‹ Vues des ruines de PompéiChapitre 3 sur 137 · LE TT ET TES · texte numérisé non relu

LE TT ET TES

paraison des divers documents que nous avons eus sous les yeux, à y faire parfois des retranchements et des additions. Il a pris de la sorte une physionomie nouvelle : tout ce qui était de nature à n’intéresser que l’antiquaire a disparu, et nous avons mis à la place des détails que

le peintre et l'architecte aimeront peut-être à y trouver.

En nous efforçant de donner de l'intérêt à cet ouvrage pour un plus grand nombre de lecteurs, nous avons eu soin d'y laisser tout ce qu'il pouvait contenir d’utile; en un mot, nous n’avons rien négligé pour que cette nouvelle publication méritât d’être favorablement accueillie.

C'est un devoir et un plaisir pour nous de payer ici un tribut de reconnaissance à plusieurs architectes qui nous ont donné de précieux renseignements, et qui ont mis à notre disposition les matériaux recueillis par eux à Pompéi même.

Le texte de notre ouvrage sera divisé en quatre parties, non compris l'introduction historique.

La première partie contiendra la description des tombeaux, des voies et des murs d'enceinte;

La seconde traitera des maisons ou habitations privées;

La troisième, du forum, des édifices publics et des temples;

La quatrième, des deux théâtres et des peintures. *

To SE CE CS EG à

PLusreurs monuments debout et bien conservés, d’autres abattus ou à moitié ensevelis, des amas de cendres et de scories volcaniques, des vignes et des peupliers dont la verdure paraît plus belle au milieu des ruines; et dans le voisinage, quelques pauvres cabanes qui servent d'habitation aux travailleurs; tel est, sous un ciel admirable et en présence du Vésuve, l'aspect à-la-fois si intéressant et si triste que Pompéi offre de nos jours.

Le but des immenses travaux que l’on a entrepris est de dégager cette ville tout entière, et d’en conserver,autant qu’il se peut, les monuments intacts, pour qu’elle reparaisse à nos yeux telle qu’elle existait il y a deux mille ans : notre but est le même dans cette Notice. Nous ferons connaître Pompéi; nous dirons ce qu’elle a été à des époques diverses, quels furent son origine, ses progrès, sa prospérité et le dernier de ses malheurs. Sans doute, quand un intérêt si vif s'attache à ses moindres débris, on ne restera pas indifférent aux souvenirs de son histoire.

La Campanie fut célèbre chez les Romains par ses vins, par ses roses et par ses délices : elle s’étendait, comme un vaste jardin, entre le Liris et le Sarno (planche IT). C'était dans cette contrée, au fond du golfe du Cratère formé par

le cap de Misène etle promontoire de Minerve, qu'était bâtie, sur une éminence, la ville de Pompéi. Des observations récentes ont à peu près démontré qu’elle était autrefois baignée par la mer à l’ouest et au sud; mais elle n’offrait point un abri sûr aux vaisseaux; elle servait d’entrepôt à un commerce assez étendu qui se faisait, suivant toute apparence, par le cours du Sarno avec Nola, Nuceria et les plaines fertiles au sud du Vésuve.

Son origine remonte à la plus haute antiquité : on devrait s’en tenir à ce fait qui est vrai, sans se livrer à des conjectures plus ou moins ingénieuses, qui ne parviennent jamais à établir, sur des temps inconnus, que des faits douteux, Nous laissons à de plus habiles le soin de décider si les premières murailles de Pompéi furent bâties par Hercule ou par des Égyptiens. On assure qu’elle fut peuplée par des Lestrygons, des Pélasges, des Osques , auxquels succédèrent les Ausoniens. Ce qui nous paraît assez vraisemblable, c’est qu’elle ait appartenu à une colonie grecque, originaire de Chalcis en Eubée, qui fonda la ville de Cumes, et dans le voisinage celles de Paléopolis et Néapolis. Le style des édifices et des ornements d'architecture qui ont été conservés vient à l'appui de cette opinion, et Tacite nous dit, après Virgile, que des pirates grecs, maitres de Caprée, étendirent leur domination sur toute la contrée qui avoisine le Sarno.

Les Étrusques, dont les douze villes formaient une république fédérative

dans la Campanie, chassèrent les Cuméens de toutes leurs possessions, et s’en virent à leur tour dépouillés par les Samnites. Ils eurent l’imprudence d'appeler les Romains à leur secours, et dès-lors ils devinrent les témoins d’une lutte qui, de quelque manière qu’elle se terminât, ne pouvait plus leur rendre ni la puissance ni la liberté. Au milieu des troubles occasionnés par ces rivalités, on s’étonne que la ville de Pompéi ne soit pas nommée une seule fois par les historiens. Elle resta aussi étrangère aux longues calamités qu'on vit fondre sur la Campanie à la suite de l'invasion d’Annibal.

Ce malheureux pays, que Rome n'avait pas eu le temps de façonner à son joug, accueillit les Carthaginois comme des libérateurs. La bataille de Cannes semblait assurer sa délivrance, et déja la riche Capoue se faisait appeler la capitale de l'Italie. Mais le séjour et les rapines de deux armées, treize années de guerre, et des malheurs aussi grands que les premiers succès, épuisèrent toutes les ressources des habitants. Après la fuite d’Annibal, dont le génie céda à l'infatigable persévérance de Rome, ils furent livrés à la clémence de leurs

ennemis. Tous les sénateurs furent battus de verges et massacrés; toute la population fut réduite en servitude; les murs seuls restèrent debout; et Tite-Live ose dire que la majesté de Rome ne s’abaissa point à une vengeance indigne d'elle! On a lieu de croire que les villes d'Herculanum et de Pompéi, qui n'avaient pris aucune part à la résistance, furent oubliées dans le châtiment.

