‹ vres complètes de Montesquieu avec des notes de Dupin, Crevier, Voltaire, Mably, Servan, La Harpe, etc., etcChapitre 943 sur 1131 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

On a divisé eette défense en trois parties. Dans la première , on a répondu aux reproches généraux qui ont été faits à Fauteur de Y Esprit des Lois. Dans la seeonde, on répond aux reproches particuliers. La troisième contient des réflexions sur la manière dont on Ta critiqué. Le public va connaître l'état des choses ; il pourra juger.

Quoique YEsprit des Lois soit un ouvrage de pure politique et de pure jurisprudence , l'auteur a €u souvent occasion d'y parler de la religion chrétienne : il l'a fait de manière à en faire sentir toute la grandeur; et, s'il n'a pas eu pour objet de travailler à la faire croire , il a cherché à la faire aimer.

Cependant, dans deux feuilles périodiques qui ont paru coup sur coup x , on lui a fait les plus affreuses imputations. Il ne s'agit pas moins que de savoir s'il est spinosiste et déiste; et, quoique ces deux accusations soient par elles-mêmes contradictoires , on le mène sans cesse de l'une à l'autre. Toutes les deux , étant incompatibles , ne peuvent pas le rendre plus coupable qu'une seule ; mais toutes les deux peuvent le rendre plus odieux.

Il est donc spinosiste, lui qui , dès le premier article de son livre, a distingué le monde matériel d'avec les intelligences spirituelles.

Il est donc spinosiste , lui qui , dans le second article , a attaqué l'athéisme. « Ceux qui ont dit qu'une fatalité aveugle a produit tous les effets que nous voyons dans le monde, ont dit une grande ab-

1 L'une du 9 octobre 1749,

'autre du 16 du même mois.

surdité : car, quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui aurait produit des êtres intelligents? »

Il est donc spinosiste, lui qui a continué par ces paroles : « Dieu a du rapport avec l'univers , comme créateur, et comme conservateur1 : les lois selon lesquelles il a créé sont celles selon lesquelles il conserve. Il agit selon ces règles , parce qu'il les connaît ; il les connaît , parce qu'il les a faites ; il les a faites , parce qu'elles ont du rapport avec sa sagesse et sa puissance . »

Il est donc spinosiste , lui qui a ajouté : « Comme nous voyons que le monde , formé par le mouvement de la matière , et privé d'intelligence, subsiste toujours, etc. *. »

Il est donc spinosiste , lui qui a démontré contre Hobbes et Spinosa , « que les rapports de justice et d'équité étaient antérieurs à toutes les lois positives3. »

Il est donc spinosiste , lui qui a dit , au commencement du chapitre second : « Cette loi qui , en imprimant dans nous-mêmes l'idée d'un créateur, nous porte vers lui, est la première des lois naturelles par son importance. »

Il est donc spinosiste, lui qui a combattu de toutes ses forces le paradoxe de Bayle, qu'il vaut mieux être athée qu'idolâtre : paradoxe dont les athées tireraient les plus dangereuses conséquences.

Que dit-on , après des passages si formels ? Et l'équité naturelle demande que le degré de preuve soit proportionné à la grandeur de l'accusation.

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