‹ Œvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 15 sur 161 · V. — Les Notices scientifiqdes · texte numérisé non relu

V. — Les Notices scientifiqdes

Les Notices scientifiques ont été écrites par M. Arago dans le double but d'éclaircir certaines parties de la science et de répandre dans le public des connaissances utiles ou de dissiper des préjugés. Les sujets que choisissait Fillustre écrivain n'étaient jamais de ceux sur lesquels la science était absolument fixée ; il fallait qu'il y eut encore beaucoup de choses à trouver , de nouveaux points de doctrine à établir, des erreurs à combattre. C'est ainsi que les Notices publiées dans V Annuaire du Bureau des LongitudeSy depuis 18ii jusqu'en 1853, ont succesrsivement eu pour objet le système du monde, les comètes, les éclipses, les grands phénomènes de physique

terrestre, quelques-unes des découvertes ou des inventions extraordinaires qui ont signalé notre siècle. Elles avaient le plus vif intérêt; elles passionnaient même le

um NOTICE CHRONOLOGIQUE

l'astrostomie qu'on désirait. Je méritais , disait-on , des éloges pour avoir réclamé la part brillante qui revient à la France dans l'admirable invention des machines et des bateaux à vapeur, et cependant, à tout prendre, j'eusse dû faire insérer mon plaidoyer dans quelque recueil technologique, et non dans V Annuaire d'un Bureau des Longitudes. Ces pauvres Notices enfin, on les soumettait, je n'exagère pas, à des mesures cadastrales: dès qu'une d'elles renfermait un peu moins de lignes que celle de l'année précédente, je faisais tort aux ache* teurs ; reproche d'autant plus singulier que le manuscrit est fourni gratuitement au libraire, et qu^aucun membre du Bureau n'est jamais intervenu dans des arrangements relatifs à la vente de V Annuaire ^ qu'à raison de l'obligation imposée tous les ans à M. Bachelier de n'en pas élever le prix au delà d'un franc.

(( Avec tous ces antécédents, il ne fallait pas une grande prévoyance pour deviner que si jamais une maladie m'empochait de rédiger à temps la Notice annuelle, je serais pou ménagé. Mes prévisions, toutefois, ont été de beaucoup dépassées: je m'étais résigné d'avance à des réclamations plus ou moins vives ; mais je ne m'attendais pas aux outrages, aux lettres anonymes grossières dont J'ai été assailli dès qu'on a vu chez le libraire, au commencement de janvier 1838, que l'Annuaire paraissait cette année avec le calendrier et les tables seulement ; je veux dire comme jadis le Bureau des Longitudes le publia pendant dix années consécutives , sans exciter aucune réclamation. Il y avait plusieurs partis à prendre: le premier, et certainement le meilleur, eut

SUA LES ŒUVRES D'ARAGO. lxt

été de dédaigner ces clameurs, anonymes ou autres, de constater catégoriquement par là qu'en devenant Académicien ou directeur de TObservatoire , je n'avais pas contracté l'obligation de parler à jour nommé ; que jamais je ne fus assez imprudent pour m'engager à trouver chaque année un sujet de dissertation scientifique digne dintérèt.

€ Eh bien, c*est tout le contraire que j'ai fait. Malgré ma mauvaise santé, dès qu'il m'est revenu que des personnes respectables, mal instruites sans doute des obligations du Bureau des Longitudes , croyaient également ayoir je droit de se plaindre, je me suis mis à l'œuvre, et j'ai écrit aussi rapidement que j'ai pu cette longue Notice sur le tonnerre. Elle portera, je le crains, plus d'une trace de précipitation ; mais personne du moins ne poorra refuser d'y voir la preuve de ma profonde déférence pour le public.

« Je préviens les personnes qui ont acheté V Annuaire de i8S8 sans additions, que M. Bachelier leur fournira gratis la Notice sur le tonnerre. Cet avis pourra quelque peu contrarier ceux qui ont dit si souvent, qui ont â souvent imprimé, qui criaient sur les toits et à toute occasion : V Annuaire ne parait pas ! mais en vérité que paifr-je y faire? »

Sor on feuillet manuscrit de M. Arago , je trouve

Pferblea I dit le meunier, ett bien fou de cerveau. Qui prétend contenter tout le monde et son père.

