‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 31 sur 72 · SOUPAPES INTÉRIEURES OU A AIR; LEUR OBJET · texte numérisé non relu

SOUPAPES INTÉRIEURES OU A AIR; LEUR OBJET

Au moment où Ton alimne du feu sous une chaudière, l'espace que l'eau ne remplit pas renferme de Pair atmosphérique. Cet air, mêlé à de la vapeur, passe peu à peu dans la machine que la chaudière alimente, et à la longue il est complètement expulsé. Les choses étant dans cet état, supposons que le travail soit interrompu et qu'on laisse tomber le feu ; la vapeur se précipitera graduellement à mesure que le refroidissement fera des progrès, et après un certain temps l'espace qu'elle remplissait sera à peu près vide. Alors la chaudière se trouvera pressée de dehors en dedans par tout le poids de l'atmosphère, sans que rien à l'intérieur contre-balance cette action. Quand la condensation de la vapeur s'opère insensiblement , elle ne semble pas devoir donner lieu à des accidents, puisque les parois des chaudières les plus faibles ont dû résister dans les épreuves préparatoires à des pressions, dirigées il est vrai de dedans en dehors, mais qui n'étaient pas de moins .de cinq atmosphères. L'événement au contraire pourrait être grave, si la condensation avait lieu brasquement : par exemple, si un jet d'eau froide venait à traverser la vapeur; alors l'action de l'atmosphère cessant d'être contre-balancée, en un instant presque indivisible, produirait l'effet d'une percussion sur toute l'étendue des parois de la chaudière , et déterminerait sans doute l'uii de ces écrasements dont j'ai parlé précédemment (chap. viii, p. 129).

C'est pour prévenir les accidents de ce genre qu'on a imaginé la soupape intérieure, connue aussi sous le nom de soupape à air. Cette soupape ne peut s'ouvrir que de dehors en dedans. Elle est maintenue par un ressort à ^irale situé dans la chaudière, et dont la force surpasse 4 peine son poids ; ou bien elle se trouve comme suspendue horizontalement à un levier extérieur, disposé de manière que la plaque vienne toucher tout juste les parois intérieures de l'ouverture qu'elle doit boucher. D'après cet arrangement, le ressort de la vapeur ne pourra devenir moindre que la pression atmosphérique, sans qu'aussitôt la soupape se baisse pour donner passage à l'air extérieur; ainsi, quand le travail viendra à cesser, on n'aura plus à craindre qu'il se forme un vide dans la chaudière. Il me semblerait plus difficile d'affirmer que le même artifice préviendra infailliblement tout écrasement des parois, car ces accidents, comme nous l'avons vu, sont le résultat d'un affaiblissement considérable et brusque dans l'élasticité de la vapeur. L'action graduelle d'une soupape peut bien , dans ce cas, amoindrir le mal à un certain point, mais elle ne saurait l'empêcher. Contre ce genre d'accidents il n'y a qu'un seul remède : il consiste à surveiller avec le plus grand soin les moyens d'alimentation, et à empêcher que jamais la chambre à vapeur de la chaudière ne soit subitement refroidie, comme cela arriverait, par exemple , si une grande quantité d'eau froide venait à se répandre sur ses parois.

Les écrasements des chaudières à foyer intérieur s'expliqueraient tout aussi aisément, si nous pouvions prouver que quelquefois il se forme subitement un vide dans le

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petit cylindre ; mais comme ce cylindre ne renferme pas de vapeur, comme il est seulement le foyer et la cheminée de la machine, %n aurait eu peut-être quelque peine à découvrir comment un vide peut s'y produire, si les circonstances de l'explosion aux Mold*- Mines (p. 150) n'avaient mis sur la voie.

On doit se rappeler qu'au moment de l'accident, la porte du foyer était ouverte ; qu'au contraire le registre de la cheminée venait d'être fermé ; qu'après cette dernière opération une brusque bouffée de flamme sortant du foyer s'élança vers l'atelier, et que l'explosion suivit immédiatement^

Avec la porte du foyer ouverte, la. combustion était certainement peu active et le courant d'air qui s'élevait par la cheminée devait se trouver à peine altéré chimiquement. Quand ensuite on ferma le registre, l'air n'afflua plus, il est vrai, mais celui que la cheminée renfermait déjà y rjBsta* confiné. Or, le charbon n'étant pas encore éteint , le gaz qu'il contenait continua à se dégager et à se mêler avec l'air de la- cheminée ; sa proportion devint bientôt assez forte pour rendre le mélange inflammable; il s'alluma donc, s'échappa tout en feu par la seule issue qui lui fût ouverte, c'est-à-dire par la porte du foyer, et en un instant le petit cylindre dut se trouver sinon vide comme le sont les corps de pompes des machines de M. Brown après l'inflammation toute semblable qu'il y fait naître, du moins rempli de gaz très-raréfiés.

Je me trompe fort, ou cette explication de M. John Taylor donne la véritacle clef des fréquents écrasements qu'éprouvent les petits cylindres dans les chaudières à

foyer iûtérieur. Il importe donc, quand on. emploie ce genre d'appareils^ de s'abstenir de fermer le registre tant que le charbon n'est pas éteint. De mesquines raisons d'économie ne sauraient prévaloir quand il y a un danger aossi évident, et ce danger, on doit maintenant le comprendre, ne saurait être prévenu par des soupapes int^ rieures analogues à celles dont les chaudières ordinaires soot munies.

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