La république romaine avait agrandi ses conquètes; dans presque toutes les contrées de l'Asie et de l'Europe on voyait arriver ses armées ou ses proconsuls . mais, pour étendre ainsi sa puissance au dehors, elle avait besoin des ressources de l'Italie; elle en tirait des soldats; elle donnait aux citoyens romains des compagnons d'armes; mais elle ne voulait point qu'ils eussent d’égaux. Les cités de l'Italie s’indignérent de cette longue injustice, et, lasses d'employer leurs armes au service d’un sénat orgueilleux qui les opprimait, elles résolurent enfin de les tourner contre lui, et de s’en servir pour leur affranchissement. Une ligue fut bientôt formée, sous l'influence des Samnites, entre des peuples qui avaient un intérêt commun, et la guerre sociale éclata depuis les bords du Liris jusqu’à la mer Ionienne. Cette fois Pompéi prit une part active aux efforts que tentèrent les peuples ligués pour recouvrer leur indépendance; elle succomba avec eux sous la puissance de Rome et sous la fortune de Sylla. Témoin des vengeances cruelles exercées contre les vaincus et de la ruine de Stabia, elle ne fut point intimidée; elle vit le dictateur camper à ses portes avec ces mêmes légions qui avaient remporté tant de victoires et saccagé tant de villes; mais, dans l'espoir d’être secourue, elle résista. Les Samnites, qui voulurent la sauver, furent vaincus. Il semble que ce soit là le moment marqué pour la destruction de Pompéi; cependant, soit que la ville se hâta de capituler, soit que le dictateur ne daignât point s'arrêter à ce siége, elle fût miraculeusement sauvée. Il paraît même qu’elle conserva jusqu’au règne d’Auguste le privilége

délire ses magistrats. Sous cet empereur, elle tomba au rang de colonie, et dès-

lors assujettie directement à la domination romaine; elle fut obligée de payer des patrons, et de recevoir les duumvirs et les décurions, que ses maîtres lui envoyaient pour la gouverner.

Il reste peu d'évènements mémorables dans l’histoire de Pompéi; cependant il en est un qui arriva lan 59 de l’ère chrétienne, et que nous ne devons pas omettre, puisque Tacite a pris la peine de le raconter.

Une querelle s’éleva entre les colonies de Nucéria et de Pompéi, à l'occasion d’un spectacle de gladiateurs donné par Livineius Regulus, dans cette dernière

ville; des railleries on en vint aux invectives, et après s'être servi de pierres on eut recours aux armes; les Pompéiens qui étaient dans leurs murs vinrent à bout d’en chasser leurs adversaires, mais non sans qu’il y eût du sang répandu. Les Nucériens portèrent leurs plaintes à Rome, et demandèrent vengeance à l'empereur, les uns pour un fils, d’autres pour un père qu’ils avaient perdu. Néron renvoya l'affaire au sénat, qui, sur le rapport des consuls, décréta que les Pompéiens seraient privés de spectacles pendant dix ans, et que Régulus serait banni avec les habitants qui avaient pris le plus de part au désordre. Cette rixe et ses suites n'avaient troublé que momentanément le repos des

Pompéiens. Leur ville, enrichie par le commerce, embellie par les arts et placée

dans la situation la plus riante, offrait une retraite délicieuse aux plus illustres citoyens de Rome. Les habitations qui avaient vue sur, l'ancien port, descendaient en amphithéâtre jusqu’au rivage : du haut des terrasses on contemplait la mer, le golfe de Stabia, la belle côte de Sorrento, et dans le lointain le cap de Minerve et l'ile de Caprée. Les environs étaient ornés de jardins et couverts de villages ou de maisons de plaisance qui s’étendaient au loin sur la route de Naples; et d’un autre côté, jusqu’au sommet du Vésuve. Une végétation superbe, un ciel toujours pur, ajoutaient aux délices de cette heureuse contrée; mais elle était minée par des feux souterrains, qui peut-être y avaient déja porté le ravage dans des temps dont on n’a pas conservé le souvenir. La ville elle-même était bâtie sur une éminence formée par la lave, et que l’on peut regarder comme une ancienne bouche de volcan.

Le 16 février de l'an 63, un tremblement de terre, précurseur d’une plus grande catastrophe, se fit sentir dans toute la Campanie. Pompéi, Herculanum et plusieurs autres villes, furent en partie détruites ou fortement endommagées; un troupeau de six cents moutons fut étouffé, des statues se fendirent, et l’on vit errer dans les campagnes une foule de malheureux qui, au milieu de ces convulsions de la: nature, perdirent la raison. L'année suivante, il en survint un autre pendant que Néron chantait sur le théâtre de Naples, qui s'écroula aussitôt que l’empereur en fut sorti. Les habitants de Pompéi, frappés d’épouvante, n’osaient relever les murs de leurs maisons à demi ruinées; cependant les secousses ayant cessé pendant un assez long intervalle, ils s’enhardirent peu à peu à rentrer dans leurs demeures, et bientôt ils se mirent à les réparer. Les travaux étaient en pleine activité quand ils furent surpris par leur dernier désastre. On trouve encore aujourd’hui des indices de ces réparations, et il arrive quelquefois

que l’on rencontre les outils des ouvriers à côté des matériaux rassemblés pour relever les murs.

Avant l’éruption que nous allons décrire, et qui ruina les villes d'Herculanum, de Pompéi et de Stabia, il paraît que le Vésuve avait déja vomi ses feux, mais à des époques tellement reculées qu’il ne reste pas un monument historique

pour attester ces grands évènements. Cependant c'était une ancienne tradition qu'autrefois le Vésuve avait, brûlé comme l’Etna. Diodore de Sicile et Vitruve s'accordent à dire que les feux souterrains de cette partie de la Campanie s'étaient autrefois amassés sous le Vésuve jusqu’à ce que leur surabondance fut lancée sur le pays environnant. Strabon (an 25 de J.-C.) décrit le sommet de cette montagne comme entièrement stérile et couvert de pierres qui paraissaient avoir souffert l’action du feu. D'ailleurs, ce qui est arrivé depuis le temps où ces écrivains faisaient leurs observations n’a que trop bien démontré que le Vésuve était un volcan.

