ET MOSAÏQUES
Ces peintures ne sont pas moins précieuses sous le rapport de la partie technique de l’art de peindre chez les anciens : l'éclat, la vigueur et les nuances des couleurs qui y sont employées, la beauté des stucs sur lesquels elles sont exécutées : tout décèle dans les moyens qu'ils mettaient en usage la plus rare perfection.
Les auteurs qui ont parlé de la peinture des anciens ne laissent aucun doute sur les différents procédés qu'ils employaient pour peindre sur l'ivoire, la toile, le parchemin, le bois, le marbre et les enduits ; mais c’est seulement de cette dernière manière de peindre que les ruines de Pompéi nous ont conservé des exemples : elle s'appelait a peinture à l’encaustique. Pline (1) et Vitruve (2) nous ont transmis des notions détaillées sur les substances qui entraient dans cette peinture et les moyens employés pour l'appliquer sur les édifices.
D'après ces auteurs, le procédé de l’encaustique se réduisait, tantôt à incorporer la couleur dans le stuc qui formait la dernière couche de l’enduit des murs, ou simplement à appliquer sur cette couche des couleurs gommées ; dans ces deux cas, on étendait sur toute la surface de ces stucs, lorsqu'ils étaient secs, un mélange de cire et d'huile fondu au feu, qu’on réchauffait ensuite pour le frotter, d’abord avec des cylindres de cire froide , et en dernier lieu avec du linge propre : tantôt aussi ce procédé consistait seulement dans une peinture exécutée sur les murs, au pinceau, avec de la cire colorée fondue au feu et mélangée avec de l'huile.
Parmi les modernes, MM. de Caylus (3), Mazois (4), de Montabert (5) et d’autres savants étrangers ont cherché à expliquer plus en détail cette manière d'opérer, et nous renvoyons, pour de plus amples renseignements, aux intéressants ouvrages de ces auteurs. MM. de Caylus et'Montabert ayant exécuté des tableaux d’après les moyens indiqués par les anciens auteurs, on pourra, en consultant leurs écrits, apprécier les résultats qu’ils ont obtenus et les procédés qu’ils ont mis en usage pour faciliter l'exécution de ce genre de peinture.
Du reste, l'usage de décorer de peintures les murs des édifices n’a jamais cessé en Italie, il se retrouve dans les mosaïques des plus anciennes églises chrétiennes, dans les nombreuses fresques de la renaissance; et jusqu'à nos jours, il en a été fait de continuelles applications dans les édifices publics et particuliers.
Pline, liv. XX XIII et XXXV.
Vitruve, liv. VII.
Mémoire sur la peinture à l’eucaustique; Acad. des inscript. et belles-lettres, T. XX VIH. Ruines de Pompéi, 2° partie, pag. 62 et suivantes.
h (>) Traité complet de la Peinture.
Les anciens, auxquels la peinture à fresque ne fut pas inconnue, employérent presque toujours le procédé de l’encaustique ; et quoique les modernes aient plus généralement fait usage de la fresque, on retrouve néanmoins dans plusieurs villes d'Italie, et particulièrement à Milan, l'emploi d’un genre de peinture sur stuc presque en tout semblable aux peintures de Pompéi.
En donnant la description très-exacte de la manière dont les enduitsen mortier et enstuc sontexécutés dans cette dernière ville , et du procédé employé pour y peindre lesornements, nous croyons. être utiles aux artistes qui voudraient en faire l'application. Cette description jettera en même temps un nouveau jour sur la partie technique de cet art chez les Romains : la plus grande analogie existe entre le procédé des anciens et le procédé moderne , qui en est peut-être la tradition.
Description du procédé employé à Milan pour l'exécution des stucs lustrés en couleur et ornés de peintures.
Ces stucs s'appliquent également sur les murs en maçonnerie et sur le bois. Quand on veut employer ce genre de décoration sur un mur : il faut d’abord en couvrir toute la surface d’une couche de mortier ordinaire , qu’on recouvre d'un enduit d’une ligne d'épaisseur composé de sable fin et de chaux; on se sert, pour l’étendre uniformément, d’une truelle en bois très-uni et de la forme d’un carré long. Sur cet enduit conservant encore un certain degré d'humidité, qu’il faut avoir le soin de rétablir quand ellese dissipe trop promptement, on applique avec la même truelle un second enduit trèsmince composé de poudre de marbre et de chaux éteinte au moins quinze jours d’avance (1). Quand cet enduit, qui forme la première couche du stuc, est à peu près sec, on le recouvre d’un second enduit en stuc composé de 1/3 de poudre de marbre passée dans un tamis fin et de 2/3 de chaux; après quoi, si l’on veut obtenir un fond blanc : au moyen d’une petite truelle plate en fer, et de la forme d’un triangle allongé, on étend sur la dernière couche d’enduit-stuc, de la chaux toute pure. S’agitil de faire un ton local uni ou un marbre de couleur? il faut préalablement en mêler la teinte avec la poudre de marbre et la chaux qui forment la seconde couche de l’enduitstuc; prendre ensuite la même couleur très-liquide et délayée dans de l’eau de savon et de
(1) Si le marbre est maigre, on mêle deux parties de chaux et une de poudre de marbre; s’il est gras, moitié de l’une et de l’autre.