‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 5 sur 1131 · PAR M. C. A. WALCKENAER · texte numérisé non relu

PAR M. C. A. WALCKENAER

Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, naquit près de Bordeaux, le 18 janvier 1689 , dans le château de la Brède x, où il passa son enfance , et composa des ouvrages qui lui ont acquis une gloire qui ne périra jamais. La terre de Montesquieu était depuis longtemps dans sa famille : elle avait été achetée, en 1561, par son trisaïeul , Jean de Secondât , sieur de Roques , maître d'hôtel de Henri II , roi de Navarre. Cette terre fut érigée en baronie par Henri III, roi de Navarre (depuis roi de France sous le nom de Henri IV) , en faveur de Jacob de Secondât, fils de Jean , « pour « reconnaître , disait le roi , les bons , fidèles et si- « gnalés services qui nous ont été faits par lui et les « siens. » Jean Gaston de Secondât, second fils de Jacob , ayant épousé la fille du premier président du parlement de Bordeaux , acquit , dans cette compagnie , une charge de président à mortier. Il eut plusieurs enfants, dont un entra dans le service, s'y distingua, et le quitta de bonne heure; ce fut le père de Charles de Secondât , auteur de Y Esprit des Lois.

Ces détails de généalogie et de famille , qu'on s'épargne ordinairement quand on écrit la vie des grands hommes, ne pouvaient être passés sous silence dans celle de Montesquieu , dont les ouvrages et la conduite ont fait voir souvent qu'il n'était pas indifférent aux prérogatives de sa naissance , et aux privilèges attachés à ses possessions seigneuriales. Les plus grands génies , les hommes que la nature a distingués des autres par les plus fortes empreintes d'originalité, subissent cependant l'influence des circonstances qui ont précédé leur naissance , et accompagné leur première éducation.

1 Cette seigneurie de la Brède avait été acquise depuis peu par la maison de Secondât, et était encore , en juin 1682 , une propriété de la maison de Lisle. Vovez Variétés bordelaises Tom. iv, pag. 243. '

Dès son enfance , Montesquieu annonça une vivacité d'esprit qui aurait pu faire présager ce qu'il de vait être un jour. Son père mit tous ses soins à cultiver les heureuses dispositions d'un fils, objet de son espérance et de sa tendresse. Il le destina à la magistrature; et, dès sa plus tendre jeunesse, Montesquieu employa l'activité de son esprit à étudier l'immense recueil des différents codes, à saisir les motifs, et à démêler les rapports compliqués de tant de lois obscures ou contradictoires. Son goût pour l'étude était insatiable , et s'il fut la source de sa gloire, il fut aussi celle de son bonheur. Il aavoué qu'il n'avait jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'eût dissipé. Il se délassait , avec les livres d'histoire et de voyages , de ses travaux les plus arides sur la jurisprudence; mais surtout, il savourait avec délices les productions des siècles classiques de la Grèce et de Rome : « Cette antiquité m'enchante, dit-il; et je « suis toujours prêt à dire avec Pline : C'est à « Athènes que vous allez , respectez les dieux. »

Ce fut en quelque sorte la reconnaissance qu'il avait pour les anciens qui le porta, dès l'âge de vingt ans , à entreprendre son premier ouvrage : il l'avait composé en forme de lettres ; il cherchait à prouver que l'idolâtrie de la plupart des païens ne semblait pas mériter une damnation éternelle. Montesquieu ne fit point paraître cet écrit. Déjà le jugement dominait en lui le talent , et lui apprenait que ce qu'il produisait alors n'était pas digne de se placer à côté de ce qu'il pourrait produire un jour.

Il fut reçu conseiller au parlement de Bordeaux le 24 février 1714. Un oncle paternel, président à mortier dans ce parlement, ayant perdu un fils unique , et voulant conserver dans son corps l'esprit de dignité qu'il avait tâché d'y répandre, laissa ses biens et sa charge à Montesquieu, qui fut nommé président à mortier, le 13 juillet 1716. Quelques an* nées après, en 1722, il fut chargé de présenter des

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remontrances que le parlement de Bordeaux crut devoir faire relativement à un impôt sur les vins : il exposa avec force la misère du peuple , et obtint la justice qu'il demandait; mais cette concession fut de courte durée, et l'impôt supprimé reparut sous une autre forme.