Depuis ses premières éruptions, il faut qu’il se soit écoulé une bien longue suite de siècles, puisque Homère n’en a point parlé, quoiqu'il semble avoir connu la nature volcanique de cette contrée. Il jette sur toute la côte une sorte d'horreur religieuse, et il la représente comme la dernière limite du stérile Océan et du monde habitable. «Une obscurité impénétrable qui n’est jamais «dissipée par les‘ rayons de l’astre du jour, ni à son lever, ni à son coucher, «étend un voile épais et éternel sur ces rivages, où les sombres et stériles « bocages de l’implacable Proserpine marquent l'entrée de l'empire des morts. »

Les circonstances qui accompagnèrent le commencement de la guerre des esclaves servent encore à démontrer que le cratère du Vésuve était à-peu-près à cette époque (73 ansavantJ.-C.) ce qu’est de nos jours le volcan éteint d’#struni.

Spartacus, ayant pris la résolution désespérée de combattre les Romains pour sortir d’esclavage , chercha un asile sur le Vésuve avec soixante-dix de ses compagnons. Le sommet de.la montagne, entouré d’un mur naturel taillé à pic et d’un accès difficile, contenait un espace vide, fermé de tous côtés; un seul passage étroit et escarpé pouvait y conduire. Investi par le préteur Clodius, et refoulé dans cette enceinte, Spartacus se fit des échelles en tordant ensemble des branches de vignes sauvages qui croissaient sur la montagne; il franchit, par ce moyen, les précipices qui protégeaient le sommet d’un côté qu'on avait cru inaccessible, et tomba à l'improviste sur Clodius avec tant de vigueur qu’il défit ses troupes et détruisit son camp.

Tel fut l'état du Vésuve jusqu’à la grande éruption , qui arriva le 23 août de lan 79. Pline le Jeune, qui en fut témoin et presque victime, en a laissé une description pleine d'intérêt et de vérité dans deux lettres à Tacite, dont nous allons citer les passages les plus frappants :

«Mon oncle (Pline l'Ancien) était à Misène, où il commandait la flotte. Le «23° jour d'août, environ une heure après midi, ma mère l’avertit qu'il parais- «sait un nuage d’une grandeur et d’une figure extraordinaire. Après avoir été «quelque temps couché au soleil, selon sa coutume, il s'était jeté sur un lit où «il étudiait ; il se lève, et monte en un lieu d’où il pouvait aisément observer ce « prodige. Il était difficile de discerner de loin de quelle montagne ce nuage «sortait : l'événement a découvert depuis que c'était du Vésuve. Sa figure ap- «prochait de celle d’un arbre, et d’un pin plus que d'aucun autre; car, après «s'être élevé fort haut, en forme de tronc, il étendait une espèce de branches. Je «m'imagine qu’un vent souterrain le poussait d’abord avec impétuosité et le «soutenait; mais, soit que l'impression diminuât peu à peu, soit que le nuage « fût affaissé par son propre poids, on le voyait se dilater et se répandre. Il pa- «raissait tantôt blanc, tantôt noirâtre, et tantôt de diverses couleurs, selon qu'il «était plus chargé ou de cendre ou de terre.

« Ge prodige surprit mon oncle, qui était très-savant, et il le crut digne d’être «examiné de plus près. Il donna l’ordre d’appareiller sa frégate légère, et me «laissa la liberté de le suivre. Je lui répondis que j'aimais mieux étudier, et par « hasard il m’avait lui-même donné quelque chose à écrire.

« Il sortait de chez lui, ses tablettes à là main, lorsque les troupes de la flotte « qui était à Rétina, effrayées par la grandeur du danger (car ce bourg est pré-

« cisément au pied du Vésuve, et on ne s’en pouvait sauver que par la mer LR >

«vinrent le conjurer de vouloir bien les garantir d’un si affreux péril. Il ne « changea pas de dessein, et poursuivit avec un courage héroïque ce qu'il n'avait « d'abord entrepris que par simple curiosité. Il fait venir des galères, monte lui- « même dessus, et part dans le dessein de voir quels secours on pouvait donner «non-seulement à Rétina, mais à tous les autres bourgs de cette côte, qui sont «en grand nombre à cause de sa beauté.

« Il se presse d’arriver au lieu d’où tout le monde fuit et où le péril paraissait « plus grand; mais avec une telle liberté d'esprit, qu'à mesure qu'il apercevait «quelque mouvement, ou quelque figure extraordinaire dans ce prodige, il « faisait ses observations et les dictait. Déja sur ses vaisseaux volait la cendre,

«plus épaisse et plus chaude à mesure qu'ils approchaient. Déja tombaient au- «tour d’eux des pierres calcinées et des cailloux tout noirs, tout brûlés, tout «pulvérisés par la violence du feu. Déja la mer semblait refluer et le rivage « devenir inaccessible par des morceaux entiers de montagne dont il était cou- «vert, lorsque après s'être arrêté quelques moments; incertain s’il retournerait, «il dit à son pilote qui lui conseillait de gagner la pleine mer : La fortune favo- «rise le courage, tournons du côté de Pomponianus.

«iPomponianus était à Stabia, en un endroit séparé par un petit golfe que « forme insensiblement la mer sur ces rivages qui se courbent. Là, à la vue du « péril qui était encore éloigné, mais qui semblait s'approcher toujours, il avait «retiré tous ses meubles dans ses vaisseaux, et n’attendait pour s'éloigner qu’un «vent moins contraire. Mon oncle, à qui ce même vent avait été très-favorable, «laäborde, le trouve tout tremblant, l’embrasse, le rassure, l’encourage; et, « pour dissiper par sa sécurité la crainte de son ami, il se fait porter au bain. «Après s'être baigné, il se met à table et soupe avec toute sa gaité, ou (ce qui « n’est pas moins grand) avec toutes les apparences de sa gaité ordinaire.

