CHAPITRE VI
Comment on supplée à la vertu dans le gouvernement monarchique.
Je me hâte et je marche à grands pas, afin qu'on ne croie pas que je fasse une satire du gouvernement monarchique. Non : s'il manque d'un ressort, il en a un autre. U honneur 9 c'est-à-dire le préjugé de chaque personne et de chaque condition,
r Je parle ici de la vertu publique , qui est la vertu morale , dans le sens qu'elle se dirige au bien général ; fort peu des vertus morales particulières , et point du tout de cette vertu qui a du rapport aux vérités révélées. On verra bien ceci au liv. V, ch. II.
2 Entendez ceci dans le sens de la note précédente.
3 « Il ne faut pas , y est-il dit , se servir de gens de bas lieu : ils sont trop austères et trop difficiles. »— Voici les propres paroles du prétendu testament; c'est au chap. iv : « On peut dire hardiment que, de deux personnes dont le mérite est égal celle qui est la plus aisée en ses affaires est préférable à l'autre, étant certain qu'il faut qu'un pauvre magistrat ait l'âme d'une trempe bien forte , si elle ne se laisse quelquefois amollir par la considération de ses propres intérêts. Aussi l'expérience nous apprend que les riches sont moins sujets à concession que les autres , et que la pauvreté contraint un pauvre officier à être fort soigneux du revenu de son sac. »
(YOLT.)
prend la place de la vertu politique dont j'ai parlé, et la représente partout. Il y peut inspirer les plus belles actions; il peut, joint à la force des lois, conduire au but du gouvernement, comme la vertu même.
Ainsi, dans les monarchies bien réglées, tout le monde sera à peu près bon citoyen , et on trouvera rarement quelqu'un qui soit homme de bien ; car, pour être homme de bien « , il faut avoir intention de l'être, et aimer l'État moins pour soi que pour lui-même.