‹ Œvres complètes de François AragoChapitre 56 sur 72 · J. FABRICATION ARTIFICIELLE DES CHAUX HIDRADUQUES · texte numérisé non relu

J. FABRICATION ARTIFICIELLE DES CHAUX HIDRADUQUES

La chaux, soit à l'état de pureté, soit, plus ordinairement, mêlée à d'autres matières, est le moyen dont on fait usage depuis les temps les plus reculés pour lier entre elles les pierres, et, en général, toutes les parties constituantes des bâtisses.

Si la chaux ne s'offre nulle part isolée sur l'écorce du globe, par compensation, les roches d'où on peut l'extraire à l'aide de simples grillages, les roches calcaires,

existent presque partout Aucun minéral n'est plus répandu dans la nature.

Il est rare que les pierres calcaires soient entièrement pures, ou exclusivement composées de chaux et d'acide carbonique. Leur pâte est ordinairement mêlée, d'une manière intime, à de la silice, à de Talumine, à de la magnésie, à du fer oxydé, à de Toxyde de manganèse, etc. De là les dénominations adoptées par les minéralogistes, de calcaires argileux, magnésiens, ferrugineux, manganésiens, etc.

Ces calcaires fournissent, par la cuisson, des chaux très -diverses. Les constructeurs en distinguent plusieurs espèces : les chaux grasses, les chaux maigres, les chaux hydrauliques.

Les chaux grasses foisonnent beaucoup quand on les éteint : elles doublent alors de volume et au delà. Ce serait une propriété très- précieuse sous le rapport de réconomie; mais les chaux grasses restent longtemps molles, surtout au centre des maçonneries, partout où elles sont privées du contact de Fair; mais les chaux grasses se dissolvent jusqu'à leurs dernières parcelles dans les eaux fréquemment renouvelées, dans les eaux pures; mais cette dissolution de la chaux transforme à la longue en monceaux de pierres sèches des murs de (juai, par exemple, qu'on croyait convenablement maronnes et d'une grande solidité.

Fautr-il montrer, par des citations, que le mortier fait avec de la chaux grasse n'acquiert point de consistance (|uand il est à l'abri du contact de l'air? Nous dirons que M. le général Treussart ayant eu à reconstruire à Straa-

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bourg, ea 1822, ie aoubassement d*im bastion qai datait de 1666, y trouva le mortier tout aussi frais qne si les maçons reusaoDi posé dqpois queues heures sealement. Pareille chose fut observée à fierlii) par les architectes qui démolirent naguère un des piliers, de neuf mètres de diamètre, de la tour de Saint-IPierre, bfttie depuis environ 60 ans.

Nous demande-t-on de prouver qu'un courant d'eau vive dissûoi rapidement la chaux grasse des maçonneries et en compromet la solidité? Nous invoquerons, pour ebojfiir entre mille exemples, la démolition des restes des aAcieBtMB échises de la YUaise. Pendant cette opération, on reconnut que, par suite de la dissolution de la chaux grasse, il ne restait plus derrière les revêtements qœ^ des masses sans liaMm, que de sknpies murs de pierre sèche.

La chaux maigre a tous les défauts des chaux grasses, et, de pius, comme son nom l'indique, elle foisonne à peine, ijussi évite-^t-on, autant que possiUe, <l*en faire

Les constructeurs qui désirent donner de la durée à leurs QMivres, doivent employer exdnsivement de la chaux hydraulique, particulièrement lorsque les fondations reposent sur UD terrain humide.

On appelle chaux hydrauliques celles qui se solidifient promptement dans Teau. Cette propriété ne se naontre pas toujerurs au même degré. Les plus caractérisées des chaux hydrauliques font prise du second au quatrième jour d'immeratffli ; au bout d'un mois, ces chaux sont fort (kires et complètement insolubles; dans le sixième

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mois, elles se comportent comme certaines pierres calcaires ; 4e choc les brise en éclats , leur cassure esit écailleuse.

Les calcaires naturels ne se distinguent en général les uns des autres» par auciin caractère physique particulier de texture, de dureté, de pesanteur spécifique, de ooIih ration^ qui puisse faire prévoir d'avaûace queUe ;eBpè€e de chaux ils fourniront. Les chaux grasses, okaii^^, hydrauliques, sont indistinctement blanches, crises, fauves, rousses, etc. C'est dans la composition intime des roches, c'est dans la nature et la proportion de leurs principes consiiluants , que les chimistes ont dierché les causes léeUes de ThydraïuUcité.

