LES MÊMES, VALBRUN
LA COMTESSE
C*est VOUS, monsieur? Comment vous va?
VALBRUX.
Madame, je me reprochais d'avoir passé hier la journée sans vous voir; j'ai été forcé. . malgré moi. . . (A Prévannes. Boujour, Edouard; j'ai été obhgé...
LA COaiTESSE.
Vous avez été obhgé...
VALBRUN
Oui, j'ai été... à la campagne. Cela repose... cela distrait un peu.
Tl s'assied.
LA COMTESSE
I Sans doute; c'est très-salutaire.
I VALBRUN
Oui, madame, et je craignais fort de ne pas vous ! trouver aujourd'hui .
LA COMTESSE
Pourquoi? Vous deviez être bien sûr de Timpatienceque j'aurais de vous voir. Autrefois vous étiez moins rare.
VALBRUIN.
Ceci n'est pas un reproche, j'espère?
LA COMTESSE
Non; pourquoi vous en ferais-je?,.. Vous n'en méritez sûrement pas.
VALBRUN
Non, madame; et je crois que vous me rendez trop de justice pour penser autrement de moi.
Si je vous soupçonnais d'oublier vos amis, je me le reprocherais comme un crime.
VALBRUN
Oui... vous avez raison, c'en serait un véritable... Allez-vous ce soir h l'Opéra?
LA COMTESSE
Je n'en sais rien; je ne suis pas bien portante.
V ALRRUN,
(]ela est fâcheux,
Pendant celte scène, Prévannes regarde souvent la comtesse en donnant des signes d'impatience.
LA COMTESSE
Oh! ce ne sera rien. A propos, baron, je voulais vous dire... (a part.) Je n'oserai jamais, c'est impossible! (Haut.) Comment se porte madame d'Orvilliers?
V ALl^RUX.
Ma tante? fort bien, je vous remercie. Elle va partir aussi pour la campagne.
LA COMTESSE
Comment, aussi? Est-ce que vous y retournez?
VALBRUN
Je n'en sais rien, cela dépendra de certaines circonstances...
LA COMTESSE
De certaines circonstances... et ces circonstances ne dépendent-elles pas de vous ?
VALBRUiS.
Pas tout à fait. On n'est pas toujours maître de ses actions.
LA COMTESSE
Vous me surprenez. Il me semblait que vous m'a-
30 ŒUVRES rOSTHUMES.
viezdit... dernièrement... que vous étiez indépendant, par votre position comme par votre fortune, que rien ne vous gênait, ne vous contraignait. C'est comme moi, qui suis parfaitement libre, et qui puis, à mon gré, disposer de moi.
YALBRUN.
Je suis bien libre aussi, si vous voulez; mais je n'ai pas encore pris mon parti.
LA COMTESSE
C'est ce que je vois.
PHÉVANNES, à part,
La peste Fétouffe !
VALlUiUN.
Oui, c'est embarrassant. Les uns mp conseillent rexercice,les autres le repos absolu. Il est bien vrai qu'à la campagne on peut trouver l'un ou l'autre, ù son choix.
LA COMTESSE
Sans doute. A propos de campagne, je voulais vous dire... A pmi.) Quelle fatigue! llnui.i La voire n'est pas loin de Paris?
VALBRUN
Oh! mon Dieu, non, madame, c'est à deux pas derrière Choisy; c'est un parc anglais; et, si j'osais jamais espérer que votre présence vînt rembellir..,
LA COMTESSE
Mais cela pourrait se faire.., je ne dis pas non... je me souviens même. . .
VâLBRUN, se levant et saluant.
Je serais heureux de vous recevoir.
LA COMTESSE
Où allez-vous donc?
VALBRUN
Je ne voulais que vous voir un instant. Je... je reviendrai... si vous le permettez.
Il salue rie nouveau et veut s'en aller. Prévannes fak signe à la comtesse de le retenir.
LA COMTESSE
Vous n'êtes pas si pressé! Restez donc là. J'ai à ivous parler.
' VALBRIX.
Comme vous voudrez.
1 ïl se rassied.
LA COMTESSE, à part.
Prévannes le gêne, j'en étais sûre. (Haut.) C'est au sujet de ma terre de Cernay, \ons savez... (A part.) Je suis au supplice...