‹ Vues des ruines de PompéiChapitre 124 sur 137 · PLANCHE CVII · texte numérisé non relu

PLANCHE CVII

Vua din motif T'h4/41n0

Le voyageur, en parcourant les ruines de Pompéi, est particulièrement frappé de la profusion des peintures qui décorent les édifices dans toutes leurs parties; cette richesse, qui forme un si grand contraste avec la parcimonieuse décoration de larchitecture moderne, se remarque dans le plus petit réduit des habitations particulières, comme dans les plus vastes salles des monuments publics. Partout, d'innombrables peintures forment , intérieurement et extérieurement, la principale et souvent la seule décoration. L’éclat des couleurs, la séduisante variété des compositions, leur exécution hardie, et jusqu’à leur ordonnance parfois capricieuse, tout, dans ces charmants tableaux, est d’un grand intérêt. L’harmonieux ensemble des tons brillants qu’étalent ces ruines produit une sensation plus agréable que triste, même sous l’impression des souvenirs qui se rattachent à la destruction de toute une ville. Ces colonnes, ces murailles éblouissent par la fraîcheur de leur coloris, et présentent plutôt l’aspect de constructions récentes et inachevées, que le tableau d’une cité détruite.

Parmi les peintures que nous avons publiées, nous en avons donné quelques-unes coloriées; et quoique nous ne puissions nous flatter d’être parvenus à reproduire nos modèles dans toute leur perfection , du moins nos essais en donneront-ils une idée plus complète que la gravure en noir. Les exemples que nous avons choisis feront suffisamment juger du système général adopté à Pompéi pour ce genre de décoration et de la variété des couleurs qui les composent.

Les panneaux et les compartiments qui forment ces peintures sont toujours peints de tons entiers, comme le aoir, le rouge, le jaune, le bleu et le vert. Quelquefois tous les panneaux d’une décoration sont d’une même couleur, souvent ils se trouvent variés et entrecoupés par des compartiments à fonds blancs. Presque toujours le milieu de ces panneaux est occupé par des figures

ou des groupes isolés se détachant en clair sur le fond du panneau, ou par des médaillons ronds ou carrés dans lesquels sont peints des bustes, de petites figures et des sujets mythologiques. Beaucoup de ces peintures offrent, dans leur partie supérieure, des ornements arabesques ou des sujets d'architecture qui se dessinent sur un fond tantôt blanc, tantôt d'un bleu très-tendre ; cet ingénieux motif, dont l'effet est très-agréable, présente, par son contraste avec les tons foncés des parties inférieures, l'aspect d’un percé-à-jour qui agrandit à l’œil la petitesse des localités.

La multitude des ornements accessoires qui accompagnent les décorations de Pompéi et en forment une partie essentielle, se compose d’une infinité de bordures, d’encadrements, de frises, de montants, de guirlandes et autres détails dont La diversité ferait croire à l'épuisement de toutes les formes et à l'impossibilité d'en reproduire d’autres, si les nouvelles découvertes n’en augmentaient journellement la variété et le nombre.

Il n'entre pas dans notre sujet d'apprécier les applications, à la décoration moderne , des séduisants modèles qu'offre Pompéi; nous laissons au discernement des artistes éclairés le soin de juger les inépuisables créations d’ornements imaginaires et de compositions architectoniques plus ou moins fictives qui couvrent les ruines de Pompéi, et dont quelques-unes semblent néanmoins justifier la censure de Vitruve. Mais soit qu’on approuve, soit que l’on condamne tant de productions du génie des anciens, on ne peut s'empêcher d'y remarquer une grande perfection dans l'art du dessin, un sentiment exquis dans limitation des fleurs et des animaux, la plus grande simplicité jointe au style le plus élevé dans la composition des sujets historiques ou mythologiques. Ces innombrables peintures, qui ne furent certainement pas toutes des ouvrages d'artistes distingués, donnent la plus haute idée de l'état des arts en général, et surtout de la rare perfection à laquelle ont dù atteindre les peintres les plus célèbres de l'antiquité.

Les peintures de Pompéi sont remarquables , non-seulement par le caractère particulier qui les distingue, mais encore sous le rapport de l’histoire de l’art; elles nous montrent la peinture employée à la décoration des édifices , comme le complément de l'architecture chez les anciens. En effet, l'emploi de la peinture aussi généralement répandu dans une ville qui contient des restes d'architecture des époques les plus reculées jusqu’au premier siècle de notre tère , établit comme un fait incontestable l'influence traditionnelle d’un système qui remonte à l'Égypte, se retrouve chez tous les peuples de l'Orient, se transplanta chez les Grecs et s’étendit dans leurs colonies, dans l'Italie, et partout enfin où pénétrèrent le goût et le génie des Hellènes.

Page 1