments. révélèrent au pays un inventeur de premier ordre. Tandis que les prédécesseurs de notre confrère ne réussissaient à tracer des graduations mathématiquement équidistantes qu'en récourant à des moyens de centrage d'une complication,

d'une minutie extrêmes, Gambey jetait au hasard, sur sa plate-forme, les cercles qu'il voulait diviser, et par la toute- puissance d'un mécanisme, fruit de son génie, ils en sortaient dans un état de perfection presque idéale. Ces résultats, pendant de longues années, parurent aux plus habiles peu dignes de croyance ; ils ont maintenant pris place dans ce que les arts ont de plus avéré.

Une incursion de Gambey dans le domaine de la physique produisit bientôt les plus heureux fruits. Pour répondre à un besoin que Dûlong et Petit lui signalèrent, notre confrère construisit un excellent cathétomètre, instrument qui doit figurer aujourd'hui dans tous les laboratoires où l'on veut exécuter des mesures de précision.

Fresnel , car les plus grands noms seront associés dans le souvenir des hommes au nom de Gambey, Fresnel désire apporter, dans les observations relatives à la diffraction de la lumière, une précision jusque-là sans exemple.

La solution des questions de physique les plus capitales sur la nature du fluide lumineux dépendra de la mesure de quantités très-petites. Pour de telles appréciations, l'instrument célèbre de s'Gravesande serait insuffisant, Gambey invente un héliostat entièrement différent; l'artiste, une seconde fois, se place ainsi au niveau des besoins de la science et à la hauteur des immortels physiciens, dont il rend les travaux exécutables.

Je n'apprendrai rien à personne en disant ici que les boussoles de Gambey l'emportent en précision sur tout ce qu'on avait exécuté avant lui. C'est principalement avec les instruments sortis des ateliers de la rue Pierre-

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Levée, que les mystérieux phénomènes du magnétisme terrestre sont étudiés aujourd'hui dans les régions polaires des deux hémisphères; à Pékin, en Sibérie, dans toute l'Europe , le long des côtes orientales et occidentales des deux Amériques.

Coulomb, ce physicien si plein de finesse et de sagacité, avait construit des boussoles de déclinaison dont l'exactitude reposait principalement sur l'extrême délicatesse de la suspension à fil. Mais la partie optique de ces appareils était imparfaite dans son principe; mais Coulomb n'essaya pas même de recourir à son ingénieuse suspension, pour la mesure si importante et si difficile des variations de l'inclinaison. Ce que Coulomb croyait impraticable a été réalisé avec succès par Gambey. De tels rapprochements sont pli» significatifs que de longs discours.

Dans ses grands travaux pour l'Observatoire de Paris, Gambey débuta par un équatoria). Un mouvement d'horlogerie y conduit la lunette. Le programme imposait à l'artiste l'obligation d'employer un pendule ordinaire, sans qu'il en résultât d'intermittence dans le mouvement. Ces termes rigoureux pouvaient rendre la solution impossible ; mais le mot impossible ne figurait pas dans le vocabulaire de notre ami, et l'instrument a réussi, à l'entière satisfaction du Bureau des Longitudes, et il a déjà servi à enrichir la science de vérités astronomiques qui, suivant l'expression de Pline, étaient restées enveloppées dans la majesté de la nature.

L'équatorial de l'Observatoire renferme, en artifices qui ne dépendaient pas directement de l'art cultivé par

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Gambey, de quoi défrayer la répatatiofld\w horloger du premier- ordre,

Gifâee à Gambey, «ans faire la plus mince part aux préjugésuafionaux, on a pu, dans l'Observatoire de Parie, substituer des instruments français à tous les grands instrumente méridiens de construction anglaise, La lunette des passages de nôtre confrère occupe aujourd'hui la place d'une lunette analogue sortie des ateliers justement célèbres de ftamsden. Les amateurs y remarquent, avec intérêt des 'moyens de nivellation entièrement nouveaux, tout en témoignant leur surprise qu'il restât quelque chose à faire sur un sujet dont liant de grands esprits., dont H uy gens, par exemple, n'étaient longuement occupés.