• /ai ce genre de folie ; je prétendais pouvoir con-

Livi NOTICE CHRONOLOGIQUE

tenter tout le monde, et chaque jour je suis obligé de m' appliquer les deux vers de La Fontaine. Mais que de fois n'ai-je pas été excusable de m'abandonner à un léger mouvement de dépit! »

Une nouvelle édition de la Notice sur le tonnerre , dont il est question dans la note précédente, devait être placée en tête d'une publication spéciale que M. Arago se proposait de faire, et qui aurait réuni les principales Notices déjà insérées dans V Annuaire du Bureau des Longitudes. J*ai dû, pour me conformer à la volonté de M. Arago, l'insérer dans le premier volume des Notices scientifiques, où elle n'occupe pas moins de liOk pages. Ce travail a été revu avec beaucoup de soin par l'illustre physicien dans le courant de 1850 et de 1851. Il y a fait de nombreuses additions dictées à M. Goujon; je me contenterai d'indiquer les principales.

M. Arago avait recueilli en 1838 d'assez nombreuses observations sur la hauteur des nuages où ^'élaborent les coups foudroyants ; cette question se trouve traitée dans le chapitre iv de la Notice. Il a en outre dicté en 1851 la description de quelques observations qu'il devait à MM. Haidinger et d'Abbadie, et qui sont insérées aux pages 27 et 28.

Dans le chapitre v, relatif aux différentes espèces d'éclairs, on trouve aussi, aux pages 31, 33 et 3&, la description de quelques éclairs en zigzag nouvellement observés.

SUR LES OEUVRES D'ARAGO. uvu

Le chapitre yii, pages &6 à 58, sur les éclairs en boale, est complètement nouveau ; en 1837, lors de la rédaction de sa Notice, M. Arago n'avait pu réunir la description que d'un très-petit nombre de phénomènes de ce genre, mais il avait appelé l'attention du public sor cette forme extraordinaire du météore, et depuis lors de bonnes observations se sont multipliées.

Je ne ferai que mentionner quelques faits nouveaux cités aux pages 75, 88, 99, 124, 134, 186, 153, 168; mais îe dois signaler les passages importants que l'illastre physicien a ajoutés aux pages 172 à 200. Ainsi, la question de la liaison qui peut exister entre le nombre ou la force des orages et la nature de la surface sur laquelle la foudre éclate; une note de M. Yicat sur la constitution géologique de certains lieux où les orages paraissent éclater de préférence ; une très-remarquable lettre de M. le capitaine Duperrey sur des observations d'orages faites en pleine mer; le chapitre xxxm, consacré à la statistique des victimes que dans nos climats la foudre fait annuellement, forment une partie presque entièrement nouvelle.

Il n*y a plus ensuite d'introduit, aux pages 234» 248, 259, 278, 281, que le récit de quelques faits qui n'avaient pas encore été mentionnés dans la première édition de la Notice. Toutefois le chapitre xl (page 304)» sur tes dangers que causent les fils des télégraphes électriqaes, présente un intérêt sur lequel il n'est pas nécessaire d'insister.

Après de très-courts alinéas ajoutés aux pages 328, 347 et 368, viennent trois chapitres nouveaux sur les

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blessures faites par les coups de foudre (pages &7k à 380). De là, à Texception de quelques lignes ajoutées aux pages «S86 et 391, jusqu'au chapitre liv (page 392), se retrouve sans changement le texte de V Annuaire de 1838 ; ipais les quatre derniers chapitres ont été ajoutés par M. Arago comme conclusion de ce véritable traité sur le phénomène qui joue peut-être le rôle le plus important dans la physique de l'atmosphère.

La Notice historique sur les tubes vitreux produits par la foudre, qui avait été publiée en 1822 dans le tome XIX des Annales de chimie et de physique ^ a été refondue par l'illustre physicien dans la Notice sur le tonnerre, et je n'ai pas cru devoir en placer le texte primitif dans les Œuvres s

Le reste du premier volume des Notices scientifiques est consacré à T Électro-magnétisme, au Magnétisme terrestre et aux Aurores boréales, de manière à présenter réunis presque tous les écrits de M. Arago relatifs à l'électricilé. Il ne faut plus , pour avoir un ensemble complet de ses recherches en cette matière, qu'y ajouter un Rapport sur l'Equateur magnétique et le Tableau des observations journalières d'électricité atmosphérique qu'il a exécutées pendant les années 1829, 1830 et 1837. (Yoir tome II des Mémoires scientifiques , tome XI des Œuvres, pages 609 à 653.)

