‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 54 sur 72 · V. — II. 3i · texte numérisé non relu

V. — II. 3i

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en 50 mètres. Les moyens d'isolement employés préeentent peut-être des précautions superflues, mais il fallait ne pas échouer dans le premier essai.

Dimanche dernier, nous avons pu opérer entre Paris et Mantes, points distants l'un de Tautre de 57 kilomètres : le succès a été complet.

Le courant passait d'abord par un certain fil suiqiendu dans Tair, et revenait par un autre fil semblable, placé immédiatement au-dessous. L'intensité du courant était accusée et mesurée à Taide de la déviation que ce couraDt imprimait à une aiguille de boussole. La déviation était considérabje. Ceci constaté, la coomiis^ion a cherché si, C(Hnme on l'avait jadis trouvé pour de beaucoup moindres distances, en Bavière, en Russie, en Angleterre, .en Italie , le courant voltalque était transmis par le premier fil, à travers la terre humide comprise entre les deux stations.

Eh bien , nous avons trouvé que le courant, né à Paris et transmis à Mantes le long du premier fil attaché auK poteaux , revenait par la terre beaucoup mieux que par le second fil ; que la terre, dans cette expérience, faisait l'office d'un conducteur beaucoup plus utile que le second fil métallique.

Avec les deux fils d'aller et de retour, la déviation de l'aigutlle, mesure du courant, était de 25% Quand le second fil si^>primé se trouvait remplacé par la couche de terre comprise entre Paris et Mantes^ la déviatioa^de Taiguille s'élevait jusqu'à 50%

Dimanche prochain , sans aucun doute , nous porterons le courant électrique jusqu'à Rouen le long du fil ^^

ET TÉLÉGRAPHES DE NUIT. 4è3

lique, et il nous reviendra par la terre avec toute rintensîté qu'érige la production 4es signes télégraphiques.

La Chambre désire savoir, petft-^tre , comment il est possible avec m seul courant de prodaire une gfande diversité de signes. La question revient & celle-ci : De quelle manière un courant peut-il donner naissance à une force intermittente? Il est clair, en effet, que la reproductioofi au point d'arrivée d'un signal né à la station du départ, ne peut s'opérer qu'à faide d'une force.

Les physiciens ont reconnu que, lorsqu^on fait circuler on courant électrique le long d'un fil pli^ en hélice, tout autom* d\ine lame d'acier, on aimante la lame d'une manière permanente; au lieu de recourir à un aimant artificiel pour aimanter les aiguilles de boussole, on peut se servir ainsi avec avantage d'un courant voltaïque.

Lorsque la pièce de métal autour de laqudle circule l'électricité est du fer doux, Taimantation est momentanée. Pendant que le courant circuie, le fer est aimanté, il a des pôles comme une aiguille de boussole. Mais à pdne le courant a cessé, que le fer revient à l'état ordinaire.

Or, personne ne l'ignore : deux masses de fer non aimantées, mises en présence, n'agîss^t point l'une sur l'autre. Tout le monde sait aussi qu'une masse de fer aimantée attire une masse de fer neutre. Donc, toutes les foia que }e courant, dans l'une des stations, passera dans une hélice, autour d'une masse de fer doux, cette Diasae de fer deviendra momentanément un aimant, et elle pourra produire un effet mécanique.

C'est par oe procédé, c'est en faisant naître et en détnnsaiit Mccesaivement la foi*ce magnétique dans une

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masse de fer, qu'on peut transmettre au loin tous les signaux qu'on a produits dans la station de départ.

Ce principe peut conduire à des systèmes très-divers, entre lesquels la commission n'a pas encore fait un choix. J'indiquerai un de ces systèmes : celui de M. Morse, par

exemple.