Il n'était pas moins zélé pour la gloire de ses compatriotes que pour leurs intérêts. Une société d'hommes, unis par leur goût pour la musique et les ouvrages de pur agrément, fonda une académie à Bordeaux, en 1716. Montesquieu, qu'elle admit dans son sein, entreprit défaire, de cette coterie de beaux esprits, une société savante. Le duc de la Force, protecteur de cette académie , le seconda dans ses vues. On jugea, dit d'Alembert, qu'une expérience bien faite serait préférable à un discours faible ou à un mauvais poëme; et Bordeaux eut une académie des sciences. Montesquieu paya son tribut , comme membre de cette nouvelle compagnie, en y lisant quelques écrits sur l'histoire naturelle. Il avait un goût particulier pour ce genre d'étude, mais sa constitution physique lui refusait les moyens d'observation qui en sont la base. Non-seulement sa vue était courte, mais il l'avait faible ; et cette infirmité augmenta tellement en lui avec les années, que vers la fin de sa vie il devint presque aveugle. Remarquons aussi qu'à l'époque où Montesquieu s'appliqua à l'histoire naturelle , les principes fondamentaux de cette science n'étaient pas encore posés. Il y fit peu de progrès , et peut-être eût-il mieux valu qu'il n'eût pas tenté de la connaître ; car il en a fait une fois , dans son immortel ouvrage , une application fausse et presque puérile. Cependant son génie lui faisait pressentir les rapports de cette science avec la richesse des nations , les révolutions des empires , les besoins et les jouissances de l'homme en société. Il aurait voulu remplir une lacune dans les connaissances humaines , dont il appréciait toute l'étendue. C'est ce que prouve le projet d'une Histoire physique de la terre ancienne et moderne, qu'il fit imprimer en 1719 , et qu'il répandit par la voie des journaux, en invitant tous les savants de l'Europe à lui communiquer leurs mémoires et leurs observations sur ce sujet.

Mais bientôt il sentit que , si l'esprit de l'homme ne connaît ni obstacles, ni limites, sa vie est bornée à un petit nombre d'années , et qu'il est contraint de se renfermer dans le cercle que le temps trace autour de lui. Montesquieu, abandonnant ses recherches en histoire naturelle, s'adonna donc exclusivementaux sciences morales et historiques, vers lesquelles l'entraînaient la pente de son génie, ses

premières études, et ses fonctions comme magistrat. Il lut successivement, à son académie de Bordeaux , une dissertation sur la Politique des Romains dans la religion, prélude de l'ouvrage qu'il devait publier un jour sur le peuple le plus étonnant de l'histoire ; un Éloge du duc de la Force , et une Vie du maréchal de Berwick : ce dernier morceau rappelle la manière de Tacite ; mais nous dirons , à la fin de cet article, tout ce qui lui manque pour pouvoir être comparé à un chef-d'œuvre du même genre de ce grand historien.

Ces divers essais de Montesquieu, historiques, moraux ou scientifiques , n'annonçaient nullement l'ouvrage par lequel, à l'âge de trente-deux ans, il signala son entrée dans la carrière littéraire, les Lettres persanes ; elles parurent en 1721. Il est bien certain que le cadre ou l'idée première de ce livre est emprunté du Siamois des Amusements sérieux et comiques de Dufresny; mais, dans les ouvrages d'esprit, l'idée première est peu de chose en comparaison de l'exécution. Pour expliquer le prodigieux succès qu'eurent les Lettres persanes, et l'influence qu'elles exercèrent, il ne suffit pas de remarquer qu'on y trouvait, sous une forme plus appropriée à tous les lecteurs , les divers genres de talent que l'auteur a développés dans des ouvrages plus utiles et plus sérieux; il faut encore se rappeler à quelle époque ce livre Darut. Des guerres désastreuses , des persécutions cruelles , des hivers rigoureux , la famine et la misère des peuples , qui est la suite de tous ces fléaux, avaient attristé la fin du règne de Louis XIV. Durant les brillantes années de ce règne , le peuple français , soumis et reconnaissant envers un roi qui l'avait élevé au premier rang parmi les nations, enivré de ses succès et de sa gloire, était resté comme en contemplation devant sa propre grandeur. Lorsqu'ensuite les malheurs publics eurent excité les mécontentements , l'habitude de l'obéissance et fa crainte qu'inspirait un monarque dont l'âge ni les revers ne faisaient point fléchir la volonté , maintinrent tout autour de lui dans un respectueux silence; mais quand il fut descendu dans la tombe, la nation sembla se dédommager de la contrainte qu'on avait exercée sur elle , et ne fut que trop puissamment secondée par le régent qui avait pris les rênes du gouvernement : le libertinage succéda à la dévotion, l'effronterie à l'hypocrisie, la familiarité au respect, l'audace à la soumission. La liberté de tout dire et de tout écrire avec impunité portait à examiner ou à combattre tout ce qui avait été consenti sans opposition ou approuvé avec enthousiasme. C'est au milieu de cette effervescence des esprits que