Sous lo titre général d' Electro-magnétisme^ se trouvent rassemb'6(^s des Notes qui, quoique très-courtes, décrivent quelques unes des découvertes qui conti'ibueront le plus à

SDR LES OEUVRES D'ARAGO. Lin

rendre immortel le nom de M. Arago. Je veux parler de rattaraction exercée sur la limaille de fer par le fil qui joint les deux pôles de la pile de Yolta, de Taimantation da fer et de Tacier par tout courant électrique, et du magnétisme de rotation. Ces découvertes n'avaient été âgnalées au monde savant que par des communications faites en quelques mots h l'Académie des sciences, et indiquées plutôt que décrites dans les Annales de chimie d de physique. M. Arago m'a chargé en 1851 de réunir tout ce qu'il avait écrit à ce sujet, et.de le lui relire. Il m'a dicté alors, ainsi qu'à M. Goujon, diverses additions qd complètent l'histoire de ses recherches sur une des branches de la science qu'il a le plus enrichie.

Le premier chapitre rappelle que dès 1816 l'illustre [Aysicien vengeait la France d'injustes attaques qui voulaient être méprisantes, et dans lesquelles des savants étrangers prétendaient que le grand appareil voltalque de VÈcole polytechnique n'avait été qu'une infructueuse dépense^ [et que l'étude des sciences physiques était tombée, dans notre pays, dans un honteux discrédit. Les brillantes découvertes de M. Arago et d'Ampère n'ont pas tardé d'ailleurs à jeter un éclat qui a fait rentrer dans l'ombre tous les détracteurs. *

C'est après avoir exécuté à Genève , en présence de MM. de La Rive, Prévost, Pictet, de Saussure , Marcet, deCaodolle, les expériences d'Œrsted relatives à l'action exercée par les courants électriques sur l'aiguille aimantée, dont la nouvelle venait d'arriver du Danemark, qoe H. Arago découvrit que le courant voltaîque développe la vertu magnétique dans le fer et dans l'acier. Il a

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pris soin de rappeler dans labiographie d'Ampère (tome II des Notices biographiques j page 57), que, le 11 septembre 1820, il a répété à son retour de Genève, devant l'Académie, les expériences du savant Danois. Sept jours après, le 18 septembre, Ampère faisait connaître sa découverte sur l'action réciproque de deux fils parcourus par des courants électriques, découverte qui est la base de l'Électro-dynamisme. Le 25 septembre, M. Arago apportait à son tour à l'illustre Corps savant ses propres observations, qui démontraient que la limaille de fer est attirée et soutenue par le fil qui joint les deux pôles d'une pile; que la limaille s'en détache à l'instant où la communication avec les pôles est interrompue; que quelquefois la limaille s'attache encore à un fil de platine ou de cuivre, quelques instants après que la communication de ce fil avec la pile a été détruite; que le courant voltaïque donne aux aiguilles d'acier une aimantation permanente dans une direction déterminée, perpendicufaire à sa propre direction, indépendante de l'action magnétique exercée par la Terre; que deux aiguilles parallèles, formant avec le fil conducteur un angle droit, mais placées à des distances égales, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de ce fil, acquièrent en sens opposé un même degré de magnétisme.

Dès ce moment. Ampère représentait un aimant par un système de courants fermés, perpendiculaires à Taxe qui joint ses deux pôles ; l'audition des découvertes de M. Arago lui suggéra à l'instant la pensée qu'on obtiendrait une plus forte aimantation des aiguilles d'acier, en substituant au fil conjonctif rectiligne dont H. Arago s'é-

SUR LES CEUVRES D'ARAGO. uxi

taitflervi, un fil roulé en une hélice, au centre de laquelle Taignille serait placée. Les deux illustres physiciens se réunirent alors pour étudier les phénomènes de Taimantation par les courants électriques en hélice. Les expérîaices qa'ils exécutèrent furent publiées dans le tome XV des Annales de chimie et de physique ^ tant par M. Arago que par Ampère, et tous deux s'y rendent une mutuelle ^isttce. Dès lors, la nature électrique des aimants se trouva établie.

