CUV NOTICE CHRONOLOGIQUE
très -précise pour déterminer les vitesses respectives des rayons lumineux. Il suffit pour cela de fixer un prisme de verre au devant de Tobjectif d'une lunette et de mesurer la déviation qui en résulte dans la position apparente des astres. On a reconnu de cette ma* nière que les vitesses de la lumière directe et réfléchie de tous les objets célestes et terrestres étaient exactement les mêmes. Les expériences qu'Arago a bien voulu faire à ma prière ne laissent aucun doute sur ce point de physique important à Fastronomie en ce qu'il prouve la justesse des formules de Taberration des astres.
« La vitesse de la lumière des étoiles n'est pas, relativement k un observateur, la même dans tous les points de l'orbite terrestre. Elle est la plus grande lorsque son mouvement est contraire à celui de la Terre ; elle est la plus petite quand les deux mouvements conspirent. Quoique la différence qui en résulte dans la vitesse relative d'un rayon lumineux ne s'élève qu'à un cinq -millième environ de la vitesse totale, cependant elle peut produire des changements sensibles dans la déviation de la lumière qui traverse un prisme. Des expériences très-précises, faites par Arago, ne les ayant point fait apercevoir, on doit en conclure que la vitesse relative d'un rayon lumineux homogène est constamment la même, et probablement déterminée par la nature du fluide qu'il met en mouvement dans nos organes pour produire la sensation de lumière. Cette conséquence paraît encore indiquée par l'égalité de vitesse de la lumière émanée des astres et des objets terrestres, égalité qui, sans cela, serait inexplicable. Est-il invraisemblable de supposer que les corps lumineux lancent une infinité de rayons doués de vitesses différentes, et que les seuls rayons dont la vitesse est comprise dans certaines limites ont la propriété d'exciter la sensation de lumière, tandis que les autres ne produisent qu'une chaleur obscure ? »
Le premier paragraphe de ce passage se trouvait déjà dans la troisième édition de Y Exposition du système du Monde, publiée en 1808 ; il se rapporte donc au Mémoire de M. Arago de 1806. Quant au second paragraphe écrit en 1813, il concerne le Mémoire de J810. Deux résultats bien distincts ont donc été obtenus par mon illustre maître. Entre ses deux travaux sur la vitesse de la lu-
SUR LES CE13VRES D*ARAGO. cxv
mière, il avait exécuté la mesure de la méridienne dans les lies Baléares et en Espagne, et il avait été prisonnier ea Afrique.
Qaant à M. Biot, il a consacré aux expériences de M. Arago le passage suivant du tome III (page 139) de la seconde édition de son Traité élémentaire d'Astronomie physique publiée en 1811 :
t Les accroissements de vitesses imprimés aux molécules lumi* MQsespar les instruments optiques, parallèlement à leur direction apparente, ne font qu*accélérer un peu l^instant où elles nous parflemient. Mais comme la vitesse de la lumière est extrêmement considérable , le temps absolu qu'elle met à traverser les instruneiils est tout à fait insensible pour nos organes, et aussi raccélératiOD qui en résulte dans leur arrivée, depuis la surface extérieure de robjectif jusqu^à notre œil, est également insensible pour nous. Quand on formerait des objectifs avec les matières les plus réfringentes que Ton connaisse, quand on remplirait le tube de la lunette arec de Teau, comme Pavait proposé Boscovich; quand même on pourrait faire ce tube de diamant, qui est, de toutes les substances eoDQoes, celle qui accélère le plus la vitesse de la lumière, Taccéiération qui en résulterait sur une si petite longueur ne ferait pas voir la molécule lumineuse un cent-millième de seconde plus tôt, et par conséquent elle ne changerait pas d'un centr-millième de seconde Tinstant où l'astre devrait se trouver réellement sur sa direction apparente.
