‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 1031 sur 1131 · A M*' CERATI · texte numérisé non relu

A M*' CERATI

J'apprends, monseigneur, par votre lettre, que vous êtes arrivé heureusement à Pise. Comme vous ne me dites rien de vos yeux, j'espère .qu'ils se seront fortifiés. Je le souhaite bien , et que vous puissiez jouir agréablement de la vie pour vous et pour les délices de vos amis. Vous m'exhortez à publier... Je vous exhorte fort vous-même à nous donner une relation des belles réflexions que vous avez faites dans les divers pays que vous avez vus. Il y a beaucoup de gens qui payent les chevaux de poste ; mais il y a peu de voyageurs , et il n'y en a aucun comme vous. Dites à l'abbé Niccolini qu'il nous doit un voyage en France; et je vous prie de l'assurer de l'amitié la plus tendre.

Je voudrais bien pouvoir vous tenir tous deux dans la terre de la Brède , et là y avoir de ces conversations que l'ineptie ou la folie de Paris rendent rares. J'ai dit à M. l'abbé Venuti que ses médailles étaient vendues. Nous avons ici l'abbé de Guasco , qui me tient fidèle compagnie à la Brède. Il me charge de vous faire bien des compliments. Il faut avouer que

cours à son père dans la composition de V Esprit des Lois, par les lectures journalières qu'elle lui faisait pour soulager son lecteur ordinaire. Les livres même les plus ingrats à lire , tels que Beaumanoir, Joinville, et autres de cette espèce, ne la rebutaient point; elle s'en divertissait même, et égayait fort ces lectures en répétant les mots qui lui paraissaient risibles.

1 Titre des premiers magistrats de la ville de Bordeaux. II» firent ce présent à l'abbé Venuti, pour lui marquer la reconnaissance de la ville pour les inscriptions et autres compositions qu'il avait faites à l'occasion des fêtes données à Bordeaux au passage de madame la dauphine , fille du roi d'Espagne.

2 Ce sont les mêmes dont il est parlé dans la lettre précédente.

LETTRES

ï'îtalïe est une belle chose , car tout le monde veut l'avoir. Voilà cinq armées qui vont se la disputer. Pour notre Guienne , ce ne sont que des armées de gens d'affaires qui en veulent faire la conquête , et ils la font plus sûrement que le comte de Gages. Je crois qu'à présent il se fait bien des réflexions sous la grande perruque du marquis d'Orméa. Je n'irai à Paris d'un an tout au plus tôt. Je n'ai pas un sou pour aller dans cette ville , qui dévore les provinces , et que l'on prétend donner des plaisirs , parce qu'elle fait oublier la vie. Depuis deux ans que je suis ici , j'ai continuellement travaillé à la chose dont vous me parlez * ; mais ma vie avance , et l'ouvrage recule à cause de son immensité : vous pouvez être bien sûr que vous en aurez d'abord des nouvelles. On m'avertit que mon papier finit. Je vous embrasse mille fois.

De Bordeaux , le 16 juin 1745.

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