Les chapitres u, m, it et v de la Notice sur l'Éleçtro* magnétisme ne font que rappeler les faits précédents; seulonent, M. Arago y a ajouté quelques lignes pour constater que la découverte du développement momentané du magnétisme dans une masse de fer doux, par l'action du courant voltalque , est le principe sur lequel rasent les télégraphes électriques, dont Thistoire ne peut par conséquent se faire avec justice sans rappeler d*abord les noms d'CErsted et d* Arago. L'illustre et scrupuleux physicien déclare d'ailleurs qu'Ampère, conduit par ses idées théoriques, conçut la possibilité d'augmenter le magnétisme momentané du fer doux en faisant circuler le courant électrique autour d'une spirale enroulant plusieurs fois les pièces en fer qu'on veut aimanter. Cette conjecture fut vérifiée en commun par Ampère et M. Arago.

Dès cette époque. Al. AragQ avait eu la pensée que les aurores boréales étairat de nature électrique, qu'en conséquence elles devaient agir sur l'aiguille aimantée^ et qu'il serait intéressant de chercher si réciproquement l'aimant n'exerce pas d'influence sur la lumière électri-

îi

Lxui NOTICE CHRONOLOGIQUE

que. Il a pris soin de faire remarquer que son projet d'expérience avait été publié dans \e Moniteur avant que sir Humphry Davy lût son Mémoire sur le même sujet à la Société royale de Londres. La description de cette expérience forme le chapitre vi de la Notice sur .j rÉIectro-magnétisme. : i

Dans le chapiti*e vii, M. Ârago rappelle les expé- \ riences par lesquelles il a démontré que l'électricité ordinaire peut produire tous les phénomènes d'aimantation ^n qu'il avait observés d'abord en se servant de l'électricité voltaïque. Il reconnut qu'un courant d'électricité ordinaire produit par les machines à frottement possède la propriété de rendre l'acier magnétique, lorsque l'acier est placé dans des tubes de verre enveloppés par des hélices de fil métallique ; le phénomène a surtout lieu quand on prend le soin d'interrompre le conducteur de manière à forcer l'écoulement électrique à se faire par une suite de petites étincelles. Pour les décharges électriques comme pour la pile , la direction dans laquelle le magnétisme se développe est perpendiculaire à la direction du fil conducteur.

Après la découvçrte de ces derniers faits, M. Arago conçut l'idée qu'il s'y trouvait un moyen simple et exact de comparer la conductibilité des différents corps pour le fluide accumulé jusqu'à de hautes tensions et sur de grandes surfaces ; il ne publia pas lui-même ce moyen, mais il autorisa Savary à en donner la description dans un Mémoire sur l'aimantation que ce savant lut à l'Académie le 31 juillet 1826, et qui a été inséré dans le tome XXIV des Annales de chimie et de physique. Je

SUR LBS (BOVRES D*ÂRAGO. uim

dois reproduire ici cette description, afin de ne rien omettre des idées et des travaux de M. Arago.

1 3e suppose, dit Savary d'après M. Ârago, qu'un fil conducteur partant de l'armure extérieure d*une batterie, et rectiligne dans une portion de son étendue , se runifie en un certain nombre de branches du même métal» toutes égales en diamètre , en forme et en Iongoeor, et qui se réunissent toutes en un point commun. On place transversalement sur la partie droite de chaque fil, avant et après la ramification, des aiguilles d'acier, et l'on fait passer une décharge à travers tout le système. £Ile parcourra tout entière le premier conducteur et se partagera entre les différentes branches en porikms égales. L'aimantation des aiguilles placées sur le premier fil sera donc la mesure de l'effet produit par la quantité totale d'électricité ; l'aimantation des aiguilles placées sur les fils ramifiés, la mesure de l'effet produit par une certaine fraction de cette quantité : le tiers s'il y en a trois, le dixième s'il y en a dix. On formera ainsi une échelle des intensités magnétiques relatives à une fraction quelconque d'une décharge donnée. Si ensuite, substituant aux différentes branches, toutes d'un même métal, des fils semblables de différents métaux, on fait passer à travers ce système une seconde décharge égale h celle dont on connaît l'action, elle se partagera inégalement entre les différents fils, et des aiguilles pareilles aux premières^ placées transversalement sur chacun d'eux, indiqueront, par le degré de leur aimantation, si OD métal a transmis le tiers, un autre le quart, un wtre le dixième de la quantité totale d'électricité. »