« Cependant on voyait luire de plusieurs endroits du mont Vésuve de grandes «flammes et des embrasements dont les ténèbres augmentaient l'éclat. Mon «oncle, pour rassurer ceux qui l’accompagnaient, leur disait que ce qu’ils «voyaient brüler, c’étaient des villages que les paysans alarmés avaient aban- « donnés, et qui étaient demeurés sans secours. Ensuite il se coucha, et dormit «d’un profond sommeil. Mais enfin la cour par où l’on entrait dans son appar- «tement, commençait à se remplir si fort de cendres, que, pour peu qu'il eût «resté plus long-temps, il ne lui aurait plus été libre de sortir. On l’éveille, il «sort et va rejoindre Pomponianus et les autres qui avaient veillé. Ils tiennent «conseil, et délibèrent s'ils se renfermeront dans la maison ou s'ils tiendront la « campagne ; car les maisons étaient tellement ébranlées par les fréquents trem- «blements de terre, que l'on aurait dit qu’elles étaient arrachées de leurs « fondements, et jetées tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, puis remises à leurs « places. Hors de la ville la chute des pierres était à craindre, quoiqu’elles fussent «légères et desséchées par le feu.

« Ils sortent donc, et se couvrent la tête d’oreillers attachés avec des mou- «choirs. Ce fut toute la précaution qu'ils prirent contre ce qui tombait d’en- «haut, Le jour recommençait ailleurs ; mais dans le lieu où ils étaient continuait «une nuit, la plus sombre et la plus affreuse de toutes les nuits, et qui n'était

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«un peu dissipée que par la lueur d’un grand nombre de flambeaux et d’autres « lumières.

«On trouva bon de s’approcher du rivage, et d'examiner de près ce que la «mer permettait de tenter; mais: on Ja trouva encore fort grosse et fort agitée «d’un vent contraire. La mon oncle, ayant demandé de l’eau.et bu deux fois, «se coucha sur un drap qu’il fit étendre. Ensuite des flammes qui parurent plus «grandes, et une odeur de soufre qui annonçait leur approche, mirent tout le «monde en fuite. Il se lève appuyé sur deux valets, et dans le moment tombe «mort. Je m'imagine qu’une fumée trop épaisse le suffoqua d'autant plus aisé- «ment qu'il avait la poitrine faible. Lorsqu'on commença à-revoir la lumière « (ce qui n’arriva que trois jours après), on retrouva au même endroit son corps «entier, couvert de la même robe qu’il portait quand il mourut, et dans la pos- «ture plutôt d’un homme qui repose, que d’un homme qui est mort. Pendant «ce temps, ma mére et moi nous étions à Misène, etc. , etc. »

Ici Pline interrompt son récit qu’il reprend dans une autre lettre à la prière de Tacite.

«Après que mon oncle fut parti, je continuai l’étude qui m'avait empêché «de le suivre. Je pris le bain , je soupai, je me couchai, et dormis peu et d’un «sommeil fort interrompu. Pendant plusieurs jours un tremblement de terre «s'était fait sentir, et nous avait d’autant moins étonnés que les bourgades et «même les villes de la Campanie ÿ sont fort sujettes. Il redoubla pendant cette «nuit avec tant de violence, qu’on eût dit que tout était, non pas agité, mais «renversé. Ma mère entra brusquement dans ma chambre, et trouva que je me « levais dans l'intention de l’éveiller, si elle eût été endormie. Nous nous asseyons «dans la cour qui ne sépare le bâtiment d’avec la mer que par un fort petit «espace. Je demandai Tite-Live, je me mis à le lire, et je continuai à l’extraire,

«ainsi que je l'aurais pu faire dans le plus grand calme. Il était déja sept heures

«du matin, et il ne paraissait encore qu’une lumière faible comme une espèce «de crépuscule. Alors les bâtiments furent ébranlés avec de si fortes secousses «qu'il n’y eut plus de sûreté à demeurer dans un lieu à la vérité découvert, «mais fort étroit. Nous prenons le parti de quitter la ville : le peuple épouvanté «nous suit en foule, nous presse, nous pousse, et ce qui dans la frayeur tient «lieu de prudence, chacun ne croit rien de plus sûr que ce qu’il voit faire aux «autres. À.peine sortis de la ville, nous nous arrétons; et là, nouveaux pro- « diges, nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions emmenées avec nous

NOTICE HISTORIQUE. 15 «étaient, à tout moment, si agitées, quoiqu'en pleine campagne, qu'on ne «pouvait, même en les appuyant avec de grosses pierres, les arrêter en aucune «place. La mer semblait se renverser sur elle-même, et être comme chassée du «rivage par l'ébranlement de la terre. Le-rivage, en effet, était devenu plus «spacieux, et se trouvait couvert de différents poissons demeurés à sec sur le «sable. À l’opposite, une nue noire et horrible, crevée par des feux qui s’élan- «çaïent en serpentant, s’ouvrait et laissait échapper de longues fusées semblables «à des éclairs, mais qui étaient beaucoup plus grandes... Presque aussitôt «la nue tombe à terre et couvre les mers; elle dérobait à nos yeux l’île de « Caprée qu’elle enveloppait, et nous faisait perdre de vue le promontoire de «Misène.. . La cendre commençait à tomber sur nous, quoique en petite «quantité. Je tourne la tête, et j'aperçois derrière nous une épaisse fumée qui «nous suivait en se répandant sur la terre comme un torrent. « Pendant que «nous: voyons encore, quittons le grand chemin, dis-je à ma mère, de peur « qu’en le suivant, la foule de ceux qui marchent sur nos pas ne nous étouffe « dans les ténèbres. »

« À peine nous étions-nous écartés qu’elles augmentèrent de telle sorte, qu’on «eût cru être, non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, mais dans «une chambre où toutes les lumiéres auraient été éteintes. Vous eussiez entendu «les plaintes des femmes, les gémissements dés enfants, et les cris des hommes, «dont l’un appelait son père, l’autre son fils, l’autre sa femme; ils ne se recon- « naissaient qu’à la voix. Celui-là déplorait son malheur, celui-ci le sort de ses «proches. Il s’en trouvait à qui la crainte de la mort faisait invoquer la mort «même. Plusieurs imploraient le secours des dieux; plusieurs croyaient qu'il «n'y en avait plus, et comptaient que cette nuit était la dernière et l’éternelle «nuit dans laquelle le monde devait être enseveli.