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parut le livre des Lettres persanes ; il avait, par sa forme, tout l'attrait d'un roman : on y trouvait des détails voluptueux et des sarcasmes irréligieux , qui flattaient le goût du siècle pour les plaisirs et son penchant à l'incrédulité ; on y lisait des jugements pleins de hauteur et de dédain sur Louis XIV et sur son règne, qu'on cherchait dès lors à déprécier : mais on ne pouvait méconnaître non plus dans ce livre un ardent amour pour le bonheur de l'humanité , un zèle courageux pour le triomphe de la raison et de la vertu ; des aperçus lumineux sur le commerce, les droits publics, les lois criminelles, et sur les plus chers intérêts des nations; un coup d'ceil pénétrant sur les vices des sociétés et sur ceux des gouvernements : il annonçait enfin un penseur profond, qui surprenait d'autant plus que, loin de se complaire dans sa force , il ne semblait occupé qu'à la déguiser sans cesse, en se couvrant du masque de la frivolité. Ce qui surtout , dans ce livre , se trouvait à la portée de tout le monde, et enlevait tous les suffrages , c'était cette satire si animée , si fine , si gaie , si spirituelle de nos mœurs et de nos travers; c'était ce style toujours vif , brillant, plein d'heureuses réticences , de contrastes inattendus , et dont la piquante ironie s'élevait quelquefois jusqu'à la plus énergique éloquence. Le voile de l'anonyme dont l'auteur de cette production sut pendant quelque temps se couvrir, contribua encore à irriter la curiosité publique. Quand on sut que c'était l'un des présidents d'une des principales cours souveraines du royaume , l'opposition qui existait entre cet écrit et la profession grave de l'écrivain , dans ce siècle avide de scandale, contribua encore à son succès : il fut prodigieux, et Montesquieu lui-même se vante malignement qu'à cette époque les libraires allaient tirer par la manche tous ceux qu'ils rencontraient , en leur disant : « Monsieur, faites-nous « des Lettres persanes ; » comme si rien n'avait été plus facile que de faire des Lettres persanes !

Il est curieux, et peut-être utile, de remarquer que l'auteur de ces lettres a cependant manqué du talent épistolaire proprement dit; il ne faut pas croire qu'il le dédaignât : dans sa correspondance avec le président Hénault, il témoigne, au contraire, le regret de ne pas le posséder. Le recueil des lettres de Montesquieu, que l'abbé de Guasco publia en 1767, n'en offre aucune qui soit remarquable : presque toutes sont fort courtes; la plupart ne sont que de simples billets. Elles n'intéressent que parce qu'on y trouve quelques détails qui nous font davantage connaître l'homme illustre qui les a écrites. On peut donner plusieurs raisons de cette singularité : d'a-

bord , la forte préoccupation sous l'influence de laquelle Montesquieu était presque toujours pour la composition de ses ouvrages ; son extrême vivacité , qui ne lui permettait pas de s'étendre dans une lettre au-delà de ce qui était nécessaire ; la faiblesse de se vue, qui le condamnait à écrire peu de mots à la fois, ou à se servir d'une main étrangère; enfin, son peu de facilité dans la rédaction , que démontre l'aspect de ses manuscrits chargés de ratures : toutes ces causes réunies le rendaient peu propre à un genre qui exige surtout de la facilité , de l'abandon et de la souplesse , le talent d'improviser ses pensées, et l'habitude de s'abandonner aux inspirations du moment.

Quatre ans après avoir publié les Lettres persanes, Montesquieu fit, en 1725, imprimer séparément le Temple de Gnide i , bagatelle ingénieuse , mais froide et sans intérêt , où l'esprit est prodigué , la grâce étudiée , et que madame du Deffant avait surnommée X Apocalypse de la galanterie. Au reste , nous voyons , par une lettre écrite à Moncrif , en 1738, que Montesquieu, longtemps après la publication du Temple de Gnide, ne voulait point consentir à avouer cette légère production, qu'il composapour l'amusement de la sociétéde mademoiselle de Clermont. Il dit, dans cette lettre , que le libraireéditeur le désobligerait beaucoup s'il allait mettre quelque chose dans son avertissement qui , directement ou indirectement , pût faire penser qu'il en fut l'auteur. « Je suis, ajoutait-il, à l'égard des ouvra- « ges qu'on m'attribue, comme madame Fontaine- « Martel était pour les ridicules ; on me les donne, « mais je ne les prends pas. » Cependant, même dans ce médiocre ouvrage , on remarque quelques traits qui décèlent Montesquieu; et, à ce sujet, la Harpe le compare à un aigle qui voltige dans des bocages , et resserre avec peine un vol fait pour les hauteurs des montagnes et l'immensité des cieux.

