Introduction
Dans la Notice autobiographique que M. Arago a intitulée : Histoire de ma jeunesse, Tillustre savant rapporte que la première lettre qu'il reçut, en arrivant au lazaret de Marseille (juillet i809), après sa double captivité en Espagne et en Afrique, était d'un homme déjà en possession d'une réputation européenne, mais qu'il n'avait jamais vu. M. de Humboldt^ sur ce qu'il avait entendu dire des malheurs de M. Arago, lui offrait son amitié.
Telle a été, ajoute M. Arago, la première origine d'une liaison qui a duré près d'un demi-aiècle, sans qu'aucun nuage l'ait jamais troublée.
Lorsque, deux mois après la mort de M. Arago, M. de Humboldt écrivit l'introduction placée àla tête desŒuvrea
viix NOTICE CHRONOLOGIQUE
de son illustre ami, il rappela cette circonstance, dont il avait conservé un souvenir aussi vif que M. Arago luimême.
Au moment où il apprenait à Berlin la mort du secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences de Paris, M. de Humboldt rendait ce pieux hommage à. celui qui venait de descendre dans la tombe : « Je suis fier de penser que, par mon tendre dévouement et par la constante admiration que j'ai exprimée dans tous mes ouvrages, je lui ai appartenu pendant quarante-quatre ans, et que mon nom sera quelquefois prononcé à côté de son grand nom. »
Lorsque deux grands hommes ont eu l'un pour l'autre de pareils sentiments, celui qui survit est bon juge du soin de la gloire de celui qui pour toujours a quitté ce monde.
M. Arago m'avait prescrit l'arrangement qu'il voulait que l'on sidoptât dans la publication de ses Œuvres ; j'ai scrupuleusement suivi les indications que {'avais recueillies de sa bouche.
M. de Humboldt, en m' adressant de bienveillantes félicitations sur l'accomplissement de la tâche ardue qui m'était échue, a bien voulu ajouter ce conseil : « M. Arago est revenu à plusieurs reprises sur les diverses parties de ses Œuvres ; il en a retouché quelques-unes, même dans les dernières années de son existence. Il serait intéressant de savoir à quelles époques ont été composés ses principaux écrits, à quelles époques il a modifié ses idées sur quelques-uns des grands problèmes oii il a le plus contribué à porter la lumière. Il
SUR LES ŒUVRES D'ARAGO. ix
faudrait, autant que possible, fixer par des dates les pensées d*un homme dont la vie scientifique a été si intimement liée au mouvement des sciences dans la première moitié du xix* siècle. »
fai considéré ce conseil comme un ordre, et je viens remplir dans cette notice le devoir qu'il m'a imposé.
Je suivrai la classification adoptée dans la publication des CEuvres, et successivement je passerai en revue , pour en faire l'histoire, l'Astronomie populaire (ft volumes), les Notices biographiques (â volumes), les Notices scientifiques (5 volumes), les Instructions, Rapports et Notices sur les questions à résoudre dans les voyages scientifiques (1 volume), les Mémoires scientifiques (2 volumes), les Mélanges (1 volume).
C'est en i 8&9 que M. Arago me fit l'honneur de me faire part de son désir de publier ses Œuvres. Déjà sa santé était profondément altérée.. Sa vue s'affaiblissait de jour en jour. Il commençait à ne plus pouvoir ni lire ni écrire d'une manière continue. Bientôt il prit le parti de dicter, d'abord à des membres de sa famille, ensuite à une personne qui pourrait lui consacrer tout son temps.
M. Albert Terrien , ancien élève de l'École polytechnique, professeur de physique à l'école municipale Turgot, fut le premier secrétaire de M. Arago. Il ne put remplir cette fonction que pendant quelques mois.
H. Goujon, élève astronome de l'Observatoire, succéda à M. Terrien , et, jusqu'à la veille de la mort de M. Arago, recueillit les paroles du mattre vénéré.
Une grande partie des manuscrits qui ont servi à rimpression des GEuvres de M. Arago est de la main