Lunr NOTICE CHRONOLOGIQUE

Le chapitre ym de l' Électro-magnétisme est consacré & la découverte la plus importante que M. Arago ait faite dans cette branche des sciences. Jusqu'à cette découverte , on ne connaissait , en ce qui concerne les actions magnétiques des corps autres que le fer, que des faits douteux ou inconstants, aperçus dans quelques-unes des expériences de Coulomb, d'Ampère ou de M. Becquerel. En 1822, alors que sur la pente de la belle colline de Greenwich il déterminait , avec son illustre ami Alexandre de Humboldt , l'intensité magnétique, M. Arago remarqua que toute aiguille aimantée mise en mouvement atteint plus tôt le repos quand elle est placée dans la proximité de substances métalliques ou non métalliques que lorsqu'elle en est éloignée. Les expériences qu'il entreprit à la suite de cette remarque donnèrent lieu à une communication faite le 22 novembre i82ii à l'Académie des sciences ; bientôt après, il montra qu'inversement un corps en mouvement agit sur l'aiguille magnétique en repos pour la dévier plus ou moins de la position d'équilibre qu'elle occupe par suite de l'action directrice de la Terre, et même pour l'entraîner tout à fait si la rotation du corps en mouvement est suffisamment rapide. Les conséquences que l'on peut tirer de cette découverte sont indiquées dans le chapitre viii de la Notice sur l'Électro- magnétisme* Quant à l'explication que M* Faraday a cru pouvoir en donner, en rapportant tous les faits observés k la simple induction de courants fugitifs, M. Arago ne l'a jamais acceptée complètement; il m'a fait faire, dans les derniers temps de sa vie, ainsi qu'à M. Laugier, des expé-

SOK LES OEUVRES D*ARAGO. lmv

riences qui ont montré que les corps qui passent pour âtre les moins conducteurs de l'électricité, qui ne se laissent traverser ni par l'électricité ordinaire des macUoes k frotteiBent, ni par Télectricité voltaîque des plus fortes piles, exercent cependant une action trèsonasidérable sur l'aiguille aimantée en mouvement. Le dernier vœu à cet égard de M. Arago a été pour que de nouvelles expériences vinssent faire disparaître les obscurités qui régnent encore dans cette branche de rfteciridté.

Soos le titre d'Électricité animale, se trouvent réunies trais Notes que M. Arago avait eu l'occasion d'écrire en 1836, i8A6 et 1853 à propos de l'étincelle de la torpille, d'une prétendue jeune fille électrique et des phénomènes des tables tournantes. Selon une habitude dont il a donné le constant exemple et qui doit être plus particulièrement suivie quand on s'occupe de ces matières délicates, l'illustre physicien a pris soin de distinguer nettement les faits qu'il était possible de toujours reproduire en se plaçant dans des circonstances défmies et comparables, de ceux qui dépendraient d'actions mystérieuses ou incertaines, dont il repoussait énergiquement l'invasion dans le domaine des sciences positives. Les phénomènes électriques présentés par certains poissons sont incontestables ; ceux que disait offrir la jeune fille étaient une indigne supercherie ; quant aux phénomènes des tables tournantes et parlantes qui occupèrent si. étrangement les deux mondes en 1853, loin de ûîer l'existence de quelques faits à la rigueur possibles.

Lxx^ NOTICE GHRONOLOGIQUB

l'iliustre physicien a tenu à montrer que certains ébranlements très -petits , répétés un grand nombre de fois, ^ finissent par produire des mouvements considérables. Mais il n'était nullement nécessaire, pour expliquer les phénomènes réellement constatés, d'avoir recours à i l'hypothèse d'une faculté attribuée aux êtres animés de développer dans des corps inertes une électricité d'une nature particulière, ni à aucune des influences mystérieuses qu'on a invoquées. Du reste, les folies auxquelles le public s'abandonna à propos des tables i tournantes rappellent celles que M. Arago a flétries j dans la partie de la Biographie de Bailly, où les phénomènes du magnétisme animal sont examinés avec la plus remarquable impartialité ( tome II des Œuvres, i pages 286 à 315). .

La Notice sur le magnétisme terrestre renferme un grand nombre de recherches personnelles de M. Arago; il a pris soin lui-même d'indiquer comment il a été conduit à entreprendre cette belle série de travaux dans . le premier chapitre de sa Notice, chapitre qu'il a dicté ^ ; en 1851. Du reste, sauf des définitions et quelques ^ courtes explications sur les phénomènes de l'aiguille aimantée, extraites des Anntuiires du Bureau des Longi- ^ tudes pour 181/i. et 1819; sauf aussi quelques notes insérées dans les Annales de chimie et de physique, tous i les chapitres de cette Notice étaient restés inédits.