■ Mais si Ton observait la molécule lumineuse venue de Fastre i travers des milieux dont Faction réfringente ne fût pas parallèle à sa direction apparente, par exemple, à travers des prismes qui dévieraient le rayon lumineux, on devrait s'apercevoir de cette petite différence de vitesse qui distingue la direction apparente de celle que suit réellement la lumière en vertu de son seul mouvement d^émission; car la déviation produite par l'action de ces corps dilTérerait de celle qu'ils feraient éprouver k un rayon de lumière émis naturellement par un corps terrestre suivant cette même direction. En observant avec exactitude cette différence de déviation, on peut en conclure par le calcul la différence des
vitesses et leurs rapports En répétant l'expérience sur des étoiles
différentes, on saura si la vitesse propre de la lumière est la même
cxvi NOTICE CHRONOLOGIQUE
pour toutes, ou si elle est différente. On pourra même espérer de rendre sensibles les petites différences de vitesse que le mouvement de la Terre éprouve dans les diverses époques de Tannée, en vertu de reliipticité de son orbite. Cette méthode, qui détermine TaberratJon par des observations faites avec le prisme, paraît d^autant plus exacte, qu'en accroissant Tangle réfringent du prisme, on augmente la déviation qu'il produit de manière à la rendre beaucoup plus considérable que la valeur de Tangle d'aberration qui s'observe directement. Cest ce moyen que M. Arago a employé sur Vinvitaiion de M. Laplace; mais, ce qu'on était loin de prévoir, il a trouvé que toutes les lumières, soit terrestres, soit célestes, directes et rélléchies, éprouvent absolument la même déviation, quelle que soit la direction dans laquelle elles sont lancées. On pourrait croire que cette anomalie tient à la difficulté d'observer exactement le centre de l'image réfractée, parce que dans ces expériences l'action des prismes décompose toujours la lumière et dilate l'image du point lumineux sous la forme d'un spectre oblong et coloré. Mais cette cause d'erreur n'existe point dans les expériences de M. Arago, parce qu'il s'est servi d'un prisme achromatique composé de flint-glass et de crown-glass, dans des propor^ tions telles qu'il recomposait presque exactement la lumière ; de sorte que l'image de l'étoile, vue à travers ce prisme, était presque aussi concentrée que si on l'eût observée à travers des milieux à faces parallèles.
« Le prisme employé par M. Arago dans ses expériences était placé devant l'objectif d'un cercle répétiteur, de manière à n'en couvrir qu'une partie ; de sorte que l'on pouvait observer successivement le rayon lumineux direct à travers la lunette seule, et le même rayon dévié par le prisme. En tenant compte du temps où les deux opérations étaient faites, on ramenait l'astre, par le calcul, à une même hauteur sur l'horizon. La différence des angles observés directement et à travers le prisme donnait la déviation éprouvée par le rayon lumineux. En observant ainsi les étoiles de l'écliptique qui passaient au méridien à six heures du soir, la Terre, qui tourne sur elle-même, comme autour du Soleil, d'occident en orient, marchait sur son orbite, dans le même sens que leur lumière ; et, par conséquent, celle-ci n'avait, en arrivant sur le prisme, que la différence des deux vitesses. Le contraire avait lieu pour les étoiles qui passaient au méridien à six heures du matin, et la Terre allait en sens contraire de leur lumière. Mais cette opposition, qui aurait dû donner une différence de 50 secondes sexagésimales dans les déviations observées, n'y a produit aucun changement appréciable. »
SUR LES OEUVRES D'ARÂGO. Gxvii
Les expressions (à ma prière) que j'ai soulignées dans le texte de Laplace ne se rapportent évidemment qu'aux expériences de M. Arago sur les vitesses respectives de la lumière directe et réfléchie des objets célestes et terrestres. Quant aux termes employés par M. Biot {sur tinviUUion de Laplace)^ ils sont peut-être placés de manière à produire une erreur qui a été commise et contre laquelle M. Arago a protesté en ces termes : • On a imprimé que nos observations, à travers un {prisme achromatique, d'étoiles situées dans la direction du mouvement de translation de la Terre, et dans la direction opposée, avaient été faites à la suggestion de Laplace ; l'illustre géomètre a bien voulu seulement donner son approbation à mes recherches après avoir entendu la lecture de mon Mémoire. » Les citations que je viens de faire ne peuvent laisser aucun doute sur ce point d^histoire scientifique.
En 1838, dans un des comités secrets de l'Académie, • Arago, ayant été conduit à exposer l'admirable méthode à l'aide de laquelle M. Wheatstone a abordé le problème de la vitesse de l'électricité dans les conducteurs métalliques, émit l'assertion que cette méthode, convenablement modifiée , pourrait servir à mesurer les vitesses comparatives de la lumière se mouvant à travers Taîr ou à travers un liquide, et, par suite, à soumettre à des preuves décisives la théorie^ de l'émission et celle des ondes. Dans une note insérée en 1839 dans les àsmales de chimie et de physique (tome LXXl, page &9) y
GLvm NOTICE CHRONOLOGIQUE
il justifia ridée qu'il n'avait fait qu'énoncer devant TAcardémie.
