LE POËTE ET LE PROSATEUR. \U
nature. Le plus petit être, la moindre créature, par cela seul qu'ils existent, excitent sa curiosité. Le grand Gœthe quittait sa plume pour examiner un caillou et le regarder des heures entières ; il savait qu'en toute chose réside un peu du secret des dieux. Ainsi fait le poëte, et les êtres inanimés eux-mêmes lui semblent des pensées muettes. Tandis que des rêveurs qui divaguent cherchent à satisfaire leur exaltation par des déclamations ampoulées et par un vain chquetis de mots, il contemple ardemment la forme de la matière, et s^ exerce à entrer dans la sève du monde. Regarder, sentir, exprimer, voilà sa vie; tout lui parle ; il cause avecuii brin d'herbe; dans tous les contours qui frappent ses yeux, même dans les plus difformes, il puise et nourrit incessamment l'amour de la suprême beauté; dans tous les sentiments qu'il éprouve, dans toutes les actions dont il est témoin, il cherche la vérité éternelle ; et tel il est né, tel il meurt, dans sa simplicité première ; arrivé au terme de sa gloire, le dernier regard qu'il jette sur ce monde est encore celui d'un enfant.
Ive palais de rempcreur. — Au fond, un jardin derrière une colonnade.