La plupart des observations de déclinaison , d'inclinaison et d'intensité magnétiques faites à Paris, dans , la première moitié de ce siècle, ont été exécutées par

SUR LES OEUVRES D*ARAGO. lxxvii

M. Arago lui-même. Les nombreuses observations joui^ oaiières , poursuivies pendant treize années avec une admirable persévérance par l'illustre physicien, n'avaient jamais été publiées. J'en ai fait faire la réduction par m Fédor Thoman, de manière à pouvoir établir les moyennes, qui seules devaient prendre place dans la Notice , et nous avons, M. Gide et moi , déposé sur le bureau de TAcadémie des sciences les manuscrits et les r^istres originaux; ils sont formés de 2,856 pages manuscrites, dont 2,599 sont de la main même de M. Arago; ces pages sont réunies dans sept registres reliés et un carton de feuilles détachées; elles contiennent les expériences de M. Arago sur le magnétisme terrestre et 75,000 observations de variations de la déclinaison, de rinclinaison et de l'intensité magnétiques. Nous avons également déposé dans la bibliothèque de l'Institut les originaux des calculs de M. Thoman.

La Notice sur le magnétisme contient aussi les résultats de diverses mesures exécutées par M. Arago pendant un voyage qu'il a fait en Italie en 1825.

Je dois ajouter que c'est à lui que l'on doit la découverte faite en i 827 des variations diurnes tant de l'aiguille d'inclinaison que de la valeur absolue de l'intensité magnétique.

L'influence exercée par les aurores boréales sur l'aiguille aimantée, de manière à troubler la marche régulière des variations diurnes, est encore une découverte qui appartient incontestablement à M. Arago. Il l'a publiée pour la première fois, en 1819, dans les Annales de

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chimie et de physique. Depuis cette époqae, et pendant les douze années qu'il a consacrées à Tétude des variations magnétiques diurnes à Paris avec une si remarquable persévérance, il n'a pas cessé de recueillir toutes les descriptions d'aurores boréales qui se produisaient, et il est ainsi parvenu à vérifier les prédictions que l'examen de sa boussole lui permettait de faire du fond de son cabinet de l'Observatoire. Lorsqu'il apercevait dans l'aiguille aimantée des mouvements irréguliers, des agitations folles , il marquait en marge de son registre d'observations la probabilité de l'apparition d'une aurore boréale dans quelque partie de la Terre ; et plus tard , quand une description du phénomène qu*il avait soupçonné lui parvenait, il la plaçait à côté de sa prédiction. Il a ainsi peu à peu réuni tous les éléments d'un travail auquel il attachait beaucoup d'importance. Des fragments seulement en ont été publiés dans les Annales de chimie et de physique j où il a soutenu quelques polémiques contre plusieurs physiciens étrangers qui lui contestaient le mérite de sa découverte. Il m'a chargé de réunir toutes les notes qui se trouvaient éparses, soit dans les Annales , soit dans ses registres d'observations, et, après une révision et quelques additions dictées en 1852, il en a composé la Notice très-développée (i62 pages) qui termine le tome IV des Œuvres.

Les articles renfermés dans les tomes II et III des Notices scientifiques (Y et YI des Œuvres) sont relatifs à

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de grandes questions d'industrie ou de travaux publics.

Dans VAntmaire du Bureau des Longitudes de 1829 , M. Arago a fait paraître la première édition de sa célèbre Notice sur les machines à vapeur. Il a reproduit cette Notice une première fois dans V Annuaire de i 830 , en la faisant suivre d'une étude sur les explosions auxquelles ces appareils sont sujets , sur leurs causes et sur les moyens de les prévenir. Dans V Annuaire de 1837, il Ta réimprimée de nouveau, en l'accompagnant cette fois de Vexamen des observations critiques dont elle avait été l'objet dans la Grande-Bretagne. J'ai reproduit la Notice teile qu'elle avait été publiée en 1837 ; du reste , cette édition ne diffère des précédentes que par des corrections purement typographiques et pai* la suppression d'une courte note ainsi conçue : « Le docteur Robison parait aussi attribuer la soupape de sûreté à Savery ; car il la fait figurer dans la description de la machine de cet ingénieur, sans nommer Papin, dont il connaissait cependant l'ouvrage sur le digesteur. Mais l'impartialité habituelle de M. Robison s'est toujours démentie quand il a dû parler de Papin. Ses préventions, je ne saurais les qualifier autrement, étaient telles, comme on l'a vu, qu*il se trompait constanunent, même sur la date des ouvrages du physicien de Blois qu'il consentait à dier. » Le but que M. Arago avait poursuivi en composant sa Notice était atteint. Papin est rentré dans la gloire que son invention lui méritait.

