PLAQUES FUSIBLES
Dès qu'il fut constaté que les soupapes ordinaires se dérangent cpielquefois , qu'elles n'offrent pas un préservatif infaillible , on proposa de les remplacer par un appareil d'une tout autre espèce, et dont l'action ne pût jamais être incertaine- Ce sont les soupapes à alliage fusible, déjà indiquées dans ma Notice historique (p. 77).
Pour bien comprendre l'utilité de ces soupapes, il faut savoir qu'il est possible que la vapeur d'eau ait une très-
A VAPEUR. âiZ
haute température et peu de ressort, mais qu'il n'arrive jamais, au contraire, qu'une grande élasticité ne soit pas accompagnée d'une forte température.
On a vu que Dulong et moi nous avons déterminé eipérimentalement (chap. n, p. 118) , par quelles températures minima la vapeur peut acquérir des tensions (fune, de deux, de trois, de dix, etc., atmosphères. A l'aide de ces résultats, on saura que la température de la vapeur ne devra jamais s'élever au delà de tel degré du thermomètre , lorsqu'on aura décidé de ne psfô dépasser telle ou telle autre tension. Si l'on applique donc sur une ouverture de la chaudière, une plaque formée avec un alliage de plomb , d'étain et de biamuth , dont les proportions aient été tellement choisies qu'il se fonde à ia température limite déterminée d'avance, il semble imposable que cette température soit jamais dépassée, puisque aussitôt qu'on y arrive la plaque doit couler et donner passage à la vapeur.
En France, une ordonnance royale exige que toute chaudière soit munie de deux plaques fusibles de grandeurs inégales. Le point de fusibilité de la plus petite est de l(jr supérieur à la température de la vapeur saturée ayant une élasticité égale à celle dont la vapeur motrice doit être douée dans le travail ordinaire. La seconde plaque se fond 10* plus haut que la première.
Quoiqu'on puisse citer divers cas dans lesquels les plaques fusibles ont probablement empêché des explosions et prévenu de grands malheurs, la plupart des constructeurs les emploient à regret, et préféreraient de beaucoup les soupapes ordinaires, dont au reste leurs machhaes
doivent aussi être pourvues. Examinons donc les objections qu'elles ont fait naître.
On a dit d'abord que ces plaques , accusant seulement la température et nullement la pression, peuvent se fondre quand la vapeur, d'ailleurs très-chaude, a fort peu d'élasticité ; mais si l'on examine dans quelles circonstances la vapeur intérieure peut n'être pas saturée d'humidité, on trouve que c'est uniquement lorsque l'eau manque et qu'une partie des parois de la chaudière est devenue trèschaude, peut-être même rouge; or, dans ce cas, une explosion est imminente ; cette première objection semble donc tomber à faux.
La plaque n'arrive pas au terme de sa liquéfaction sans s'être un peu ramollie ; ainsi , il est à craindre qu'elle n'éclate sous une tension très-inférieure à celle qui déterminerait sa fusion. A l'origine, cela avait lieu en effet; mais depuis qu'on recouvre la plaque d'une toile métallique à mailles un peu serrées avant de la fixer par des boulons au tuyau qu'elle doit fermer, la difficulté a disparu. Il se forme bien encore çà et là quelques boursouflures quand on approche du degré de la fusion ; mais c'est seulement trèsrprès de ce degré, l'expérience l'a montré, que la plaque cède, est projetée de bas en haut, et ouvre un libre passage à la vapeur. ^ Quand la plaque fusible a disparu, toute la vapeur s'échappe par l'ouverture qu'elle fermait. Le temps de la remplacer, de remplir de nouveau la chaudière et de la chaufler, pourrait être assez long ; or, pendant ce tempslà, rien ne saurait marcher. Sur un bateau à vapeur, près des côtes et particulièrement au moment d'entrer dans
OD port , une absence subite de la force motrice amènenil les plus fâcheux accidents. Cette difficulté est grave et très- réelle; peut-être même est-ce là la vraie raison qui a empêché nos voisins d'adopter les plaques fusibles, cl leur a fait préférer les soupapes ordinaires. Celles-ci, »i effet , ne laissent jamais sortir toute la vapeur. Si elles s'ouvrent, c'est seulement quand la tension a dépassé un certain terme ; or, comme elles retombent nécessairement dès qu'en s'afiaiblissant peu à peu l'élasticité est rentrée dans les limites fixées d'avance par l'ingénieur, la force motrice ne peut jamais manquer entièrement.
Les partisans des plaques fusibles mettaient au premier rang, dans les avantages dont ils les croyaient douées, rimpossibilité physique de les altérer : avec ce genre de soupapes, disaient-ils, on est entièrement à l'abri des imprudences des ouvriers. Il est très- vrai qu'alors toute surcharge, dans le sens littéral de ce mot , serait inutile; mais quand les chauffeurs veulent pousser le feu plus que de coutiune , ils savent très^bien , pour prévenir la fusion de la plaque » diriger sur sa surface un courant continu d'eau froide , en sorte que de ce côté on pourrait bien n'avoir rien gagné.