L'iBuvre la phis capitale de Gaflabey, c'est le cercle mural méridien., de deux mètres de diamètre, achevé seulement depuis quelques années. Cet instrument, d'une rare perfection, a été divisé par des procédés entièrement nouveaux, que notre confrère a négligé de publier, croyant avoir encore devant lui de longues années. Heureusement l'appareil existe, presque complètement monté. Il est permis d'espérer qu'en réunissant les indications éparaes que plusieurs personnes ont recueillies de la bouche même de Gambey, on parviendra à retrouver dans ses, diverses parties une méthode, fruit du plus long laheur, et dont la perte serait un malheur national Un appel à tous tes souvenirs, fait sur le bord d'une tombe et dans un intérêt public, ne saurait manquer d'être entendu. Je comprendrai également dans ma prière, ce que notre confrère a pu laisser percer, des moyens qu'il allait mettre en pratique dans la construction des plus grandes

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lunettes, dans la fabrication dos verres propres à .l'optique, etc.

Ah ! combien de sciences, Messieurs, ont été rudement, cruellement frappées, par le coup inattendu qui nous a enlevé Gambey dans la force de F âge «et du talent!

Quoique je ne puisse tracer ici qu'une esquisse rapide et improvisée, je serais sans excuse, si je n'appelais votre attention sur un des plus beaux côtés de la noble figure de notre confrère, si je ne consacrais quelques paroles de sympathie à l'homme moral.

Gambey fut toute sa vie un modèle de droiture et de désintéressement. SM1 est mort sans fortune, n'en cherchez pas d'autre cause, Gambey sera toujours cité, par ceux qui Tant connu personnellement, comme le fils le plus dévoué, l'époux le plus aimant, le père le plus tendre. Les larmes amères de sa femme, de jsa fille, témoignent bien éloqueminent, aujourd'hui, du bonheur qu'il savait répandre autour de lui. Et vous, ses concitoyens du sixième arrondissement de Paris, vous qui l'avez comblé de tant de précieuses marques d'estime, dites si, malgré une apparente froideur , vous rencontrâtes jamais un cœur plus sincèrement , plus vivement dévoué à son pays; dites si Gambey n'était pas remué jusque dans les entrailles , lorsque la .France lui paraissait manquer à la noble mission que le sort lui a dévolue, lorsqu'elle semblait renoncer à préparer, à diriger, à assurer l'émancipation du monde.

La perte cruelle qui nous réunit ici, Messieurs, ne sera pas de longtemps réparée. L'homme dont les restes inanimés sont déjà descendus dans cette -tombe, n'était

pas seulement le premier artiste de l'Europe; on trouvait encore en lui, suivant le vœu d'un poète :

L'accord d'un grand talent et d'un beau caractère! Adieu, mon cher Gambey, adieu.

[Le discours de M. Arago a été lu par M. Flourens. Avant de commencer cette lecture , M. Flourens s'est exprimé en ces termes :

Messieurs, je vais avoir l'honneur de lire le discours de M. Arago, une émotion profonde l'empêchant de pouvoir prendre lui-même la parole en ce moment. ]

Messieurs, je ne puis résister au besoin de dire un dernier adieu à mon vieil ami.

On voit mal les choses avec des yeux baignés de larmes. Je crois cependant pouvoir l'affirmer, sans crainte d'être contredit par personne : l'Institut, l'Académie des sciences, n'auraient pas pu faire une perte plus grande que celle qui nous réunit ici.

