QUATRIÈME PARTIE
tions, consista dans la grande magnificence déployée dans la décoration de la scène des théâtres temporaires : magnificence qui ne fut jamais égalée par la décoration permanente des théâtres dont les ruines ont subsisté jusqu’à nos jours.
La disposition des gradins qui servaient de siéges aux spectateurs, ne permettant pas d'y adapter des ornements dont l'effet aurait été perdu, ce fut sur la partie apparente des théâtres que l’on chercha à déployer la plus grande richesse. À Rome, CI. Pulcher décora la scène du théâtre qu’il éleva avec tout le luxe de la peinture : Caïus Antonius, Lucius Murena et Quintus Catulus surpassèrent leurs prédécesseurs en employant avec profusion l'or, l'argent et l'ivoire dans la décoration des scènes. Mais aucun n’égala Marcus Scaurus : le théâtre que cet édile fit construire à ses frais pouvait contenir 80,000 spectateurs. La décoration de la scène était composée de 360 colonnes distribuées en trois étages : celles de l'étage inférieur en marbre le plus précieux; celles du milieu en verre, et celles de la rangée supérieure en bois doré; trois mille statues en bronze, un grand nombre de tableaux remarquables et des tapisseries en étoffes les plus précieuses , ajoutaient au luxe de la décoration architecturale un degré de splendeur qui resta sans exemple.
Pompée construisit à Rome le premier théâtre en pierre. Jules-César et Auguste imitérent son exemple. La loi Roscia, en assignant les quatorze rangs
dés gradins inférieurs aux chevaliers et aux dignitaires, avait commencé à mettre un terme au désordre qui jusqu'alors avait régné dans l'occupation des places. Les empereurs, en élevant ces monuments durables, allèrent plus loin, et fixèrent pour chaque ordre une place particulière : les soldats furent isolés du peuple; des séparations furent disposées pour les prêtres et les ves-
tales; les sénateurs occupèrent, avec les ambassadeurs des nations étrangères, les siéges les plus près de lorchestre; et les femmes furent reléguées dans les e g ; 5
galeries couvertes pratiquées dans le haut, et derrière les gradins les plus élevés.
Les Édiles étaient chargés de la surveillance des représentations théâtrales et des amphithéâtres ; et la munificence publique ou particulière en faisait les frais.
Dédiés à Bacchus et à Vénus, divinités tutélaires des jeux et des plaisirs; les théâtres furent considérés comme des lieux sacrés, et les représentations théâtrales se rattachèrent aux cérémonies religieuses. Les spectacles qui n’eurent d'abord pour but que d’honorer les dieux et d’instruire le peuple en l’amusant, devinrent ensuite un moyen de briguer les faveurs publiques : nombre d’ambitieux s’y ruinèrent, et César y dépensa plusieurs fois toute sa fortune,