‹ Vues d'Amerique, ou, La nouvelle jouvenceChapitre 4 sur 8 · LA TOUK DU TITAN · texte numérisé non relu

LA TOUK DU TITAN

ment celte diversité, sans qu'elle semble surchargée, encore moins alourdie. A New- York, le building de l'hôtel Waldorf-Astoria, supporte vers le faîte des sortes de poivrières et de kioe^ ques en briques très favorables à sa silhouetlc. Je crois volontiers que les Américains ont découvert un type d*architecture nouveau, que leur art prochain saura mener assez vite à Texcellence.

Et cet art leur appartient en propre !

Dès maintenant ils ont atteint, ou presque, la perfection dans la structure intérieure. A Pittsburg, le Frick's Building procure aux visiteurs quelques perceptions de grandeur simple, digne des meilleures beautés dues à l'antique. Depuis le sous-sol jusqu'à la cime du vingt-troisième étage, un marbre blanc, poli et dont les plaques sont méticuleusement ajustées, recouvre le sol, les murs, les plafonds, les marches descaliers. Aucun ornement superflu ne corrompt la pureté de ces parois. Le luxe consis'e dans la limpidité et le très exact assemblage des joints. Ni moulure, ni rainure, ni ligne ne déparent cette netteté. Seul, le calcul des proportions grandioses provoque l'idée d'apparat. Au rez-dechaussée, une grille noire, à plusieurs portes, étale, du sol au plafond, les admirables rin-

ceaux de sa ferronnerie. Quand s'ouvre l'une de ces portes, une loge d'ascenseur déverse sa dizaine depersonnes, puis en reçoit quinze autres qui monteront. On sait que, de ces v( elevators », les uns ne fonctionnent qu'au-dessous du dixième palier; d'autres, express, ne s'arrêtent qu'au delà, desseï-vant les seuls étages supérieurs. Ainsi, leurs passagers économisent le temps des arrêts inutiles.

Emprunté aux formes dea plantes, le motii de ces ferrures ne le cède en rien à ceux créés pendant la Renaissance par nos modeleurs de métal. Il apparaît que l'art du forgeron expose en Amérique toute la souplesse et toute la grâce délicate inventées par nos meilleures pléiades en Italie, en Espagne et en France. Le choix de toute cette ferronnerie est sans faute. De même pour les grilles en cuivre massif qui, dans le hall central, enveloppent, de leurs quadratures, les bureaux des agents assis derrière leurs comptoirs énormes en marbre vert, ou en marbre jaune. Ces grilles sont d'un travail impeccable. Le dessin de la grecque qui court sur l'entablement offre une eurythmie rare. Dans cette immense salle blanche, une vingtaine de bureaux sont ainsi posés côte à côte, magnifiquement. Luxe qu'eut souhaitél'empire

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romain. L'idée de leur nombre agrandit encore la perception de cette place rectangulaire, nue, polie, luisante qui contient ces cages de bronze où des messieurs rasés à l'antique, vêtus de gris, inscrivent sur des registres, murmurent dans les téléphones, compulsent des liasses, manipulent prestement le clavier des machines à écrire, tandis que ronflent, en tournant, les ailettes des ventilateurs électriques.

Au centre du carré que forment les rangs de ces offices, s'érige une maison de fer, isolément. Deux portes d'acier, rondes comme les cuvettes d'une montre, épaisses de 3Q à 50 centimètres, s'ouvrent aux deux bouts de cette pièce que des grilles protègent encore. Cet édifice contient des tables en acajou dont le pupitre est, sur trois faces, masqué par des glaces opaques, afin que l'on puisse compter son argent à l'abri des indiscrétions. C'est la caisse. Mille petites armoires garnissent les parois intenses. Elfes gardent les fonds. Chacune arbore, sur sa porte bronzée un chifi're de cuivre dont le dessin arabe est calligraphié avec un goût sans égal. Ces numéros sont des chefsd'œuvre de modelage. Différents, ils semblent, à courte distance, identiques, comme le dessin répété dans une sobre tapisserie. Ici encore lo

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luxe dépend de Teu^ythirie des formes simples, de leu's propGr*ions ingénieusement et discrètement préviies.

On montre ensuite des loges aménagées dans le marbre des murailles . là se peuvent réunir les membres des conseils d'administration, des comités, des syndicats. Meubles d'acajou massifs, sans ornements floraux. Le culte des lignes est la dévotion exclusive des architectes. Sauf les ferronneries des ascenseurs répétées à tous les étages, rien ne vise à rappeler ie souvenir des plantes, des bêtes, des eaux. k la mathématique des angles et des parallèles, les maçons confient le soin d'étonner savamment l'admirateur un peu délicat.

Au-dessus, les étages se divisent en bureaux répartis autour d'un hall limpide et géant. Le long de couloirs en marbre blanc, sonores et frais, les cloisons d'acajou sertissent des impostes en verre craquelé. Des numéros, des noms désignent le genre d'affaires traité en chaque pièce, derrière le comptoir verni, vide, sur lequel s'accoudent le^ clerks graves et bien peignés. Par delà les pupitres qu'occupent de la borieuses femmes en blouse de linon immaculé et en jupes de drap vert ou beige, maintes croisées révèlent les collines de la Monongahela et de

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