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LA TOUR DU TITAN H

genllemen se présentent quelques amis, des associés, des collaborateurs. Plantes sur leurs jambes musculeuses et l'air impénétrable, ils se congratulent. Ils s'affirment jeunes et fiers d'être l'élite favorisée qui se réunit, à heure fixe dans ce palais somptueux mais public, afin de créer l'opinion et de combiner les affaires.

De même au Waldorf-Astoria de New-York, splendide caravansérail où les gens hardis de l'Ouest et du Sud viennent circonvenir les défiances de l'Est. M. Jules Iluret, dans ses beaux livres, a dit les magnificences de ce lieu, ses salons innombrables, le luxe de ses chambres, de ses bars, de ses dinings-rooms, la majesté de ses couloirs, les millions de ses profits, les chiffres fabuleux de ses achats pour l'appétit d'hôtes hétéroclites qui se renversent dans les fauteuils profonds, bâillent, paradent en smoking et en chapeau melon, déterminent là des alliances industrielles redoutées par toutes les banques du monde.

En l'honneur de ce génie synthétique, les architectes imaginèrent, pour symbole, ces demeures immenses, ce Waldorf-Astoria de briques rougeâtres, élevant ses pinacles par dessus la cinquième avenue et la .trente- sixième rue, engouffrant dans ses portes giratoires de

cristal, les énergies des hommes, les élégances des femmes, logeant dans ses chambres toutes les ambitions forcenées, couchant au fond de ses lits de cuivres tous les rêves chimériques et résolus, lavant dans ses baignoires de porcelaine toutes les poussières recueillies pendant les longs trajets en pullman-car depuis les rives embaumées de la Californie, les jardins de la Floride, les forêts du Canada et les gorges des Montagnes Rocheuses. Dans ces hôtels, l'union des Etats s'accomplit autour de la table chargée de tous leurs fruits, de toutes leurs venaisons, de tous leurs biens planétaires. Ce sont les temples d'une communion perpétuelle entre les âmes de ces déracinés qui témoignent la force et la suprématie américaines parmi les autres nations, quoi que pensent nos théoriciens de l'enracinement national contredits par l'expérience la plus manifeste du dix-neuvième siècle.

De toutes parts, les buildings sortent du sol, en dépit des difficultés. A New-York, il faut creuser profondément, percer les couches de terre, atteindre le roc pour y assurer les fondements de ces Babels. Travaux longs et dispendieux. Ensuite les ouvriers ajustent les rails et les colonnes d'une cage en fer qui s'éiève dans le ciel, singulière et colossale. Puis

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