Cette même année, Montesquieu, à l'ouverture du parlement de Bordeaux , prdhonça un discours sur les devoirs des magistrats , des avocats , des procureurs et de tous ceux qui suivent la carrière du barreau. Ce discours , qui a été trop peu remarqué, est écrit d'un style abondant, plein d'onction, et s'éloigne de la manière ordinaire de Montesquieu ; il est de ce genre d'éloquence qui s'adresse encore plus à l'âme qu'à la raison. Cependant celui qui retraçait si bien les devoirs du magistrat, et en semblait si pénétré, se retira presque aussitôt, et peut-

1 La première édition du Temple de Gnide est in-I2, de 82 pages , chez Simart , libraire ; l'approbation est datée du 29 janvier 1725 : la petite pièce de Céphise etV 'Amour se trouve à la suite.

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être par cette raison même, de la magistrature. Montesquieu vendit sa charge en 1726. Le désir d'acquérir sa liberté et de se livrer entièrement a la philosophie et aux lettres , fut sans doute un de ses motifs ; mais la principale cause de cette détermination fut qu'il se trouvait , et qu'il était inférieur a ce qu'il devait être dans son emploi. Cette continuelle présence d'esprit, ce jugement prompt et facile, cette patience attentive qui suit dans tous ses détails les détours de l'intérêt privé; cette facilité d'élocution qui fait ressortir aux yeux des autres la vérité et lajustice, qu'on n'a qu'un instant pour discerner qu'un instant pour faire triompher; toutes ces qualités , indispensables dans un juge , manquaient entièrement à Montesquieu. Pour s'en convaincre, il suffit de ses propres aveux : il nous dit que tout son mérite , dans son métier de président , se réduisait a avoir le cœur droit, et à entendre assez bien les questions en elles-mêmes; mais qu'il n'avait jamais rien compris à la procédure, quoiqu'il s'y fût appliqué. Son accent gascon , dont il paraît avoir dédaigne de se corriger, sa voix claire et même un peu criarde, auraient nui aux meilleurs discours, s'il avait pu en prononcer sans préparation; mais il ne le pouvait pas. «Ma machine, dit-il, est tellement composée , a que j'ai besoin de me recueillir dans toutes les ma- « tières un peu abstraites. Sans cela mes idées se « confondent , et si je sens que je suis écouté , il me « semble que toute la question s'évanouit devant moi . « Plusieurs traces se réveillent à la fois ; et il résulte « de là qu'aucune trace n'est réveillée. La timidité, « dit-il encore, a été le fléau de toute ma vie; elle « semblait obscurcir jusqu'à mes organes, lier ma « langue , mettre un nuage sur mes pensées , déran- « ger mes expressions. » Avec de telles défectuosités on peut aspirer, du fond de sa retraite, à remuer le monde en composant des livres ; mais il faut renoncer à ces fonctions publiques qui exigent qu'on exerce, par la parole, une influence journalière sur les hommes.

Montesquieu, libre désormais de s'adonner tout entier à la philosophie et aux lettres, se présenta comme candidat pour la place vacante à l'Académie française , par la mort deM. de Sacy ; mais le cardinal de Fleury écrivit à l'Académie que le roi avait déclaré qu'il ne donnerait point son approbation à la nomination de l'auteur d'un ouvrage dans lequel se trouvaient des sarcasmes impies. « Alors , dit Vol- « taire, Montesquieu prit un tour fort adroit pour .. mettre le ministre dans ses intérêts : il fit faire , en ». peu de jours, une nouvelle édition de son livre, « dans lequel on retrancha ou on adoucit tout ce qui

« pouvait être condamné par un cardinal ou par un « ministre. M. de Montesquieu porta lui-même l'ou- « vrage au cardinal , qui ne lisait guère , et qui en lut « une partie : cet air de confiance , soutenu par l'em- « pressement de quelques personnes en crédit , ra- « mena le cardinal , et Montesquieu entra à l'Acadé- « mie. » Cette anecdote, insérée dans un ouvrage sérieux, le Siècle de Louis XIF, et attestée par le plus célèbre des contemporains de Montesquieu , à une époque où la plupart des amis de cet homme illustre vivaient encore, et qu'aucun d'eux n'a contredite, a été rejetée par les biographes modernes, comme tout à fait invraisemblable. Ils assurent , au contraire, que Montesquieu n'usa point d'un détour, selon eux, peu digne de lui ; qu'il ne voulut rien désavouer dans ses Lettres persanes , et qu'il fut rede- * vable de son admission aux instances du maréchal d'Estrées, son ami. Ceci n'est point exact. Montesquieu tenait au moins autant à la considération due à sa naissance, à son rang dans le monde, qu'à sa renommée littéraire; il fut à la fois consterné et offensé du refus du roi et de son ministre , et surtout des motifs de ce refus qui était une sorte de réprobation de l'autorité royale , relativement àlui et sa famille. « 11 « déclara au gouvernement , dit d'Alembert , qu'aie près l'espèce d'outrage qu'on allait lui faire, il irait « chercher chez les étrangers , qui lui tendaient les « bras, la sûreté, le repos, et peut-être les récom- « penses qu'il aurait dû espérer dans son pays. «Mais en ressentant d'une manière noble et ferme l'affront dont il était menacé, Montesquieu n'en reconnaissait pas moins ses torts; et il est certain qu'il désavoua, d'une manière quelconque, les lettres de son ouvrage qui fournissaient un motif légitime pour l'écarter d'une compagnie dont, par son institution , le roi était protecteur. Montesquieu ne fit rien en cela, quoi qu'on en ait dit, qui fût indigne de la franchise de son caractère. Jamais il ne s'était formellement déclaré l'auteur des Lettres persanes. Quand il fut pressé de les désavouer, il put, en se refusant à cette démarche, désavouer cependant celles de ces lettres qui n'étaient plus conformes à ce qu'il auraitpenséetécrit,lorsqu'onl'interpellasurce sujet.Lapreuve quetel était son sentiment se trouve dans les ouvrages qu'il a publiés depuis, qui contiennent des éloges sincères de la religion chrétienne ; et dans les démarches qu'il fit auprès des libraires qui réimprimaient ses Lettres persflme.vpour qu'ils en fissent disparaître ce qu'il appelait ses Juvenilm. D' Alembert, dans l'éloge de Montesquieu, qu'il a mis en tête d'un des volumes de l'Encylopédie, dit formellement que, dans la première édition des Lettres