Il revint sur la même question en 1850, dans une communication faite à T Académie des sciences, et il préparait en 1852 une Notice complète qui devait paraître dans V Annuaire du Bureau des Longitudes. A cet effet, il avait réuni toutes les notes qu'il avait déjà publiées sur ce sujet; il se les était fait relire et y avait fait quelques légères corrections de forme. C'est Tensemble de ces notes que j'ai placé à la fin du tome VU des Œuvres, pour terminer l'exposition des travaux de M. Arago sur r<^ tique qui étaient de nature à entrer dans les Notices scientifiques.
Le cinquième volume des Notices seientifiques{iome YIII des Œuvres) est presque entièrement consacré au rôle que joue la température dans la météorologie.
M. Arago s'est occupé de recherches sur cette branche de la physique terrestre pendant près d'un demi-siècle; on lui doit quelques-uns des résultats généraux acquis à la science, et il a combattu avec succès des systèmes qui régnaient par droit de tradition, sans qu'on s'occo» pftt d'examiner jusqu'à quel point ils étaient fondés.
Le volume débute magistralement par une Notice sur cette double question : « Estril possible» dans l'état actuel de nos connaissances, de prédire le temps qu'il f^ra à une époque et dans un lieu donné? Peut-on espérer.
SUR LES CEUVRES D*ARAGO. cm
en toas cas y que ce problème sera résolu un jour ? » L'îDostre astronome s'est prononcé d'une manière radicale pour la négative , parce que des événements qui resteront toujours en dehors des prévisions humaines sont de nature à modifier accidentellement les climats, en particulier sous le rapport de la température. Il a publié 9 dans VAnimaire du Bureau des Longitvdes pour 18&6, sa savante dissertation où se trouvent accumulés des bits en grand nombre, démontrant tous que ntxk n'est plus variable, n'est moins défini que le phénomène que l'on est convenu d'appeler le temps. J'ai réédité cette Notice sans autre changeaient que l'addition de titres de chapitres.
En examinant attentivement les recherches des physi^dens et des astronomes concernant l'action de la Lune et des oonoètes sur les changements de temps, Bl. Arago a prouvé d'une manière péremptoire que les influenoes hinaireset cométaires sont presque insensibles; il a ainsi mis hors de doute que la prédiction du temps ne sera jamais une branche de Tastronomie proprement dite.
Les études de l'illustre directeur de l'Observatoire de Paris sur la nullité absolue de l'action exercée par les comètes sur les météores terrestres ont été exposées pour la première fois dans V Annuaire du Bureau des Longirmdes de i832. M. Arago a repris et complété son furemîer travail dans le cbapiive xxv du livre XXXIII de TÀM^nmamie populaire^ de telle sorte que je n'ai pas eu à y revenir ailleurs.
En œ qui concerne les influences lunaires^ mon
cxx NOTICE CHRONOLOGIQUE
vant maître a traité ce sujet dans ï Annuaire de 1833 avec de si grands développements, qu'il n*a pu introduire dans les chapitres xxxii à xxxix du livre XXI de 1*^4;tronomie populaire qu'une partie de son travail primitif, d'ailleurs profondément modifié et enrichi de remarques importantes. La Notice intitulée : De l'influence de la Lune sur les phénomènes terrestres se compose des chapitres de la Notice de 1833, laissés de côté dans ce remaniement. Le chapitre m, dans lequel est mise en évidence la liaison qui existe entre les nombres de jours de pluie et les phases de la Lune, a seul été augmenté en 1852 de quelques développements inspirés à M. Arago par la lecture que je lui fis du second volume du Cours d'agriculture de M. de Gasparin, si rempli de documents intéressants sur la météorologie.