Les qualités éminentes qui, chez Gay-Lussac, ont brillé d'un si vif éclat dans l'âge mûr, s'étaient révélées de très-bonne heure. Il était encore élève de l'École polytechnique, lorsque Berthollet l'apprécia , lui accorda son amitié, et en fit son collaborateur. Celui à qui revien-

1. Les funérailles de Gay-Lussac ont en lieu le samedi 11 mai 1850.

4r& r^ôoneur ^aïml^er^ «iàns^ mette taosi iféanioiis soiçdtieHetf) la «arriéré âcie*tifi[que defotre «çotafrèrenè manquera ip&s dé Vçus signaler cette trèctitufie de jugM ment qui ; dahè chaque I qoestita t toi faisait safisir avec une siketé merveilleuse të>nœqd 'de ia! difficulté ; vpàs le \e£ret atans étoretedre daità ses nains ïtai8sWitesr>to*itéé les d/onqéea du problème- qrç'il «ç ptfoitosailfide résoddk-ej et en faire jaillir ee$ loia simples qui, sous le neml de iotft de Gayj-Lussaci, répandaient dfe flots de luimèrp sur les. .parties les plus abstruses tie tasdeifce/et.excH taie&i r^airatkwQ du mande entien r ; ' ' '

. , Notre) illustre confrère ^est mofitJré toute , sa vip ; cq qui malheumi$e©ent devient de plua en {Hus rare, le juge impartial 0t ,b^nvieitt*nt des Utva^ de' ses! émulés; au4 cune trace dç jalousie n'éffleUrç jftmftis sa belle: âmb; ill applaudissait au succès des autres avec une joie sans mélange; U> s,intéres$ait naMemefllr tfux prdgrts #es SGiencep,, ^hst^action feite tffetçirte* mesquine coûeidérew tiojp fa rçatjonalHé. Ce nf est pas qu# Gay -Luteato , analgrér É^n,8çparenteyfr9?deur^ n'appréciât la glpire ]pur& et brik lante que «Je? :déçQuyerte§ ç^entiftques peuvent répaodrq çur notjçe naiiop. lÉcputc», renégat-, cetyeranfcfcdote* tell© ^st carap^ris^ique :, î) r • ; î

Un humble salpôtrifer découvre/ daps. lep rébidus dé> son travail», qn porjps simple qui depuis sa reçu le nom 4'iqde. Qb cçrps eptjenwspar M. Cotatoii à uri>cfamiisieï quj,.en!pifyé par des cherches industrielle*, le con-' serve dans son laboratoire sans l'examiner. Sir Eumphry ! Davy, esprit créateur, savant d'une célébrité européenne, vient à Paris, et le bocal renfermant la mystérieuse sub-

IlL — IIL

stance lui est livré sans réserve; Gay ~Lussac en est te* formé, et juge d'an ©oup d'oeil à combien de critiques blessantes pour l'humeur de nos expérimentateurs et <te nos académies, pourra donner lieu: l'antériorité accordée ainsi par le hasard et un peu: de légèreté aux investigations da drinriste étranger. Il se rend sans retard chez le fabricant de salpêtre, se procure de petites parcelles de la nouvelle substance, se met à Pteûvre,. et en quel-* ques semaines produit un des plus beau* Mémoires dont les annales de la science aient eu à feins mention.

Le futur biographe appellera certainement Fattentâori poblique sur cette série de méthodes exactes et (Finstruments précieux dont on fût redevable à Gay-Lussac, et à Feide desquels plusieurs branches de ht physique et de là chimie acquirent la précision des sciences astronomiques.

Quanta moi, je n'aurai pas le courage, quelque mté^ rftt qu'ils pussent esfciter, d'entrer dans des développements techniques devant cette tombe encore ouverte; mais je dirai en terminant , à ceux qui ne connurent pas personnellement Gay-tussac* que notre si regrettable confrère n'était pas moins- distingué par' ses qualités morales que par son intelligence d'élite; qu'il fut amr dévoué,, bon père* et le modèle des époux.

Adieu, mon ami; ton nom restera1 gravé en-traits ineffaçables dans la mémoi» et dans le cœnr dé ceux quf eurent le bonhenr tfapprécier teh génie et dfe jouir db ton aflfeet&n.

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