‹ Vues des ruines de PompéiChapitre 41 sur 137 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Les femmes occupaient ordinairement la partie la plus reculée de la maison ; la cour intérieure autour de laquelle leurs chambres étaient distribuées était entièrement séparée de l'habitation des hommes. On voit, dans Térence, Jupiter qui passe par-dessus les toits des maisons voisines, et descend par la gouttière (per impluvium ) dans l'appartement de Danaé, évitant ainsi les appartements des hommes, devant lesquels il-aurait été obligé de passer, s’il fût entré dans la maison par la porte de la rue. Plusieurs passages d'Homére nous apprennent que la même coutume régnait chez les Grecs.

Dans nos habitudes, telles que les ont faites et notre constitution politique et notre climat, nous regarderions comme une incommodité insupportable l'absence totale des cheminées et presque générale des fenêtres dans nos habitations. Mais les Romains cherchaient à se garantir dela chaleur bien plus que du froid, et il leur suffisait de recevoir du jour par une ouverture pratiquée au-dessus de la porte dans des appartements où ils ne restaient que la nuit et à l'heure des repas. Leur vie presque entière s’écoulait au forum et sous les portiques.

Les murs des maisons de Pompéi paraissent, au premier coup d'œil, peu susceptibles d’une longue durée; ils ont, en effet, peu d'épaisseur ; leurs parements sont formés de petites briques triangulaires posés à plat, et le vide rempli en blocaille. Cette construction qui partageait le mur en trois parties, n'offrant pas une assez grande solidité, on avait soin de placer dans la hauteur des assises horizontales en grandes briques, et à chaque jambage de porte des chaînes de ces mêmes briques qui formaient toute l'épaisseur du mur et le rendait tellement solide, qu'on ne remarque presque nulle part aucune fente où crevasse, et que partout l’aplomb est parfaitement conservé. L'espèce d’enduit qui les recouvre est excellent, et paraît avoir été employé de la manière prescrite par Vitruve : il veut qu'à un enduit-grossier on en ajoute un second appelé arenatum et composé principalement de sable et de chaux; le tout doit être couvert ensuite d’une couche de marbre pilé ou marmoratum. A Pompéi, cette dernière couche est mince et très-polie. Lorsque l’enduit de marmoratum était encore humide, on y appliquait les couleurs, qui, se

trouvant ainsi incrustées, conservaient long-temps leur éclat.

Les plus petites maisons de Pompéi étaient couvertes de cette espèce de stuc et ornées de peintures brillantes , avec une variété infinie et un goût

qu’on ne se lasse point d'admirer.

k ; : : , ” È Toutefois on aurait tort de s’imaginer que les peintures quon trouve dans les villes excavées soient d’une assez grande beauté pour rappeler l’idée de cette perfection qu'on attribue généralement et avec justice aux grands maitres

de la Grèce et de Rome. Pompéi n’était qu'une trés-petite ville qui vraisemblablement ne renfermait aucun ouvrage des premiers artistes ; et si, par hasard , quelque tableau estimé se fût trouvé dans ses murs à l’époque de l'éruption, peut-on penser qu’une excavation de dix à quinze pieds eüt été un obstacle insurmontable? !

Les peintures de Pompéi sont remarquables surtout par une grande facilité de dessin, et par ce sentiment exquis de simplicité qui distingue dans les arts les anciens des modernes. (La partie consacrée à cet objet contiendra des détails sur les procédés suivis, soit dans la composition des couleurs, soit dans leur emploi.) Néanmoins, dans la représentation des sujets d'architecture idéale, les artistes se sont un peu trop écartés du simple et du vrai. Vitruve blâme avec raison cette profusion d’ornements, ces peintures qui décoraient les murs des maisons sans intéresser l'esprit; il n’aimait point qu'on substituât le faible roseau oule pilier en forme de candelabre à la colonne plus régulière, mais plus massive; il n’approuvait pas non plus ce mélange de feuillage et de volutes à demi animaux, dont l'abus se fait particulièrement sentir dans ces peintures connues sous le nom d’arabesques.

Cependant, au milieu de ces écarts, on ne peut s'empêcher d'admirer la grace de ces compositions dans ce qu’elles ont de plus fantastique, et leur naiveté, lorsqu'elles ont pour objet quelque sujet d'architecture.

On a retrouvé dans plusieurs maisons des peintures imitant des marbres de plusieurs couleurs. À Rome, on incrustait dans les murs de véritables morceaux du marbre le plus précieux; et quand ses couleurs ne paraissaient pas assez éclatantes, on avait recours à l’art pour lui donner des teintes qu'il n'avait pas reçues de la nature, ou bien on le veinait avec de l'or.

Le sol des maisons les moins opulentes était recouvert d'un ciment dans lequel, avant qu'il fût sec, on introduisait à des intervalles égaux des morceaux de marbre ou de pierres colorées disposés avec symétrie. Les grands appartements étaient décorés de superbes mosaiques ; plusieurs ont été enlevées avec soin et transportées au musée royal de Portici, où elles forment le plancher des salles dans lesquelles on conserve les objets provenant des fouilles de Pompéi et d’Herculanum.

‘ Le sapin était le bois employé le plus généralement dans la construction ; mais nulle part la charpente ne s’est conservée entière. Les portes, aussi en sapin, tournaient sur des pivots, et fermaient au moyen de verrous pendants à des chaînes. On a trouvé encore quelques croisées dont plusieurs étaient vitrées.

Il n'entre point dans le plan de cet ouvrage de donner une description dé-

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