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persanes , l'imprimeur étranger en avait inséré qui n'étaient pas de l'auteur ; cependant d'Alembert n'ignorait pas que ce fait était inexact , et que cette première édition était bien réellement conforme au manuscrit autographe. Si donc d'Alembert imprimait cela, même après la mort de Montesquieu, c'est que , dans l'intérêt de la mémoire de cet homme illustre , dans celui de sa famille , dans celui de l'Académie qui l'avait reçu , dans l'intérêt même du parti philosophique, dont d'Alembert était un des organes, et qui avait quelque ménagement à garder, on trouvait nécessaire de considérer celles des lettres persanes qui avaient été désavouées par Montesquieu , comme n'ayant pas même été écrites par lui. Le rapprochement de ces diverses circonstances démontre qu'il y a au moins un fond de vérité dans ce qu'a dit Voltaire , auteur mieux instruit sur l'histoire de son temps qu'on ne le pense communément, et que , sur sa réputation de légèreté , on se croit , à tort , autorisé à contredire légèrement.

Montesquieu prononça, le 24 janvier 1728, son discours de réception à l'Académie française. A cette époque , l'éloge du cardinal de Richelieu était , dans ces sortes de discours , une obligation à laquelle on ne pouvait se soustraire. Montesquieu a rempli cette obligation par une seule phrase qui n'a que huit lignes ; et ces huit lignes sont l'éloge le plus complet que l'on ait fait de ce grand ministre , et le seul qu'on ait retenu.

Montesquieu se mit ensuite à voyager, et visita presque tous les pays de l'Europe. Sa réputation le fit partout accueillir avec empressement. Il alla d'abord à Vienne , où il vit souvent le prince Eugène ; de là , il passa en Hongrie et ensuite en Italie ; il connut à Venise l'Écossais Law qui, du sein des grandeurs, de la célébrité et des richesses, était tombé dans l'obscurité, l'oubli et la pauvreté , et qui cependant s'occupait toujours à combiner son fameux système : il y entretint aussi le comte de Bonneval , qui n'avait encore parcouru qu'une partie du cercle de ses aventures romanesques. De Venise, Montesquieu se rendit à Rome , où il contracta des liaisons avec le cardinal Corsini , depuis pape sous le nom de Clément XII , et avec le cardinal de Polignac, auteur de \ Anti-Lucrèce. Qw prétend que Montesqui eu, avant de partir de Rome, alla faire ses adieux au pape Benoît XIV, et que celui-ci lui fit alors cadeau de bulles de dispense ; mais que , lorsqu'on présenta à Montesquieu la note des frais d'expédition de ces bulles, il refusa d'en payer le montant, disant qu'il aimait mieux s'en rapporter à la parole du saint père. De Rome, Montesquieu se rendit à Gênes; et

comme il ne trouva pas dans cette ville l'accueil et les plaisirs qu'il avait partout rencontrés , il exhala son humeur dans des stances cyniques, qu'il n'avait pas destinées à l'impression. Quoiqu'il eût le travers, ainsi que plusieurs prosateurs du dernier siècle , de faire peu de cas de la poésie, il a cependant composé en vers quelques bagatelles ingénieuses , où l'on remarque de l'esprit et de la délicatesse ; une des meilleures est le portrait de madame la duchesse de Mirepoix , qu'il fit à Lunéville, pour amuser le roi de Pologne. Montesquieu paraît même avoir versifié avec assez de facilité. On rapporte que se promenant un jour dans le jardin de Boileau, à Auteuil, dont le médecin Gendron , son ami , était devenu propriétaire, il improvisa ces deux vers :

Apollon , dans ces lieux , prêt à nous secourir, Quitte l'art de rimer pour celui de guérir.