«On ne manquait pas même de gens qui augmentaient la crainte raisonnable «et juste par des terreurs imaginaires. Ils disaient qu’à Misène ceci était tombé, «que cela brülait, et la frayeur donnait du poids à leurs mensonges.

«Il parut une lueur qui nous annonçait, non le retour du jour, mais lap- «proche du feu qui nous menaçait:il s'arrêta pourtant loin de nous. L’obscurité «revient, et la pluie de cendres recommence plus forte et plus épaisse. Nous «étions réduits à nous lever de temps en temps pour secouer nos habits, sans

«cela elle nous eût accablés et engloutis. .… Enfin, cette épaisse et noire

«vapeur se dissipa peu à peu, et se perdit tout-à-fait comme une fumée ou

«comme un nuage. Bientôt après parut le jour et le soleil même, jaunâtre «pourtant, et tel qu'il a coutume de luire dans une éclipse.

« Tout se montrait changé à nos yeux troublés encore, et nous ne trouvions

«rien qui ne füt caché sous des monceaux de cendres comme sous de la neige.

«On retourne à Misène, chacun s’y rétablit de son mieux, et nous y passons «une nuit fort partagée entre l'espérance et la crainte, mais où la crainte eut « la meilleure part; car le tremblement de terre continuait. »

D’après la déscription de ce terrible évènement tel qu'il se manifesta à Stabia et à Misène, villes comparativement éloignées du foyer de cette calamité; qu’on juge de la situation où durent se trouver les infortunés habitants de Pompéi et d'Herculanum qui en étaient si voisins.

Les feux souterrains du volcan, dans leur effort pour s'ouvrir un passage, firent sauter le sommet de la montagne, qui roula en lave brülante jusqu'à la mer, ou qui fut dispersé en éclats pierreux, en poussière et en cendre si subtile que les vents la portèrent jusqu’en Égypte. La ville de Pompéi ne fut point détruite par des torrents de lave, mais elle fut ensevelie, à quinze ou vingt pieds de profondeur, sous des amas de cendres et de pierres ponces brûlantes qui tombèrent en ondées successives, comme le prouvent les différentes couches dont elle est recouverte. Si elles étaient tombées en masse, le dernier des habitants aurait péri, tandis qu’on voit, par le petit nombre des squelettes qui ont été retrouvés sous les ruines, que presque tous eurent le temps de se sauver. Cette pluie de matières volcaniques fut lancée dans un état liquide, ce qui explique pourquoi les passages voûtés dont la couverture est restée intacte, en sont aussi remplis que les cours découvertes ou les chambres dont les toits ont été consumés. Elle n’excéda nulle part la hauteur du premier étage, et cependant cet étage supérieur, dont on rencontre des vestiges dans les escaliers et quelquefois dans les peintures, a disparu presque totalement de la plupart des édifices : soit que le poids des pierres et de la cendre accumulée sur les toits et sur les terrasses ait entraîné la chute des parties supérieures, comme le dit M. Mazois, soit que tout ce qui s'élevait au-dessus du rez-dechaussée ait été détruit par le temps ou employé à des constructions nouvelles. On a cru remarquer à différents signes, qu'après la destruction de la ville plusieurs des habitants qui avaient survécu vinrent fouiller dans léurs anciennes demeures pour en retirer leurs effets les plus précieux. Mais ces tentatives ne durent avoir que peu de succès. Les ruines de Pompéi furent enfin abandonnées

et pendant plusieurs siècles il ne resta pas même un vestige qui püt faire reconnaître au voyageur la place où cette ville avait existé.

Herculanum, ensevéli à soixante pieds de profondeur, disparut, comme Pompéi, pour être retrouvé de la même manière et à peu près vers le même temps. L’impression de terreur, causée par la destruction de ces deux villes, se répandit dans l'Italie entière, et fut souvent renouvelée par le retour des éruptions qui se succédèrent depuis lors à des intervalles fort rapprochés.

Celle qui arriva sous le règne de Sévère (l'an 200 de J.-C.) fut accompagnée d'un bruit si horrible qu’on l’entendait de Capoue. Une autre, encore plus violente, eut lieu sous l’empereur Léon. La fermentation intérieure du Vésuve, les convulsions qui l’ébranlèrent, des explosions continuelles pendant l’année 47x et les deux suivantes, répandirent la dévastation sur tout le pays environnant, et l'alarme dans le reste de l'Europe, dont la surface était couverte d’une poudre impalpable. Un jour, à Constantinople, cette pluie de cendres causa un tel effroi à l’empereur qu'il se hâta d'abandonner sa capitale, la croyant vouée à la destruction. 1l voulut que ce jour fût désormais un jour de deuil consacré à la pénitence et à des prières publiques. Heureusement le grand saint Janvier apparut pour la première fois et apaisa la fureur du volcan. Depuis lors son intervention fut toujours réclamée et toujours efficace.

Les éruptions qui eurent lieu, à partir du sixième siècle, cessèrent d’être considérées comme de grandes convulsions de la nature; on ne les regarda plus que comme l'effet d’un pouvoir infernal : on supposa que les feux de l'enfer apparaissaient aux yeux des pécheurs pour les épouvanter ou pour les précipiter vivants dans l’abime qui devait être leur éternel séjour. Nous avons vu qu'Homère désignait le Vésuve comme l'entrée de l'empire des morts: ainsi, après le cours de vingt siècles, les hommes revenaient aux mêmes superstitions, aux mêmes terreurs.

