‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 876 sur 1131 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

Ce tribut affligea principalement les habitants des villes * : or, les villes étaient presque toutes habitées par des Romains.

Grégoire de Tours dit qu'un certain juge fut obligé , après la mort de Chilpéric , de se réfugier dans une église, pour avoir, sous le règne de ce prince, assujetti à des tributs des Francs qui, du temps de Childebert , étaient ingénus : Multos de Francis qui, tempore Childeberti régis, ingenui fuerant, publico tributo subegit 2. Les Francs qui n'étaient point serfs ne payaient donc point de tributs.

Il n'y a point de grammairien qui ne pâlisse en voyant comment ce passage a été interprété par M. l'abbé Dubos3. Il remarque que, dans ces tempslà, les affranchis étaient aussi appelés ingénus. Sur cela, il interprète le mot latin ingenui par ces mots, affranchis de tributs : expression dont on peut se servir dans la langue française, comme on dit affranchis de soins, affranchis de peines; mais, dans la langue latine, ingenui a tributis} libertini a trïbutis, manumissi tributorum, seraient des expressions monstrueuses 4.

Parthénius, dit Grégoire de Tours5, pensa être mis à mort par les Francs , pour leur avoir imposé des tributs. M l'abbé Dubos , pressé par ce passage, suppose froidement ce qui est en question : c'était , dit-il , une surcharge 6.

gine. (Grégoire de Tours, liv. VIII.) — Grégoire de Tours dit que ces rôles furent brûlés : Arreptis quoque libris descriptionum, incendio multiludo conjuncta cremavit. (Lib. V, cap. xxviii.) (P.)

1 Quœ conditio universis urbibus per Galliam constituas summopere est adhibita. (Fie de saint Aridius.)

2 Liv. VII.

3 Établissement de la monarchie française , tome III, ch. xiv, page 515.

4 L'abbé Dubos a rendu le mot ingenui par ceux de affranchis des tributs ; et effectivement il ne peut avoir d'autre sens dans Grégoire de Tours, où il s'agit de l'assujettissement aux tributs de gens qui précédemment en étaient affranchis, c'est-àdire exempts. En général, le mot ingenuus signifie homme libre : l'exemption des tributs n'est-elle pas une espèce de franchise? L'historien a rendu cette liberté par le terme d' ingénia; il aurait parlé plus correctement s'il se fût servi du mot immunes ; mais c'est une expression de son siècle , qui était le temps de la basse latinité. Si elle présente quelque chose d'équivoque , ce qui précède ne laisse aucun doute : car si toute la nation eût joui de l'affranchissement , Grégoire de Tours n'aurait pas manqué de dire Francos, tous les Francs, au lieu de multos de Francis, plusieurs d'entre les Francs, exemption qui emporte nécessairement l'assujettissement de la généralité; ce qui est si vrai, que cet assujettissement subsistait encore sous le règne de Charles le Chauve : la preuve s'en tire de l'édit donné à Pistes par ce prince. En voici les termes, le lecteur en jugera : Ut illi Franci qui censum de suo capite , vel de suis rébus ad partem regiam debent, sine nostra licentia ad casam Dei , vel ad alterius cujtiscumque servitiumse non tradant, ut respublica, quod de Mis habcre débet, non perdat. (Bàluze, tome II, page 187.) (D.)

5 Liv. III, chap xxxvi. 6 Tome III , page 514.

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