M. Arago a commencé à s'occuper du rayonnement de la chaleur à travers l'atmosphère terrestre en 1817, à l'occasion de la publication en Angleterre du Traité du docteur Wells, intitulé : Essai sur la rosée et sur divers phénomènes qui ont des rapports avec elle^ Traité auquel la Société royale de Londres venait de décerner le prix biennal fondé par le comte de Rumford ; il donna, dans le tome Y des Annales de chimie et de physique, une analyse critique de cet ouvrage, et la fit suivre d'une Notice hist(»rique sur les observations dues aux anciens et sur les causes auxquelles le phénomène avait été attribué. En 183& et en 1825 {Annales de chimie et dé physique, tomes XXYI et XXIX }, il revint sur la question à propos des Essais de météorologie de Frédéric Daniell, et il sou-
SUR LES OEUVRES D'ARAGO. cxxf
tiot une polémique contre ce physicien, qui lui répondit daos le Journal de V Institution royale de Londres.
Le rayonnement nocturne a été trop souvent cause pour ragriculture de désastres considérables, surtout au printemps, pour que M. Arago ne s'imposât pas le devoir de faire connaître la vérité sur ce phénomène à un poUic plus nombreux que celui des Annales de chimie et de physique ; et il composa, pour V Annuaire du Bureau des Longitudes de 1827, une Notice détaillée qui explique de \a manière la plus complète toutes les circonstances qui favorisent les gelées printanières, si funestes à la végétation, et indique les moyens à. employer pour en atténuer les effets. Une nouvelle édition de cette Notice, corrigée et augmentée, parut dans Y Annuaire de 1828. Enfin, M. Arago revint encore sur le même sujet dans sa Notice de V Annuaire de 1833, en traitant la question de savoir si la Lune exerce une influence sur notre atmosphère.
Jai réuni en 1852 toutes ces publications, et je les ai relues à M. Arago, qui en a approuvé Tarrangement. Pour avoir l'ensemble entier des écrits de mon illustre mattre sur cette matière, il faut en rapprocher le chapitre XXXII du livre XXI de Y Astronomie populaire ; dans ce chapitre, consacré à la Lune rousse^ et où les justes observations des jardiniers sont mises d'accord avec les principes de la science, il est démontré que bien souvent les préjugés vulgaires reposent sur des choses vraies, et qu'il n'y a d'erreur que dans les explications îmaginées pour rendre compte des phénomènes.
Gun NOTICE CHRONOLOGIQUE
I^a Notice sur la formation de la glace, soit dans les rivières et les fleuves, soit dans les glacières naturelles, soit encore dans l'atmosphère à l'état de neige, soit enfin par le simple rayonnement nocturne à la surface des objets sur lesquels la rosée s'est préalablement déposée, est aussi le résultat d'études faites par M. Ârago à diverses époques.
En 1822, il publia, dans le tome XXI des Annales de ehimie et de physique, une note sur la forme cristalline de la glace; il inséra aussi dans le même recueil la description de plusieurs glacières naturelles, avec des réflexions sur la cause qui forme la glace dans ces cavités.
Il s'est occupé de la rupture des glaciers dans une note insérée, en 1808, dans le tome IX des Annales, à l'occasion d'une catastrophe qui cette année avait dévasté le fond du val de Bagne, dans le Bas-Yalais.
La question de la formation de la glace au Bengale a été traitée dans V Annuaire du Bureau des Longitudes de 1828, ainsi que celle de la congélation des rivières.
La Note sur les circonstances qui accompagnent quelquefois la formation de la glace dans les eaux tranquilles a été rédigée en 1822, d'après un récit publié dans V American Journal.
La Note sur les glaçons que les rivières charrient en hiver a été inspirée par l'hiver rigoureux de 1829 à 1830 ; elle a été publiée dans V Annuaire de 1833 ; le savant auteur avait eu pour but principal d'examiner si les glaces flottantes naissent au fond ou à la surface des rivières ; il a démontré que le fait de la formation des
SUR LES OSUVRES D*ARA60. aisa
glaces de fond ne pouvait être mis en doute, mais que b théorie du phénomène présentait encore des lacunes qd exigent de nouvelles observations.
II a suffi de placer les notes précédentes dans un ordre logique^ sans y rien modifier, pour en composer la Notice sur la formation de la glace» qui vient corroborer les bits exposés dans la précédente» relativement au refroidissement des corps que présente la surface de notre planète.
En commençant, en I8I69 les résumés météorologiques annuels qui jusqu'en 1830 ont paru dans les Annoies de chimie et de physique, et qui contribuent à donner un prix tout particulier à cette partie d*un recueil dont la célébrité a été fondée par Tactive et incessante collaboration de MM. Arago et Gay-Lussac, Tillustre directeur de l'Observatoire de Paris donna une vive impulôon aux études relatives à la répartition de la température sur les différentes parties du globe.