Il nous reste sur l'histoire du Vésuve un document curieux, écrit en 1062 par Pietro Damiani de Castiglione; voici ce qu'il raconte :

« Dans le voisinage de la montagne vivait un pieux ermite. Un soir, il ren- « contra plusieurs hommes noirs, qu'il prit pour des nègres, et qui chassaient « devant eux quantité de mulets chargés de combustibles. Il les accosta pour «leur exprimer la surprise que lui causait leur rencontre; et il leur demanda « poliment qui ils étaient : «Nous sommes des diables, répondirent-ils, et le « combustible que nous transportons doit servir à brüler le prince de Capoue,

«qui est dangereusement malade. Nous espérons que Don Juan, gouverneur « de Naples, quoiqu’en bonne santé, ne tardera pas à tomber aussi entre nos « mains. »

«Le saint homme, abandonnant la cure du prince comme désespérée, se «rendit en toute hâte auprès du gouverneur, lui dit ce qu'il avait vu et «entendu, et l’exhorta à se faire moine pour échapper aux diables qui le «menaçaient. Don Juan, ayant appris que le prince de Capoue était mort «dans l'intervalle, se laissa persuader; mais comme il avait reçu l’ordre de «rejoindre l’empereur Othon pour marcher avec lui contre les Sarrasins, il se «mit en campagne, et différa l'exécution de son pieux dessein. Qu’arriva-t-il «de là? c’est que Don Juan mourut comme l’ermite l'avait prédit, et au mo- «ment de sa mort le Vésuve lança des feux épouvantables qui s’emparèrent « de son ame. »

# ê à : < Te L'éruption de 1138 qui dura quarante jours, une autre, moins considé-

rable qui eut lieu l’année suivante, semblent avoir épuisé les forces du Vésuve; il eut besoin de se reposer pendant près de cinq siècles.

Pighi, qui écrivait sous le pontificat. de Sixte-Quint, compare le cratère alors existant à un immense amphithéätre dont l'arène plongeait dans les entrailles de la terre. 11 trouva le sommet environné d’un banc considérable de pierres calcinées, et l'intérieur garni de toute sorte d'arbres, et servant de retraite aux animaux sauvages. Une belle végétation s’offrit à ses yeux partout où le soleil pouvait pénétrer, excepté d’un côté qui était perpendiculaire et entièrement nu. Il descendit, par un chemin tortueux, à la profondeur d’un mille, mais la roideur de la pente et l’obscurité l'empéchèrent d’aller plus loin. Des masses énormes de matière volcanique, et des fragments de rochers arrêtés dans leur chute par de gros arbres qu'ils avaient déracinés, encombraient le fond de cet abime. Du reste, aucun indice de l'activité du volcan, quoique près du sommet on sentit quelque chaleur en enfonçant la main dans les crevasses.

En 1619, Magliocco pénétra plus avant : il trouva dans le fond une place unie au milieu de laquelle était une masse de rochers posés, à ce qu'il semble, sur l'ouverture de l’abîime, puisqué de plusieurs fentes qui se trouvaient à sa base s’échappait un courant d'air très-froid. Il observa aussi trois petites mares ; dans l’une, l’eau était très-chaude et d’une amertume corrosive; dans l'autre elle était salée; il compare l’insipidité de la troisième à du bouillon

de poulet sans sel : cette dernière était à un très-haut degré de température.

On sait que le Vésuve signala le retour de ses éruptions, en 1631, par une des plus terribles qui aient éclaté; depuis lors on le voit rarement rester plus de dix années dans l’inaction.

Les observations faites avec tant de soins par sir William Hamilton, nous ont appris que la lave ne sort pas toujours du cratère. En 1766 elle jaillit d’un endroit qui en était éloigné de plus de cinq cents toises : tout le terrain tremblait aux environs. La matière enflammée était si brülante à sa source qu'on ne pouvait en approcher à plus de dix pieds; elle était néanmoins dans un état de fusion si imparfait, que les pierres qu'on y jetait n’y pénétraient point et glissaient avec le courant sur sa surface, après y avoir laissé une légère empreinte.

Cette lave se précipite le plus souvent comme un torrent de verre en fusion. Après avoir parcouru l’espace d’un mille, sa marche se ralentit; alors elle présente le même aspect que les flots d’une mer qui serait surprise dans son agitation par une forte gelée. Quand elle se refroidit, ce qui est l’opération de plusieurs années, élle craque et produit une grande explosion (1).

En 1794, les fontaines et les puits se trouvèrent à sec, ce qui annonce toujours une éruption prochaine; des tourbillons de fumée sortirent du sol

et furent suivis de commotions intérieures qui se firent sentir jusqu’à Béné-

vent, éloigné de plus de trente milles; plusieurs jets de feu s’élançant d’une déchirure dans le flanc de la montagne, marquèrent le commencement de l'explosion. Des tonnerres continuels, une obscurité profonde et les secousses de la terre mirent le comble à l’épouvante des malheureux habitants. A Naples tous les édifices tremblaient sur leur base, les portes sautaient de dessus leurs gonds, et lés cloches ne cessaient de sonner. Enfin, au bout de six heures la lave ayant trouvé une issue, cette fièvre souterraine se calma.

Le torrent de feu se dirigea vers la mer, et dévastant tout ce qui se trouvait sur son passage, ensevelit sous ses flots une partie de la ville de Torre del Greco, qu'une population malheureuse espérait vainement défendre avec des reliques et le sang de saint Janvier. Toutefois on doit regarder comme un prodige que sur dix-huit mille habitants il n’ait point péri plus de quinze

(2) Trois ans après l’éruption de 1767, sir William Hamilton mit le feu à un bâton en l’enfonçant dans une des crevasses.

personnes. Il y en eut un grand nombre qui échappèrent le lendemain en marchant sur les scories qui couvraient la surface de la lave ardente.