11 est inen avéré depuis longtemps , que les calcaires les pdus purs, les marbres statuaires primitifs ou saccbairoides, les marbres de Paros, de Carrare, donnent toujottiis, par la calcination, de la chaux grasse ; on a su de bonne heure aussi que la propriété de durcir sous Teaii est communiquée à la chaux, par des matières particulières qui se trouvent disséminées dans le tissu de la roche calcaire d'où la chaux a été tirée. Mais quelles sont ces matières, et en quelles proportions devaient- elles exister dans la roche pour que Tfaydraulicité apparût à un degré sufiœant? Sur ce point, les opinions ont été très-longtemps flottantes.

Bergman, car de très^grands chimistes s'occupèrent de la question, attribuait les propriétés caractéristiques des chaux hydrauliques à la présence, dans ces chaux, d'une petite proportion d'oxyde de manganèse.

Goyion de Morveau adopta les idées de son illustre ami.

Il était évident, toutefois, que Thypothèse des deux chimistes ne révélait pas, du moins d'une manière générale, le secret de Thydraulicité ; on connaissait, en effet, des chaux hydrauliques naturelles dans lesquelles n^existait pas une trace d*oxyde de manganèse. Il a même été constaté que cet oxyde ne possède point la propriété qu'on lui attribuait. Une écluse construite en Suède, d'après les idées de Bergman, avec un mortier composé de chaux grasse et de manganèse, manquait tellement de solidité, qu'il fallut la détruire très-peu de temps après son achèvement.

Les plus anciennes études que nous connaissions sur les compositions des chaux hydrauliques, datent de l'année 1756, c'est-à-dire de l'époque où Sroeaton se préparait à la construction si difficile, si hardie, du phare d'Ëdystone. Ce célèbre ingénieur examina alors avec le soin le plus scrupuleux la chaux hydraulique naturelle d' Aberthaw ( comté de Glarmorgan ) . Cette chaux jouissait en Angleterre d'une certaine célébrité. Traitée par les acides, elle laissa un résidu « qui paraissait être une glaise bleufttre, pesant environ i/8 du poids total de la pierre. » La couleur rougefltre que ce résidu acquit par la cuisson, fit croire à Smeaton que la roche calcaire d' Aberthaw (on l'appelait déjà du lias) contenait aussi du fer.

Saussure publia, en 1786, dans le second volume de son célèbre voyage, quelques réflexions tendant à attribuer l'hydraulicité des chaux de Saint-Gingolph , en Savoie, à l'influence combinée du manganèse, du quartz et même de l'argile contenus dans le tissu des roches cal-

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caires de cette localité. Ajoutons, dans l'intérêt de la vérité, que Tillustre naturaliste laissa ses opinions à J'état de simples conjectures.

Encore une citation, et nous aurons parcouru Tensemble des recherches qui ont précédé les travaux de M. Vicat.

M. ringénieur des naines Collet-Descostils, ayant découvert, en 1813, une quantité notable de matière siliceuse très-<livisée dans la chaux de Senonches , attribua à l'action de la silice l'hydraulicité si forte et si renommée de cette chaux.

Que manquait-il aux conjectures de Smeaton, de Saussure, de Descostils? Il leur manquait ce qui transforme de simples conjectures en principes incontestables ; il leur manquait la précision, la netteté, ces constants attributs de toute vérité bien établie; il leur manquait d'être éclaircies, rectifiées, et de passer enfin , par l'impulsion d'une main puissante, de la région vague, nébuleuse des rêveries, dans le domaine des applications.

Dès ses premiers essais, M. Yicat fit usage de la synthèse. Quiconque avait remarqué combien l'état cristallin, l'état moléculaire peut modifier les propriétés physiques de certains corps, ne devait attacher qu'une confiance bornée aux conséquences qui, dans l'intérêt de l'architecture, semblaient découler de l'analyse chimique des chaux. Les expériences de M. Yicat allèrent, au contraire, directement au but.

La chaux naturelle de Senonches était le type de la perfection ; M. Vicat composa une chaux artificielle supérieure à celle de Senonches. 11 obtint ce résultat capital

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