De l'Italie , Montesquieu alla en Suisse ; il parcourut les pays arrosés par le Rhin, et s'arrêta quelque temps en Hollande. A la Haye, il retrouva milord Chesterfield, avec lequel il s'était lié à Venise d'une amitié toute particulière. Celui-ci lui proposa une place dans son yacht, pour passer en Angleterre; il accepta, et s'embarqua le 31 octobre 1729. Montesquieu résida deux ans en Angleterre, et fut recherché avec empressement par tout ce qu'il y avait de plus distingué dans ce pays. La société royale de Londres l'admit au nombre de ses membres, la reine d'Angleterre l'honora d'une bienveillance particulière : il lui adressa un jour une louange aussi fine que délicate, et faite pour flatter son amour-propre, et comme femme, et comme reine. Voici comment il a lui-même raconté cette anecdote. « Je dînais « chez le duc de Richmond; le gentilhomme ordi- « naire de la Boine, qui était un fat, quoique en- « voyé de France en Angleterre, soutint que l'An- « gleterre n'était pas plus grande que la Guienne : « je tançai mon envoyé. Le soir la reine me dit : Je « sais que vous nous avez défendus contre votre mon- « sieur de la Boine. — Madame, je n'ai pu m'ima- « giner qu'un pays où vous régnez ne fût pas un « grand pays. »

Montesquieu était trop distrait en société pour y briller beaucoup ; il avait rarement de ces reparties heureuses du genre de celle que nous venons de rapporter : on en raconte cependant encore une autre fort gaie , quoique impolie, que lui arracha un moment d'impatience qu'il eut contre quelqu'un qui s'efforçait de lui persuader une chose difficile à croire. « Si ce n'estpas vrai, lui disait avec force cet « importun, je vous donne ma tête. — Je l'accepte, « répondit aussitôt Montesquieu ; les petits présents

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« entretiennent l'amitié. «Montesquieu était, dans le commerce habituel , d'une gaieté douce et d'une vivacité toujours égale, simple et sans prétentions. « J'aime, disait-il , les maisons où je puis me tirer « d'affaire avec mon esprit de tous les jours. » Cependant il lui échappait quelquefois des saillies de réflexion qui décelaient la profondeur de son esprit; et quand il était animé, il racontait avec brièveté, mais avec feu et même avec grâce. Ses voyages lui avaient appris à se ployer à tous les goûts , à s'accommoder de tous les caractères. « Quand je suis « en France, dit-il, je fais amitié atout le monde; « en Angleterre, je n'en fais à personne; en Italie, « je fais des compliments à tout le monde; en Alle- « magne, je bois avec tout le monde. »

De retour dans sa patrie , Montesquieu se retira dans son château de la Brède. Il avait, soit avant, soit pendant ses voyages, fait imprimer en Hollande un opuscule intitulé : Réflexions sur la Monarchie universelle en Europe, dont il nous a été remis un exemplaire : cet opuscule a été inconnu jusqu'ici à tous ceux qui ont eu occasion de parler de Montesquieu ou de ses ouvrages. Lui-même, néanmoins, en fait mention dans un passage de Y Esprit des Lois r. Il paraît, d'après une note de sa main , qui se trouve en tête du seul exemplaire de cet opuscule que nous ayons vu, que Montesquieu craignit que quelques passages de cette brochure ne fussent mal interprétés , qu'il la corrigea dans le dessein de la faire imprimer ainsi , et qu'ensuite il ne jugea pas à propos de la livrer au public. Cet écrit tendait à prouver que, dans l'état des na-