Concevons qu'à la station où Ton doit recevoir la dépêche, on ait une longue bande de papier mobile entre deux rouleaux à l'aide d'une force mécanique quel* conque. La pièce de fer dont je parlais tout à l'heure, cette pièce destinée à être successivement aimantée et non aimantée, est placée au-dessus du papier, et par son mouvement de bascule entraine un pinceau. Le courant passe-t-il, la pièce alors aimantée est attirée par une masse de fèr stationnaire, elle bascule et pousse le pinceau jusqu'au papier; le courant n'a-t-il duré qu'un instant, le pinceau ne trace qu'un point; l'aimantation a-t-elle eu quelque durée, le pinceau, avant de se relever aura marqué un trait d'une longueur sensible sur le papier mobile. Vous pouvez ainsi, à cent lieues de distance, faire succéder sur le papier de votre correspondant un point à un point, un point à un trait; intercaler un point entre deux traits, un trait entre deux points, etc. , engendrer les signaux qui, suivant M. Foy, juge si compétent en pareille matière, doivent suffire à la correspondance télégraphique la plus variée.

Veut-on se faire une idée générale de quelques-uns des appareils en usage en Angleterre?

Concevons, dans la localité où l'on fait les signaux, un cercle gradué rotatif où chaque division représente

une lettre de Talphabet : c'est par exemple la lettre supé^ rieure, au moment des repos du cercle, qu'il faut lire pour avoir la dépêche ; les repos de la station du départ devront se représenter dans le même ordre sur le cercle de la station d'arrivée.

Pour résoudre le problème, le cercle de la station d'arrivée est lié à un engrenage arrêté par une pièce de fer doux; cette pièce est déviée, et dès lors l'engrenage s'avance d'une dent toutes les fois que le morceau de fer voisin devient un aimant par l'action du courant électrique qui circule autour de lui dans une hélice. Le courant est-il interrompu, la pièce en question, le déclic en fer, reprend sa place. A cent lieues de distance, celui qui envoie la dépêche peut donc régler le mouvement du cercle sur lequel le correspondant devra la lire.

Ces deux citations sufiQront. Je dois le répéter : la seule chose en question, quand nous commençâmes nos expériences, c'était de savoir la distance à laquelle les signaux pourraient être transmis d'un seul trait. Avec les fils multiples et reployés que porteront nos poteaux, nous saurons si la distance de Paris à Lyon sera franchie sans recourir à des stations intermédiaires.

Sans craindre de me compromettre, j'ose affirmer que dimanche prochain les résultats confirmeront toutes nos prévisions; nous n'aurons pas fait seulement des essais de simple expérience de physique : la commission aura posé les bases d'un télégraphe perfectionné, destiné à rendre d'éminents services au pays. (Très- bien I)

[Le crédit demandé par le gouvernement est adopté par la Chambre.]

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[Un projet de loi pour rétablissement d^un télégraphe électrique de Paris à Lille, ayant été discuté le C8 juin 1846 dans la Chambre des députés, M. Arago prit la parole en ces ternes pour combattre les doutes des personnes, en grand nombre;, qui ne croyaient pas à refficacité du merveilleux moyen de communication. ]

Il me semble qu'il y a eu une grande erreur dans la manière dont on a considéré les télégraphes électriques. On a parlé d'expériences en cours d' exécution. Il est trèsvrai qu'on a fait des expériences sur la ligne de Rouen; mais depuis l'établissement de cette ligne, le problème est complètement résolu.

M. BcRRTER. Je demande la parole.

M. Aaago. U esi désormais constaAt que le télé^apbe électrique est un moyen de conamunicatioB excelient.

Messieurs, je vais vous citer uxl fsàL décifiîf.

J'ai reçu, il y a trois jours ^ un journal de fiaUîoioFe, the Sun, avec une lettre de M. Morse, qui est à la bête de la télégraphie électrique aux Étalfi^Ums ; le message du président des États-Unis ,. message très4oDg, qfà âceiipe dans ce journal, en très^-petit caraetèr^* dsax langues colonnes, qui feraient quatre colonne» da MmUeurt ce message a été envoyé.

Bl REBaTEBk On l*àKait fait imioimer d'axancei (On rit.)

M. AmdGOv 14 est probable que M. Berryer n^est pas anssi bien infwmé de ce qui s'est passé qae tes^direetenrs du joumiad que je cite, et que M. Morse, Tun des hommes les plus honorables des États-Unis; or, tous déclarent que le message a été envoyé ligne par ligne de Wa^ing*

ton à Baltimore, et que la totalité du message a été reçue ainsi , et imprimée dans l'intervaUe de trois heures.

