‹ vres posthumes de Alfred de MussetChapitre 50 sur 59 · MIGUEL · texte numérisé non relu

MIGUEL

Que t'en ai-je flit ?

FABRICE

Tout ce que le silence peut dire.

MICHEL

Écoute-moi donc, maintenant que je parle. Tu es vif, prompt, toujours pressé, comme les gens qui n'ont rien à faire. Tu juges vite, de peur de réfléchir ; mais je suis dans ce finiteuil depuis hier soir, et j'ai compté les heures. Retiens ceci. L'ahsence de Faustine, si elle n'est pas un crime, est une ruse.

FABRICE

Une ruse, dis-tu, dans quel but?

Dans le but fort clair et fort simple de faire rompre cette alliance.

FABRICE

Le beau moyen que de se déshonorer !

MICHEL

Elle sait très-bien qu'il n'en sera pas ainsi. Elle sait trèsbien que, tous tant que nous sommes, nous serions prêts à perdre notre foi tune et la vie plutôt que de voir publier notre honte. Elle sait très-bien que personne dans cette

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maison n'ira, en pareil cas, aveitir notre père, car ce sei ait lui donner la mort, à ce vieillard qui, api es ses sequins, ne^ chérit que son entant gâté. Elle se croit sure de l'impunité, ou, si on l'accusait tout bas, penses-tu qu'une lidjle ou un prétexte ferait défaut à son esprit subtil? Ce n'cbt pas là ce qui l'inquiète; mais ce qu'elle veut, ce qu'elle espère, c'est justement un scandale étouffé, c'est qu'on s'aperçoive de sa fuite, et que, sans en pouvoir deviner ou vouloir éclaircir la cause, on n'ose point passer outie cl disposer de sa main.

FABRICE

Quelles imaginations tu te crées! Â-t-elle donc de la haine pour Visconti, ou de l'amour pour quelque autre?

MICHEL

Qui sait?

FABRICE

]*ur fantôme, te dis-je!

MICHEL

Pas tant que tu peux le supposer. Je connais la tète des Vénitiennes ; je l'ai étudiée autre part que dans les mirons des courtisanes. Il ne m'étonneiaitpas le moins du monde que Faustine se fût échappée, sans réfléchir d'avîuice où elle irait, et dans le seul but que je viens de te dire.

FABRICE

Ainsi tu crois qu'elle va revenir?

MICHEL

Il le faut bien. Si elle cherche un scandale, c'est dans ce palais, vis-à-vis de nous seuls, et non ailleurs,

FABRICE

Gageons que tu te trompes, et que rien de tout cela n'est la vérité, (On entend une cloche.) Tieus, voici le jour ! Crols-tu qu'elle revienne maintenant?

MICHEL, à la fenêtre.

Tu as raison : il est trop tard , le palais se J'emplit de monde. Mais oii est-elle? Que veut dire cela? Si je me trompe en l'accusant de ruse, elle est alors bien autrement coupable, et, par mon saint patron V Archange, je ne voudrais pas...

FABRICE

Tu ne voudrais pas porter la main sur elle, je pense?.. . Ne parlais-tu pas de notre père tout à l'heure? Voudraistu êtve le meurtrier de ta sœur?

MICHEL

S'il était vrai qu'un séducteui . ..

Oh! ponr cela, n'en parlons pas... Si pareille chose était possible...

MICHEL

Que ferais-tu?

FABRICE

Tu le demandes?

MICHEL

Une provocatiou à la lïançaise, n'est-ce pas?

FABRICE

Silence! silence! j'entends marcher; on vient de ce côté... Peut-être est-ce Faustine?... Non, c'est notre père... Que Dieu veille sur elle à présent î (u ferme la porte rcaéc

ciitr' ouverte.)

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