1 Dans une note du liv. XXI, chap. xxtj, tom. II, pag 274, édition de Lequien, on lit ce qui suit : « Ceci a paru, il y a « plus de vingt ans, dans un petit ouvrage manuscrit de l'au- « teur, qui a été presque fondu dans celui-ci. » Cette note est singulière , et semblerait faire croire que Montesquieu avait fait tirer quelques exemplairs de cet opuscule pour donner à des amis. V Esprit des Lois parut en 1748 ; et si ces mots : il y a plus de vingt ans , sontexacts , cetopusculeserait au moins de 1727, et pourrait être plus ancien. Cependant ce calcul est incertain, caria note que nous citons ne se retrouve pas dans l'édition in-4° de VEspritdes Lois, imprimée à Genève, chez les frères Barillot, qui paraît être la première ; et même', dans cette édition, le 21e livre a quatre chapitres de moins que dans les dernières éditions. L'exemplaire de cet opuscule que nous avons sous les yeux, et qui appartient à M. Laine , ministre et membre de la chambre des députés, contient beaucoup de corrections qui sont de la main même de Montesquieu ; sur le faux-titre, il a écrit : « Ceci a été imprimé sur une mauvaise « copie; je le fais réimprimer sur une autre , selon les correc- « tions que j'ai faites ici ; » et sur la première feuille, il a mis encore : « J'ai écrit qu'on supprimât cette copie, et qu'on en « imprimât une autre, si quelques exemplaires avaient passé « de peur qu'on n'interprétât mal quelques endroits. » Les réclames qui sont au bas des pages, le papier et les caractères , tout indique une impression faite en Hollande ; il n'y a ni nom ae lieu, ni nom d'imprimeur. Cet opuscule a 44 pages in-i<> et ee compose de 25 réflexions détachées.

tions modernes de l'Europe, il était impossible, même au plus habile et au plus ambitieux des souverains, de fonder une monarchie universelle.

Dans le même temps que Montesquieu recherchait les obstacles qui s'opposaient, dans l'Europe moderne, à ce qu'un peuple pût établir sa domination sur tous les autres , il examinait , par la liaison nécessaire de ces mêmes idées, quelles étaient les causes de la prospérité et de la chute du peuple célèbre qui soumit à son orgueilleuse domination tous les États du monde civilisé et qui fit de la Méditerranée un lac de son vaste empire. Après deux ans de séjour dans sa retraite de la Brède, Montesquieu publia, en 1734, ses Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains , ouvrage remarquable, qui n'est pas le plus étonnant, mais qui est le plus parfait de tous ceux qui sont sortis de sa plume, et dans lequel son génie eut à lutter contre plusieurs hommes supérieurs, chez les anciens et chez les modernes , qui avaient traité le même sujet, principalement Polybe, Machiavel, Saint-Évremond et Bossuet. Mais Polybe, savant géographe , habile guerrier, négociateur adroit , penseur profond, est un historien prolixe et un écrivain médiocre. Machiavel avait choisi quelques faits de l'histoire romaine plutôt comme motifs que comme sujet principal de ses réflexionssur la politique. Saint- Évremond, plein d'aperçus ingénieux mais léger d'instruction, ne connaissant que médiocrement les faits , n'a pu les juger et les analyser que d'une manière incomplète. Bossuet, qui ne devait considérer l'histoire des Romains que comme une portion de celle du monde, en a saisi les principaux traits. Montesquieu est le seul qui ait embrassé ce grand sujet dans tous ses détails, le seul qui ait comparé tous les faits avec une laborieuse sagacité. Il n'en oublie aucun qui puisse donner matière à une pensée, et offrir un résultat; et cependant il a su tout resserrer dans un seul volume d'une grosseur médiocre. Le Dialogue de Sylla et d'Eucrate, qui se trouve à la suite de cet ouvrage, et en fait en quelque sorte partie, est un des morceaux où Montesquieu a déployé le plus d'éloquence. Cette éloquence, dit un de ses panégyristes, renouvelle, pour ainsi dire dans les âmes, la terreur qu'éprouvèrent les Romains devant leur impitoyable dictateur. Un autre morceau du même genre, plus court encore, mais non moins remarquable, est celui de Lysimaque : Montesquieu, dans cet écrit, a peint d'une manière sublime cette philosophie des stoïciens, qui élevait l'homme au-dessus des faiblesses de sa nature, et qui lui faisait braver avec joie et même

SUR LA VIE DE MONTESQUIEU

avec orgueil les cruautés des tyrans et les injustices du sort. Ce morceau fut envoyé, en 1751, au roi Stanislas, qui avait écrit à Montesquieu une lettre flatteuse, au sujet de sa nomination à l'académie de Nancy.