Plus de seize cents ans s'étaient écoulés avant qu’on s’avisât de faire aucune

recherche sur les trois villes ensevelies par la grande éruption de 79. A la fin

du xvu° siècle, des ouvriers creusant un puits sur l'emplacement d’Herculanum, découvrirent quelques statues et des morceaux de marbre; mais ce n’est qu'en 1736 qu’on fit de véritables recherches, et que le nom de la ville fut bien constaté. Les premières fouilles de Pompéi commencèrent en 1755, après qu’un laboureur eut rencontré, en remuant la terre, une statue de bronze. Depuis cette époque les travaux ont été suivis avec une grande activité. Mais il paraît que lors des premières excavations on jetait les décombres des nouvelles fouilles dans les endroits déja explorés, ce qui nuisait beaucoup à l’ensemble des opérations. Cependant les deux théâtres, le temple d'Isis, celui d’Esculape et le temple grec, la grande porte extérieure, la maison de campagne et quelques tombeaux étaient déja découverts, lorsque les Français occupèrent le royaume de Naples. C’est par leurs soins que furent déblayés la plus grande partie de la rue des Tombeaux, le Forum et la Basilique. Ils commencèrent aussi le dégagement de l’'amphithéâtre et celui des murailles qui forment l'enceinte de la ville.

Pendant les années 1812 et 1813 on a mis à découvert une grande partie de la voie qui passe devant le temple d’Isis et doit traverser toute la ville en rencontrant plusieurs autres rues qui la croisent. Des deux côtés se trouvent des maisons, des boutiques, des bancs, des monuments funèbres très-bien conservés. C’est au milieu de cette voie, à côté des colonnes qui soutiennent le portique du grand théâtre, qu’on a trouvé le squelette d’un vieillard qui fut étouffé sans doute par la pluie de cendre au moment où il fuyait, emportant son petit trésor soigneusement enveloppé dans une étoffe de lin. Cette enveloppe est demeurée intacte : elle contenait 410 médailles, parmi lesquelles il y en avait 360 d'argent et 42 de bronze; mais les plus remarquables étaient huit impériales d’or du plus petit module, et que l’on eût dit frappées de la veille.

Le malheureux que la mort arrêta ainsi dans sa fuite s’est trouvé dans les cendres à dix pieds au-dessus du sol de la rue, ce qui prouve l'abondance et la rapidité de cette pluie de cendres qui avait déja enseveli la ville sous une couche aussi épaisse au moment où il faisait des efforts pour se sauver

«Le jour même où l’on découvrit ce corps près du théâtre, on en trouva « plusieurs autres sous un grand portique de la rue des Tombeaux. Une mère « fuyait entraînant après elle ses deux jeunes filles etun enfant qu’elle serrait «inutilement contre son: sein, il n’y avait plus d'espoir; cherchant encore à «respirer au milieu des tourbillons de cendre brûlante, et se pressant contre «les murs du portique, ils tombent épuisés de fatigue et de douleur, la «cendre les recouvre et les ensevelit tous dans le même tombeau. Leurs «ossements étaient tout près les uns des autres et presque confondus, l'on «croyait voir cette famille infortunée se tenir embrassée jusqu’au dernier «soupir. Trois anneaux d’or et des boucles d'oreilles ornées de perles annon- « caïent l’aisance de ceux qui les avaient portés. Un des anneaux est en forme « de serpent à plusieurs contours, et sa tête se dirige dans la longueur du «doigt. Une autre bague, qui par sa petitesse ne pouvait convenir qu’à la « main d’une jeune fille, porte un petit grenat sur lequel est gravé un foudre. «Les boucles d'oreilles ressemblent à de petites balances dont les perles «suspendues à un gros fil d’or représentent les bassins... Il n’y a pas de « doute qu’elles ne pussent être placées avec élégance aux oreilles d’une jolie « femme. »

Dans un petit monument qui touche à la porte d'Herculanum, en dehors de la ville, on a trouvé le squelette d’une sentinelle dont la main tenait encore une lance, et qui avait mieux aimé mourir à son poste que de le quitter. Ce fait mérite d’être ajouté à tous ceux qui caractérisent la rigueur de la discipline romaine. \

Dans les fouilles de l'édifice qu’on est convenu d’appeler.le Camp des soldats, on a découvert un harnais de cheval, des casques, des bottines de bronze, des armes qui ont dû appartenir à des gladiateurs, et les squelettes de trois prisonniers. Ces malheureux avaient les pieds passés dans des ceps, espèce de machine en bois ou en fer percé de trous; ainsi enchaïnés au moment du désastre de Pompéi, ils ne purent s'enfuir, et l'on ne songea pas à les délivrer.

Mais la scène la plus déchirante dut se passer à la maison de campagne ou Villa, dont la magnificence atteste que les propriétaires étaient du rang le plus distingué. Cette maison est située sur le bord d’une colline qui descend

. (x) Notice de M. le comte de Clarac sur une fouille faite à Pompéi, en 1813.

