‹ vres posthumes de Alfred de MussetChapitre 43 sur 59 · RETOUR · texte numérisé non relu

RETOUR

Heureux le voyageur que sa ville chérie

Voit rentrer dans le port, aux premiers feux du jour !

Qui salue à la fois le ciel et la patrie,

La vie et le bonheur, le soleil et l'amour !

— Regardez, compagnons ! un navire s'avance.

La mer, qui l'empoita, le rapporte en cadence,

En écumant sous lui; comme un hardi coursie»",

Qui, tout en se cabrant, sent son vieux cavalier.

Salut! qui (pie tu sois, toi dont la blanche voile De ce large horizon ace ouït en palpitant! Heureux, quand tu reviens, si ton errante étoile T'a fait aimer la rive ! heureux si l'on t'attend !

D'oii viens-tu, beau navire? à quel lointain rivage,

Léviathan superbe, as-tu lavé tes flancs ?

Es-tu blessé, guerrier? Viens-tu d'un long voyage?

HETOLR. 19Ô

C'est une chose à voir, quand tout un équipage, Monté jeune à la nier, revient en cheveux blancs. Es-tu liche? viens-tu de l'Inde ou du Mexique? Ta qudle est-elle lourde, ou si les vents du nord T'ont pi'is, pour la rançon, le poids de ton trésor? As-tu bia^é la ioudre et passé le tropique? T'e.^-tu, pendant deux ans, piomené sur la mort, Couvant d'un œil hagard ta boussole tremblante, Pour qu une Européenne, une pâle indolente, Puisse embaumer son bain des parfums du sérail Et fioisser dans la valse un colliei' de corail?

Connue le cœui* bondit quand la terre natale, Au moment du retour, commence à s'approcher Et du vaste Océan sort avec san clocher ! Et quel tourment divin dans ce court intervalle, Où l'on sent qu'elle arrive et qu'on va la toucher !

0 patrie î ô patrie ! inetï'able mystère ! Mot sublime et terrible ! inconcevable amou.i' ! L'homme n'est-il donc né que pour un coin de terre, l^our y bâtir son nid, et pour y vivre un jour?

Le Havre, septembre 1855.

Page 1