Une personne , écrivant avec une rapidité moyenne , irait à peine aussi vite qu'a été le télégraphe dans cette circonstance;

M. Berryer a parlé d^expériences qu'il y avait àentreprendre. Ces ^périences ont été faites et elles sont complètement concluantes. FI a dit qu'on était en doute si Ton emploierait des fils de fer ou des fils de cuivre ; cette question a été discutée et résolue dans la commission.

Sous ce rapport, ce qui pouvait être un sujet d'expériences, c'était, non pas le vocabulaire dont a parlé M. Maaguin, mais le procédé à l'aide duquel on enregistre les signaux. Avec le procédé de M. Morse y qui a reçu des modifications en France, on est arrivé à enregistrer jusqu'à Bk signaux dans une minute.

Vous savez qu'il faut marcher avec une certaine rapidité pour écrire 84 lettres en une minute la plume à la main. Ne croyez donc pas qu'on en soit encore aux expériences. Le télégraphe électrique peut être employé actuellement pour remplacer le télégraphe aérien, et il a sur ce dernier un avantage que tout le monde peut comprendre. Lorsqu'il y a des brouillards, quel que soit le mode d'éclairage que vous employiez, les signaux du télégraphe aérien ne passent pas à travers l'atmosphère.

Dans Porigine, on avait redouté l'influence des brouillards sur les télégraphes électriques ; on avait pensé que les^ poteaux n'isoleraient pas assez le fil , et que la transmission de l'électricité ne pourrait se faire. Eh bien , cela est douloureux à dire , mais cela arrive presque toujours

ainsi ; lorsqu'une chose peut être faite de deux manières, elle se fait presque toujours de la façon qui nous a para la moins naturelle : la transmission a lieu plus facilement par la pluie et par les brouillards que dans le temps sec. La pluie, que dans la langue télégraphique on appelle un brumaire et qai est un obstacle invincible pour les télégraphes ordinaires , est loin d'être nuisible pour la transmission des dépêches par la télégraphie électrique.

11 serait facile d'expliquer comment cela arrive. Je ne crois pas que la Chambre soit disposée à entendre , en ce moment, des explications de cette nature ; mais vous pouvez regarder le fait comme certain : ce qu'on avait redouté comme un inconvénient a été reconnu , par l'expérience , comme un avantage : la transmission se fait mieux par des temps de brouillard et de pluie que par des temps de sécheresse. Ainsi vous pouvez être en communication assurée, par la télégraphie électrique, entre les deux extrémités de la ligne de jour et de nuit , à tous les instants et presque par tous les temps.

On a parlé de l'usage qu'on pourrait faire de la télégraphie électrique pour venir au secours des compagnies de chemins de fer ; on a aussi émis la crainte de voir faire abus de ce moyen de communication rapide.

Messieurs , ce ne sera pas , si l'on veut , le fil du gouvernement qui servira aux compagnies, ce sera un fil auxiliaire et il y aura des appareils auxiliaires auxquels on pourra interdire des signaux très-variés. Que peuvent avoir à dire les compagnies pour le service de la ligne? Peu de choses : un convoi est parti ; nous avons besoin d'une locomotive; tel accident est arrivé; nous avons

besoin d*eau. On pourra donc* vous le voyez, attacher au fil dont se servira une compagnie un nombre très-borné de signaux.

Je ne prétends pas que ce que je dis là soit une solution définitive ; mais les difficultés s* amoindriront à mesure i|U'on étudiera la question.

En Amérique on se sert de la télégraphie électrique pour des communications particulières, et on n'y a reconnu aucun inconvénient. Pourquoi n'arriverait-on pas à employer aussi en France le télégraphe électrique dans les correspondances particulières.

J'ajouterai, pour rassurer les personnes qui doutent de la rapidité de la transmission électrique , qu'il est prouvé par des expériences incontestables, que l'électricité se meut dans les fils de métal avec une vitesse de plus de 77,000 lieues par secondCt

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