vers la mer : à l'entrée on trouvait un bain avec toutes ses dépendances. Dans l’intérieur, les principales chambres ouvraient sur des tefrasses qui avaient vue sur le jardin. Un portique entourait ce jardin et se prolongeait sous les terrasses; les appartements de l'étage supérieur étaient pavés en mosaique et peints d’une manière admirable. Une des chaïbres recevait le jour par une grande fenêtre vitrée, dont le verre, monté dans du plomb, était fort épais et d’une teinte extrêmement verte. Dix-neuf personnes étaient réunies dans cette charmante habitation lors de l'éruption du Vésuve. Il ne reste aucun récit de leur mort, qui n'eut pas de témoin; mais nous pouvons deviner jusqu'aux moindres circonstances qui accompagnèrent ce cruel événement. Dès que les cendres et les scories volcaniques commencèrent à tomber sur la maison, tout le monde prit l’épouvante. Les hommes voulurent fuir et furent sans doute retenus par les pleurs et les prières des femmes. Il y en eut deux qui se décidèrent à la fin, mais ils perdirent le temps à ramasser tout ce qu'ils avaient de plus précieux, et à peine furent -ils arrivés à la porte du jardin qu’ils tombèrent morts. L'un d'eux a été retrouvé tenant à la main une clef et une bourse pleine de monnaies et de médailles; l’autre était étendu à côté des vases d'argent ou de bronze qu'il avait voulu sauver. Les femmes, plus timides, entraînant avec elles tous leurs esclaves, comme si leurs secours avaient pu quelque chose contre le danger qui les menaçait, se réfugièrent dans les caves, où l’on entassa des provisions et où plusieurs amphores remplies de vin étaient rangées le long des murs. Sans doute elles avaient espéré que l'épaisseur de la voûte, et le peu d’issue qui s’offrait aux cendres et à la fumée, pourraient les garantir jusqu'à ce que le péril füt passé. Mais bientôt une chaleur étouffante se fit sentir, on ne respira plus qu’une poussière enflammée, et lhorrible certitude de la mort vint se joindre aux premiers tourments de l’agonie. Tous les malheureux qui se trouvaient ainsi enfermés se précipitèrent à-la-fois vers la porte qui ne pouvait plus s'ouvrir, et ils tombèrent les uns sur les autres mourant dans le désespoir.

Le corps d’une jeune femme qu’on a trouvé couvert de vêtements précieux que le temps n'avait pas encore entièrement décomposés, était à plusieurs pieds au-dessus de l’ancien niveau (ce fait ést consigné dans l'ouvrage de sir

William Hamilton); sans doute elle avait survécu la dernière. Qui ne frémit

à l'idée des efforts qu’elle a dû faire pour se dérober à la pluie de cendre qui commençait à remplir le souterrain! comment s’est-elle ainsi élevée de plusieurs

pieds? peut-être sur le corps de ses amis, de sa mère qui venait d’expirer à ses yeux; enfin elle tomba à son tour, suffoquée par une poussière brülante, et accablée d’épuisement. Cette poussière, dont une légère couche recouvrit cette infortunée, était si subtile, que, durcie par Le temps, elle a conservé l'empreinte de ses vêtements et les formes de Son corps. On n’a pu conserver que le moule de son sein qui se voit au musée de Portici, et qui, en rendant témoignage de sa beauté et de sa jeunesse, ajoute encore au tendre intérêt qu'inspire son sort.

Beaucoup d’autres squelettes ont été découverts dans la rue des Tombeaux ; mais rien ne les a fait remarquer. Il n’en est point des dépouilles mortelles de l’homme, comme des statues et des peintures qui sont son ouvrage ; elles n'ont point de prix par elles-mêmes, et nous ne pouvons nous y intéresser que par le souvenir de ceux qui ont vécu. C’est donc seulement des édifices, des marbres, des peintures et des autres monuments que nous devons nous occuper. Ces monuments, que leur antiquité rend si précieux, ne peuvent

| se conserver toujours : déja même les effets de l'air, du froid et de l'humidité

les ont considérablement altérés, et l’on peut dire qu’ils périssent à mesure qu’on les découvre. Un temps viendra où on ne les trouvera plus que dans

vers la mer : à l’entrée on trouvait un bain avec toutes ses dépendances. Dans l’intérieur, les principales chambres ouvraient sur des tefrasses qui avaient vue sur le jardin. Un portique entourait ce jardin et se prolongeait sous les terrasses; les appartements de l'étage supérieur étaient pavés en mosaïque et peints d'une manière admirable. Une des chambres recevait le jour par une grande fenêtre vitrée, dont le verre,:monté dans du plomb, était fort épais et d’une teinte extrêmement verte. Dix-neuf personnes étaient réunies dans cette charmante habitation lors de l'éruption du Vésuve. Il ne reste aucun récit de leur mort, qui n’eut pas de témoin; mais nous pouvons deviner jusqu'aux moindres circonstances qui aecompagnèrent ce cruel événement.

Dès que les cendres et les scories volcaniques commencèrent à tomber sur

la maison, tout le monde prit lépouvante. Les hommes voulurent fuir et furent sans doute retenus par les pleurs et les prières des femmes. Il y en eut deux qui se décidèrent à la fin, mais ils perdirent le temps à ramasser tout ce qu'ils avaient de plus précieux, et à peine furent -ils arrivés à la porte du jardin qu’ils tombèrent morts. L'un d'eux a été retrouvé tenant à la main une clef et une bourse pleine de monnaies et de médailles; l’autre était étendu à

pieds? peut-être sur le corps de ses amis, de sa mère qui venait d’expirer à ses yeux; enfin elle tomba à son tour, suffoquée par une poussière brülante, et accablée d’épuisement. Cette poussière, dont une légère couche recouvrit cette infortunée, était si subtile, que, durcie par le temps, elle a conservé l'empreinte de ses vêtements et les formes de $on corps. On n’a pu conserver que le moule de son sein qui se voit au musée de Portici, et qui, en rendant témoignage de sa beauté et de sa jeunesse, ajoute encore au tendre intérêt qu'inspire son sort.

Beaucoup d’autres squelettes ont été découverts dans la rue des Tombeaux ; mais rien ne les a fait remarquer. Il n’en est point des dépouilles mortelles de l’homme, comme des statues et des peintures qui sont son ouvrage; elles n'ont point de prix par elles-mêmes, et nous ne pouvons nous y intéresser que par le souvenir de ceux qui ont vécu. C’est donc seulement des édifices, des marbres, des peintures et des autres monuments que nous devons nous occuper. Ces monuments, que leur antiquité rend si précieux, ne peuvent se conserver toujours : déja même les effets de l'air, du froid et de l'humidité les ont considérablement altérés, et l’on peut dire qu'ils périssent à mesure qu’on les découvre. Un temps viendra où on ne les trouvera plus que dans les ouvrages des artistes et des antiquaires qui les ont décrits, mais du moins ils ne périront pas tout entiers.

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