CHAPITRE XXVÏÏ
Autre changement arrivé dans les fiefs.
Du temps de Charlemagne5, on était obligé, sous de grandes peines, de se rendre à la convocation , pour quelque guerre que ce fût : on ne recevait point d'excuses ; et le comte qui aurait exempté quelqu'un aurait été puni lui-même. Mais le traité des trois frères 6 mit là-dessus une restriction qui tira,
1 Liv. I, chap. I.
2 Au moins en Italie et en AMemagne.
3 Liv. 1 des liefs, chap. I.
4 Ibid.
5 Capitulaire de l'an 802, art. 7, édit. de Baluze, pag. 36o.
6 4pud Marnant, l'an 847, édit. de Baluze, pag. 42.
pour ainsi dire , la noblesse de la main du roi l : on ne fut plus tenu de suivre le roi à la guerre que quand cette guerre était défensive. Il fut libre , dans les autres , de suivre son seigneur, ou de vaquer à ses affaires. Ce traité se rapporte à un autre, fait cinq ans auparavant entre les deux frères Charles le Chauve et Louis , roi de Germanie, par lequel ces deux frères dispensèrent leurs vassaux de les suivre à la guerre, en cas qu'ils fissent quelque entreprise l'un contre l'autre : chose que les deux princes jurèrent, et qu'ils firent jurer aux deux armées 2.
La mort dé cent mille Français à la bataille de Fontenay fit penser à ce qui restait encore de noblesse que, par les querelles particulières de ses rois sur leur partage , elle serait enfin exterminée , et que leur ambition et leur jalousie ferait verser tout ce qu'il y avait encore de sang à répandre3. On fit cette loi , que la noblesse ne serait contrainte de suivre les princes à la guerre que lorsqu'il s'agirait de défendre l'État contre une invasion étrangère. Elle fut en usage pendant plusieurs siècles 4.