Dans le tome Y des Annales (1817), et dans les Annuaires du Bureau des Longitudes pour 1820, 1821 et 1832, il présenta des résumés du beau Mémoire de son ami Alexandre de Humboldt sur les lignes isothermes, et vulgarisa ainsi les premiers résultats obtenus alors sur la distribution de la chaleur à la surface du globe.
En 1818 (tome IX des Annales) , il démontra que, même en faisant la part dei exagérations si naturelles à la plupart des anciens auteurs, les hivers, par le passé, étaient aussi rudes que dans le siècle où nous vivons, «l que par conséquent Topinion relative à une préten-
cxirv NOTICE CHRONOLOGIQUE
due détérioration des climats de l'Europe était erronée.
Bientôt après il publia dans les Annales (1824), et reproduisit dans V Annuaire de 1825, une Notice détaillée sur les variations extrêmes de la température observées depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours.
Il dut revenir encore sur ce sujet dans un travail nouveau, où tous les faits cités par les historiens seraient examinés avec la plus sévère impartialité ; la note suivante mise au bas de la première page de la Notice de V Annuaire de 1834 sur l'état thermométrique du globe terrestre, montre que le public sollicitait des éclaircissements sur la question de savoir si la température avait varié à la surface de la Terre depuis les temps historiques. Il s'exprimait ainsi dans cette note : « Si les personnes qui se sont adressées au Bureau des Longitudes au sujet de mes Notices scientifiques prennent la peine de comparer les dates de leurs lettres avec celle de la publication de V Annuaire^ elles reconnaîtront que j'ai fait tout mon possible pour les satisfaire. La brièveté du temps m'a seul empêché de traiter la totalité des questions qu'on a bien voulu nous signaler comme propres à intéresser le public. Le Bureau des Longitudes accueillera toujours avec empressement les demandes de cette nature qui lui seront transmises; mais il ne pourrait point s'engager à en faire immédiatement le sujet d'un des articles de YAnnuaire^ si elles ne lui parvenaient pas. trois ou quatre mois au moins avant la fin de l'année. » Depuis 1834 jusqu'au moment de sa mort, M. Ârago n'a pas cessé ensuite ; d'exciter le zèle des observateurs, et il a consigné avec
SUR LES (EUVRES D'ARAGO. cxxi
empressement, dans les Comptes rendus de V Académie des seieRees, les principaux résultats qui lui étaient commumtpés de toutes les parties du monde. Résolu à réunir dans un ouvrage complet tous les documents qu'il avait déjà publiés et ceux qu'il avait conservés en portefeuille, 3 dicta à M. Goujon, en 1851, l'introduction de sa grande Notice sur l'état thermométique du globe terrestre et il me chargea de compléter les tableaux dont il avait préparé les cadres; c'est ainsi qu'a été faite cette Notice qoi se compose de &62 pages et qui comprend tous les travaux antérieurs de M. Arago sur le même sujet.
Les chapitres ii à x ont déjà paru dans VAnniuiire de 1834; il n'y a été ajouté que quelques lignes (pages 205 et 206) relatives à la température des espaces célestes. Le chapitre xi relatif au climat de la Chine a été publié en 18&1 dans le tome XII des Comptes rendus de r Académie des sciences. Les chapitres xii, xiii et xiv étaient restés inédits et les manuscrits en sont de la main de M. Arago. Les chapitres xv àxvm ont paru dans la Notice de 183&, mais les deux suivants sont nouveaux. Les chapitres xxi et XXII sont extraits du tome YI des Annales (1817).
J'ai été chargé de compléter le tableau des hivers qui, d'après les historiens, ont amené la congélation des grands fleuves ; déjà trois éditions en avaient paru en 182&, 1825 et i83&. J'ai pris soin d'indiquer les auteurs sur lesquels je me suis appuyé pour faire figurer un événement dans les listes que j'ai formées. Quand les citations des sources manquent, c'est que je n'ai pu que m'en référer aux tableaux primitifs dressés par mon illustre maître.
