‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 18 sur 72 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SÉPARATION EN DEUX PARTIES D^URE CHAUDIÈRE ET PROIEGTIOR D*UNE DS SES PARTIES A UNE GRANDE HAUTEUR

Lochrin est le nom d'une immense distillerie située près d'Édinburgh. Le propriétaire, dans des vues d'économie, imagina, il y a quelques années, de remplacer l'ancien mode de travail par la distillation à la vapeur. De larges tubes de métal dans lesquels circulait constamment un courant de vapeur d'eau très-chaude traversaient donc, d'outre en outre, les vases renfermant les liquides qu'il fallait mettre en ébullition. La vapeur échauffante était engendrée dans une chaudière en fer forgé de plus d'un centimètre d'épaisseur, de 11"*. 27 de long, d'une largeur de G". 90 au fond et de 0".61 à la naissance du couvercle; enfin, de 1"*.22 de hauteur. Le poids total de cette chaudière était de 9,140 kilogrammes. On remarquait à sa paroi supérieure deux soupapes de sûreté ,

A VAPEUR. m

disposées de manière qu^elles dussent s^ouvrir dès que la pression intérieure surpasserait 4^^â par centimètre carré , ce qui correspondait à quatre atmosphères, comme on le voit par la table du chapitre précédent. De peur que les ouvriers ne surchargeassent les soupapes, Tune des deux était contenue dans une cage grillée fermée à clef.

Cet immense appareil commença à travailler le 21 mars 181 &• Douze jours après, il n*existait déjà plus : une explosion Tavait totalement détruit.

Au moment de la catastrophe, la chaudière se partagea en deux portions distinctes et inégales. La portion supérieure, composée du couvercle et des deux côtés, pesait 7,112 kilogrammes. Elle fut projetée de bas en haut avec une telle violence, qu'après avoir traversé la voûte en briques qui couvrait T atelier et le toit , elle s'éleva dans l'air à une hauteur verticale de 21 mètres. Cette énorme masse tomba ensuite à &6 mètres du point de départ sur un des bâtiments de la distillerie, l'enfonça, et, au terme de sa chute, réduisit en pièces une vaste cuve de fonte de fer, située au rez-de-chaussée.

Il n'y avait heureusement que deux ouvriers près de l'appareil au moment de l'explosion. Ce furent les deux seules personnes qui perdirent la vie , circonstance d'autant plus extraordinaire que les autres parties des ateliers Paient alors encombrées de monde , et que la chaudière, semblable en cela à un immense fourneau de mine, lança dans tous les sens et avec une prodigieuse vitesse une immense quantité d'ustensiles et de débris. Le corps d'un des ouvriers avait été partagé en deux; l'on regarda

êU EXPL0SI02^ DES UAGHINES

comme un fait digne de remarque qoe les jaxnbes fussent restées dans la distillerie^ tandis q^e le baste se trouTu au loin , bors da bâtiment, parmi les décombres»

La ligne te loi^ de laquelle la chaudière se dédûra était parfaitement horizontale et soiviit une rangée de cloos d'une manière tout an» régulitee que si Ton eftt coupé le fer avec de fortes cisailles.

La chandièrei, aemblabte à celles dont Watt avait donné le modèle, âait concave à Textâieur dans sa face la phs voisine du feu. Elle formait là une espèce d*aroeao ïfà permettait à la âamme du fourneau de pénétrer presque jusqu'au œntre de la masse liquiik^ Après Fexplosion, ia même paroi se trouva oonv^Le , tant elle avait été forie*ment pressée <le dedans en ddiors. Cette déformation M'offre rien qu'on n'eàt {ni deviner; mais on aurait cna difficilement, si l'inaction des lieox n'en avait fourni une preuve démonstrative , que le fond de la chaudière, donl iù poids étail de 2,028 kilogrammes, et qui portait de ai évidentes traces de l'énonne pression qu'il avait éproavée de haut en bas, eût été cependant soulevé pendant l'explosion, à une hauteur de près de 5 Odètres, et transporté A cpteique distance du massif de maçoonerie ^9ur lequel il se trouvait primitivement établi.

Aucune ciroonstance , il importe beaucoup de le faire remarquer, n'autoriserait la supposition que l'accident de Lochrifi ait dépendu d'une mauvaise construction des soupapes de sûreté. J'ai déjà dit que l'une d'elles était sous clef : ainsi , il faut également écartât* toute idée de surchaiige»

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