‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 944 sur 1131 · PREMIÈRE OBJECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBJECTION

L'auteur tombe dès le premier pas. « Les lois,

1 Liv. I,ch. I.

2 ibid.

3 Ibid

DEFENSE

<< dans la signification la plus étendue, dit-il, sont « les rapports nécessaires qui dérivent de la nature « des choses. » Les lois , des rapports ! cela se eoncoit-il?... Cependant Fauteur n'a pas changé la définition ordinaire des lois sans dessein. Quel est donc son but? le voici. Selon le nouveau système, il y a , entre tous les êtres qui forment ce que Pope appelle le grand tout, un enchaînement si nécessaire, que le moindre dérangement porterait la confusion jusqu'au trône du premier être. C'est ce qui fait dire à Pope que les choses n'ont pu être autrement qu'elles ne sont , et que tout est bien comme il est. Cela posé , on entend la signification de ce langage nouveau, que les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. A quoi l'on ajoute que , « dans ce sens , tous les êtres « ont lturs lois; la divinité a ses lois; le monde « matériel a ses lois; les intelligences supérieures « à l'homme ont leurs lois ; les bêtes ont leurs lois ; « l'homme a ses lois. »

RÉPONSE

Les ténèbres mêmes ne sont pas plus obscures que ceci. Le critique a ouï dire que Spinosa admettait un principe aveugle et nécessaire qui gouvernait l'univers ; il ne lui en faut pas davantage : dès qu'il trouvera le mot nécessaire, ce sera du spinosisme. L'auteur a dit que les lois étaient un rapport nécessaire; voilà donc du spinosisme, parce que voilà du nécessaire. Et ce qu'il y a de surprenant , c'est que l'auteur, chez le critique , se trouve spinosiste à cause de cet article, quoique cet article combatte expressément les systèmes dangereux. L'auteur a eu en vue d'attaquer le système de Hobbes : système terrible , qui , faisant dépendre toutes les vertus et tous les vices de l'établissement des lois que les hommes se sont faites, et voulant prouver que les hommes naissent tous en état de guerre, et que la première loi naturelle est la guerre de tous contre tous, renverse comme Spinosa, et toute religion et toute morale. Sur cela l'auteur a établi , premièrement, qu'il y avait des lois de justice et d'équité avant l'établissement des lois positives : il a prouvé que tous les êtres avaient des lois ; que , même avant leur création , ils avaient des lois possibles ; que Dieu lui-même avait des lois , c'est-à-dire les lois qu'il s'était faites. Il a démontré qu'il était faux que les hommes naquissent en état de guerre « ; il a fait voir que l'état de guerre n'avait commencé qu'après l'établissement des sociétés; il a donné

1 iiv. I, chap. n,

là-dessus des principes clairs. Mais il en résulte toujours que l'auteur a attaqué les erreurs de Hobbes, et les conséquences de celles de Spinosa; et qu'il lui est arrivé qu'on l'a si peu entendu, que l'on a pris pour des opinions de Spinosa les objections qu'il fait contre le spinosisme. Avant d'entrer en dispute il faudrait commencer par se mettre au fait de l'état de la question, et savoir du moins si celui qu'on attaque est ami ou ennemi.

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