‹ Œvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 7 sur 161 · X NOTICE CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

X NOTICE CHRONOLOGIQUE

de M. Goujon, qui, pendant plus de trois ans, a écrit presque tous les jours, durant près de dix heures chaque jour, sous la dictée du savant astronome.

Le travail accompli par l'illustre directeur de l'Observatoire de Paris, dans les dernières années de sa vie, a été immense. Il se faisait faire des lectures dès le matin, avant l'heure à laquelle M. Goujon venait pour prendre la plume, et, le plus souvent, les lectures recommençaient le soir, malgré la fatigue qu'avaient produite dix heures d'une dictée continue. Admirable, étonnante ardeur dans un vieillard devenu presque aveugle !

M. Arago ne pouvait plus faire de recherches bibliographiques; il lui fallait quelqu'un qui, sur ses indications, sût retrouver facilement, surtout promptement, les passages qu'il avait remarqués dans les ouvrages les plus variés, dont il avait lu une prodigieuse quantité, et dont il se rappelait avec une précision merveilleuse de nombreuses pages. Il me Confia ce soin.

Une grande mémoire, dont j'avais eu occasion de lui donner quelques preuves, a été la raison d'un choix que je regarde comme un précieux honneur. C'est encore h cause de ma mémoire que M. Arago improvisait devant moi de longs chapitres. Il ne voulait pas que leur composition se ressentît de l'impatience que lui donnait la nécessité d'attendre que la main alourdie de son secrétaire pût suivre l'expression habituellement si rapide et si vive de sa pensée. J'étais chargé de reproduire ensuite ce que j'avais entendu. Mes notes, qui lui étaient relues, étaient alors corrigées et rectifiées.

La gr^de préoccupation de M. Arago pendant tout

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ce temps était de pouvoir achever ses Œuvres, compléter ses recherches, vérifier des faits qu'il avait soupçonnés ou aperçus. MM. Fizeau, Léon Foucault, Jamin, Laugier, Petit, Goujon, Charles Mathieu, se sont occupés de poursuivre plusieurs des expériences qui avaient été commencées ou du moins indiquées dans leur principe par M. Arago; je reçus aussi la mission de vérifier quelques conséquences prévues par mon vénéré maître. Ce qu il souhaitait surtout, c'était que la mort ne vînt pas le saisir avant que ses manuscrits fussent en état d'être livrés à l'impression. A cet égard, ses vœux ardents ont été satisfaits. Mais il eût voulu que cette impression fût commencée de son vivant ; déjè. il s'était mis en rapport avec plusieurs éditeurs pour discuter les conditions dans lesquelles aurait lieu la publication. Il hésitait cependant à conclure un traité. Jamais il n'avait affronté sans beaucoup d'hésitation l'épreuve, selon lui redoutable, de l'impression. Il lisait et relisait ses manuscrits, les corrigeant sans cesse; il donnait connaissance à ses amis des passages pour lesquels il redoutait la critique ; il recueillait les avis afin de les peser mûrement, et afin d'y faire droit plus tard, s'il trouvait fondées les observations qui lui avaient été faites. On conçoit qu'avec de telles habitudes, il devait appréhender de remettre ses Œuvres entre les mains d'un imprimeur à une époque où, devenu presque aveugle, il ne pouvait plus surveiller lui-même leur correction typographique. Déjà, avant que sa santé fût altérée, il communiquait ses épreuves à plusieurs membres de sa famille, notamment à MM. Mathieu et Laugier, en leur demandant leurs

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corrections ; il les faisait aussi passer sous les yeux de M. Babinet, dont la vaste érudition lui inspirait la plus grande confiance. Sa perplexité était devenue excessive; dès 1851, il ne pouvait plus la cacher.

En insérant dans Y Annuaire du Bureau des longitudes pour cette année , sous forme d'une notice scientifique , un livre de son Traité d'astronomie populaire, relatif au calendrier, il disait : « Quoique j'aie pris tous les soins dont je suis capable pour éviter les inexactitudes que j'avais à craindre en traitant une question qui exigeait à la fois des recherches scientifiques , historiques et d'érudition ; quoique j'aie puisé aux meilleures sources, telles que Clavius, Gassendi, Blondel, Delambre, Daunou, etc., je ne sais si je dois me flatter que des erreurs plus ou moins graves ne se seront pas glissées dans mon travail. Je recevrai avec reconnaissance les rectifications qu'on voudra bien m'indiquer, ma seule prétention ayant été de répandre un peu de clarté sur un sujet que les astronomes de profession eux-mêmes abordaient avec répugnance, à cause de sa complication. Au reste, l'état actuel de mes yeux m'autorise k réclamer l'indulgence du public ; il aura la bonté de songer, en parcourant ce long article, que je n'ai pu corriger les épreuves moimême. »

L'année suivante , en publiant sa Notice sur la scintillation, il avait soin de la faire précéder de cette note : « Je dois prier le lecteur de vouloir bien excuser les négligences de rédaction et les fautes d'impression qui se seront sans doute glissées dans ce long article. On aura la bonté de considérer qu'un quasi -aveugle ne

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pouvait pas présider convenablement à la correction des

épreuves. »

Eurin, en livrant à l'impression, au commencement

de 185S, année de sa mort, la biographie de Bailly, il

disait : <f Je demande excuse d'avance pour les fautes typographiques, et même, s'il y a lieu, pour les incorrections grammaticales qui auront pu se glisser dans les pages qu'on va lire. Le public, qui m'a toujours honoré de sa bienveillance, aura la bonté de remarquer qu'étant devenu presque complètement aveugle, je n'ai pas pu présider directement à la révision des épreuves. »

Les scrupules extrêmes de M. Ârago m'étant bien connus, j*ai peut-être eu trop d'audace d'accepter la mission de surveiller la publication de ses Œuvres ; à ce moment au moins, je pouvais avoir l'espoir d'être soutenu par sa haute intelligence dans l'accomplissement du devoir que M. Arago imposait à mon admiration pour son génie, à mon dévouement pour sa personne. La mort ne tarda pas à m'enlever sa bienveillante direction, qui eût couvert ma responsabilité devant le public. Je suis malheureusement resté seul. Quoique j'aie fait tous mes efforts pour remplir dignement la lourde tâche qui m'incombait, je sais que quelquefois f ai dû faillir. Je recevrai avec reconnaissance l'indication de toutes les erreurs qui peuvent s'être glissées dans mon travail , et je ferai corriger sur les clichés les fautes qui me seront signalées. Un dernier tirage des Œuvres de mon illustre et vénéré maître pourra ainsi être transmis à la postérité sans aucune erreur qui le dépare.

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