Les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains ne faisaient connaître qu'un seul peuple; et Montesquieu s'était depuis longtemps attaché à les étudier tous , à découvrir les causes des révolutions qui avaient successivement changé la face du monde, et à rechercher l'explication des lois et des coutumes qui avaient contribué à la prospérité des nations , ou causé leur décadence. Le succès du traité sur le peuple romain, qui n'était, en quelque sorte, qu'une portion détachée du vaste plan qu'il avait conçu , ne fit qu'accroître son ardeur pour l'exécution d'une si haute entreprise. Il y travailla encore quatorze ans. Tantôt il lui semblait qu'il avançait à pas de géant , tantôt qu'il reculait , à cause de l'immensité de la carrière qui lui restait à parcourir : « Enfin , dit-il , dans le cours « de vingt années , je vis mon ouvrage commencer , « croître , s'avancer et finir. » Avant de livret à l'impression cette production , qu'il intitula : Dz l'Esprit des Lois, Montesquieu crut devoir eonsuiterun de ses amis intimes, dont il estimait letalentetles lumières , et il lui envoya son manuscrit. Cet ami était Helvétius : celui-ci , après en avoir pris lecture , fut prodigieusement alarmé des dangers que courrait la réputation de Montesquieu , s'il mettait au jour une production aussi défectueuse. Il n'osa pas d'abord lui écrire; mais il le pria de vouloir lui permettre de communiquer le manuscrit qu'il lui avait envoyé, à un ami commun : c'était Saurin , auteur de Spartacus. Saurin porta , sur Y Esprit des Lois, le même jugement qu'Helvétius. Suivant eux, en faisant paraître ce livre , le célèbre auteur des Lettres persanes, dépouillé désormais de son titre de sage et de législateur, ne devait plus paraître aux yeux du public éclairé qu'un homme dérobe , un gentilhomme et un bel esprit. « Voilà, écrivait Helvétius, ce qui « m'afflige pour lui et pour l'humanité qu'il aurait « pu mieux servir. » Il fut convenu entre les deux amis, qu Helvétius écrirait à Montesquieu , pour lui rendre compte de ce qu'ils avaient éprouvé à la lecture de son manuscrit, pour l'engager à le revoir et à ne pas le publier dans l'état informe où il se trouvait. Saurin craignit que Montesquieu ne fût offensé ; mais Helvétius s'empressa de rassurer Saurin en ces termes : « Soyez tranquille, nos avis ne « l'ont point blessé : il aime , dans ses amis , la fran- « chise qu'il met avec eux. Il souffre volontiers les

« discussions; il répond par des saillies, et change « rarement d'opinions; je n'ai pas cru, en lui expo- « santles nôtres , qu'elles modifieraient les siennes : « mais , quoi qu'il en coûte , il faut être sincère avec « ses amis. Quand le jour de la vérité luit et dé- « trompe lamour-propre , il ne faut pas qu'ils puis- « sent nous reprocher d'avoir été moins sévères que « le public. » En effet, les conseils des deux amis de Montesquieu eurent sur lui si peu d'influence , qu'il envoya son manuscrit à l'impression sans y rien changer; il y mit cette épigraphe : Prolem sine matre creatam (Postérité sans mère) *, indiquant ainsi , avec raison , que son ouvrage n'avait point de modèle ; et il se félicita , dans sa préface , de n'avoir pas totalement manqué de génie.

Le succès ne trompa point la confiance qu'il avait en lui-même : ce succès fut tel , qu'ayant appris que son livre venait d'être défendu en Autriche, il put écrire les mots suivants, sans exagérer la vérité, au marquis deStainville, ministre de l'empereur d'Allemagne, à Paris2 : « Peut-être votre Excellence pensera -t-elle qu'un ouvrage dont on a fait, dans un an et demi , vingt-deux éditions , qui est traduit dans presque toutes les langues , et qui , d'ailleurs , contient des choses utiles, ne mérite pas d'être proscrit par le gouvernement. » Cette lettre est datée du 27 mai 1750; et en effet, Y Esprit des Lois n'avait paru que vers le milieu de l'année 1748. S'il fut beaucoup lu , beaucoup admiré , beaucoup loué, cet ouvrage , comme tous ceux qui font une grande sensation, fut aussi beaucoup critiqué. Madame du Deffant dit que ce n'était pas l'esprit des lois , mais de l'esprit sur les lois. Ce mot fit fortune : il avait justement le degré de vérité dont on se contente dans une épigramme. Ceux qui avaient approfondi les questions obscures de notre ancien droit public s'aperçurent que , quoique l'auteur de Y Esprit des Lois eût réfuté quelques paradoxes de l'abbé Dubos, il était tombé lui-même dans des erreurs graves. Ils virent que , n'ayant pas creusé à une assez grande profondeur, pour éclairer suffisamment lesbases du

1 On a prétendu que cette épigraphe, tirée d'un vers d'Ovide, était énigraatique. Si c'est une énigme, le mot ne nous en paraît pas difficile à trouver, et le sens que nous lui donnons nous semble évident. Dans un ouvrage intitulé : Nouveaux Mélanges de Madame Necker, on a prétendu encore que Montesquieu en donnait lui-même cette explication : « Un livre sur les lois doit être fait dans un pays de liberté ; la « liberté en est la mère , je l'ai fait sans mère. » Ce petit conte est invraisemblable.

2 La lettre est datée de Paris, et une note nous apprend que l'original était àRatisbonne, dans la bibliothèque du prince de la Tour-Taxis. Ce marquis de Stainville était ministre de l'empereur, mais seulement en sa qualité de grand-duc de Toscane : l'ambassadeur de l'empereur, à Paris , était alors le comte de KaunRz.

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