L'examen des observations critiques dont la Notice sur les machines à vapeur avait été l'objet forme le

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dernier chapitre de ia nouvelle édition que j'en ai donnée. M. Arago, ayant relu avec moi son texte de i837, m'a chargé d'y ajouter, pour corroborer son argumentation, des fac-similé des dessins originaux des machines de Salomon de Caus, de Savery et de Papin , ainsi que le texte des descriptions des deux machines de Papin, extrait du Hecueil de diverses pièces touchant quelques machines nouvelles^ publié à Cassel en 1695 par l'illustre et malheureux inventeur français.

Pour avoir l'ensemble complet de l'histoire de la machine à vapeur, le lecteur devra rapprocher de la Notice insérée dans le tome Y des Œuvres les pages 383 à 42i de l'Éloge de Watt (tome I des Œuvres et des Notices biographiques). Quelques questions ont été traitées deux fois par l'illustre physicien, mais d'une manière plus technique dans la Notice scientifique, et avec plus de développements littéraires dans la Biographie ; ici d'ailleurs les mérites de Watt sont plus particulièrement mis en évidence.

J'ai inséré immédiatement après la précédente, la Notice de Y Annuaire de 1830, relative aux explosions des machines h vapeur. L'édition que j'ai donnée, contient en outre un chapitre nouveau sur la variation de la force élastique de la vapeur d'eau avec la température , une Note remise à M. Arago par M. d'Arcet, en 1837, sur les incrustations des chaudières, des remarques relatives aux prétendus dangers des machines à haute pression, et quelques considérations dictées par H. Arago sur la surveillance des machines.

La Notice sur les explosions des machines à vapeur

SUR LES OEUVRES D'ARAGO. li»i •

n'était primitivement qu'un chapitre d'un traité élémentaire complet sur les machines à feu. Voici à ce sujet, ainsi que sur la polémique soutenue contre des écrivains anglais et dont j'ai parlé plus haut, une Note que M. Arago a publiée dans VAnniuiire de 1830 , et qui n'a pas pris place dans les Œuvres :

« La bienveillance avec laquelle le public voulut bien accueillir la Notice historique que j'insérai dans VAnnu>aire de 1829 m'avait imposé le devoir de la compléter cette année. Je m'étais donc attaché à traiter, de la manière la plus élémentaire possible, toutes les questions relatives aux machines à vapeur qui n'entraient pas dans le cadre du premier article; ainsi, je passais successive* fflent en revoie les essais qu'on a faits pour exécuter des machines à rotation immédiate, à gaz comprimés, à gaz explosifs, etc. ; je signalais les avantages et les inconvénients des différentes formes de chaudières, des divers moyens d'alimentation, des diverses soupapes de sû* retë, etc., etc. Un chapitre était consacré aux fourneaux ordinaires et aux fourneaux fumivores, un autre aux explosions ; dans un troisième je présentais l'évaluation numérique des effets utiles qu'on peut attendre de l'emploi des machines à feu dans les divers genres de travaux. Je terminais enfin par une discussion détaillée des questions variées que les bateaux , les chariots et l'artiliede à vapeur ont fait naître.

« Ce petit traité élémentaire des machines à feu était rédigé et même imprimé en partie, lorsque j'ai eu connaissance des violentes diatribes dont ma première Notice a été l'objet en Angleterre. Je devais au public, à. la

