LA TOQR DU TITAN
glissant le loûg de câbles obliques. Sur la rive droite de l'Alleghany-River, la ville de même nom s'échevèle aussi en fumées indéfinies qui voilent ie leurs ombres diaphanes les rues de briques rougeâtres et qui s'accrochent au réseau des fils électriques tendus de mât en mât, de pignon en pignon. Etrange, monstrueux paysage qu'on dirait lugubre si la vie et le génie humains ne s'y manifestaient avec une telle omnipotence, sous le ciel vague annulé par le voisinage de ces choses terrestres et prodigieuses. Là ronfle Titan vainqueur d'un Olympe honteux.
C'est le décor que M. Frick, l'associé de Carnegie, a choisi pour les baies du bureau qu'il occupe dans un étage élevé du Frick's-Building. De là, cet homme domine l'œuvre qu'ils composèrent et pour laquelle tant d'existences sont absorbées. Il la domine dans un monument de vingt-trois étages, qui est, sans doute, le plus remarquable essai d'architecture outre Atlantique.
Généralement, l'opinion dénigre ces tours carrées qu'on édifie dans toutes les villes américaines, aux lieux où. le prix excessif du terrain oblige les entrepreneurs à regagner sur le plan vertical l'espace trop mesuré sur l'horizontal. Les personnes qui se piquent de goût affectent de
blâmer ce genre de bâtiments. A tort, je pense. La hauteur même de ces « buildings » les exempte évidemment de la massivité qu'on leur reproche. Parmi les autres demeures, ils sont, je le répète, comme les donjons d'autrefois au milieu des chaumières. Or, nul esthéticien ne juge mal le groupe formé par une tour et les maisonnettes d'une cité médiévale. Plutôt s'accorde-t-oa à le qualifier de pittoresque. Les crayons et les pinceaux des jeunes filles s'exercent à en copier l'arrangement, afin d'obtenir des éloges. Elles pourraient aussi bien fixer sur le carton d'aquarelle un de ces « buildings » et les maisons qui se tassent à son ombre. Déjà certaines photographies gardent d'excellentes et surprenantes images ainsi déterminées par le choix de l'opérateur. L'eurythmie totale des lignes est fort satisfaisante.
Outre la hauteur, le nombre considérable des fenêtres percées dans les façades, allège encore ce genre de constructions. Les pierres ou les briques ne constituent que des pilastres entre les parties évidées. Souvent l'architecte varie le dessin de ces ouvertures. Tel étage est à cintres ; tel autre s'orne de colonnettes doubles; un troisième d'entablements inférieurs et supérieurs, etc. L'altitude de la bâtisse ^supporte parfaite-