V.— IL
en faisant calciner, dans des proportions convenablement choisies, de la craie ou de la chaux pure mêlée à de Targile.
Par cette expérience, la lumière succédait à l'obscucurité, la certitude au doute ; Tart de bâtir venait de s'enrichir d'une admirable découverte.
Nous ne supposons pas que cette qualification d'admirable découverte puisse être contestée. Nous ne saurions croire que le désir, malheureusement si commun , de dépouiller un contemporain au profit de la réputation d'un mort, décide personne, dans cette circonstance, à exagérer le mérite des essais, des hypothèses, des conjectures qui précédèrent les travaux de l'ingénieur du pont de Souillac. Sans cela nous prouverions, par des rapprochements sans réplique, que M. Vicat n'a pas été moins réellement inventeur sur la question des chaux hydrauliques, que ne le fut Newton quand il publia la théorie de la composition de la lumière blanche , que ne le fut Franklin lorsqu'il proposa les paratonnerres au monde civilisé. Le célèbre Smeaton essayant infructueusement de rendre de la chaux grasse hydraulique par une addition d'argile sans préparation; Smeaton méconnaissant, après ses essais multipliés, la nécessité de la cuisson de Tar^ile, montra d'ailleurs, beaucoup mieux que tous les raisonnements ne sauraient le faire, Timmense distance cpi sépare de simples aperçus d^une découverte réalisée et complète.
M. Vicat a étendu ses heureuses investigations à tout ce qui concerne le rôle que la chaux peut jouer dans les maçonneries ; ainsi, Part du chaufournier, l'art de chasr
ser le plus sûrement et le plus économiquement possible l'acide carbonique, un des principes constituants des roches calcaires, est redevable d'importantes remarques aux travaux de notre célèbre ingénieur ; ainsi, après les directions précises que ces travaux renferment, personne ne pourrait hésiter sur les essais à faire, pour prévoir à coup sûr les qualités que développeront à la longue de» échantillons de chaux donnés; ainsi, ceux qui voudront savoir quel procédé il importe de suivre pour éteindie le3 chaux de diverses catégories, consulteront avec beaucoup de fruit les résultats des expériences de M. Vicat; ainsi, le choix des matières qui concourent avec les chaux de toute nature à la fabrication des mortiers, ne sera plus livré à une aveugle routine.
Le besoin d'abréger nous impose l'obligation de faire seulement mention de cette partie» d'ailleurs si intérêt* santé, des recherches de M. Yicat. Nous supprimon/s aussi, par le même motif, l'adalyse- des considérations théoriques très-délicates, à l'aide desquelles notre ingé' njeur explique l'action graduelle et longtemps prolongée des chaux, sur les matières qu'on mêle à elles pour en faire du mortier.
Nous regrettons d'autant plus d'être forcé de nous restreindre, qu'il nous eût été particulièrement agréable de rendre pleine justice aux très-belles expériences d^ M. Berthier, un des plus habiles chimistes dont lia France puisse s'honorer.
IL CUCENTS.
M. Yicat s'est également occupé avec succès des ciments.
Les architectes distinguent les ciments des mortiers d'après Taspect physique. Le sable contenu dans le mortier y existe à l'état de mélange, sous forme de gravier plus ou moins grossier, plus ou moins apparent. La pâte du ciment paraît homogène , quoiqu'elle renferme , à la fois, de la chaux, de la silice et de l'alumine.
Aucune matière n'a joui de plus de célébrité parmi les constructeurs, que le produit connu encore aujourd'hui sous le nom de ciment romain.
Ce ciment qui, à l'origine, s'appelait ciment aquatique, fut fabriqué, dès l'année 1796, par MM. Parker et Wyatts. Il était le résultat de la torréfaction de certains galets calcaires ovoïdes qu'on trouve, en assez grande abondance, à quelque distance de Londres.
Le ciment romain, gâché en pâte un peu consistante, se solidifie en quelques minutes à l'air ou dans l'eau. Il est certains travaux, le tunnel sous la Tamise par exemple, qui n'auraient pas pu être exécutés sans ciment romain. Dans d'autres circonstances, cette solidification trèsrapide devient un obstacle réel. On remplace alors le ciment par du mortier hydraulique dont le prix est d'ailleurs beaucoup moins élevé.
Parker et Wyatts fabriquaient leur ciment romain et le vendaient à toute l'Europe; les constructeurs en faisaient usage ; mais ni les uns ni les autres ne se rendaient
compte de la cause réelle de ses singulières propriétés. La découverte de cette cause appartient, ce nous semble, incontestablement à M. Vicat. Nous trouvons, en effet, qu'après avoir indiqué la proportion d'argile cuite qui rend une chaux hydraulique, l'habile expérimentateur publiait, en 1817, cette remarque catégorique :
• Lorsque l'on force cette dose (la dose d'argile) jusqu'à S3 ou 40 p. 0/0, on obtient une chaux qui ne s'éteint* pas; mais elle se pulvérise facilement et donne, quand on la détrempe, une pâte qui prend corps sous l'eau trèspromptement. »
La proportion d'argile précitée est justement celle de la matière qui sortait des fours de MM. Parker et Wyatts. M. Vicat fit donc de toutes pièces, dès 1817, non-seulement de la chaux hydraulique, mais encore du ciment romain.
La mîsôion de vos commissaires ne comporterait pas la citation de faits purement scientifiques ; aussi s'empressent-ils de remarquer que la découverte de notre ingénieur sur les ciments est entrée largement dans le domaine des applications. Ici, comme à l'occasion des chaux hydrauliques, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, la géologie, éclairée par M. Vicat sur l'importance industrielle des calcaires fortement argileux, a tourné de ce côté ses utiles investigations, et les constructeurs français, naguère tributaires de l'Angleterre, connaissent aujourd'hui une multitude de localités où ils peuvent préparer du ciment romain. M. Vîcat, pour son compte, en a signalé plus de 400. Cette nouvelle industrie est exploitée avec avantage dans beaucoup de nos départements.
Wt CHAUX ET MaRTIERS HYDRAULIQUES.
Si les bornes de ce rapport nous le permettaient, nous pourrions citer ici plusieurs personnes qui se sont rendues recomraandables par la découverte de carrières de ciment romain, et, entre autres, un habile ingénieur des ponts et chaussées que la Chambre des députés a compté ptnm ses membres, M. Tingénieur en chef Lacordaire.