Liixn NOTICE CHRONOLOGIQUE

bonté qu'avait eue le Bureau des Longitudes d^nsérei* dans V Annuaire le résultat de mon premier travail, je me devais enfin à moi-même de ne pas laisser ces critiques sans réponse. Je m'empressai donc d'analyser le pamphlet qui, après avoir été débité en séance publique au Royal Institution^ a paru dans le Quarterly Journal of Science^ et d'en discuter pas à pas tous les arguments ; mais il est arrivé ainsi que ma réplique s'est trouvée trop étendue pour V Annuaire. Peut-être, au reste, malgfé l'intérêt national qui doit s'attacher à la question en litige, y aurait-il eu quelque inconvénient k insérer un article de pure polémique dans un ouvrage d'où l'on a jusqu'ici écarté avec soin tout ce qui pouvait avoir l'apparence d'une discussion ; or, on devinera aisément que celle dans laquelle je me trouve engagé ne pouvait être exempte de quelque vivacité, si je dis qu'on m'oppose des ouvrages ywt n'existent pas^ des passages altérés d'une manière vraiment incroyable, etc., etc. Ma réponse aux critiques anglais paraîtra donc ailleurs; elle paraîtra prochainement, et alors on sera, j'espère, convaincu qu'il n'y a pas, quoi qu'on en ait dit, une seule assertion à modifier dans ce que j'ai déjà publié concernant l'origine de la machine à feu et les améliorations successives qu'elle a éprouvées. Aussi, tout bien considéré, et en mettant entièrement de côté les formes de la discussion, j'aurai à me féliciter qu'on ait osé l'entreprendre. Je regrette seulement que la polémique dont les autres articles relatifs aux machines à feu deviendront inévitablement l'occarsion m'empêche de les imprimer dans V Annulaire; car ils auraient contribué, je pense, & répandre dans le public

SUR LES OEUVRES D'ARAGO. lxuiii

des notions exactes sur ces puissants appareils : mais il &Uaît éviter d'engager la discussion dans un ouvrage où die ne pouvait pas être suivie. On voit maintenant comment j*aî été amené à supprimer les Notices que j'avais aononcées Tan dernier , et dont la réunion devait compiéier cet Annuaire. J'ai pris , cependant, le parti de conserver un des chapitres , celui qui traite des exploaoQS des chaudières, parce qu'il ne semble pas susceptible par sa nature de donner lieu à une discussion de priorité, parce qu'il était déjà entièrement imprimé ; enfin, et principalement , parce que l'époque très-prochaine de la publication de ce petit ouvrage ne m'aurait pas laissé le temps de le remplacer par un article de jûèEûB étendue qui me parût mériter d'être offert aux lecteurs. »

Je dois dire ici que M. Arago ne m'a pas parlé du Traité qu'il mentionne dans la Note précédente, et que j'ai fait de vaines recherches pour le retrouver.

L'étude approfondie que M. Arago avait faite des machines à feu, les expériences qu'il avait exécutées en collaboration avec Dulong sur la force élastique de la vs^eur, expériences dont je parlerai plus loin, lui avaient acquis une juste autorité dans tout ce qui concerne la coifstruction et l'emploi de ces machines, qui ont joué un si grand rôle dans la révolution économique et industrielle accomplie pendant la première moitié du XIX* siècle. Aussi l'illustre physicien a pris plusieurs fois la parole à la Chambre des députés, savoir : les 7 et 8 mai 183&, le 29 mai 1835, les 16 et 17 juin 18A0 et le 2 juill^ 18&&, sur les encouragements qu'il

Lxxxiv NOTICE CHRONOLOGIQUE

jugeait nécessaire qu'on donnât aux constructeurs français pour arriver h doter notre pays des grands ateliers de construction de machines puissantes pour la marine et les chemins de fer, qui aujourd'hui sont dans une si grande prospérité. J'ai placé la collection des discours qu'il a prononcés sur ce sujet à la suite des Notices sur les machines à vapeur dont je viens de faire l'histoire.

Pendant sa vie parlementaire, M. Arago s'est beaucoup occupé des chemins de fer; mais l'influence qu'il a exercée me paraît avoir été appréciée sans qu'on ait fait un examen suffisamment attentif de l'ensemble de ses travaux et de ses opinions. J'ai réuni à la suite de ce qui concernait les machines à vapeur les rapports que M. Ârago a écrits, et les discours qu'il a prononcés sur les chemins de fer. Les plus importants de ces documents , dont l'ensemble forme 23/i pages, sont les rapports sur la nécessité de faire exécuter les chemins de fer par les compagnies (2i avril 1838), sur le chemin de fer à trains articulés de M. Arnoux (20 juillet 18/iO et 10 juillet i8/i&), et sur les systèmes de chemins de fer atmosphériques (16 juillet 1844).

Le premier rapport a eu une influence décisive sur le mode d'exécution des voies ferrées en France. Le gouvernement voulait que l'État fût chargé tout au moins des lignes principales ; M. Arago fit rejeter le projet présenté par le ministère, en montrant qu'il était urgent de recourir au crédit public et aux compagnies. S'il est résulté du rejet du projet du gouvernement quelque retard

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