Gxxn NOTICE CHRONOLOGIQUE
Un premier essai sur les plus grands froids observés annuellement avait été publié dans VAnntuiire de 1825, mais en deux ou trois pages seulement. Or, le chapitre xxiv compte l/iO pages. M. Arago avait réuni une masse énorme de documents que j*ai dépouillés d*après les indications quMl m'avait laissées. Ce travail n'avait eu encore d'analogue que l'ouvrage publié par M. Peignot, de Dijon, sous le titre d'Essai chronologique sur les hivers rigoureux; mais dans ce dernier ouvrage il manque la rigueur des chiffres et des détails positifs, tandis que la Notice de M. Arago présente les températures les plus basses qui aient été observées jusqu'à ce jour dans plus de 300 localités réparties dans presque toutes les régions des deux hémisphères. A l'exemple de M. Peignot, l'illustre directeur de l'Observatoire de Paris a d'ailleurs voulu que la table des hivers remarquables à cause des froids excessifs qu'ils ont présentés fût suivie de la liste chronologique des hivers qui se sont fait distinguer par la douceur exceptionnelle de la température.
Le pendant du tableau des hivers dont la mémoire mérite d'être conservée dans les annales de la météorologie est certainement le tableau des étés mémorables. ,M. Arago avait commencé à dresser, en 1825, une liste des températures les plus hautes observées en différents lieux ; le chapitre xxv (105 pages) présente une liste beaucoup plus complète ; il renferme en outre les températures les plus hautes annuellement constatées depuis l'invention des thermomètres dans les stations météorologiques les plus importantes de l'Europe; enfin il contient une table
SUR LES OSUVRBS D'ARAGO. C&xvn
des étés extraordinaires par leurs chaleurs, suivie de la iKNDenclature des étés où la température a été singufi&^ement froide. Nulle publication de ce genre n'avait encore été faite.
Le chapitre xm relatif aux maxima de température de Tatmosphère, observés en pleine mer, loin des continents, et le chapitre suivant sur les maxiina de tempéra^tore qu'acquiert Teau de la mer à sa surface sont extraits de la Notice de YÂnmuiire de 1825.
Lechapitre xxvm, sur les différences extrêmes de tempùature constatées à la surface de la Terre, est nouveau ; il a été dicté, quant au texte, par M. Arago en 1851 ; j'avais été chargé de réunir les chiffres curieux que présente le tableau dans lequel M* Arago a voulu faire ressortir les écarts de température que supportent naturellement les corps. Ce chapitre contient aussi les résultats de quelques expériences faites par l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.
Le chapitre xxix, sur les températures propres des différentes espèces d* animaux, a été inspiré à M. Arago par un travail de Sir John Davy ; une première édition en a été publiée dans Y Annuaire de 1827 ; celle que j*ai donnée est complétée par des notes relatives à des expériences du capitaine Back et à des faits observés en Orient par le maréchal Marmont.
Les chapitres xxx à xxxiv sur la détermination et les valeurs des températures moyennes diurnes mensuelles ou annuelles, et sur les lignes isothermes, isochimènes et isothères, peuvent être considérés comme contenant une étade nouvelle, quoique plusieurs notes sur le même
cszTUt NOTICE CHRONOLOGIQOE
sujet aient été antérieurement publiées dans la Catinais'sance des Temps (181 7), dans Y Annuaire du Bureau des Longitudes (1820, 1822 et 1825), dans les Annales de chimie et de physique (1824). La table des températures moyennes de Tannée, de Thiver et de Tété, est établie pour &66 stations. J'ai pris soin d'indiquer (pages 530 à 532) les sources auxquelles j'ai puisé pour remplir les cadres tracés par M. Ârago. L'illustre physicien a tenu à ce qu'il fût constaté que c'est à lui qu'on doit d'avoir reconnu que la moyenne des températures de 8 & 9 heures du matin donne la température moyenne de l'année {Annales de 1818, tome IX, page &25).
Le chapitre xxxv sur le décroissement de la température à mesure que l'on s'élève dans l'atmosphère a été dicté en 1852. Le chapitre suivant, relatif à la température du pôle nord, avait paru en partie dans VAnniuiire du Bureau des Longitudes de 1825; M. Arago se l'est fait relire en 1852, et y a dicté quelques additions, principalement celles qui concernent les pôles de froid.
