‹ vres posthumes de Alfred de MussetChapitre 55 sur 59 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LORÉDAN. FARRIGE, MTCHEl;, VTSCONTI, suite, VISGONTI.

C'est votre faute, seigneur, si je suis importun. Vous n'avez pas voulu me permettre de rien voir dans cette ville que j'aime tant avant ce que j'en aime le mieux,

LORÉDAN

Soyez le bienvenu, marquis. Mettez votre main dans celle-ci, ni plus ni moins que si c'était la patte du lion (le Saint-Marc on personne. Vous avez raison d'aimer vos amis.

De tout mon cœur... Jamais le lion de Saint-Marc ne fut plus grand qu'en ce moment... Pendant qu'il extermine les Génois à vos portes, ses pavillons couvrent toutes

FAUSTirsE. '227

les iiiers, et, bien qu'on le voie immobile, le monde entier sidt qu'il a des ailes.

L 0 xS É D A .N .

Vous savez que, pour un Vénitien, il n'y a piss de meilleurs compliments que ceux qu'on adresse à Venise.. , Ah çà, dites-moi, êtes-vous las? vous avez fait le chemin cette nuit?

Oui, si court que soit un voyage, la Iraicbeur de la nuit meplait... Ce n'est pas, il est vrai, la coutume; mais le soleil et la poussière me gâtent les plus belles routes.

Cela est iort incommode, en effet.

VISCONTI

Et, par un brillant clair de lune, notre belle Italie endormie me semble encore plus belle qu'éveillée.

j'ai remarqué cela, et aussi que, la nuit, les gens de la suite vont plus vite ; ils s'arrêtent^ en plein jour, ail moindre village; la peur les talonne dans l'obscuiité..

MICHEL

La peur, seigneur?

LOnÉDA.N.

Eli oui, la peur. . . des voleurs, des spectres, que sais-je? de ces petites flauinies égrillardes qui dansent le soir sur les ruisseaux ... Vous ne connaissez pas celui-là (en désignant Michel), il ne veut pas que la peur existe.

VISCOîsTI.

il doit ce[)endant l'avoir eue sous les yeux. . , devant lui. . . durant cette guerre...

MICHEL

Non, maïquis, le seuhnal qu'on puisse dire des Génois, c est qu'ils sont vaincus.

L 0 n É D A iN .

Et voilà l'autre mauvais sujet (en montrant Fabrice), qui ne ciaint pas non plus la nuit, mais bien les seigneurs de la nuit... 11 est fort heuieux que Barrattieri ait eu la glorieuse idée d'établir chez nous le règne des cornets... Méchant garçon !... Vous le voyez, maïquis, je vous mets au coûtant des petits seciets de la famille, afin que vous ne vous trompiez pas de voisin quand vous y prendiez votre place.

VISCOiNTI.

La plus humble pi es de vous, seigneur, sera toujours la plus haute à mes yeux.

FAUSTllNE. 2i9

Que nos projets puissent s'acconiplir, vous n'aurez pas la plus mauvaise. Ma chère Faustine, seigneur Visconti,..

MICHEL 5 bas, à Lorcdan.

Mon père...

LORÉDAA.

Je n'en veux point parler. . . Son éloge clans ma boiiclie, je le sais tiès-bieu, Michel, aurait mau^'aise grâce ; et il serait malséant à un père de vanter ce qui fait la consolation et le chai me cle sa vieillesse. IS'est-ce pohit votre avis, maiqu!s?

VI bC 0^11.

i\on, seigneur; à nous dire vrai, je pense là-dessus tout autrement; s'agirait-il d'une princesse souveraine, la bénédiction d'un père m'a toujours semblé la plus belle couronne qu'une jeune fille puisse poiter au front.

LOUÉDAiN.

Nous nuus entendions, je le vois, quitte à être grondés tous deux... Vous allez voir ma fille; tout à l'heure je l'ai fait piévenir.

A B la c E .

Seigneuj', je crains qu'il ne soit pas possible.., en ce moment...

LORÉDA.N.

Quoi? qu'est-ce donc?

VISGOINTl.

Ne me laissez pas être deux lois indiscret, permettez que je me retire.

Quoi donc? est-ce qu'elle est malade? Je viens de voir Nina, qui ne m'a rien dit. Réponds, Fabrice ; tu m'mquiètes. Est-ce quelque motif que j'ignore?...

FABRICE, ])as, à ^liclicl.

Que va-t-il arriver?

MICHEL, de même.

Que veux-tu que j'en sache?

LORÉDAiN.

Eh bien, vous ne vous expliquez point? Que veut dire cela? Excusez-moi, marquis, mais je vais m'informer.

(Il va pour entrer chez Faustiiie et s'arrête en la voyant.) Eli ! qUC

rèvez^vous donc? La voici elle-même.

FATISTINE. 251

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