La matière du chapitre xxxvii, consacré à l'étude du climat de la côte orientale de l'Amérique du Nord, se compose de communications faites à l'Académie des sciences en 1835 et 1838 par l'illustre secrétaire perpétuel et de notes manuscrites de la main de M. Arago^ qui a en outre dicté, en 1852, quelques remarques suggérées par le dépouillement qu'a fait M. de Tessan des registres des observations thermométriques exécutées pendant le voyage de la Vénus.
La comparaison des températures moyennes annuelles et des températures estivales et hivernales des deux bé-
Sun LES OEUVRES D'ARAGO. c\xi\
nû^hères a occupé M. Arago à plusieurs reprises. II a traité ce sujet pour la première fois dans un article du faHoe XXYII des Annales de chimie etdephysique {iS2li) ; il y est revenu en 1829, puis en 1835 ; enfin, son illustre ami de Humboldt lui avait remis, sur sa demande, des notes manuscrites démontrant d'une manière bien positive on phénomène dont l'explication est bientôt devenue possible et est donnée dans le livre de Y Astronomie popurkùre consacré aux climats et aux saisons.
Uétude de l'état météorologique singulier que présentent parfois les mois d'avril et de mai, et qui forme le sojet du chapitre xxxix de la Notice sur l'état météorologique du globe terrestre, a été publiée en 1837 dans les Contes rendus de Y Académie des sciences. M. Ârago n'y a fait, en 1852, que de légers changements de forme.
L'histoire des thermomètres est exposée dans le cha- (Mfare XL, qui était resté en très-grande partie inédit.
C'est à la suite de l'examen attentif qu'il fit en 1817
du thermomètre des souterrains de l'Observatoire de
Paris, que l'illustre physicien reconnut la variation de la
position du zéro réel de la graduation. La généralité du
déplacement du point de congélation de l'eau avec le
temps ne tarda pas à être constatée dans un grand
nombre de thermomètres, ainsi qu'il résulte d'une note
publiée en 1822 dans les Annales de chimie et de phy-
lîfiie. La même question fut encore traitée dans les
Annales de 1826 par M. Arago, qui s'étendit beaucoup
sur les moyens de remédier à l'élévation lente du zéro
réel sur la tige des thermomètres.
L'illustre physicien a encore le droit de revendiquer
cxn NOTICE CHRONOLOGIQUE
IMndication faite en février 1830 de la nécessité de donner un rapide mouvement de rotation à un thermomètre pour en obtenir avec précision la température de Tair dégagée des effets du rayonnement des corps dont l'instrument est entouré.
En i8&i M. Arago proposa une heureuse modification à la construction du thermomètre à maxima le plus communément employé.
Enfin M. Arago s'est occupé en 1817 et en 18i0 da degré d'exactitude qu'on pouvait attendre des thermomètres métalliques et des thermomètres enregistreurs dont il voulait bien connaître la valeur avant de les introduire à l'Observatoire de Paris.
J'ai réuni en 1853 l'ensemble de toutes les notes de mon savant maître sur les thermomètres, et je les lui ai relues; il y a fait quelques légères additions pour en composer le chapitre xl de la Notice sur l'état thermométrique de la Terre. Cette Notice se termine par un chapitre en très-grande partie dicté en 1850 et relatif à la température des caves de l'Observatoire de Paris.
Après la Notice sur l'état thermométrique du globe terrestre, et pour terminer le dernier volume des N(Ak» êcientifiqtiess j'ai placé un rapport dicté à M. Goujon par M. Arago, trois mois avant sa mort, sur un Mémoire de M. Liais relatif au climat de Cherbourg. Ce sont les dernières lignes de mon illustre maître sur des questions qui l'ont occupé pendant près d*un demi-siècle, et qu'il agitait déjà au Desierto de Las Palmas, au Clop de Galazo et dans l'île de Fermentera, alors qu'il passait
SUR LES OEUVRES D*A<lAGO. cxxxi
de longues nuits à attendre, au milieu des tempôtes qd onportaient parfois les tîntes sous lesquelles il s'abritait, les moments favorables pour observer les astres oa distinguer à travers les brumes de l'horizon les lointains signaux de ses collaborateurs dans la mesure de la méridienne. On peut voir que sous le titre modeste de Notice , c'est un véritable traité qu'il a composé et légué comme œuvre posthume aux physiciens qm y trouveront une foule de documents précieux pour achever l'histoire de notre globe.